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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 11:43
Ahhh, les Philippines!!
Ses montagnes et ses lagons...
Ses requins males et femelles...

Voilà déjà plus d'un mois et demi que je suis dans le pays et je n'arrive toujours pas à m'en lasser. Comment pourrait-il de toute façon en être autrement quand la collection de sourires est inépuisables, quand le poisson se déguste dans des feuilles de bananier, quand le coucher de soleil du jour rend grace à celui de la veille?
Cela dit maintenant, mes jours sont comptés. En théorie, la durée maximum d'un séjour touristique est de deux mois si on renouvèle son visa à mi-chemin. Pour ma part, je suis tellement loin de ces considérations administratives que je ne m'en suis même pas occupé, espérant qu'à l'heure du grand départ, les officiers des douanes me propose en guise de pot de départ le verre de l'amitié à la place d'une amende à laquelle je devrais avoir droit.
Mais une chose à la fois. La question est d'abord de savoir si je peux cloturer cette parenthèse enchantée de manière tonitruante comme chaque jour passé ici.

La veille, la grande majorité de notre groupe de joyeux félés a levé le camp. Ne restent plus, en plus de ma modeste personne, que Mira et Rob', derniers membres actifs de la Holland Connection. Mira est encore là pour deux jours et Rob' pour un peu plus encore. Pour l'instant, on loge toujours au Crystal Lodge dans une chambre de trois qui nous parait ridiculement étroite en comparaison avec la vie de chateau que l'on menait quand l'union d'une demie-douzaine faisait la force. Mais, malgré cela, comme le soleil brille et que l'on passe la grande majorité de nos journées à l'extérieur, ça n'a que peu d'incidence.

D'ailleurs, en terme d'activité, on a pas vraiment décidé de se reposer sur nos lauriers. Depuis que j'ai débarqué sur Palawan puis sur Busuanga, on a beau avoir fait de l'exploration marine, force est de constater que la plupart du temps, nous ne nous sommes pas beaucoup éloignés de la surface. En bon plongeur, il va falloir remédier à cela.
Je commence donc par convaincre Mira, la plus réticente. Le discours de motivation passe à ce point, qu'elle entreprend même de complèter le premier diplome du plongeur autonome : l'"open water" de chez PADI. Elle en a pour trois jours et quelques plongées qu'elle appréhende quelque peu.
Pour Rob', c'est encore un peu plus facile, il suffit que je lui décrive ce qui se trame ici par une vingtaine de mètres de profondeur pour qu'il adhère au projet branché à l'air comprimé.

C'est que la plongée autour de Busuanga a quelque chose d'unique. Dans un rayon d'une dizaine de kilomètres, on peut admirer et visiter les épaves d'une dizaines de bateaux militaires japonais coulés pendant la seconde guerre mondiale. Et comme si ça ne suffisait pas, la quasi majorité d'entre eux mesure plus de cent mètres de long. Une paille. Dix aiguilles à tricoter dans un bol de foin. Immancable. Ce qu'ils font là? L'histoire mérite d'être racontée.
Le haut commandement japonais avait décidé, au plus fort de la guerre du Pacifique contre les américains, de se baser ici en attendant de pouvoir lancer une attaque massive sur la flotte de l'Oncle Théodore. L'endroit est à l'abri des courants, caché du grand large par une multitude d'île qui sont autant de barrières protectrices. Les nippons sont donc installé confortablement et durablement à tel point qu'ils prennent la peine de camoufler leur flotte avec des pans (pants? Pands? pff...) entiers de branchages qu'ils arrachent aux îles environnantes. Durant quelques semaines, les américains qui survolent les environs en prenant des photographies aériennes n'y voient que du bleu, prenant les navires de l'empereur pour des îlots sans intéret. Mais, ça ne dure pas. Il se trouve que les japonais ont comis une erreur. Les bateaux sont solidements ancrés mais là où le bas blesse, c'est qu'ils ne sont ancrés qu'avec une attache par bateau, laissant ceux-ci tournés au gré du courant. Or, lors d'une observation des photos par les opérateurs attitrés, il s'avère que ce qu'ils prenaient pour des îles ne sont pas orientés de la même façon au gré du temps qui passe. Qu'est ce c'est que cette sorcellerie? Des îles qui bougent avec la marée? Bon sang mais c'est bien sur, LES JAPONAIS SONT LA!!!!!! Les portes-avions à la banière étoilée entre alors en action et en quelques heures, ce sont des centaines d'avions qui déversent un flot de bombes ininterrompu sur les bateaux pris au piège, les coulant un à un à quelques dizaines de mètres des côtes. C'est ainsi que maintenant au large de Busuanga se trouve un paradis pour plongeur en quête d'épaves accessibles et titanesques. Des croiseurs, des destroyers, des portes-avions, tout le bestiaire naval et militaire git ici, s'offrant à qui aura d'une part l'expérience, et d'autre part la volonté de mettre la tête sous l'eau.
On en est!!

Au centre de plongée, on débarque la fleur au fusil. Théoriquement, pour pouvoir pénétrer dans les entrailles des monstres, il faut être titulaire de l'"advance water", le niveau supérieur que je ne possède pas encore. C'en est trop, il n'est pas encore né celui qui va me priver d'explorer de fond en comble ces trésors historiques. Ni une ni deux, je m'inscrits sur la liste des candidats au brevet. Que demain soit un grand jour, ça ne fait aucun doute.

L'étape obligatoire par le bistrot n'est alors qu'anecdotique.

S'en suivent alors huit plongées en quatre jours. Huit plongées au cours desquelles la visibilité n'est pas exceptionnelle puisque ne dépassant pas la dizaine de mètres, mais tout le reste l'est, exceptionnel.
Dès que l'on aperçoit une à une les épaves, c'est le vertige qui nous gagne. Les dimensions de ces choses qui gisent au fond sont tellement impressionnantes que ça donne le tourni. Plus on s'en rapproche, plus ça empire, impossible de savoir où donner de la tête. Puis, par endroit, il y a une brêche résultant d'une explosion ou du choc lorsque l'ogre de d'acier s'est échoué. Pour nous, c'est une aubaine, c'est la porte d'entrée.
A l'intérieur, dès lors que l'on pénètre, la luminosité plonge. Tout sens de l'orientation est alors affecté si bien que si l'on perd de vue la lampe torche du guide qui nous précède, il y a de fortes chances qu'on ne retrouve jamais la sortie où qu'elle soit. Le haut, le bas, la gauche, la droite, sont alors des notions toutes relatives. La discipline prévaut. Cette sensation est d'autant plus renforcée quand en de multiples endroits, le faisceau lumineux s'attarde sur des obus qui n'ont pas bougés depuis plus de 65 ans, et qui de ce fait, non pas non plus été désamorcés. Gare à la curiosité, chien méchant, très méchant, à la limite du n'importe quoi!

Au bout du troisième jour, c'est la fin d'un cycle avec Mira qui rentre à Manille rejoindre sa potesse Josha durant quelques jours. Pour fêter son diplome fraichement acquis, l'équipe des plongeurs lui réserve une surprise. C'est l'opération boisson apnéiste. Assise, on l'équipe d'un masque et d'un tuba. Un des membres de l'école prend alors une bouteille de bière et commence à verser son contenu dans le tuba.
En une seconde, la pauvre suffoque et se laisse gagner par le mal des profondeurs dans l'hilarité générale. Certes, ce n'est pas très fin comme humour mais passons, moi aussi j'ai ri.

Avec Rob', on s'accorde une ultime journée dans les bas fonds à contempler le corail qui se développe sur les carcasses éparpillées.
C'est ensuite mon tour de boire au tuba. Avec plaisir. Si ça peut contribuer à la bonne humeur ambiante... Sur cette dernière gageure, me voilà plongeur certifié émérite au delà de la soixantaine de descente que j'ai déjà derrière moi. Pourvu que ça dure...

D'une dizaine, nous voilà maintenant les deux derniers rescapés du radeau de la mumuse. Tachons de nous en montrer digne.
Une journée de pluie plus tard où je deviens peu à peu la mascotte de la GH, le démon de la bougeotte a raison de nous. Profitant du ciel bleu qui nous repasse le bonjour comme pour célébrer l'arrivée de l'été en ce 21 juin, on se lève aux aurores pour une visite pour le moins bizarre.
De l'autre côté de l'île de Busuanga, l'ex-président-dictateur Marcos s'est offert une petite folie. Une autre île de quelques hectares dont il s'est dit que ce serait le cadre parfait pour y créer son propre zoo à ciel ouvert. Profitant de tous ses amis africains un peu douteux, l'homme s'est fait livré des gazelles, des zèbres, des girafes pour assouvir sa soif de n'importe quoi. A priori, c'est l'Afrique sans l'Afrique, la savane sans le Kilimandjaro.
Pour aller voir ça, il faut encore traverser Busuanga et quoi de mieux qu'une étape motocycliste pour parvenir à nos fins? Rien.

A 8h du matin, on est donc d'attaque faisant le planton en attendant l'ouverture du loueur.
A 8h30, la route défile à grande vitesse. C'est qu'il faut qu'on en profite, le secteur goudronné sur la centaine de kilomètres qu'il va nous falloir parcourir ne couvre qu'une infime portion.
A 8h45, c'est sur la terre qu'il faut déjà éviter le ornières. Ce qui aurait pu être un problème quelques mois plus tôt ne l'est maintenant plus. L'expérience du Laos et du Vietnam faisant de moi un conducteur expérimenté, c'est avec délectation que les difficultés s'appréhendent. Et s'il faut traverser le lit des rivières, c'est encore mieux!
Au cours de la traversée, les paysages s'enchainent. En cinq minutes, on peut passer d'une plaine fertile où les cowboys à cheval guident les vaches vers les patures à une foret dense et luxuriante. En tout, il nous faut pas moins de quatre heures pour atteindre la côte ouest. Le chrono tourne, il n'est pas prévu qu'on fasse le chemin du retour à la nuit tombée. Laissant là nos motos, on fait alors le tour des maisons pour s'enquérir de la présence opportune d'un possesseur de bateau capable de nous faire traverser l'étroit détroit qui nous sépare des girafes. On est alors guidé vers une maison où un petit vieux sans dents est ravi de nous trouver, se chargeant de nous convoyer sans remous.
En dix minutes, nous y sommes. Pour l'instant en bas d'un chemin mais comme le dit le préposé à un guichet de fortune :

- Dès la colline franchie, vous ne serez pas déçu!

Il a raison l'animal...
Le chemin nous ammène jusqu'à une grande maison sans mur où on est sommé d'attendre notre guide. Pendant la courte attente, on profite de la vue que l'on a sur tout le parc en s'émerveillant des zèbres qui jouent à chat. Pour l'instant loins de nous, bientôt plus proche. Le guide arrive et les présentations faites, on marche à travers la plaine. Partout autour, des zèbres par dizaines. Incroyable!! Qui plus est, habitués à la présence de l'homme depuis toujours, ceux-là ne sont en aucun cas farouches et s'accomodent de notre présence sans peine. C'est d'autant plus surprenant qu'en présence des petits, c'est le même refrain. On peut déambuler quasi librement dans ce non sens sans qu'aucun animal ne s'en émeuve.
Et quand ce ne sont pas les zèbres, ce sont les biches, et quand ce ne sont pas les biches, ce sont des petits oursons arboricole, et ainsi de suite jusqu'au clou du spectacle : les girafes.
L'emploi de superlatifs est alors inutile. Ces animaux semblent être à tel point sortis d'un livre des rêves que tout commentaire est vain pour décrire ce que l'on ressent à leur contact. C'est que pour une raison dont je ne me souviens plus, les girafes sont provisoirement dans un enclos potentiellement grand comme le zoo de Vincennes à lui tout seul! C'est tellement bien agencé qu'en aucune manière je ne peux être désolé pour ces chevaux tombés dans la potion magique. Ils ont droit à un traitement quatre étoiles et ils le méritent bien!!

Nageant dans un bonheur de tous les instants, il se trouve que nous aussi bénéficions d'un traitement quatre étoiles. Le hasard faisant bien les choses, nous sommes là exactement au moment où les girafes se font apporter leur encas de l'après-midi. Avec Rob', on saute alors sur l'occasion pour nous aussi attrapper de longues branches feuillues et nourrir les phénomènes. Inimaginable!
Prenez une branche. Mettez ma main à une extrémité pendant qu'à l'autre extrémité s'excite le plus grand animal de la planète se délectant avec une grande précision d'une feuille après l'autre. Gigantesque!!!! WHAOUUUUUU!!!!!!! Impossible de se lasser d'un tel spectacle!!

C'est donc une autre raison qui nous impose de repartir.
Coron City est dans le sens du retour aussi à quatre heures de lutte contre les glissades, sorties de route, téléscopages avec une chèvre. Comme chaque fois que je suis sur un deux roues, l'appel de la nature a beau résonné à travers mon cerveau, il reste une parcelle qui supplie de ne pas encore conduire quand la nuit est tombée. La DDE locale n'étant pas exactement au taquet, si tu respectes la devise "Sécurité avant tout", tu roules de jour. Ca me permet aussi, en outre, de récupérer le passeport que j'ai laissé comme caution, ça peut s'avérer utile...
Loin d'être en avance, ne laissant derrière nous que des nuages de poussière, on parvient à rentrer dans les délais fixés. Le loueur est ravi, Félicie aussi.


La boucle est maintenant bouclée. Busuanga Island n'a plus de secrets pour moi, mais de là à dire que je la connais comme ma poche, c'est un pas que je me garderais bien de faire. Gardons cela pour ma prochaine visite.


Le lendemain, toujours avec Rob, on décolle vers Manille l'odorante. Mira et Josha sont toujours sur place, agréable compagnie pour une dernière soirée sans histoire.

Le 23 juin, nouvelle journée, nouvel avion.
A la douane, je présente mon passeport qui certifie que ma date d'entrée dans le pays remonte à près de huit semaines au lieu du mois autorisé. Qu'à celà ne tienne, démontrant une dernière fois leur hospitalité légendaire, je m'acquitte d'un forfait journalier supplémentaire minime.

A l'heure du décollage, j'ai le coeur serré.
J'ai toujours estimé que cette période philippine était synonyme de vacances. Or, le plus dur commence. Dans quelques heures, j'atterris à Hong Kong en prélable à mon séjour chinois où, à priori, personne ne va comprendre ce que j'ai à lui dire avant une autre partie de plaisir, l'Inde qui ne laisse jamais aucun voyageur indifférent en bien ou en mal.

Les pieds bien calés dans les étriers, je suis paré.


PS : Le grand jeu-concours "un cadeau pour une photo" (voir l'article Bromo et Ijen) est encore ouvert à qui veut bien participer jusqu'au 30 novembre.

PPS : Ne le prenez pas mal mais ça me fout le bourdon quand dans les commentaires on ne me parle de la Chine, du Tibet et de l'Inde. Avant je n'avais que des suppliques me demandant d'écrire au présent, et maintenant que c'est le cas, vous ne semblez que vouloir du passé. Rappelez-vous, je ne suis pas une machine!! Ils sont exigeants les jeunes d'aujourd'hui, j'vous jure...

PPPS : Et puis tant qu'à être un peu lourd, je tourne au rythme d'une nouvelle inscription à la newsletter par mois, apparemment il n'y a pas que moi qui ne suis pas une machine!! Convertissez mes frères!!! Convertissez mes soeurs!!!

PPPPS : Pour finir sur une note plus positive, car le bonheur est quand même toujours au bout de la souris, les photos sur Coron sont dispos dans l'album "Philippines", embrassez les girafes pour moi!

A plus que bientôt
Grosses bises


 
 
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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 13:19

Au nord, il y avait Coron.

Mieux, notre destination.

La mer, c'était l'horizooon.

Le ciel, c'était le plafond.

 

 

Aïe Aïe Aïe!! A peine arrivé qu'il faut déjà tourner le dos à El Nido pourtant si hospitalière. C'est les larmes aux yeux que je me lève en ce dernier matin sur place. La tristesse oui, peut-être, mais la fatigue oui aussi, plus surement, conséquence d'une nuit où, pour une raison inconnue, j'ai eu de la fièvre comme jamais en terre étrangère, proche de 39°. Conjugué avec la chaleur de l'air qui ne retombe pas malgré le ventilateur qui reste allumé jusqu'au matin, après l'unique prise d'une aspirine, j'ai dormi les dernières 30 minutes d'une nuit interrompue comme prévue vers 6h quand il a fallu se secouer pour rejoindre le minuscule port municipal, départ de la bancasse.

Miraculeusement quand même, au moment où j'enfourche mes sacs, le cachet faisant effet, je me sens déjà nettement plus gaillard que quelques heures plus tôt. J'accueuille la nouvelle avec une pointe de soulagement sachant qu'on va passer les huit prochaines heures sur un bateau, coquille de noix à l'échelle de l'immensité marine que nous allons traverser.

 

Au port, tout le monde est dans un état vaseux et, quand on apprend qu'il nous faut encore attendre une paire d'heures pour je ne sais quelle raison avant qu'on puisse lever l'ancre, la nouvelle est digérée avec difficulté. Heureusement que les philippins ont tout prévu pour que notre patience ne soit pas une corde au cou. Aujourd'hui dans le pays, c'est la fête de l'indépendance. Dans le calendrier, c'est une date clé et les festivités débutent dès le lever du soleil.

Alors que les minutes s'égrennent péniblement, un vacarme se laisse entendre au loin, les décibels s'amplifiant à chaque seconde. Ils semblerait que tous les habitants d'El Nido, dans leur grande dévotion, se soient tous levés en même temps que nous afin de défiler en grande pompe. D'abord, on a droit à la fanfare de l'école, ceci expliquant le bruit entendu depuis de longues minutes. A l'aide de cuivres et le percussions, ils réveilleraient un mort et le feraient défiler aussi, emporté par les vibrations émanant de l'ensemble.

Ensuite, c'est au tour des pompiers, des officiels, des vieux, des jeunes. Tout est parfaitement huilé et il se passe bien trente minutes entre le premier et le dernier passant. Etant donnée la taille du village, c'est un tour de force qui nous permet un divertissement bienvenu, doublé du fait que dans cette demi heure, en secouant la main continuellement, on a la possibilité de saluer toutes les âmes des alentours, façon symbolique de les remercier pour l'accueuil qui nous a été fait partout où on a usé nos semelles. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, à peine le cortège a-t-il fini de passer qu'on est appelé pour prendre place sur la bancasse qui, bien qu'elle ne nous soit pas réservée, n'a pas attiré les foules à l'exception de Sebastian et Mani, deux allemands qui viennent grossir nos rangs pour la journée ainsi que celles à venir. Plus on est de fous, plus on est de fous.

 

A bord, on a plus de place qu'on pourrait en rêver. Les uns après les autres, chacun fait sa petite sieste au soleil, seul élément contrastant avec la couleur azur d'un ciel particulièrement clément. L'unique moment où on est alors tous réveillé intervient en fin de matinée quand l'homme à la barre nous arrête sur une plage littéralement déserte bordant une île perdue au milieu des flots bleus. Ce n'est pas tant que nous prenons part à une croisière mais la bancasse a, semble-t-il, heurté un OFNI (objet flottant non identifié) brisant net une palle de l'hélice. Le temps d'effectuer les réparations d'usage, les marsouins que nous sommes ne demandons pas notre reste pour barbotter gaiement ce qui, étant donné le décor, achève de nous sortir de notre moite torpeur.

Un sifflement plus tard, signal que la récréation a plus que duré, on remonte tous à bord laissant les alisés nous sêcher la couenne, pour un temps car, il semble que, météorologiquement parlant, les choses se gatent comme si on se rapprochait des côtes anglaises chères aux nuages de toutes sortes. Plus les minutes passent et plus l'horizon se bouche laissant croire qu'il se tient dans les parrages une convention dépressionnaire de premier ordre.

Une minute, on aperçoit l'île de Coron. La minute suivante, elle a disparu dans une brume quasi opaque. L'alerte est alors lancée. Les sacs sont déménagés dans les cales du bateau, seuls restent sur le pont l'équipage et tout ce qu'on possède de vêtements imperméables car cette fois c'est sur, la douche va être violente! A babord, c'est un véritable rideau d'eau qui se rapproche, la frontière entre le sec et le déluge étant si distincte qu'aucun doute n'est plus permis.

Un kilomètre. Cent mètres. Dix mètres. Touchdown!

D'une seconde à l'autre se déversent des seaux d'eau qui balayent nos rêves de mirages. Seule protection illusoire, une maigre toile cirée tendue entre les deux mats de la bancasse qui n'empêche malheureusement en aucune façon la pluie portée par le vent qui l'accompagne de nous tremper des pieds à la tête.

 

C'est en véritables éponges qu'on débarque à Coron City qui, qui il faut le préciser n'est bizarrement pas sur Coron Island mais sur Busuanga Island, sa grande soeur. Sur Coron Island, à la manière de Ko Phi Phi en Thailande, rien n'est construit à cause ou plutôt grace à une énorme muraille protectrice.

 

En connaisseur des lieux, j'emmène toute notre bande au Kristal Lodge qui reste imprimer dans ma mémoire grace à son charactère unique. Le lodge est construit sur pilotis, au dessus d'une mangrove dans un enchevêtrement inextricable de bois, un mécano végétal branlant, construit sous acide sur des dizaines d'années. A sa simple description, tout le monde n'a d'autre choix que de suivre mis à part Dondon qui va dormir chez sa mère qui habite non loin.

Nous sommes alors un groupe d'une demi douzaine de personnes, échouant avec délectation, dans une véritable maison sur l'eau pouvant tous nous accueuillir même si deux personnes doivent dormir par terre. Mais qu'importe, c'est un tel havre de paix que même si je devais dormir sur des racines, je signerais les yeux fermés ce que je n'ai pas non plus à faire puisque je partage la même chambre que Mira et Josha qui, en comparaison, peuvent tenir les racines en respect.

La fin de l'après-après midi se résume donc en une appropriation des lieux. Les hamacs tournent, les parties de cartes s'enchainent, les bières se descendent.

 

Ce n'est qu'à l'heure du dîner qu'on met enfin un terme à ce repos des sens. Rejoints par Dondon, nous mettons tous le cap vers le bistro Coron qui porte tellement bien son nom qu'au menu on trouve pelle mèle au mileu des gambasses à couleur local, un pot au feu et une blanquette de veau. Hummmm...

Comme on a pas véritablement mangé depuis la veille, c'est dans un concert de gargouillis que chacun passe sa commande. Je ne sais plus exactement ce que je commande mais ce dont je me rappelle c'est que Manni et Sebastian commandent tous les deux une petite pizza qui est déjà tellement énorme que les deux vantards ne peuvent même pas en voir le bout. Ces informations en mémoire, il sera temps demain de voir ce dont je suis capable...

 

C'est à la fermeture du bistrot qu'on rentre à la maison. La nuit sera courte, demain est une journée chargée que le soleil soit de la partie ou non. Le programme élaboré entre deux bouchées prévoit qu'on se réserve les faveurs d'une bancasse que nous louerons pour la journée dans le but appétissant de profiter des multiples attraits qui abondent autour et sur Coron Island.

 

 

Ce matin du 13 juin, ça ne nous rajeunit pas, c'est le branle-bas de combat de bonne heure mais de bonne humeur. La perspective de passer la journée entre eau chaude et sable fin ne doit pas y être étrangère. Dondon nous rejoint à la maison sur les coups de 7h. On pourrait alors se rendre directement sur le bateau qui n'attend que nous mais maintenant riche de l'aventure d'une précédente journée de navigation sous les tropiques à El Nido, on a compris que même si c'est l'heure des tartines, il faut déjà qu'on de l'eau dans le moulin du déjeuner.

Nous réjouissant donc de la perspective d'un repas fourni et varié, nous prenons d'assault le marché de Coron City. Sur notre liste de course, du poisson au kilo en la personne de Thony, le thon frais en tranches de 2cm d'épaisseur chacune, des tomates, deux concombres, un ananas, du raisin, des bananes naines, des mangues et des citrons verts. En comptant la boisson, nos sacs de provisions doivent peser dans les 15 kilos, pas mal si l'on considère qu'il ne s'agit que d'un seul repas avec huit convives autour de la table. J'en ai déjà les babines qui suintent!

Ne reste plus qu'à grimper tout ça sur le bateau en plus des palmes, masques et tubas dont tout le monde est affublé pour ne rater même aucune miette de ce qui se passe sous l'eau.

 

On quitte alors Coron pour Coron (Vous suivez?) sous un soleil timide mais prometteur en comparaison des gouttes comme des balles de ping-pong qu'il est tombé hier.

 

La première étape consiste en une première mise à l'eau. A une cinquantaine de mètres des côtes, devant une plage solitaire, git par une dizaine de mètres de fond une épave de bateau échouée là depuis bien des lunes déjà. C'est l'occasion pour tout le monde de tester son matériel et aussi pour les garçons, fiers comme pas deux, de tenter de toucher un bout de coque avant de remonter vers la surface, ce dont je m'acquitte pour est quite mais préférant quand même l'exploration marine une bouteille d'air comprimé attachée dans le dos, j'ai beau être un mammifère marin, ça ne vaut pas un poisson!

 

A cette cadence, comme il y a aussi de quoi faire en terme d'observation de vie sous-marine, la matinée avance bon train. Puis, comme en plus on a pas de glacière, le thon nous supplie de le cuire tout de suite plutôt que d'attendre que la température pas vraiment réfrigérante s'occupe d'en faire un terrain idéal pour la reproduction des champignons. On met alors le cap sur une autre plage, toujours aussi déserte, cuisine à ciel ouvert orientée plein sud, agrémentée pour bien faire d'une table abritée sous un large hauvent de bois. Les taches sont alors répartis entre ceux qui cuisent, ceux qui épluchent, ceux qui coupent en dés, ceux qui mettent la table, sachant que rien n'est gravé dans le sable, la marée emportant les systèmes trop rigides en même temps que la "fatigue" consécutive à tant d'activité grace à un bon bain raffraichissant.

Une heure plus tard, le festin est avancé. Les philippins responsables de la bancasse sont nos invités, on pourrait nourrir une armée de grévistes de la faim brisant leur jeûne. L'attaque est alors éclair, tout le monde se servant de ses doigts pour faire honneur à cette pitence délicieuse, bien conscient que l'océan est là pour nous nettoyer le cas échéant.

Le soleil est alors dans tous les estomacs, compensant sa défaite imminente dans la lutte d'influence qui se joue entre lui et les nuages plus nombreux à des centaines de mètres au dessus de nos têtes hébêtées devant la zone contrôlée par l'ombre qui maintenant nous englobe. Pas grand chose que l'on puisse faire de toutes façons et il n'est certainement pas encore né le cumulo-nimbus qui ternira cette journée au point de nous faire rejoindre notre port d'attache.

Comme un défi à la nature menaçante, on retourne une dernière fois se baigner avant de s'enfoncer plus avant dans les entrailles de Coron Island. Celle-ci, aussi escarpée soit-elle recelle deux joyaux, deux lacs enserrés entre les machoires de cette forteresse minérale.

 

Pour atteindre le premier, c'est par un véritable copié-collé de ce aqua on s'est déjà attelé au Small Lagoon qu'il faut passer. Une entaille dans la roche sous la surface de l'eau est la seule porte d'entrée, mammifère terrestre s'abstenir, vers un lac où les eaux salées et clairs se marrient comme l'huile et l'eau, par couches superposés sans espoir de pouvoir fusionner.

Nos masques sur le nez, les uns derrières les autres, nous émergeons alors dans ce superbe écrin protégé de tout sauf de la pluie qui débute son monologue. Mis à part pour les couleurs en général transcendées par temps clair, rien dans ce qui était prévu ne change, le lac n'étant entouré de rien d'autres que de roches tranchantes. Pas de chaises longues, pas de hamacs, pas de plages. On se contente donc de nager ce qui n'est franchement pas si mal. Puis Dondon, en fin connaisseur et grimpeur, ouvre aux plus courageux la voie verticale vers de véritables plongeoirs naturels perchés entre trois et sept mètres de hauteur.

C'est alors de nouveau le temps de la récréation. Comme des mômes, nous nous approprions l'endroit dans des plongeons ou des sauts périlleux plus ou moins maîtrisés sans craintes de nous casser le cou, le fond atteignant des niveaux incalculables à la force des poumons.

Puis, voyant que tout le monde est bien à son aise dans les airs comme dans l'eau, Dondon, encore lui, baptise une nouvelle plateforme atteignant cette fois une dizaine de mètres, ce qui équivaut en gros au plancher d'un troisième étage d'immeuble. Cette fois-ci, plus question de faire le rigolo, si tu te réceptionnes mal à l'entrée dans l'eau, si quand tu es un garçon tu écartes les jambes par exemple, c'est aussi sec au bureau des objets trouvés qu'il faudra chercher ton équipement tombé sous la force du choc. Une fois juché en équilibre précaire sur le promontoir, il n'y plus d'autre alternative que celle de se jeter à l'eau. D'une part, il faut grimper pieds nus sur des arrêtes rocheuses tranchantes à se créer de nouveaux orteils et d'autre part, c'est tellement vertical que redescendre par là où on monte serait comme signer d'office une déclaration stipulant que le suicide est prémédité. Quand tu es là-haut, tu sautes et puis c'est tout!!!

C'est donc la gorge serrée et devant les yeux héberlués d'un groupe de touristes philippins nageant à grand renfort de gilets de sauvetage que successivement, toutes les tentatives aboutissent dans de grands cris au moment de revoir la surface. Et c'est comme ça pendant une heure, personne n'ayant envie de lacher le morceau, repoussant peu à peu un peu plus ses limites.

 

Pendant cette heure, la pluie fine a tout le temps de se muscler et c'est sous des trombes d'eau plus froides que celle du lac qu'on déplace le centre des opérations vers Barracuda Lake, le plat de résistance de la journée autant qu'un tour de force tant les éléments sont contre nous, le ciel grondant de plus belle à mesure que l'on s'avance péniblement sur le sentier rendu ultra-glissant qui nous fait transiter d'une rive à l'autre, de celle de la mer à celle du lac, enjambant tant bien que mal le mur gigantesque qui les sépare.

En arrivant, mes sentiments sont constratés. Je suis, dans un sens, déçu de la tournure des éléments. Le lac et sa découverte la première fois que je m'y suis mouillé le cul plusieurs années auparavant m'avaient laissé sans voix. Jamais je n'avais vu une eau aussi clair, le tout dans des dimensions extravagantes. Les photos de l'époque en témoignent, c'est véritablement à tomber à la renverse quand le soleil veut bien se donner la peine d'être partie prenante.

Mais, d'un autre côté, aujourd'hui c'est une telle apocalypse climatique qui nous acompagne que ça en rend dément l'idée même qu'on puisse être bel et bien là. Déjà détrempés avant même d'avoir gouter à l'eau du lac, c'est une libération quand nous pouvons nous affranchir de la douche en plongeant dans ce bain chaud. Chacun est alors libre de nager où le coeur lui en dit. Pour ma part, je me laisse gagner par le vertige en logeant la falaise qui me domine d'une hauteur incommensurable à l'extérieur pour plonger verticalement dans des abysses insondables en dessous de mon corps flottant, insignifiant à l'échelle du gigantisme ambiant. Je suis alors rejoint dans mon exploration par François et Sebastian avec lesquelles on décide, de manière inédite, de nager jusqu'au bout de la barre verticale du "T" que forme le lac pour mieux en apprécier la taille. Près d'un kilomètre plus loin, le bout est quasiment atteint laissant apparaître de part et d'autre des ramifications qui s'enfoncent dans la terre inhospitalière jusqu'à perte de vue. Force est donc de constater que Barracuda Lake, c'est plus fort que toi. Au bout de l'effort, on retourne alors d'où on est venu pour découvrir que les autres s'amusent sur un tronc d'arbre flottant. Inutile de dire qu'on se prend alors aussi au jeu, parfait fil tendu marquant l'arrivée de notre marathon nautique.

 

Il est 5h quand on reprend le chemin menant au bateau, le corps ramolli mais la tête enfiévrée par cette journée parfaite sous toutes les coutures.

Au retour à El Nido, la pluie a beau s'être calmé, ce n'est pas pour autant qu'on va se lancer dans un jogging. Comme la veille, le début de soirée n'est qu'une longue décompression faite de paresse et de contentement. Comme la veille, c'est au bistrot qu'on se charge de se remettre de l'essence dans le moteur, culinairement parlant.

Gardant en mémoire l'épisode de la petite pizza, synonyme de Waterloo dinatoire pour Manni et Sebastian, j'entreprends de commander une pizza de division supérieure, à savoir de taille moyenne, sous les yeux interloqués de l'assistance.

Une heure plus tard, c'est le ventre gonflé comme une femme enceinte de quatre mois que j'y plante une dernière fois ma fourchette, ne laissant dans l'assiette que quelques maigres morceaux de pate nue, sous le regard empli de respect des deux déserteurs de la veille qui se demandent encore où ma frêle constitution arrive à stocker ce pavé rectangulaire de la taille d'un volume encyclopédique.

- "Et ouais les gars! Made in France!!"

 

A la sortie de chez notre Pantagruel de cuisinier, je n'en mènes quand même pas large. Lourd de toutes ces calories et en proie à une digestion à conséquences somnolentes, je n'ai qu'une envie : retrouver le confort d'un plumard plus à même de me remettre d'aplomb que quoi que ce soit d'autre.

Les autres étant dans le même état d'esprit, c'est en groupe qu'on retourne tous au lodge, ne veillant pas très tard jusqu'au moment d'éteindre les lumières. Quant au lendemain, rien n'est alors encore décidé, gageons qu'on arrive pas à reproduire les efforts.

 

 

On l'avait vu venir, c'est arrivé. Comme aucun réveil n'a, avec bonheur, été programmé, les réveils s'étalent sur toute la durée de la matinée en tirant même un peu sur le début de l'après-midi. A l'extérieur, la grisaille se taille la part du lion ce qui n'incite personne à secouer ses voisins. Dans notre maison sur l'eau, ça écrit, ça joue, ça se repose, Je ne sais pas si c'est dimanche mais ça en a tout l'air... C'est la dernière journée à Coron pour Josha, Sarah, François, Dondon, Mani et Sebastian, inutile qu'ils ne se froissent un muscle hormis pour aller d'un siège à un autre.

 

Le soir venu, il est quand même temps de célébrer en grande pompe ce groupe dans lequel chacun se fond naturellement. Après un nouveau dîner où, cette fois-ci, personne n'a les yeux plus gros que le ventre, on fait, si je puis dire enfin, la tournée du bar de la ville, du fait qu'à Coron City, on est pas à Boracai, les débits de boissons dignes de ce nom se comptent sur le doigt tendu d'une main, de préférence le pouce.

Une première tournée pour lancer les hostilités. Une deuxième pour être sur, avant de finir en grande pompe avec une troisième coincidant avec la fermeture des lieux pour la nuit. C'est alors déjà le temps de dire au revoir à certains qui partent très tôt le lendemain matin. Pour les autres, ce sera un peu plus tard même si ça ne change pas grand chose à l'affaire. On est tous bien tristes de mettre fin à cette aventure commune passée comme une trainée de poudre.

Mais demain est un autre jour, demain est un autre groupe.

Pas de place pour les atermoiements, avec eux, c'est où ils veulent, quand ils veulent.

 

 

 

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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 17:21

Oh mon bateauuuu!! Tu es le plus beau des bateaux!!!

Et quand tu navigues sur les floooooots, vers ce qu'il y a de plus beauu,

Tu peux être sur que je ne fais pas dodooo!!

 

 

C'est le premier matin à El Nido. Les yeux s'ouvrent tous curieux de ce à quoi ressemble la vue dans la lumière éclatante de cette journée naissante. Sur notre terrasse à la limite du privatif, tous les visages que je peux croiser me sont désormais familiers, c'est donc sans crainte d'être dans la lunette d'un paparazzo que je peux déambuler en caleçon, les jambes offertes aux alizés. Les nuages sont toujours là mais l'espoir de voir le temps se dégager demeure si on en juge aux quelques trouées de ciel bleu qui parviennent péniblement à se tailler une place au soleil.

On s'en tient donc aux prévisions de la veille. Par l'intermédiaire de l'Alternative, on réserve une bancasse pour notre groupe avec la ferme intention de laisser une emprunte sur ce qu'ici on nomme le Big et le Small Lagoon, des lagons qui à entendre Dondon sont des joyaux où il fait bon ce dorer la couenne en barbotant dans une eau qui ferait passer la Vittel pour de l'huile de vidange.

 

Sur les coups de 9h, tout le monde se tient fin prêt, un maillot de bain sur les fesses. Pour grimper sur la bancasse, il nous suffit de descendre de notre terrasse, de se mouiller les pieds dans la marée haute qui charrie des centaines de minuscules poissons, de marcher quelques mètres de l'eau jusqu'aux genoux et le tour est joué. La fine embarcation fend alors la surface et entame une navigation de plaisir plaisancier entre les îles qui se succèdent. La mer est d'un calme rare, tout comme nous, impatients d'atteindre des eaux moins profondes et plus colorées.

Après une heure à faire les lézards sur le pont, il semblerait qu'on touche au but. Devant la proue, se rapprochant, une longue île au relief accidenté nous barre le passage. D'ordinaire, on en aurait fait le tour mais là, on fonce droit dessus dans la limite autorisée par notre moteur de tondeuse à gazon. Et à mesure qu'on réduit la distance, une faille dans la roche s'ouvre et grandit jusqu'à nous engloutir. Sous la coque, la mer dévoile une palette à faire pleurer Michel-Ange, ça n'est pas Tahiti mais ça y ressemble, les prix prohibitifs et les marchands de journaux vendant le Figaro Madame en moins.

Dans cette espèce de canal sorti d'un livre de coloriage pour fétichistes des couleurs bleus et vertes, nous sommes seuls au monde avec la machoire qui se désolidarise du crane en admirant le Big Lagoon qui se présente, caché du monde réel, entouré d'une muraille infranchissable, comme un rêve éveillé. Au milieu du lagon est installée une petite plateforme permettant à la bancasse de s'amarrer sans avoir à s'ancrer de manière destructrice pour les fonds marins. Qui plus est, c'est le plongeoir idéal pour qu'enfin on puisse ne faire qu'un avec cette démonstration exubérante de Mère Nature, sans doute sous acide au moment de pondre un décor pareil.

En moins de temps qu'il en faut pour... Plouf!!!!

Ce n'était pas un mirage, l'eau est aussi chaude que l'air ambiant, nager là peut causer de sévères dommages si on a pas anticipé un si grand privilège. Gare à l'hydrocution psychologique!! Gare aussi au prolongement du traitement sur toute une journée car ce n'est que le début!

 

Après avoir bien nagé, bien bronzé, bien ri, il convient pour nous de remettre le couvert, direction le déjeuner. Pas facile en apparence quand on a pris l'habitude des gargottes et des restaurants bien agencés, qu'est ce qu'on vient faire sur cette plage déserte? Il est où le serveur?

C'est alors que le capitaine du bateau aidé de son second commence à préparer un feu à l'aide de bois éparpillé sur le sable. Puis le second retourne au bateau et en sort toute une caisse de victuailles. En un rien de temps, un poisson cuit, des légumes et des fruits sont coupés. Le capitaine arrache au foutoir végétal des feuilles larges comme des bassines et en distribue une à chacun.

- Vous avez faim? Voici vos assiettes!

Nous, de notre côté, la parenthèse culinaire du déjeuner nous avait pas mal échappé à l'heure de préparer cette journée et c'est avec un peu de retenue faite de gêne d'avoir mis la tête dans l'eau plutôt que de mettre la main à la pate qu'on accepte la nourriture offerte en se promettant de remettre ça en mettant les formes dans les jours suivants si une opportunité se présente. Après une promesse d'échange de bon procédé comme ça, on peut enfin déculpabilisé et se jeter les mains les premières dans l'auge traditionnelle de la république bananière. Donc, ça mange, ça avale, ça se reconstruit de l'intérieur pour appréhender le feu au ventre ce qui va suivre...

 

La cantine est rangée. On n'écoute pas les conseils de grand-mère en rejouant aux dauphins juste après. On repart. Entre les îles, comme le matin, le capitaine met le cap sur un nouveau bijou, le Small Lagoon. En s'en rapprochant, la magie opère de la même manière, les poils se hérissent à la vue du changement de profondeur et de l'explosion chromatique qui en découle. Là aussi, on manoeuvre le long d'un étroit goulet d'eau entre les falaises sauf qu'à un moment, c'est comme si ce brave capitaine avait bu la gorgée de trop, le goulet est une impasse, le mur se referme sur nous, pas moyen d'avancer un mètre de plus.

- Alors capitaine? On s'est trompé de route au précédent rond point ou quoi? Arrête le goulot, y'a un goulet!!!

Dondon révèle alors le pot aux roses. Accrochez vos ceintures, respirez à fond. Aucun bateau quel qu'il soit ne peut mouillé dans les eaux du Small Lagoon. Le Small Lagoon est caché du monde, enserré entre les machoires d'une muraille asserrée. Pour faire partie du club de gros privilégiers de première détenteurs du secret du lagon perdu, il faut se lancer la tête la première à quelques mètres de profondeur. La seule ouverture possible pour avoir la tête qui bronze de l'autre côté, c'est une fente à trois mètres sous l'eau qui s'enfonce sur toute la largeur du mur, c'est à dire une demi-douzaine de mètres. Il convient donc de prendre une bonne inspiration et de nager jusqu'à respirer l'air du lagon. Ici, la mer est encore plus trancendante qu'au Big Lagoon, où que l'on se trouve à l'intérieur, l'impression que le fond n'est qu'à quelques centimètres domine, mais après vérification, il faut parfois descendre de longues secondes avant qu'enfin, on puisse pousser sur les jambes pour retrouver l'oxygène salvateur.

Quand on nage dans ces eaux, on a l'impression qu'on pourrait rester une vie entière à barboter sans que rien ne viennent jamais à manquer.

Au total, on passe un peu plus d'une heure à la recherche de grottes cachées en n'en croyant pas nos yeux une seule seconde. J'ai trouvé mon paradis et quand il faut finalement retourner au bateau après trois sommations, c'est le coeur lourd que je me sèche de cette eau de jouvence.

Il est des endroits comme ça, où je suis sur de revenir un jour vérifier que ce n'était pas une illusion d'optique, celui-là en est un!! D'accord, ça n'est pas très pratique pour étendre sa serviette le temps d'un week-end, mais à l'arrivée, le jeu en vaut largement la chandelle tant c'est une nécessité de santé publique de vivre des claques comme celle-ci! D'ailleurs, il faut tous qu'on s'en remette pour l'instant. Le capitaine aussi l'a compris.

 

Sur le chemin du retour à El Nido, l'équipage fait une nouvelle halte. Une nouvelle plage déserte comme une photo de brochure touristique nous autorise une dernière feignantise, agrémetée cette fois d'une bière glacée, luxe ultime que de se retrouver nez à nez avec la guérite la plus isolée du coin. La bière n'est en plus pas venue toute seule, elle est accompagnée de son pote hamac, une solide équipe ces deux-là.

 

Puis, comme la vie continue par delà la paresse fortement justifiée par ce paradis qui ne demande que ça, il faut rejoindre El Nido, notre camp de base, guidés que nous sommes par un arc-en-ciel qui se déploye juste derrière le village. Il a dû pleuvoir quelque part, ah bon? Pas au dessus de nous en tout cas et c'est tant mieux car rien n'est donc venu compromettre le coucher de soleil que nous admirons tous depuis la cabane des gardes-côtes fauchés de tout sauf du plus beau balcon sur l'horizon.

 

L'heure est alors venue de se remettre de nos émotions. Un dîner sur la plage saura y remédier les petits pieds dans les grains. Le restaurant est aussi garni que nos assiettes et, à la table juste à côté de la notre, mange aussi le type qui voulait à tout prix partir de Puerto Princessa sans apparemment prendre gard au typhon qui soufflait Palawan comme le grand méchant loup souffle les maisons des trois petits cochons. On se reconnait, le type vient s'assoir à notre table, on discute. Arrive le plat de résistance, celui-ci étant non pas le met me remplissant délicieusement l'estomac mais le récit de voyage de mon nouveau voisin de table avec photos à l'appui.

Il y avant bel et bien des bus partant pour El Nido, il est monté dans le premier lui barrant le chemin. En route, je lui demande ironiquement s'il a pu, lui comme nous, profiter de la vue en grimpant sur le toit. Il me répond dans un sourire que non, et bien lui en a pris. A peu près à mi-chemin, la pluie avait transformé toute la chaussée en une boue épaisse et, alors que le bus s'engageait dans un virage, tous ses passagers ont eu le temps de le voir venir comme au ralenti, il s'est mis à glisser sur toute la largeur de la route jusqu'à en sortir, finissant sans une roue au sol mais couché sur le bas-côté!!

L'a bien fait de le prendre son bus, mon Champion!! Et puis ses photos sont très réussies, très contrastés avec une belle lumière!!

Dans son malheur, il a quand même pu s'en tirer à moindre mal. Personne n'a été blessé. Le chauffeur est parti, dès le coucher du bus, trouver un tracteur serviable pour les tracter hors de ce vilain pas et les remettre sur leurs quatres roues. Mais quand même, pas moins de vingt heures pour boucler Puerto Princessa - El Nido, à mettre au tableau des meilleures performances de l'année!!!

 

L'histoire aura donc eu le mérite de faire rire tout le monde mais pas que. Dondon, avec son esprit un peu vrillé toujours en quête de quelque chose de récréatif, nous donne son sentiment pour le lendemain. C'est maintenant à notre tour de ne faire qu'un avec les routes défoncées. Au matin, on ira louer des deux roues et on tentera autant que possible d'essorer au maximum le nord de Palawan au bruit de nos moteurs rugissant.

Demain, c'est journée moto. Encore une. J'en salive d'avance... D'autant qu'avec un guide comme ça... Tout est possible...

 

 

Sur le marché local, on répartit déjà les denrées. Nous, on répartit les pilotes. Six personnes pour trois motos sur la grille de départ. Josha et Mira ne sont pas vraiment dans leur élément, qu'à cela ne tienne, Dondon et moi sommes volontaires pour les acheminer au bout du monde. Sur la troisième bécane, François et Sarah s'échangeront le guidon.

 

A 10h, on est vaillamment lancé sur la route qui, après quelques kilomètres, ne mérite déjà plus ce nom. Ce n'est pas un rally asphalté, c'est un rally terreux dans le meilleur des cas. Dondon ouvre la route et se marre de nous faire circuler dans les pires conditions possibles. Un raccourci par ci, un raccourci par là, si aucun signe de chemin n'est devant nous, c'est quand même par là qu'on va, à travers les arbres, au milieu des rizières sur des couloirs à la largeur centimétrée. Quand on se retrouve nez-à-nez avec une flaque quelle que soit sa taille, on la traverse en se demandant ce faisant si, au final, elle n'est pas profonde d'un demi-mètre avec des souches d'arbres invisibles au milieu ou si, pour corcer le tout, elle n'est pas la cachette idéal pour un crocodile du Nil à l'affut de la moindre gazelle qui viendrait boire dans ses eaux troubles. Et chaque fois, presque miraculeusement, ça passe, on progresse. On a chaud mais on avance.

 

A l'heure du déjeuner, l'ami Dondon fait bien les choses, le paysage s'ouvre devant nous en une sorte de sublime cocoteraie. Et comme un bonheur n'arrive pas tout seul, il y a la mer juste derrière qui s'étale le long d'une plage aux pieds d'un village branlant mais accueuillant comme jamais avec ses porcs qui déambulent entre les arbres.

Le village semble vivre en complète autonomie, la mer pourvoyant à tous les besoins. Apparemment, ca laisse le temps aux habitants d'abord de faire des bébés et puis aussi de ne rien faire que de jouer dans les vagues. Quand on descend de selle, le comité d'accueuil est composé d'une vingtaine d'enfants curieux quand on ne leur court pas après. Si on leur court après, au contraire, ce sont des cris aigus qui se répandent dans tous le voisinage. Pour ma part, comme il faut bien commencer par quelque chose, je passe de longues minutes à jouer avec ces terreurs. Comme à 1-2-3-soleil, dès que j'ai le dos tourné, ils se rapprochent par grappe. Pas comme à 1-2-3-soleil, dès que je fais volte-face, ils s'enfuient en riant. Je pourrais faire ça toute la journée... Mais comme la mer n'est qu'à quelques pas et qu'il doit faire dans les 35°, vient ensuite le moment de mettre la viande au frais dans une eau à 28-30°.

Là, ce ne sont plus les 3-8 ans qui jouent, ce sont les 12-20 ans pleins de foutre et d'hormones qui s'ébattent dans des vagues propices à la pratique du bodysurf ou qui se jètent dans l'eau les uns grimpant sur les épaules des autres comme à la grande époque où Pepette faisait des saltos arrières grimpée sur les épaules de Papa.

Impossible de rester en place. Tous les locaux nous invitent à partager leur jeu, c'est un grand moment de délire collectif. L'inhibition ne faisant pas partie du vocabulaire local, tout le monde passe des minutes fabuleuses

 

Puis, il est temps, d'une part de sortir de cette zone de cuisson qu'est la côte à ce moment de la journée où le soleil n'est pas ton ami mais un traitre en puissance, et d'autre part de lever le coude et la fourchette s'il y en a une. La petite communauté motorisée s'installe donc à l'ombre d'une des cases du village pendant qu'on lui apporte de quoi se remplir le diffuseur de vitamines en la personne de l'estomac.

On est donc callé sur cette terrasse ombragée. Pendant ce temps, toute la population semble avoir mis entre parenthèses ses activités pour venir rire avec nous et aussi de nous, joyeux drilles, nous scruter sous toutes les coutures, voir comment on s'installe, comment on rit, comment on tente le mieux possible de faire honneur à la pureté

de ces moments qu'ils nous octroient.

Six personnes qui mangent et une cinquantaine qui les regardent manger sans montrer un seul signe de lassitude jusqu'au moment où les assiettes sont vides, les panses sont pleines, les coeurs remplis de sourires. Après avoir débarrassé la table, payé notre dû autrement qu'en bons sentiments, Dondon nous signale qu'il est temps d'en mettre un coup, d'accélérateur bien sur. Le bougre sait de quoi il parle...

 

L'après-midi défile au rythme de la poignée d'accélérateur tantôt callée dans l'angle quand il y a de la place devant nous et tantôt prudente quand on s'enfonce malgré nous à travers une foret dont la densité ferait passer le bois de Vincennes pour une prairie.

Quand c'est comme ça, Dondon mène le bal. Quand c'est plus praticable, on se tire la bourre jusqu'à ce que, à l'image du Coyote et de Beep-Beep, je ne parviennes plus à voir de la moto de Dondon et Mira qu'un nuage de fumée qui disparait au loin. Dondon en bon local qu'il est, est un enragé de l'accélérateur sur toute surface, le suivre reviendrait à justifier à lui tout seul la présence dans mon assurance voyage d'un clause en cas de décès de l'assuré. Comme je le dis chaque fois que ça m'arrange, la sécurité avant tout!!! D'autant qu'en plus, on est pas en retard, la seule chose qui nous attend, c'est une vie saine et bien remplie!!

 

Il est 17h quand on revient dans les parrages d'El Nido. Une fois de plus le ciel se pare de ses plus belles couleurs, on est pas les plus malheureux, loin s'en faut. Dans ma tête résonne les notes d'"Emmenez moi" d'Aznavour.

 

Au retour des motos, rien est à signaler sauf pour François et Sarah qui se sont échoués sur un chemin au moins aussi pire que les autres et qui ont arrachés une pièce de carrosserie made in China de leur monture, seule égratignure, héritage logique de cette journée 4x4 sur deux roues.

 

Au retour à l'hotel, rien est à signaler sauf qu'on part le lendemain. Le temps imparti à El Nido touche à sa fin la mort dans l'âme. A l'heure qu'il est, demain nous serons sur l'île de Coron que je connais déjà comme ma poche ou presque pour y être déjà passé.

Joie de retrouver des terres connues, joie de rester tous ensemble quelques jours de plus, joie de pouvoir vous y emmener ou presque.

 

 

 

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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 15:39

Dans le fond du désert,

Dans les gouffres des montagnes,

Dans les eaux des rivières,

Dans le froid des campagnes,

Dans le bleu de la mer,

Dans une coupe de champagne,

Je (te) survivrééééé!!

 

Au pays des requins,

Au dessus des baleines,

Quand je mange du boudin,

C'est un p'tit porc qui saigne,

Au delà de la peur,

Avec mon jambon beurre,

Je (te) survivrééééééééé!!!!

 

 

Je m'arrête là même si je suis chaud... C'est que cette dernière petite semaine à Malapascua, ça m'a bien remonté, comme un coucou remonté au Guronzan. Fin prêt que je pars maintenant à Palawan, île qui fleure bon la verdure teinté d'aventure; et comme pas une seconde n'est à perdre, l'avion se révèle sans surprise bien plus pratique et rapide que le bateau. Si il y en a encore que ça surprend, prenez une feuille, un stylo, ensuite vous avez le choix entre passer une ou quarante-huit heures pour tracer une ligne de la longueur de votre choix. Si vous choisissez quarante-huit, je veux voir le résultat!!

 

Donc, revenons à nos moutons, je prends l'avion, une seule et misérable journée après avoir pris la décision et acheter le billet. Le vol, est-ce la peine de préciser, s'effectue sans heurts, avec de surcroît une place près du hublot autorisant des vues pas possibles sur les Visayas, archipel dans l'archipel, où les montagnes et les plages se succèdent à un rythme de réacteur.

En posant le pied à Puerto Princessa, le soleil brille, quoi de plus normal. Et là vous dîtes : combien de temps cela va-t-il durer? Ce à quoi je répond : patience...

 

Je rejoins une GH toute mignonette en lisière de la ville. Les propriétaires sont aussi des exposants d'artistes locaux, donnant ainsi à chaque recoin du batiment, de la terrasse abritée aux chambres, un exotisme bien loin des blockhaus chers à Jean-Marie. Ma chambre, c'est au sous-sol, à côté de la cuisine que ça se situe. Plus simple, tu dors dehors, sachant que dormir dehors, ça veut dire sur la terrasse dans un hamac.

Ce premier soir, je passe la soirée là à discuter de temps à autre avec les gens qui travaillent ici, et comme je suis pour ainsi dire le seul locataire des lieux, ça se passe plutôt avachi que assis, tout le monde un grand sourire sur le visage. Pour un peu, j'aurais l'impression d'être aux Philippines. Ah mais non, j'y suis aux Philippines, c'est pour ça!!!

 

 

Le lendemain, je n'ai pas vraiment pris la peine de mettre un réveil, encore terriblement marqué par les ouvertures d'yeux pré-levers de soleil pour aller rendre visite à des sortes de grosses sardines. Maintenant vient l'heure de profiter de la journée en mode piano piano, commençons par monter sur la terrasse et voir ce qu'il s'y manigance.

Là, alors que j'entame mon petit dèj', arrivent coup sur coup, Josha et Mira, deux hollandaises à donner des torticolis à des tournesols, et Dondon (NDLR : prononcez donne-donne), un philippin qui vit sa vie entre peu de travail et beaucoup de plaisir. De là, la France parle à la Hollande qui lui répond. La Hollande parle aux Philippines qui lui sourissent. Les Philippines en claquent cinq à la France qui n'en demandait pas tant.

On est donc un petit groupe naissant bien comme il faut, le genre de groupe qui vous fera le regretter, pour sur. Et comme un parfait commencement, toute l'après-midi n'est qu'une longue conversation ininterrompue seulement surprise par la tombée de la nuit sans que cela vienne à la freiner. Un dîner en ville s'enchaîne en se promettant que demain serait une douce promenade à travers la ville, guidée par Dondon qui connait les environs et plus encore comme sa poche.

A l'heure de se coucher, les chauves-souris et les geckos se disputent notre attention.

 

 

Le matin suivant, c'est le même rituel que la veille, lever vers la terrasse, cette fois-ci le coeur en fête d'aller fureter avec la bande de la veille. La bande est déjà là, mais pas vraiment sur le pied de guerre. A l'extérieur, les nuages remplissent le ciel d'une sinistre couleur grise tirant méchamment sur le noir. Le temps d'avaler la dernière bouchée de mon petit déjeuner, les mêmes déversent des seaux d'eau sur la ville, les arbres qui entourent la terrasse se balancent de part et d'autres comme des déments désarticulés, un gentil typhon passe le bonjour à tout ce qui se dresse à des kilomètres à la ronde.

Pour la promenade en buvant du lait de coco, ça tombe à l'eau... Ne nous reste plus qu'à reprendre le programme là où on l'avait laissé bouillir la veille, agrémenté aujourd'hui d'une nouveauté sortie de derrière le comptoir par Dondon : un grand saladier rempli de perles, de pierres, de bois, ce qui, si on le conjugue à une bobine de fil de pêche, entrouvre en grand les portes du monde merveilleux du confectionnage de bracelets et autres colliers. Traditionnellement, j'aurais sans doute été tenté par quelque autre activité, mais ça tombe tellement juste en ce jour de déluge qu'une nouvelle fois, toute l'après-midi, on est chez nous sur cette espace voué à la contemplation ou à la discussion, en un mot, au contentement.

Et même quand les soucis s'invitent aussi, le discours est identique.

 

Ainsi, alors que les perles s'enfilent bon train, une jeune fille de l'hotel m'interpelle toute excitée.

- Monsieur, il y a un problème avec ta chambre. Viens voir, vite, vite!!

Je descends alors à sa suite jusqu'à mon niveau sous rez-de-chaussée. Là, toutes les petites mains disponibles sont en train de s'affairer à quatre pattes, toutes les éponges ou des tissus à la main. Par le dessous de ma porte coule dans tout l'étage des monceaux d'eau qui se répandent quasiment sur toute la longueur du batiment, et chacun est très curieux de savoir ce qui se cache derrière. C'est dans un demi centimètre d'eau et pieds nus que fébrilement j'approche la clé de la serrure. Je pousse la poignée et simultanément un nouveau demi centimètre déferle dans la pièce. Ma chambre est l'innocente victime d'une ignoble infiltration d'eau à l'échelle de l'Atlantide. A l'intérieur, tout ce qui mesure moins d'un centimètre et qui ne sait ni nager ni voler est mort par noyade. Mes affaires, quant à elles, sont en partie sauves. En partie car par miracle, mon petit sac à dos, réceptacle de tout ce que je possède de valeur, joue au radeau de la méduse sur le lit. En partie aussi car mon gros sac n'a pas eu la chance de se voir attribuer une place sur le radeau. Il est posé par terre verticalement, le cul trempé jusqu'aux genoux. Pas de dommages collatéraux, juste un grand sèchage pour faire s'évaporer cette histoire d'eau. Une fois mes quelques affaires mouillées sur le fil, la péripétie est oubliée pour peu que rien ne reste sur le sol et que je ne pénètre pas dans ma chambre en portant des chaussures en daim pour au moins les vingt-quatres prochaines heures. A voir en sachant que je ne peux pas changer de chambre car celles-ci se remplissent en cette fin de journée... Tant pis pour les chaussures en daim... Je retourne à mes bracelets!

 

Sur la terrasse, alors que la lumière commence à décroître et que la pluie semble se calmer bon gré mal gré, d'autres voyageurs arrivent et partagent notre terrain de jeu. On en est très content sauf qu'entre les arrivées et les réservations, je dois rester sur l'arche de Noé ce qui n'a, en fait, rien d'insurmontable pour peu que tout y soit suspendu ou posé ailleurs que par terre.

Avec les trois autres, nos bras sont grands ouverts et la conversation s'étend à tous.

Parmi les gens qui sont là, il en est un qui veut prendre le bus pour se rendre à El Nido dans le nord de Palawan s'il y en a un en partance le lendemain. El Nido, c'est aussi notre destination avec Josha, Mira et Dondon qui, là encore, connait du monde. Mais nous, on est bien refroidi à la lecture des images satellites permettant de se donner une idée de la couleur du ciel des jours à venir. Au dessus de nous, la fin d'une dépression tropicale de couleur jaune sur la carte s'en va voir si le ciel est plus bleu à l'ouest. De l'autre côté, menace un typhon, un vrai de la taille de la région Poitou-Charentes avec une couleur rouge vif, qui devrait balayer le nord de Palawan dans les heures à venir. Ca ne peut que nous inciter à la prudence; comme je dis toujours, la sécurité avant tout. A partir de là, demain on sortira la grenouille baromètre, on l'attachera à une longue aiguille en métal et si elle se retrouve foudroyée vive, le souci de sécurité fera qu'on prolongera d'un ou plusieurs jours supplémentaires notre retraite à la GH jusqu'à épuisement du stock de batraciens.

 

 

Ainsi, le lendemain, on mijote notre capture. Les roles sont distribués entre celle qui attire la créature, ceux ou celles qui lui attrape les pattes avants et arrières, celui qui l'attache en haut du mat. Mais, dans notre aventure, on est stoppé tout net, comme victime d'un croche-pattes sur la ligne d'arrivée, par ce que les jeunes appellent dans leur vocabulaire bigaré l'internet. Sur cette "toile" qui m'a tout l'air d'être un beau bordel, on découvre les yeux écarquillés que le typhon a brutalement bifurqué vers le nord induisant que notre destination et la route pour l'atteindre ont été survolées par la tache jaune qui entoure la grosse tache rouge du milieu, évitant le pire.

C'est donc l'autorisation formelle du bureau de la sécurité en général et en particulier de partir vers El Nido qui tombe sur notre bureau exotique ainsi qu'une lettre de félicitations de la brigade de sauvetage de l'espèce batratienne, ça fait plaisir.

Au dessus de nos têtes, la pluie tombe toujours comme au premier jour mais tout est normal si l'on s'en réfère à l'"internet". Je met donc à profit le temps qui m'est donné de compter les gouttes super vite pour faire autre chose. Rencontrer Sarah, François et Jeroen par exemple. Découvrir l'internet. T'écrire des articles longs comme le mat sur lequel on a failli sacrifier une pauvre petite bête sous l'autel de la science.

La journée est donc bien remplie ou pleine de rien si on est très très aigri.

 

 

Ca permet en tout cas d'avoir les accus rechargés au maximum pour affronter plein pot une journée de bus local sur les routes de campagne potentiellements recouvertes d'une couche non négligeable d'eau tombée du ciel quelques heures plus tôt. Une fois à la gare routière, la néo-compagnie fait connaisance avec son siège pour les huit à douze heures suivantes, siège dont l'élément constituant principal est la planche de bois. On fait aussi connaissance, cette fois dans le bus, avec un autre jeune couple débonnaire ce qui ajoute encore au patchwork que nous sommes.

Au départ, tout le monde est extrèmement fatigué. Le soleil montre à peine le bout de ses rayons que les roues du bus font déjà les Dervish Tourneurs; les paupières, elles, font de l'haltérophilie. A l'intérieur, tout remue. Ici, la chaussée, qui n'en est le plus souvent pas une, est la principale cause d'insomnie. Pas de danger que le conducteur s'endorme au volant, s'il dessert sa prise, il saute à s'en manger le plafond! Et moi dans tout ce concert de vibrations? D'abord à la recherche de la moins pire des positions pour tenter victorieusement de s'assoupir pendant une heure, je parviens à mes fins en me contortionant autant que ma brindille de corps puisse me le permettre alors que l'état de la route s'améliore un peu. Mais toute cette paresse revendiquée à cette heure contre-nature a une fin; à chaque nouveau tronçon chaotique, j'ai la tête qui est brangueballée en tous sens. Seule deux solutions s'offrent alors : le brisage de nuque à la mode de Chuck Norris, ou la lutte contre l'endormissement façon "On Achève Bien Les Chevaux". Le choix est alors vite vu.

 

Puis, au fur et à mesure, la fatigue commence à baisser la garde. Il faut dire qu'à l'extérieur le soleil fait des apparitions de plus en plus durables et que rien que ça contribue à obtimiser le moral des troupes. Enfin, alors que les portions particulièrements roulantes se multiplient, on se concerte avec Dondon pour accoucher de l'idée du jour : monter voir défiler le trajet depuis le toit du bus. Tout d'abord, il convient de préciser que c'est une pratique courante aux Philippines, tant qu'on peut caser des passagers, sur les sièges, dans l'allée, à l'arrière accrochés à une échelle, sur le toit, on les case. Ensuite, il fait toujours plus de 30°. Enfin, vivre les paysages verdoyants qui défilent, le vent glissant sur le visage, perché à deux mètres au dessus du sol, même si pour les fesses on a encore trouvé pire que les sièges, c'est comme se découvrir un nouveau sens. D'accord, ce n'est pas très sécurité avant tout, mais au fond, peu importe.

On grimpe donc d'abord avec Dondon. Lui passe le premier et n'attend même pas que le bus s'arrête pour se hisser le long de l'échelle latérale! Le chauffeur, voyant que j'étais aussi en route vers l'étage, arrête alors la marche triomphante de sa monture pour me permettre de le rejoindre, ça c'est sécurité! Une fois en haut, je laisse la fatigue derrière comme les tableaux qui se succèdent, chaque paysant ou enfant de paysant que nous croisons sourit de toutes ses dents, agite les bras en guise de salutations, nous renvoie un festival de sentiments affectueux. A chaque véhicule croisé sur lequel il y a aussi des personnes juchés, c'est la même histoire. Dès qu'on croise un regard, c'est le bonheur, bonheur qu'on ne peut cacher en interpelant tous nos p'tits amis et en leur hurlant plus fort que le moteur que leur place, c'est là haut qu'elle est, et que s'ils ont un petit coussin, qu'ils le prennent aussi.

Ainsi, plus on progresse, plus le contingent décapotable s'étoffe. Au total, on finit à huit zozos sur le toit accompagné de deux philippins qui trouve le fait d'être assis là complêtement normal. On est donc tous en première ligne pour prendre conscience de l'ampleur des pluies qui se sont abattues autour, sachant que plus on remonte vers le nord, plus jusqu'à l'horizon c'est à quelques exceptions près semblable à de petites mers intérieures. Sur notre toit, la désolation fait parfois taire la joie, en sachant qu'on ne peut pas toujours regarder ce qui se passe autour au risque de s'encraner une branche basse ou un fil électrique survolant la route. Au final, pour Dondon et moi, on endure près de quatre heures de ce rodéo routier avant d'être rappelés à l'ordre par la pluie; au départ, de minuscules gouttes inoffensives qui, au fur et à mesure des kilomètres, gonflent pour transformer un brumisateur rafraichissant en une douche dispensable. Il faut donc remonter dans le bus, pourvu pour nous et surtout pour les habitants parsemés que ça ne dure pas trop, on voit ce que ça peut donner quand la pluie tombe par ici...

 

Nous sommes en toute fin d'après-midi quand on arrive à El Nido. Il fait encore jour et les nuages se sont un peu dissipés. C'est parfait pour qu'on puisse dénicher la bonne GH en prenant le temps de se rendre compte à quoi ressemble les lieux. A première vue, El Nido est un petit village de pêcheur devenu, sans mal au regard du décor, une minuscule station balnéaire. Les pensions et les restaurants à petits prix se succèdent les pieds dans le sable d'une plage faisant face à d'imposantes montagnes calcaires. Pour notre part, on se sépare en deux groupes. Sarah et François vont dans une GH, Mira, Josha, Jeroen, Dondon, le couple dont je ne me souviens plus des nom et moi dans une autre, l'Alternative. C'est construit sur le sable avec un modeste batiment principal accueuillant le restaurant, quelques chambres, des coussins par dizaines, auquel est collé une dépendance d'un seul niveau, composé de deux chambres partageant une terrasse les pieds dans l'eau à marée haute et les pieds dans le sable à marée basse. Pas d'autre alternative, il nous faut ces deux chambres.

Sitôt dit, sitôt fait. Dans la première, les filles; dans la deuxième, les garçons; le couple dort dans le batiment principal. On est donc comme des coqs en pate dans notre petit nid où on fête l'arrivée aux fruits de mer et au bain de minuit pendant lequel je perds un bracelet fabriqué de main de Braïce vieux de trois jours. Pas grave, pas grave.

Ainsi se termine donc ce débarquement en masse à El Nido. A partir de là, Dondon prend les commandes. Si le temps le permet, demain on loue une bancasse et on part

jouer les flibustiers épicuriens à la découverte du Big et du Small Lagoon, tout un programme, j'en ai le steack de thon qui salive!!

 

PS : Article poste de New Delhi ou je galere toujours avec mon Archos pour le chargement de photos. Plutot que de m'arracher les rares cheveux qui colonisent encore mon crane, j'abdique... Mais j'ecris!

Prepare toi quand meme car quand ca va arriver, ca va arriver fort et mechant!!!!

A bientot a tous

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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 08:50

Je suis l'dauphin des Philippines et malgré tout j'ai mauvaise mine.

Il est 5h, Cebu s'éveille. Et moi, j'ai bien bien sommeil.

 

Dehors, la lumière naissante dévoile un ciel azur. Ca pourrait être magnifique mais premièrement, j'agonise de ne pouvoir encore fermer les yeux et deuxièmement, Cebu City se dévoile aussi et la ville n'a rien d'une gravure de beauté. Vivement dans cinq heures que ça change ce qui n'aura pas grande importance puisque j'aurais de toutes façons les yeux fermés, enfin.

 

La gare routière est au diapason de la ville. C'est gris, bruiant et les locaux qui s'ébattent déjà de bon matin ont sur leur visage les traits tirés de ceux qui voudraient travailler dans un magasin de litterie juste pour le plaisir de s'en faire renvoyer pour usage abusif des marchandises. A son emplacement, le bus de 6h attend déjà. A l'intérieur, le chauffeur se prélasse. Quand je monte à l'intérieur, je suis maillot jaune, le premier au classement général des passagers et toutes les places sont disponibles. La place à côté du chauffeur à l'air la plus confortable, pas de voisins potentiellements enclin à la conversation, de la place pour des jambes de girafe, mon gros sac à côté en guise d'accoudoir voire d'oreiller, je m'installe et m'endors quasiment sans le voir venir, instantanément.

Et à 6h, le bus part.

Comment je le sais? Le chauffeur est à l'image de ceux de tout le voyage. J'ai l'impression que chaque fois que je prends la route, mon véhicule quel qu'il soit est le plus rapide sur la route, personne ne nous double, le chauffeur n'en est pas un, c'est un pilote. Dès le premier virage, c'est bien simple, j'ai l'impression qu'on est sur deux roues, rien de tel comme mise en garde.

C'est comme ça pendant cinq heures sur une route où les lignes droites me manquent et où les dos d'anes ont colonisé la chaussée. D'habitude ça ne m'empêcherait pas de dormir mais aujourd'hui, collé contre la fenêtre de droite, chaque fois qu'on tourne violemment à gauche, mon crane heurte la vitre de la même façon comme le ferait la brigade anti-petit-somme. A l'arrivée à Maya, le soulagement est à la hauteur. Maya, c'est le village qui fait face à l'île de Malapascua et la première fois depuis une semaine de perdue que je revois la mer avec l'intention tenace de me jeter la tête la première dedans. Ca fait du bien, comme si l'histoire reprenait son cours normal avec des couleurs dans l'objectif et dans la tête tant qu'elle fonctionne encore, à la merci d'un terrassement soudain.

 

D'ailleurs, à la sortie du bus après avoir salué mon voisin de pilote alors que le port minuscule est là, je dois localiser la prochaine bancasse qui voguera vers Malapascua. De prime abord, je devrais réussir ma mission, 99% des bateaux qui lève l'ancre à Maya vont ou passent par Malapascua. Quand je vois une trentaine de philippins grimper dans une embarcation, c'est donc à n'en pas douter la bonne. C'est donc au radar que je suis cette joyeuse farandole jusqu'à m'installer avec bonheur sur un siège qui, lui, ne me causera pas de traumatisme cranien. Je ferme les yeux bercé par le balancement paresseux du bateau. Mais il ne se passe pas trente secondes avant que quelqu'un vienne me sortir de ma torpeur.

- Bonjour, où allez-vous?

- Mmmmhhh, je vais à Malapascua, enfin je crois...

- Mais, vous vous trompez de bateau, celui-ci part à Leyte, à six heures de navigation.

Comme il dit, je me suis trompé. Depuis Maya, Malapascua est largement à porté de jumelles, trente minutes, pas plus, pas six heures. Je ressors alors de mon presque coma, reprends mes vingt kilos de charge utile et quitte le navire. Le bateau pour Malapascua attend plus loin, je ne me trompe plus et pose enfin le pieds à destination, mes chaussures à la main car à l'arrivée, c'est "saute dans l'eau jusqu'aux genoux ou retourne à Maya". Ensuite, de façon complètement machinal, je trouve une GH, non mieux, un hotel dont la vue depuis les fenêtres donnent généreusement sur la plage magnifique qui s'étale à ses pieds. Mais pour la vue, je reviendrais plus tard. Pour le moment, l'important c'est de fermer les yeux et de s'évanouir dans une chute vertigineuse qu'on pourra appeler sieste ou nuit complète selon que je dormes quatre ou seize heures dans ma chambre sans électricité l'après-midi ce qui interdit l'usage pourtant salvateur d'un ventilateur.

 

Il fait encore jour quand j'ouvre un oeil. C'est juste assez d'énergie dépensée pour me prendre en main. Je réserve ma première plongée pour le lendemain matin, une plongée dont le rendez-vous sur la plage est fixé à 4h45 (sic). 4h45!!!!!!!! Bonjour le décallage horaire!!!!!!!!!!! Ils sont fous ou quoi?? En fait pas du tout. Malapascua, en ce qui concerne la plongée, est mondialement réputé pour une chose : les tresher sharks, avec sharks comme requins. Et ces petites bestioles ont la gentillesse de se laisser admirer au lever du soleil à trente minutes en bateau de Malapascua, voilà pourquoi 4h45. 

 

Je baigne alors dans un joyeux cocktail fait d'excitation et de fatigue. Un dîner vite expédié plus tard, je rentre me mettre au chaud, si on veut, et chercher un sommeil qui viendra en fin de compte à 2h du matin.

 

 

Et quatre heures plus tard, le réveil sonne. Théoriquement, si on était un jour "normal", ce serait presque mission impossible mais aujourd'hui, pas la peine de me le dire deux fois, je sais ce qui m'attend dehors. Sur la plage, les six autres plongeurs sont aussi réveillés comme en pleine après-midi, l'ambiance est électrique. On monte sur le bateau, le temps de profiter des couleurs du lever de soleil, une seule couleur compte désormais, un bleu profond.

Sous l'eau, les plongeurs se répartissent en deux groupes, ceux qui plongent avec les bouteilles d'air comprimé classique dont moi, et ceux qui plongent en utilisant un mélange d'air et de nytrogène permettant de rester sous l'eau plus longtemps.

Avec mon groupe, on passe une demi-heure alongé sur le fond à attendre que les squales viennent à nous. Sans succès. Malheureusement. On remonte à la surface, on a fait notre temps au fond de l'eau. Les "nitrox", eux, se promènent toujours autour entre 30 et 35 mètres de profondeur. Quand ils remontent à la surface et prennent place sur le pont, ils sont arrogants de sourires. Quelques minutes plus tôt, trois requins nageaient tout autour d'eux, on peut les comprendre. A leur place, j'aurais surement la machoire grande ouverte et pas spécialement envie de la refermer de sitôt.

A ma place, je retourne à mon hotel en me promettant que la prochaine fois, c'est sur, les treshers, on les aura.

 

7h du matin au compteur, le soleil illumine la contrée, je retourne me coucher jusqu'à 13h, heure à laquelle il fait trop chaud pour quoi que ce soit même dormir dans cette fournaise qu'on appelle ma chambre. La seule solution est alors encore de la quitter et de s'alanguir sous l'ombre bienfaitrice d'un cocotier en prenant bien garde de ne pas étendre sa serviette sous l'arbre, créant l'opportunité fortuite pour une noix de coco de venir s'encastrer entre l'orteil et le cheveux.

 

Le soir venu, le coucher de soleil passé, je retourne dans mon antre pour profiter des plaisirs futiles de la vie enrichie de la fée Electricité. Le ventilateur bat la mesure, je sèche en ronronnant. Ne reste alors plus qu'à me remplir la panse avant de me mettre la tête dans le clavier pour accoucher d'un nouvel opus narratif endiablé. Seulement, comme souvent, même si la route est pavée de bonnes intentions, des troncs d'arbres peuvent s'abattre au travers et empêcher toute progression. Ce soir, le tronc d'arbre est sympathique, il s'appelle Farouk, c'est un turc de Shanghai que je croise sur la chemin menant à l'assouvissement de ma faim, au dîner. Le gars, qui repart le lendemain vers la Chine via Manille, est très enclin à la conversation et on se quitte après avoir croisé le verbe pendant de longues heures. Pour la rédaction, il est trop tard, encore une occasion de manqué pas si manquée que cela... La plume pourra toujours tenter de refaire surface demain, les occasions ne manquent pas quand, mise à part plonger, la meilleure chose à faire est de ne rien faire.

 

 

Nouvelle journée, nouvelle chance. Pas pour les tresher sharks, j'ai beau me découvrir une nouvelle passion pour les réveils à 4h30, il ne faut quand même pas pousser Mamie dans les orties. Le rendez-vous pour la première plongée du jour est à 9h, quand même pas mal pour un samedi! Aujoud'hui, deux plongées sont inscrites au tableau de bord, une le matin et une autre l'après-midi avec, tel le ruban de bolduc entourant les cadeaux de Noël, une journée sur le bateau à la clé.

 

La première descente est plus que correcte, la visibilité est bonne, l'eau chaude et les petits poissons nombreux. Mais la claque du jour intervient contre toute attente lors de la pause déjeuner. La bancasse s'amarre alors sur une étroite bande de sable qui, d'un côté s'enfonce dans les flots bleus, et de l'autre s'élargit et fleurit en une île frangée de sable et déserte si on excepte les palmiers et les quelques philippins hilard de bonheur qui viennent y camper pour le week-end. La perspective est si renversante de beauté que je préfère faire l'école buissonière en oubliant de manger et préférant me perdre dans les moindres recoins de ce monde perdu jusqu'au moment où un autre plongeur me fait de grands signes avec les bras synonymes d'inquiétude pour l'ensemble de l'équipage quant à savoir où j'avais bien pu me fourrer.

Je remonte sur le bateau presque avec regret malgré la nouvelle plongée qui se prépare déjà.

Celle-ci est également à la hauteur même si je garde toujours en travers de la gorge le rendez-vous manqué de la veille avec les treshers ce qui me gache un peu le plaisir. Gageons tout de suite que je retente ma chance au grattage et au tirage dès les prochaines premières lueurs du jour.

 

Au retour ultime sur le bateau, je ne trouve alors rien de mieux pour me ragaillardir et me préparer à d'autres claques poissonneuses que de m'alonger sur la proue du bateau et comme à l'habitude, me gorger de virtuosité musicale sous le soleil qui prépare son coucher et pare le ciel d'une symphonie de couleurs.

 

Une fois le pied à terre, les couleurs n'importent plus. L'inscription au réveil le plus tôt et potentiellement le plus mouvementé du voyage est la seule chose qui compte. Je pénètre en trombe dans le centre de plongée et inscris en grosses lettres mon nom dans la case "tresher sharks", l'invitation est lancée.

 

Je retourne ensuite à l'hotel où je suis d'ailleurs le seul client, où tout le personnel est au petit soin pour moi au point de vouloir me caser, soit avec une gamine à peine majeure qui rêve de Paris, son climat tropical et ses prix dérisoires qui autorisent toutes les folies, soit avec un ladyboy portant exclusivement des jupes si courtes qu'elles pourraient dévoiler l'évidente supercherie et son costume trois pièces. Non merci, vraiment, vraiment.

 

La nuit est alors tombée, la tentative d'écriture de la veille est reconduite pour peu que j'arrive à franchir l'étape dinatoire sans remous. Encore raté!

Alors que je suis attablé dans le restaurant tronant au dessus du centre de plongée, deux femmes anglaises avec lesquelles j'ai partagé des bulles depuis deux jours se proposent de se joindre à moi. Comment décemment refuser? Impossible de dire non, ce n'est pas dans mon vocabulaire (NDLR : je ne suis alors pas encore en Inde).

 

Mon lit m'attendra encore jusqu'aux environs de minuit, ce qui ne serait qu'une broutille si je n'avais encore rencard sur la plage à 4h45. Les requins sont plus forts que tout, je me couche illico piaffant d'impatience.

 

 

A la pêche aux moules-moules-moules, je n'veux plus y aller maman, à la place, si le choix se présente, j'veux bien aller à la plongée aux requins-quins-quins-quins, c'est plus excitant maman!

Aucune sonnerie ne s'est alors déjà déclenchée, ça furête déjà dans ma chambre. Le temps d'enfiler mon maillot et la porte se referme déjà derrière moi.

Sur le bateau, tout le monde s'active devant un nouveau levée de soleil des familles. Dans mon coin, une certitude m'habite : aujourd'hui c'est la bonne, c'est mon tour, mon numéro qui est tiré du chapeau. Aucune trace de fatigue, je suis plus concentré que le lait sucré Nestlé (NDLR : sponsor?). Tellement concentré qu'au moment d'enfiler ma combinaison, j'en oublie d'enlever ma Ralex, étanche jusqu'à trois gouttes, qui ne devrait apprécier que moyennement la descente la descente en apnée à laquelle elle se retrouve confrontée. Mais qu'importe, la Ralex est grand seigneur et, j'en suis sur, se sacrifierait bien pour que la plongée soit une réussite squalesque.

 

Comme la première fois, on descend se caller au fond de l'eau, la lumière naissante se fraye un chemin elle aussi. Devant nous, le mur qui s'enfonce vers les abysses fait bonne figure. Puis, comme sortis d'un livre d'image, ils apparaissent. Il"s" car ils sont trois. Parfois ils se rapprochent à portée de camionnette, parfois ils se contentent, sans qu'on leur en veuillent, de passer devant à une quinzaine de mètres. Et là j'ai envie de dire WHAOUUUUUUU!! L'animal est une véritable merveille avec une allure presque féline, la perfection faite poisson.

 

Résultat, au retour sur le bateau, qui est-ce qui danse? C'est Bibi!! Quel panard!!! La petite aiguille n'a pas encore frappé le 7 que j'ai déjà emmagasiné de l'émotion pour une semaine!!!! Et puis comme ça n'est jamais assez et que je suis encore plus bouillonnant qu'un Gilbert Montagné s'agitant sur son clavier, je décide que mon lit attendra, la journée ne fait que commencer, aujourd'hui c'est le Showtime Express qui entre en gare!!!

D'office, deux nouvelles plongée se calent dans les tuyaux. Les deux autour de Gato Island. Gaaato! Gaaaaaaato!!! Ca met en appétit et ça n'a rien d'un hasard. De nouveau la tête dans l'eau à 10h, rien ne me prépare à la nouvelle expérience paranormale qui va suivre...

 

Dans ma palanquée, nous sommes cinq plongeurs, le guide accompagnant quatre joyeux dauphins amateurs. Parmi ces quatres, je suis le seul à posséder un caisson permettant de saisir des scènes sous marines. Le guide, chaque fois qu'il repère quelque Objet Nageant identifié dans les parages, il me fait signe de venir à lui pour me montrer la bestiole en avant-première afin de satisfaire l'objectif; et moi, je me régale!

 

Peu après le début de la balade palmée, on quitte un luxuriant jardin coralien en franchissant une petite colline nous masquant ce qui se cache derrière. Une fois la colline passée, on découvre une longue plaine s'étalant une vingtaine de mètres sous la surface. Ici pas grand chose ne pousse, impossible de ne pas distinguer les longues 

silouhettes posées là, même pour moi et ma vue basse même sous l'eau.

A quelques emcablures de mon coeur qui bat la chamade dorment une dizaine de requins à pointe blanche, le genre qui fait dans les quatres mètres et qui n'est pas là pour se faire nettoyer par ses autres potes poissons. Lui, c'est une terreur, la bestiole qui trône tout en haut de la chaine alimentaire sous marine locale.

Nous, avec les trois autres, on est posté comme pour les tresher sharks, à quatre pates au fond de l'eau plein de respect craintif pour les machines pleines de dents. Le guide est là aussi et tout à coup, il se tourne vers moi et commence à esquisser quelques gestes.

Pour le premier (NDLR : essayez chez vous, c'est la séance travaux pratiques), il positionne sa main à l'horizontal et fait battre son index et son majeur verticalement.

Pour le deuxième, il me pointe du doigt.

Pour le troisième, il pointe les menaces dormantes.

Pour le quatrième, il mîme le fait de prendre une photo.

 

Au départ, je ne parviens pas à décoder les informations qui m'arrivent, du genre "qu'est ce qu'il me veut celui-là?". Puis, petit à petit, comme le visage d'un nouveau président qu'on dévoile à 20h pile, l'évidence me frappe droit dans les neurones.

Nager. Moi. Requins. Photos.

Je nage. Requins. Photos.

Je nage vers les requins pour les prendre en photos.

Mais c'est pas possible ou quoi, le type a viré sa cuti, fondu une durite, dégoupillé sa boite cranienne? Que je nage, tout seul, candidat au suicide, vers des torpilles qui apprécieront sans doute que je viennent les taquiner à l'heure de la sieste qu'ils passent en plus les yeux grands ouverts? Il m'en veut, qu'ai-je donc fait pour qu'il m'inflige pareil traitement?

Et, les dixièmes de secondes passant, je me dis que si, c'est possible. Il suffit simplement de débrancher le frein à main qui me retient et zou! En voiture Cousteau!!!

 

Je m'élance, furtivement, prenant garde à lever le moins de grains de sable possible. En face de moi, un premier squal d'un fort beau gabarit ronfle en silence. Vingt mètres, dix mètres, moins encore, je clichette à tout vent jusqu'à ce que, d'un coup, le monstre bouge. Pas de doute, il m'a dans l'oeil. D'ailleurs, il tourne la tête vers moi avant finalement de me montrer la méthode du départ dans les starting blocks quand on est un requin. Seulement, comble de bonheur, c'est pour partir par delà ma visiblité dormir plus loin. Ouf!!! Et RE-WHAOUUUUUUU!! Chaque fois que j'approche d'un peu trop près les phénomènes, ils s'enfuient, apeurés par mon charisme une ceinture de plomb attachée à la taille. Au total, la scène a dû se répéter une demie-douzaine de fois qui sont autant de montée d'adrénaline quand la machine se met en ordre de course plutôt qu'en ordre de marche. Pendant ce temps, mes trois accolytes sont restés aggrippant des cailloux, tant pis...

 

Cette plongée, d'hors et déjà la plus spectaculaire qu'il m'ait été donné de faire, n'est en prime pas encore à son terme. Les requins partis, les serpents arrivent. Ceux-ci font dans les 1m20 de long et sont cerclés de bleu et de noir. Je n'ai aucune idée ni de ce qu'ils sont, ni de ce qu'ils mangent, ni de ce qui pourrait potentiellement m'arriver si un d'entre eux se prenait un peu trop d'affection pour moi et les bulles qui sortent de ma tête masquée. D'ailleurs, il y en a justement un à la curiosité plus aiguisée que la moyenne qui me fait de l'oeil et se rapproche dangereusement. En fait, il ne se rapproche pas, il me fonce dessus, droit dans la face. Trois, deux, un, contact. Ou presque. Le petit effronté est passé à quelques centimètres de mon oreille avant de repartir vers d'autres aventures. Incroyable rencontre; si incroyable que les quelques autres specimens que nous rencontrons sur notre chemin dans les minutes suivantes se retrouve maintenant coursés par votre serviteur surexcité comme rarement. La roue tourne les serpents, j'arriiiiiive!! Un sourire pour la photo? Merci!!!!

 

Au total, on est resté une heure dans l'eau, une heure de barbotage qui apportent des souvenirs marqués au fer rouge pour une vie entière, quite à passer une excellente journée, autant y aller à fond!

 

S'en suivent le déjeuner et une nouvelle confrontation au grand bleu qui, bien qu'elle ne vienne sans requins ni serpents, demeure de belle facture. Au retour vers le rivage, je suis rattrapé par le souvenir d'un lever avant 5h du matin. Je m'endors sur le pont avant du bateau soumis aux embruns et à la houle mais qu'importe, j'ai des rêves en pagaille à faire et ce n'est pas dormir sur un trampoline mouvant qui va m'en écarter!!

 

A terre, requinqué et toujours gonflé à bloc, je me réinscris pour la plongée de très bonne heure et de très bonne humeur. Le rêve continue les yeux ouverts.

 

 

 

Le lendemain, après avoir finalement pu gouter aux joies d'une soirée tranquille et studieuse, je reprends la douce routine, le soleil n'est pas encore sorti de la couette que j'ai déjà le couteau entre les dents et du sable entre les orteils.

Au tableau d'affichage, le match entre les treshers et moi en est à 1 partout. Ce matin, c'est la belle, on se départage. Seulement, je n'avais pas vu qu'écrit en petits caractères dans le contrat, il était stipulé que si les requins déclaraient forfait, de façon complètement contradictoire ce sont eux qui gagnent le match sur tapis vert. Et ce qui devait arriver arriva, les requins ne sont pas venus, je l'ai dans l'cul une deuxième fois, but pour les requins, pas de prime de match pour moi. Pour moi ni personne d'ailleurs, car même en restant au fond plus longtemps, cette fois-ci les plongeurs au Nitrox sont aussi bredouilles que les autres.

J'ai donc bien fait de me lever!! Encore une fois!!! Mais comme on trouve toujours plus malheureux que soi, je peux quand même sadiquement me réconforter en écoutant parler deux asiatiques qui eux sont bredouilles pour la quatrième fois successive! Les pauvres... Enfin si on veut, on est quand même au paradis...

 

Un paradis que je pars explorer de l'intérieur toute l'après-midi après n'avoir pas vu passer la matinée, la faute à un retour au lit pas piqué des hannetons. Au cours de ma promenade, ce sont toutes les images des philippines qui reviennent, les paysages, les habitants aux sourires interminables et à la curiosité infatigable, un mélange de simplicité et de joie de vivre comme on en fait plus.

 

Au retour à l'hotel, je fais part à l'assistance que le temps de ma dernière soirée est malheureusement venu. Malapascua est une île vraiment splendide mais dont la taille induit qu'on en a vite fait le tour. Il va être l'heure de rejoindre l'île de Palawan que j'avais omis de visiter à regrets lors de mon précédent séjour dans le pays. L'affront est sur le point d'être levé. Une nuit que j'espère tranquille m'en sépare.

 

A l'hotel où je suis encore et encore le seul client, c'est la consternation. Le ladyboy a son rimel qui coule presque.

Mais il leur reste encore une carte dans la manche pour contrecarrer mes plans, de nuit tranquille il n'y aura pas. Depuis mon arrivée dans les murs, chaque jour je repousse l'invitation insistante des ladies et du boy à déhancher nos corps sur la piste de danse située à même le sable à quelques minutes de là. Ce soir, plus d'échappatoire, je suis bon pour le service commandé. A 23h, je suis mandaté par tout ce petit monde pour aller m'entretenir avec la patronne pas facile afin de les faire libérer une heure avant la fin théorique de leur service. Je m'exécute et d'une pirouette dialectique obtiens gain de cause.

En un éclair, on est déjà dehors. Sur la piste, toujours le seul gringo, dès que je m'agite les locaux rient à gorge déployée sous l'effet de la bière gouleillante. A 2h30, la boutique ferme, chacun va dormir de son côté pour le meilleur.

 

 

Un réveil plus tard, je suis déjà dans la bancasse puis dans le bus qui repart vers Cebu City où je reste 24 heures à paufiner la suite. Sur la toile je m'équipe d'un aller simple pour Puerto Princessa, ville principale de l'île de Palawan, encore une, bon dieu d'archipel!!

Palawan, à mon grand regret, je n'avais pu y faire un crochet lors de mon premier passage, il va être temps de réparer l'erreur. Gageons que je puisses y finir le rodage de l'appareil photo!!

 

 

 

 

 

PS : Article mis en ligne a Leh, capitale du Ladakh, province indienne montagneuse a la frontiere du Pakistan ou le chargement de photos est interdit...

Tant pis, a suivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 14:33

Approchez, approchez!!

Mesdames et Messieurs, pour votre joie, venez découvrir notre attraction unique : la machine à remonter dans le temps.

Elle fait rire, elle fait frémir.

N'avez vous donc jamais rêvé revenir au temps du moyen-age?

N'avez vous jamais souhaité rencontrer Napoléon ou vous assurer que Mireille Matthieu ressemblait déjà à ça à la fin du XIXème siècle?

Ca fait envie non?

Et bien c'est dommage car si notre machine fonctionne, elle n'autorise aujourd'hui que de courts voyages remontant à presque quatre mois en arrière et c'est déjà pas mal!!!

 

 

Je quitte Panay avec envie. Ce n'est pas que l'île en elle-même ait été une déception, c'est plutôt que l'île suivante, Negros, est à priori un condensé de bonheur. Elle est en dehors des circuits touristiques, elle est couverte de montagnes et ourlée d'une côte qui n'aurait rien à envier à celles de la Polynésie Française ou des Maldives.

En plus, il ne suffit que de quelques dizaines de minutes de ferry pour y poser ses orteils ce qui change des 45 heures de train que j'ai fait il y a quelques semaines pour rejoindre le Tibet (sic).

 

Une fois atteinte, je ne suis pas arrivé pour autant. La ville s'appelle Bacolod et elle n'a rien de particulièrement glamour. On dirait Iloilo, la ville d'où j'ai pris le bateau sur Panay et si j'avais voulu y prolonger mon séjour, je ne me serais pas gêné et n'aurais pas eu besoin de monter sur le pont d'un nouveau bateau.

A Bacolod, je n'ai donc qu'une envie : ne pas rester. La journée est encore jeune, j'ai tout le temps de me rebouffer huit heures de car pour enfin poser mes valises. En vue au bout du chemin s'étend Sipalai dont tout le monde s'accorde à dire que tout y est réuni pour que les séjours s'y éternisent : gastronomie, palmiers, plages, sourires et fonds coraliens, tout un programme qui met de l'eau à la bouche à moi, simple mortel, dont je me demande ce que j'ai fait pour mériter tant de bonheur eu égard à la liste mentionnée plus avant.

 

En quelques minutes de cramponnement dans un tuk-tuk, je contemple la gare routière qui n'a comme seule intéret le fait que je n'y reste pas.

Puis, c'est le bus.

A côté de moi sont assis les membres d'une même famille. Ils doivent être une demi-douzaine et tout l'arbre généalogique contemporain est présent du grand-père au petit dernier. La personne la plus proche de moi, ma voisine, est la mère du petit bout de chou. Tout ce petit monde est en vacances et part pour une semaine dans la maison familiale se refaire une santé parès avoir rendu visite à un cousin qui n'a pû faire le déplacement pour cause d'hospitalisation. Avec cette femme, on discute. Trente minutes, une heure puis deux. Le courant entre nous passe tellement bien que pendant le trajet, après lui avoir exposé mon programme, elle me propose aussi sec de venir au moins partager le dîner du soir et de passer la nuit chez eux. Délicate attention, extraordinaire hospitalité. Je suis même tellement surpris qu'au départ, j'essaye de me défiler comme je peux mais, au bout du compte, il n'y a rien à faire d'autre que de m'incliner bien bas devant tant de bons sentiments. La GH au bord de l'eau dans laquelle je pensais échouer avec bonheur n'a qu'à bien se tenir, elle n'est plus en tête de liste.

 

A l'arrivée à Sipalai, la nuit est déjà noir cirage. L'éclairage public n'est qu'une douce utopie et force est de constater que j'aurais eu toutes les peines du monde à rejoindre un autre nid douillet que celui dans lequel je suis mes hotes avec envie et curiosité.

Le bus s'arrête juste devant la maison, ils sont loins les bus de la RATP dont les chauffeurs t'expliquent que si ce n'est pas l'arrêt, ce n'est pas l'arrêt. A peine sommes nous dehors que d'autres membres de la familles sortent nous accueuillir et nous aider à décharger les dizaines de kilos de denrées qui vont soit être vendues dans la boutique d'un cousin ou mangées dans la semaine. Tous se sautent dans les bras, s'étreignent et s'embrassent. Et une fois qu'ils font une pause dans les démonstrations de joie, je suis officiellement présenté. La curiosité est alors une rue à double sens dans laquelle tous les villageois des environs semblent déboucher. Les gamins me dévisagent et s'enfuient quand je viens leur tendre la main dans un large sourire. Cette situation pourrait durer des heures, je suis jaugé des pieds à la tête et rien ne pourrait entraver le questionnement à mon égard. Je les comprends.

Qui est-ce que c'est ce type pas de chez nous avec son gros sac?

Qu'est ce que c'est que ces cheveux (barbe) qui lui pousse sur le visage?

Qu'est ce qu'il a à sourire tout le temps?

Est-ce qu'il fait de la muscu' ou est-ce qu'il est naturellement spectaculaire?

Tant de questions qui resteront pour les voisins sans réponses car il me faut rentrer dans la maison; c'est pas tout ça mais je suis l'invité et il faut que je fasses bonne figure. Tout se passe alors à merveille sauf quand l'oncle sans dents qui ne crache jamais sur la bouteille quelle que soit l'heure ne cesse de vouloir me faire la conversation sur un mode très sérieux alors que je n'ai aucune chance de comprendre ne serait-ce qu'une bribe de ce qu'il essaye d'articuler à quelques centimètres de mon visage dans des vapeurs d'alcool à me rendre saoul sans boire et avec haut-le-coeur.

Sur la douzaine de personnes qui vont dormir ici, je peux vraiment échanger avec la moitié d'entre eux. Pour celles-ci, leur anglais est impeccable, merci les Philippines.

Parmi ces anglophones, il y a le grand-père, ancien instituteur qui connait tout le monde au bled puisqu'ayant toujours vécu ici, la mère avec qui j'ai conversé tout le voyage, et une nièce d'une quinzaine d'années au sourire comme un soleil qui sera à la fois mon interprète lorsque ça devient nécessaire et ma super potesse eu égard à nos ages relativements similaires.

 

Dans la maison, on me fait bien sentir que je suis l'invité. Je n'ai le droit de ne rien faire, ni aider en cuisine, ni mettre la table. La seule chose à laquelle je m'active, c'est à assouvir la curiosité du grand-père qui veut tout savoir de moi, absolument tout.

Au cours de la conversation alors que la table est maintenant mise, vient la question qui revient sempiternellement : "est-ce que tu es chrétien?"

- Mais bien sûr! Plus chrétien que moi, tu meurs!!

- Ah!! Mais c'est bien ça. Peut-être voudrais-tu nous faire l'honneur de dire les grâces?

 

Je ne l'avais pas vu venir celle-là!! La seule fois que j'ai vu faire auparavant, ça doit être dans des films et pas les meilleurs!!! (sister act?) Il faut donc que j'ouvre mes chakras et que je laisse pénétrer par la spiritualité à laquelle j'oppose souvent l'objectivité. Tout un programme... Mais la tache n'est pas insurmontable heureusement pour moi.

Je remercie donc le bon Dieu pour les bons petits plats que nous devons bien entendu à sa mansuétude. Je lui demande également de protéger de ses petits bras musclés la famille qui me reçoit et de les accueuillir le cas échéant au paradis, tant qu'à faire, c'est mieux.

Et le tour est joué. Bon appétit, à table.

Le dîner se compose d'une multitude de plats que chacun partage avec son voisin, la convivialité n'a rien à envier à celle du Djurdjura; et puis, c'est délicieux.

 

A l'issue du repas, je n'ai toujours pas le droit de mettre la main à la pate. C'est dommage, j'ai beau leur déclamer que ma spécialité dans la cusine, c'est la vaisselle, rien à faire, un des cousins agé d'une douzaine d'années se charge d'accomplir sa mission en trainant des pieds.

Moi, je passe au salon avec le grand-père et la petite Kimberly qui s'empressent de sortir ses albums photos. Parmi la douzaine de volumes qu'ils sortent d'un guéridon poussiéreux, on peut admirer toute l'histoire récente de la famille : le voyage à Hong-Kong avec le patriarche qui pose à côté de Mickey à Disneyland, une des petites-filles qui est devenue infirmière aux Etats-Unis, et pour finir, la grand-mère dans son lit de mort sur environ quinze pages ce qui tranche franchement avec Disneyland... Le résultat de tout ça, c'est qu'il est 22h30 passées, que l'ambiance est un petit peu retombée, que c'est le moment d'aller se brosser les dents dans la salle de bain rudimentaire équipée d'un seau et d'un robinet. Ensuite, je n'ai plus qu'à découvrir ma couche, en fait une chambre rien que pour moi qui me pousse des frissons tant chacun est au bon soin du docteur Retailleau malgré la modestie évidente de mes hotes.

C'est après des milliers de "mercis" plus tard qui sont tous suivis de "c'est normal" que je m'éclipse. La famille a l'habitude des levers de bonne heure, moi moins, mais il y a du plaisir quand je m'y prépare pour le lendemain.

 

 

Tant mieux car il est 7h quand j'ouvre le premier oeil en entendant du bruit au rez de chaussée. La famille est déjà sur le qui-vive, la grasse matinée saura bien attendre d'autres jours moins festifs et en moindre compagnie. Je descend l'escalier et fait face à Kimberly qui n'en peut plus de rire tant j'ai les yeux en forme de fente de tirelire. Ca la fait même tellement marrer qu'elle ne peut s'empêcher d'aller chercher tout le village pour qu'ils se rendent compte eux aussi à quel point le réveil matinal du gringo est délicat. Le salon se remplit alors de pas loin de vingt personnes qui sont toutes à deux doigts de me pointer de l'index et de se foutre de moi

Pour ma part, je ne me démonte pas, je les toise moi aussi en bombant le torse et en mimant le fait que je développe autrement que couché à la limite de m'entrainer au développer-coucher. C'est alambiqué, c'est normal, il est 7h et j'ai plusieurs dizaines de visages quasi inconnus qui me dévisagent!

 

Les règles du bien vivre en société m'obligent alors à rectifier le tir et à me montrer sous mon meilleur profil, le propre. Avant toute autre chose, je m'applique à faire une session salle de bain dans la salle d'eau qui mérite péniblement l'appelation.

 

A ma sortie, c'est une nouvelle embuscade qui m'attend. Ou plutôt deux.

D'abord toute la famille m'attend pour le petit déjeuner. Leur petit déjeuner? Non, mon petit déjeuner. On dirait Louis XIV avec la cour qui attend de dire : "Le roi déjeune".

Puis, dès que je mets le pied sous la table, c'est l'avalanche de questions quant au programme du jour.

Moi, j'ai en tête de rejoindre ma GH, pas le plus vite possible car je me dois quand même de faire honneur à mes hôtes, mais d'un autre côté, je suis tellement dans une position où je n'ai rien de droit de faire d'autre que de me gratter les fesses moi-même et encore, que, à la limite, ça me gène presque.

Seulement, c'était écrit, la famille a aussi un planning pour moi. On va tous aller chercher les autres membres de la famille qui habitent les environs et partir faire un picnic sur une plage. Une nouvelle fois, comment dire non? Hein, comment? Parce que je n'ai pas la réponse et monte de ce pas dans le tuktuk qui se gave de passagers à la limite du raisonnable.

 

Pendant qu'on roule, j'enchaine les clichés des membres de la famille. Tout le monde se prête au jeu, c'est un régal doublé d'un festival de sourires qui grandit encore quand la famille est finalement au complet. Le tricycle repart...

Puis en quelques secondes, c'est la sortie de route!! (NDLR : information à prendrer au sens figuré)

 

Jusqu'à présent, même si au niveau quantitatif le bilan des affaires que j'ai perdues est plus que douteux, sur le plan qualitatif, je n'ai pas perdu grand chose qui soit significatif. (NDLR : Si on excepte, bien sur, l'épisode malheureux des lunettes)

Jusqu'à présent...

Je mets la main dans la seule poche du pantalon de pêcheur que je porte sur les fesses, je cherche mon appareil photo, elle est vide.

Je jète le regard dans le petit sac à dos rouge qui m'accompagne partout, il n'est pas vide, c'est mieux sauf qu'il n'y a pas mon appareil photo non plus.

Je me décompose en faisant une vue à 360° autour de moi, rien que des gens qui sourient sans se douter de rien. Les veinards... A ce moment, qu'est ce que je ne donnerais pas pour ne pas me rendre à l'évidence que mon trousseau s'est, à la minute, amputé d'un bras. Car plus les secondes passent, plus mes tentatives de retrouver le déserteur voient leurs chances s'amenuire (amen huir? à me nuire? orthographe!). Je fais part de la nouvelle à l'assemblée ambulante à trois roues motrices. C'est la consternation. Au départ, ils ne peuvent pas y croire, c'est trop gros comme histoire, l'appareil est forcément quelque part. Puis, comme il faut quand même se rendre à la raison, la consternation j'vous dis.

Peu après, on est arrivé à la plage, j'en profite pour me livrer à une complète revue de paquetage sur mon propre équipement. Presque comme prévu, peau d'balle, rien, nib'. C'est maintenant un fait établi : je peux m'assoir sur ma boite à images plus toutes celles de ces deux dernières semaines.

 

Pendant deux minutes, être plus fumasse que moi tu meurs.

Mais après ces deux minutes, j'ai fait le vide, je suis une boule d'acceptation, ce sont les risques du métier, pas la mer à boire. Et ça tombe bien, car la mer est juste devant moi et que la boire me rendrait malade, bien plus que si je me contentais de nager dedans, ce que je vais faire tant elle me tend les bras. Mais c'était parler trop vite car en reposant mes yeux sur la famille, ça saute aux yeux : mes deux minutes n'auto-énervement les ont démoralisés. Ces gens sont tellement emplis de compassion quant à mes ennuis passagers, qu'ils en sont plus désolés que moi. Je me sens même obligé de les rassurer :

- "Mais enfin, vous savez, ça n'est pas grave. Il y a des jours comme ça... Là... Ca va mieux? On va quand même se baigner?"

C'est alors qu'on meut en direction de la plage.

 

Là, en s'extirpant des dernières rangés de palmiers, les pieds retouchent le sable, douce sensation de moquette naturelle. Devant, la mer est sur son pied d'estal (desthalle?). Les couleurs s'étirent à l'infini, c'est beau à se tirer une larme de la tête.

Je relativise sans mal mes soucis. Sauf que, sans appareil photo, ça n'a l'air de rien mais la fête est quand même moins folle. C'est qu'on s'habitue à ces petites bêtes! Mon cerveau travaille alors à vive allure. Au menu :

  • On m'ammène dans un endroit qui est à ce point commun ici qu'il n'est mentionné nulle part. C'est juste une autre plage, un autre paradis. Des centaines comme celles-ci partout autour.
  • Bien que je devais poser mes sacs à quelques minutes d'ici, je ne vais jamais réussir à tolérer admirer un coucher de soleil sans en garder une trace colorée. Je vous épargne les levers de soleil car il ne faut quand même pas rêver.
  • La première ville de ce nom est à 5h supplémentaires de route. Avec un peu de chance, j'ai un cocktail dans la main et une photo de celui-ci dans une trentaine d'heures.
  • Le seul problème, c'est qu'il faut que je retrouve exactement le même modèle d'appareil photo puisqu'il doit être compatible avec la boite étanche que je me trimbale jusqu'au contrefort du Sahara.

 

Nous sommes alors en fin de matinée et je ne vois qu'une seule alternative possible : Dumaguete.

Je fais alors part de mes envies à mes hotes picnic-eurs qui décident alors tous de m'accompagner à la gare routière. L'étape gastronomique sur la plage n'aura donc duré qu'un gros quart d'heure à l'issue duquel chacun se serre de nouveau sur les tricycles. Une fois au terminal de campagne, il faut encore attendre une heure ce qui est juste assez de temps pour que je puisse m'acquitter d'une partie de ma dette, éternelle à moins qu'ils ne viennent tous loger quelques jours dans mon 20m² parisien.

On envahit la cafétaria qui jouxte la gare et je paye mon déjeuner non sans mal tant c'est compliqué d'offrir quoi que ce soit à ces gens là.

 

Puis c'est l'heure. Quand on s'en retourne, le bus est là, je fais mes adieux, ils continuent de se répandre en excuses.

Je prends le temps d'embrasser chaque membre de la famille ce qui a le don de mettre le chauffeur en rogne. Soit disant, on est en retard!!

Juste avant de monter dans le bus, Kimberly m'offre un porte-clés qui porte son prénom. C'est mignon tout plein. Huit heures plus tard, je suis à Dumaguete.

 

 

A Dumaguete, il n'y a pas grand chose à dire.

Quand j'arrive, je découvre qu'on est samedi soir et, comme les lois de la logique peuvent difficilement être mises en doute, demain c'est dimanche, les magasins sont fermés. Bien jouée la Société Géniale.

Dans le dortoir dans lequel je compte bien dormir, quatre des six lits sont déjà occupés par quatre jeunes philippins et philippines en ville pour le weekend. Et comme c'est toujours le cas avec les philippins, impossible de ne pas sympathiser. Rapidement, on décide de dîner ensemble. On quitte alors la GH pour se retrouver dans un restaurant qui a un évènement particulier à nous présenter ce soir. A grand renfort de disc-jockey, ce soir c'est défilé de mode!!

Qu'est ce que c'est que cette embrouille? Il y a encore quelques heures, j'étais à deux doigts de rhum de me prélasser sur une plage magnifique loin des tumultes de la ville et me voilà maintenant aux portes de l'enfer des décibels et du bon gout!

A propos de Sipalai, le LP indiquait qu'on ne savais jamais combien de temps on pouvait y rester. Pour Dumaguete, pas la peine de gacher de l'encre, c'est dès lundi, dès le retour du Précieux. Je rentre à l'hotel dès la fin du spectacle non sans avoir quand même poser en photos pour mes nouveaux supers copains qui eux vont en boite de night.

Mon retour est à 23h, le leur à 1h. Bonne nuitée les petiots.

 

 

A mon réveil, c'est à n'y rien comprendre. Je suis le premier réveillé et ça dure comme ça pendant deux heures, quelle mouche les a piqués?

Moi, je suis un peu déprimé de perdre une journée de plus dans la chaleur de la petite ville aux rues poussiéreuses et ensoleillées et passe ces deux heures à me décider sur la nécessité de prendre une douche.

A leur réveil, eux aussi sont un peu grognons et surtout, ils ont chaud, trop chaud. Alors certes, la climatisation est absente de la chambre d'accord, mais il ne faut quand même pas pousser, encore plus quand tu es philippin et que tu te dois de t'habituer à ce climat puisque tu y habites!! Mes colocataires décident donc de partir ailleurs, dans un endroit magique où la légende dit qu'il existe un machine à faire du froid. Tant pis pour eux, qu'ils aillent se faire congeler un oeuf!

 

A l'heure de leur adieu à la GH, je monte dans le tricycle du jour afin de m'aérer un tant soit peu. Les réjouissances qui auraient dues en découler était favorisées par un cadre dans les tons jolis au milieu duquel se déverse une cascade où les locaux avenants se baignent en ce jour du seigneur nappé de chaleur et puis non, un petit tour et puis s'en va. Il faut appeler un chat un chat, je n'ai pas l'énergie d'un foudre de guerre, pas comme avec mon Panasonic! (NDLR : A quand mon sponsor?)

 

En rentrant à l'hotel, je m'installe devant la télé avec les employés de l'hotel qui regardent la rediffusion d'un match de NBA. C'est comme à la maison ou presque. Les pubs en plus et Georges Eddy en moins, pas comme avec Canal+ (NDLR : A quand mon sponsor?)

 

De temps en temps, se retrouver dans une position proche de l'horizontale avec une télévision en face, ça fait plaisir à son homme! Devant le poste maintenant, là aussi je deviens touriste et je prends mon petit plaisir devant les images qui bougent.

 

 

Le soleil est là, il cogne les douzes coups de midi, c'est lundi.

Lundi, c'est inné, les paupières s'ouvrent toutes seules, les jambes encore dans le lit, mimant déjà le mouvement d'une course qui ne s'interrompera que lorsque je le tiendrais!! Les boutiques ont levé leur rideau de fer, rien ne me retient!!!

La veille, alors que je filais bon train à travers Dumaguete, j'avais reperé quelques enseignes prometteuses. Retournons y donc prestement afin d'assouvir notre pêché d'envie. Une douche à l'eau aussi glacée que possible, c'est à dire tiède, plus tard, Shopping, me voici; défends toi!!!!!!!!

(NDLR : Il fait tellement chaud que l'eau qui se situe dans de grands réservoirs posés sur les toits ressort invariablement chaude à la douche ou au robinet, ce qui n'est pas très revigorant...)

Une première boutique : il apparait qu'ils ne vendent que de l'électroménager. J'aurais pu mieux tomber; une machine à laver, ça ne m'interesse pas!!! 

Une deuxième boutique : le téléphone portable est leur spécialité, des appareils photos ils en vendent mais quand on voit que leurs tiroirs sont remplis de ces téléphones monochromes où les pixels sont gros comme des balles de tennis, c'est malheureux mais non merci m'sieur.

Une troisième boutique : l'espoir renait. Le responsable, ainsi soit-il, décroche son téléphone et appelle dans un élan d'initiative son fournisseur.

- Tu l'as toi le TZ3?

- Ah ben non, moi j'l'ai pas.

Il ne s'en est pas fallu de plus pour que mon espoir de rester plus longtemps sur Négros se fendent comme la banquise avant qu'un iceberg de plusieurs dizaines d'hectares ne s'en détache. Tous mes plans pour au moins les quinzes prochains jours menacent de tombent à l'eau. A quand Siquijor? A quand Apo Island?

- Est-ce que vous pensez qu'il y ait quelque chose que je puisse faire pour me dépétrer de cette mouize?

- Ben non, pareil.

Plouf...

 

Je ressors. Re-rentre. A la GH.

- Vite, vite, vite! Réfléchis!!! Quoi faire? Il est où mon Précieux?!!!!!!!! Ah tiens, je suis toujours tout seul dans le dortoir! Pour une fois, je vais allumer la télé moi même et pour le Précieux, on verra demain, c'est un nouveau jour, mardi, jour d'évasion.

 

 

Dumaguete est mon impasse, mais aujourd'hui il y flotte dans l'air un vent de liberté autant que de contraintes de me retrouver soumis à une destination forcée : Cebu City, les plus proches galeries marchandes sur le planisphère. Je salue mon geolier sympa et disparait de l'hotel pour rejoindre le port. A 11h du matin, je suis le nez dehors sous le soleil de Satan, les épaules ruisselantes d'être plaquées de mon paquetage complet. Heureusement, ce traitement ne dure qu'une dizaine de minutes. Malheureusement, c'est pour apprendre que le bateau est à 14h et que l'attente se déroule dans une salle d'attente privée de climatisation ce jour là.

A l'intérieur, les gens bouent tant qu'ils veulent.

Tant qu'ils veulent jusqu'à 14h? C'était ça? Ce sera 15h30 à la place!! Mêmes joueurs jouent encore!!! Mêmes sueurs suent encore!!!!

 

Puis, pas de nouvelle annonce de retard plus tard, tous les passagers embarquent et s'installe à leur place ou autour. Au dessus, le pont supérieur est accessible pour offrir une terrasse dévoilant, en route, le coucher de soleil. Je finis par dormir, allongé en travers sur une banquette. A l'arrivée à Cebu City, j'ai la tête dans un brouillard pas possible, c'est une image, même s'il fait nuit, c'est dégagé. Et puis, je ne suis pas si mort que ça, j'ai encore les réflexes pour demander mon chemin à un conducteur de taxi. Le premier choix du LP devrait convenir, c'est en général un excellent échap(p)atoire, en plus équipé WIFI, une première depuis un sacré bail!

 

A Cebu, je prends possession de la chambre. Au moins pour la nuit.

 

 

Jusqu'à 8h du matin, je m'énerve sur internet à la recherche du sîte de magasin photo ou électronique qui, sur Cebu City, saura me garantir en direct de lendemain par téléphone, ou par mail qu'il a un TZ3 (NDLR : C'est important.)(NDLR : Sponsor?) dans ses soutes.

Oui, 8h.

Il y a des soirs comme ça où internet rame avec deux doigts pour essayer de faire pivoter le Titanic échoué au beau milieu des abysses, des soirs où les heures inexplicablements passent comme des secondes et comme par hasard au milieu de la nuit.

8h. Toujours plus ou moins dans une espèce de forme passagère. Dans quelques dizaines de minutes, les magasins rutilants ouvriront un monde fait de merveilles dans lequel tronera un gros coussin rouge, parfait réceptacle pour un TZ3 docile et magnifique. La tentation d'attendre est grande. Mais celle de dormir est immense. Elle l'emporte. Mais je gère. A 14h, je suis le couteau entre les dents, près à en découdre avec les supermarchés, les promotions flashs et les dégustations de rillettes. Non, pas les rillettes? Tant pis... Je pars pour le plus grand centre commercial de la ville et fais le compte de tous les magasins potentiellements vendeurs d'électronique. Sans succès. La déprime monte, je suis dans un temple de la consommation, dernier endroit où je peux prendre du plaisir et ça n'est même pas possible. Je ne vais quand même pas être obligé de prendre un avion jusqu'à Manille pour arriver à mes fins, ce serait le pompon!!

 

Finalement, je m'oblige à une dernière tentative dans une espèce de supermarché dans lequel les chances de me voir victorieux dans ma quête mercantile sont plus fines que du papier à cigarettes. Si j'avais en tête d'acheter un cartable, une paire de bottes ou du roti de porc, je ne dis pas, mais un appareil photo... TZ3 de surcroit...

Mais, attendez. Il y a une enseigne Panasonic là-bas du côté des téléviseurs. Allons voir.

 

Qu'est ce que c'est qui trone derrière cette vitre? J'ai la berlue ou quoi? Quelqu'un peut-il me décoller une petite claque des familles pour savoir si ce n'est pas un mirage dans toute sa splendeur trompeuse?

Je me pince, rien n'y fait, ça trone toujours, c'est que ça doit être vrai!! Un TZ3 étincelant sous le feu des projecteurs!!! Tel un aigle en chasse, je fond alors sur ma proie sans demander mon reste et même si un 33 tonnes vient se mettre en travers de ma route, je l'explose fort de la semaine de patience que je viens de traverser pour atteindre ce moment d'émotion intense.

 

En cinq minutes montre en main, la transaction est finalisée, je suis un voyageur au complet et tout neuf près à rebattre le pavé, les cailloux, le sable, ou quoi que ce soit d'autre qui se mettra sous mes semelles de vent. Ne reste plus qu'à retourner à la GH, à recharger les batteries et à établir un nouvel itinéraire avec un minimum de déplacement à la clé et un maximum de plaisir à l'arrivée.

Le choix est vite arrêté, ce sera Malapascua, une île minuscule au nord de Cebu Island où les fonds marins n'ont apparemment d'égal que les plages qui les frangent. Ca promet! Mais en attendant, je dîne à la GH où tout le personnel est tellement content pour moi qu'ils m'invitent ensuite à un karaoké endiablé jusqu'à 1h du matin, heure à laquelle je commence à ne plus être très étanche.

Il serait donc temps d'aller dormir pour attaquer la journée du lendemain sous les meilleurs hospices mais une autre embuscade m'attend. Cette nuit, à 2h45 heure locale, est donné le coup d'envoi de la finale de la League des Champions ce qui constitue un programme royal à ne manquer sous aucun prétexte quand la fréquence moyenne de session télévisée ne dépasse pas une fois par mois. Au lieu d'aller compter fleurette au pays des rêves, je m'installe donc devant le poste et attend frébrilement le premier coup de sifflet de l'arbitre. Quand celui-ci intervient, j'ai à nouveau toutes mes facultés physiques et mentales, parfait quand on est la seule âme qui vive à ces heures de n'importe quoi. Jusqu'à 5h, remise du trophé aux grandes oreilles.

 

5h, c'est encore l'heure batarde par excellence. Si je veux poser le pied sur Malapascua, à 4-5h de bus, aujourd'hui, vaut-il mieux que je dorme au risque que ça dure pour des siècles et des siècles ou vaut-il mieux que je veille à m'en fracturer les pupilles?

Je regarde sur internet, le premier bus est à 5h du matin. La réponse est donc toute trouvée, le sommeil c'est les autres, la fatigue est toute mienne, le cerveau boitant, je file à la gare routière, le voyage reprend enfin!!!!

 

 

 

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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 22:26
J'ai trop végété.
En près de dix jours à Boracai, c'est une surprise tant ce n'est pas mon genre d'endroit à l'accoutumée, j'ai maintenant la vague impression d'être en retard. Je ne sais pas vraiment pourquoi car personne ne m'attend nulle part, mais ce qui est sur, c'est qu'à passer trop de temps la tête sous le couvercle, je sais pertinemment qu'à la fin de mon séjour aux Philippines, ces journées vont manquer pour de nouvelles histoires, de nouvelles rencontres, de nouvelles aventures.
"Fouette cocher!", donc, et ne regarde pas en arrière au moment de prendre le bateau, c'est un coup à vouloir rester encore plus longtemps!


Je quitte Boracai en milieu de matinée, il fait gris mais sec. C'est parfait pour que l'errance continue, la grisaille ne me donne pas expressément envie de me faire rotir sur White Sand Beach et le fait qu'il ne pleuve pas est on ne peut mieux pour me mettre sur la route sans avoir à acheter des bottes en plastique.
C'est donc l'esprit léger et tout à mon futur très proche que je peux passer à autre chose et monter dans le bateau qui quitte Boracai. A bord, il y a plusieurs autres touristes qui eux ont les mines de ceux qui à priori rentrent au bercail. Moi, je suis au naturel. Comme d'habitude, je ne suis pas le flux habituel. Pas question de reprendre un avion, en posant le pied à terre, je pars à la recherche du premier bus que je vois. Pas compliqué, comme on est aux Philippines, je peux demander au premier local qui se présente.

Le bus en question va à Kalibo, c'est la deuxième ville de l'île mais ne devrait être qu'un gros village bien loin de Cebu city ou de Manille. Qui plus est, comme ça n'est qu'à quelques kilomètres, ça va me laisser tout loisir de me ballader dans les rues tout au long de cette journée.
En effet, j'y suis avant midi. Pour ne pas perdre de temps, je choisis un hotel tout miteux juste en face de la gare routière de telle sorte que ça ne sera pas difficile d'en repartir et dans la foulée, m'en vais me perdre dans les ruelles tortueuses. Là, je n'ai qu'une envie, rester tranquille bien loin du monde et du bruit de White Sand.
Mais aux Philippines, rester tranquille à siroter un jus de fruit frais, c'est impossible, tant mieux.
Que je reste assis ou que je marche, je suis sans cesse solliciter. D'abord c'est un couple que je croise qui veut se faire prendre en photo non pas avec Britney Spears mais avec moi. Un cliché avec lui, un cliché avec elle, un cliché tout seul et le tour est joué.
Ensuite, alors que je visite une église, c'est le curé qui vient à ma rencontre et me tient ma jambe pendant près d'une heure. A l'issue, je sais tout de ses paroissiens, de sa paroisse, de sa paresse. Il me proposerait presque de le remplacer une semaine pendant qu'il va visiter Boracai!
Vient alors le tour, alors que je suis attablé avec mon jus, d'un groupe de type qui se relaxent à la Red Horse. C'est une bière que je cotoye ici de temps à autre et qui sur le goulot arbore "extra strong". Vive le traquenard... Je suis invité à les rejoindre, on m'adjoint un verre. La seule chose que souhaitent les joyeux lurons, c'est que je suives leur rythme. Il est 15h, la température est de plus de 30°, il ne m'en faut pas beaucoup pour me faire me rendre compte qu'il faut que je rendes les armes et hisses le drapeau blanc. Une première fois, ça ne fonctionne pas, les philippins sonnent à "ooohhhhhh" à l'unisson, synonyme de leur surprise autant que de leur mécontentement tout relatif, il faut que je reboives encore. La deuxième fois, c'est la bonne, je ne suis déjà plus très étanche, il est temps de dire au revoir et merci et de leur signaler que la Red Horse à 15h, c'est avec modération!! Je sais que c'est peine perdue et qu'ils remettront ça de plus belle dès que je serais loin, mais pour une fois qu'il m'est donné de faire la morale à quelqu'un! Ca doit être l'influence du prêtre qui déteint, vite une douche!!!
J'en ai d'autant plus besoin que je suis ensuite pris à parti par de jeunes basketteurs. Ils jouent sous le cagnard tropical et ont de l'énergie plein leurs chaussures de sport. Quant à moi, j'ai le rire rendu facile par la Red Horse et mon aptitude à dire "non merci" en est d'autant plus amoindrie. Je suis donc lancé dans un quatre contre quatre sur un grand terrain qui plus la partie avance, plus il me semble qu'il a les dimensions d'un terrain de football!! Les philippins courent, sautent, volent. Moi, je peine à retrouver ma respiration, j'ai les mains constamment sur les hanches, j'ai l'évanouissement proche depuis que je vois pleins de points blancs partout où je pose le regard.
Après une nouvelle heure de ce traitement, j'ai oublié l'ivresse, j'ai cent ans.

C'est en trainant des pieds que je retrouve difficilement la gare routière et mon hotel. La douche est froide, parfaite.
Quand j'en sors, je m'écroule sur mon lit dur comme la pierre et ne me réveille qu'à l'heure où tout est fermé, la ville dors aussi, pas pour une sieste, pour la nuit. La cloche n'est pas loin de sonner les douzes coups de minuit. J'ai l'estomac qui crie famine et rien pour le satisfaire. Dans un grand effort de concentration pour ne penser à rien, je replonge dans le sommeil pour oublier ma condition d'affamé.



Quand je me réveille de nouveau, il est 5h. C'est l'heure où, comme le dis superbement la chanson, Paris s'éveille. Seulement ici, ça fleur bon la campagne, et ces feignants de campagnards dorment encore. Les rues sont désertes, il faut encore attendre pour satisfaire mon appétit d'ogre.
Comme si c'était possible, je profite alors de la chambre pour écrire avant que le soleil ne se lève derrière les nuages qui ne semblent pas avoir bougé de la veille. C'est l'heure la plus tôt que j'ai trouvé pour me mettre devant l'ordi'. Il y a des fois où je m'étonne moi-même...

A 7h, je quitte ma condition de travailleur forcé. Je peux enfin écouter mon corps et le remplir jusqu'à plus soif. Je fais aussi un saut par une petite épicerie et achète pratiquement tout ce qu'ils ont de biscuits en me disant que cette fois, on ne m'y reprendra plus.
Puis, il est temps de véritablement lancer cette journée. Je compte prendre un nouveau bus pour traverser Panay, Kalibo c'est bien gentil mais il faut que je rattrape le temps perdu (ou pas d'ailleurs) à Boracai.
C'est vers Iloilo que je me rend. C'est pas que ce soit particulièrement glamour comme endroit mais c'est ensuite la porte d'entrée vers l'île suivante, Negros. Je suis donc les fesses posées à l'arrière d'un bus pendant une bonne partie de la journée. Je suis assis côté fenêtre et, à côté de moi, se trouve une philippine d'une vingtaine d'années qui ne se sent pas au mieux. Après quelques dizaines de minutes de route où le bus ne fait que tourner nous bringuebalant dans tous les sens, la demoiselle palit. Puis, enchainement logique, son petit déjeuner commence à faire du yoyo à tel point que je sens le coup venir, je lui laisse ma place près de la fenêtre dans le cas extrème où elle devrait lacher un peu de lest.
Comme j'ai bien fait!!!!
Dès qu'elle ouvre la fenêtre, c'est tout le côté du bus qu'elle repeint!! Comment un si petit corps peut-il se vider d'autant? En grand gentleman, je lui offre aussi du papier toilette pour qu'elle puisse s'essuyer les commissures des lèvres et des biscuits pour qu'elle ait plus que de la bile pour continuer son entreprise de maculage du bus. Elle accepte. Et maintenant qu'on a "brisé la glace", on se lance dans une discussion de principe.
La petite s'appelle Maria et s'en va pour les vacances d'été rejoindre sa famille à Iloilo. Son trait de caractère principal, comme de nombreux philippins, est qu'elle est une fervente catholique. Elle passe le plus clair de son temps chez une de ses tantes qui a besoin d'elle pour faire tout ce qui a besoin d'être fait de ménage et autre nourrissage des cochons dans sa maison de Kalibo. Résultat, Maria n'a pas beaucoup d'amis, pas beaucoup de loisirs, simplement la Foi.
Et comme ça se produit souvent dans ces cas-là, Maria me demande quelles sont mes convictions en matière de religion.
En général, comme je ne veux pas provoquer chez mes interlocuteurs le moindre signe de tourments, je dis toujours qu'en bon baptisé, je suis les préceptes de la bible de près et que je suis un catholique accompli. Seulement cette fois là, Maria me donne tellement l'impression de devoir être secouée malgré ses renvois de petit déjeuner que je joue franc jeu.
J'ai beau être baptisé, j'ai beau avoir passé toute ma scolarité dans une école de bonnes soeurs, la vie m'a appris à croire en la science, en le big bang, en la dérive des continents. Le simple fait de croire que "Dieu" a crée le monde en six jours me semble d'une ignorance folle. Puis, comme pour lui renvoyer la balle, je demande à Maria ce qu'elle pense du fait de l'Evolution qui est quand même quand on possède les bons éléments, bien moins hypothétique qu'une présence divine créatrice quelle qu'elle soit.
Mais Maria ne se démonte pas. L'Evolution, elle en a bien entendu parler mais comme elle baigne dans l'eau bénite jusqu'au cou depuis sa plus tendre enfance, elle est sure de son fait, la terre s'est faite en six jours plus un pour se reposer, ça fait sept jours comme une semaine, c'est un argument plus que satisfaisant pour sa petite tête bien faîte.
J'entame alors la liste de mes arguments comme pour lui démontrer qu'on est plus au moyen-age : les fossiles, l'anatomie comparée, la biogéographie. Tout ce qui me passe par la tête est bon pour lui ouvrir ses chakras.
Mais la gamine n'en démord pas, elle reste campée sur ses positions. Même si je n'en attendais pas moins d'elle, je reste quand même hébêté. Les évangélistes ont fait un tel boulot aux Philippines que j'en reste bouche bée. J'en suis presque à souhaiter que Maria reparte dans un série de renvois pour que la conversation s'abrège. Le charme est rompu. On continue à parler quelques minutes avant que je prennes l'initiative de faire semblant de dormir. Une stratégie qui marche à merveille quand on a épuisé tous les sujets de conversation.
A l'arrivée à Iloilo, Maria se jète dans les bras de quelque membre de sa famille, je me jète dans un taxi, elle n'est plus malade, l'ignorance est bénie...

Nous sommes en fin d'après-midi, tout ce que je demande au chauffeur de taxi est de m'emmener dans l'hotel sélectionné dans le LP car la description est plus que flateuse. En chemin, on doit traverser Iloilo de part en part, quelque part c'est tant mieux car ça me permet de me rendre compte que ce n'est pas particulièrement vert, franchement bétonné, que c'est tout ce que j'aime...
Au moins je suis fixé sur la ville, dans les 48 heures, il faut que j'ai déjà levé les voiles.

Pour l'instant, je prends mes quartiers à l'hotel. C'est charmant et tout de bois vêtu.
Ma chambre elle est au fond d'un long couloir, il faut passer deux escaliers pour l'atteindre et quand on arrive devant la porte, il n'y a plus de bois, juste une vague odeur de renfermé. Il faut dire que je dors ici pour quasiment le prix d'un ticket de métro à Paris. Je ne vais pas faire le difficile, il y a l'électricité, un lit, une douche qui fait aussi toilettes avec de l'eau chaude, c'est nettement mieux que le métro...

Je reste dans ma chambre quelques temps et quand j'en sors, me rend compte qu'il fait nuit. La journée est déjà bouffée par les deux bouts, vivement la suivante. La seule alternative dont je dispose, c'est d'aller au bar/restaurant de l'hotel, de manger en vitesse puis de rentrer dans ma chambre outrageusement luxueuse pour au choix, écrire encore ou regarder un film sur l'Archos.
Je commence par le restaurant. Celui-ci est en haut d'un escalier presque caché du reste de l'établissement. A l'intérieur, l'ambiance est délicieusement proche-oriental. Des lumières rougeoyantes projetées sur des tapisseries, des coussins partout par terre au point qu'il est presque impossible de marcher sur le plancher, des tables basses délicatements scuptées, et un menu où l'on sert le couscous royal, royal!
Je m'installe dans un coin en me félicitant d'avoir découvert le secret le mieux gardé de tout Iloilo et commande le couscous. Il arrive. Pendant que je mange, le restaurant se remplit. Pour l'essentiel, ce sont de jeunes étudiants locaux qui viennent garnir les sièges de leur séant en buvant des coups entourés d'une musique de bon gout. D'ailleurs, à la table juste à côté de la mienne, c'est un groupe de 6-7 personnes qui viennent de s'installer. De mon côté, je termine mon plat et entame ma cigarette digestive, préambule à une soirée ennuyeusement calme.
Après un court moment, ils me remarquent, moi le seul touriste des lieux comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Puis les questions fusent :
"D'où tu viens? T'as quel âge? Qu'est ce que tu fiches ici?"
Comme la musique est relativement forte, je leur propose de les rejoindre pour ne pas avoir à hurler et que ce soit, de ce fait, plus pratique pour entretenir une discussion. Erreur, nouvelle table dans un nouveau bar avec de nouveaux étudiants pleins de foutre et d'hormones = nouveau guet-apend où le réveil du lendemain n'a que peu d'importance... Sur leur table, les gamins, tous agés entre 18 et 22 ans, ne tournent pas à la bière. Ils ont en lieu et place de bouteilles, des brocs de deux litres dans lesquels le barman s'évertue à mettre le plus de substances alcoolisés de toutes les couleurs possibles.
"Celui-là, tu connais? Et celui-là? Et celui-là?"
Très rapidement, je connais tous les cocktails sur la carte, très rapidement les brocs sont vides. C'est mon tour de payer une tournée. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, mes boissons collectives arrivent à table en même temps que débute un concert live. Je n'avais pas vu mais il y a une petite scène sur un des côtés de la salle. Ce bar est vraiment un refuge comme je n'en ai que rarement rencontré. Et le fait que ce soit à Iloilo, ville poussière, quelle surprise!!
Le concert bat son plein, les philippins commencent à l'être aussi! Tout le monde rigole! La chanteuse enchaine des chansons en Tagalog que je n'ai aucune chance de connaitre, c'est tant mieux car parfois, des clients du bar sont envoyés sur la scène pour accompagner la miss. D'ailleurs quand une des filles qui est assise à ma table revient de sa performance, tous les autres veulent me voir monter sur cette grosse usine à stress qu'est la scène.
Dans leur accent inimitable, ils hurlent : "Brice, Brice, Brice".
Je n'ai donc pas le choix, je suis poussé par un tsunami sonore. Là, la chanteuse me tend un livre regroupant toutes les chansons que joue le groupe. Comme j'en connais certaines, pas d'échappatoire, je suis bon pour le service musical.
Au piano, Pino Latouca, derrière, le grand orchestre de Robert Quibel, ce soir au théatre de l'empire, le Braïce nous interprête "It's a man's man's world" de James Brown, une de mes chansons préférées. Désolé pour le massacre Monsieur Brown, repose en paix.
Comme d'habitude avec le karaoké (cf : le Vietnam. cf : Manille), au départ c'est hésitant. Puis, porté par les musiciens, porté par la partition, j'arrête de me départir et me jète comme un bête dans l'arène. Je suis la réincarnation du Parrain de la Soul, et quand il faut que je rendes le micro, c'est un crève coeur, j'ai plus envie que ça s'arrête... Je retourne donc m'assoir sous les cris de ma table en délire. Une nouvelle tournée est commandée. Il est 23h.
Le temps de la boire, il est 23h30, tout le monde est chaud comme la braise, en pleine montée. Les étudiants qui m'accompagnent travaillent tous le lendemain, ça n'a que peu d'importance pour eux, tout le monde en discothèque!!!!

Au total, on est six a être restés; trois garçons et trois filles. La moyenne d'age que je contribue personnellement à augmenter grandement doit approcher les 22 ans.
On quitte l'hotel pour traverser la ville endormie jusqu'à arriver à un puit de lumière dans la nuit. Dans le centre-ville, il y a trois patés de maison qui sortent du lot. Les lumières emplissent le ciel, les néons s'étalent comme à Las Vegas. Personne n'habite l'endroit, c'est rempli à craquer de bars et de dance clubs dans lesquels s'amoncèlent toute la jeunesse d'Iloilo.
Pour l'instant, toutes les discothèques sont silencieuses, il n'est pas encore minuit. On commande donc une nouvelle tournée de boissons dans un bar où un concert live débitent des chansons rocks des années 80 à nos jours. l'ambiance est d'autant plus plaisante que, cette fois, je n'ai pas besoin de chanter.
Puis à minuit, le concert s'arrête, forcé.
Les liquides dans nos verres sont troublés par les basses qui traversent les murs de la boîte qui nous jouxte. Le volume sonore est tel qu'un sourd pourrait entendre j'en suis sûr!! Mur, pas de mur, c'est la même!!! Il est venu le moment d'aller se secouer les hanches sur un jerk endiablé. A non, j'oubliais, on est pas dans les années 80, tant mieux, oubliez le jerk, apprivoisez la jungle!
A l'intérieur, toute la foule saute et danse en cadence. Ca transpire, ça vibre, ça vit. Comme je suis tombé dans le pichet depuis déjà quelques heures comme on tombe dans la potion magique, les chevilles bougent toutes seules, le déhanché est débridé, tout s'accorde pour que je me fonde dans cette usine à jeunes. Mais malgré ça, après deux heures de rythme cadencé avec des décibels qui parcourent tout mon corps, je suis vanné, saoulé, il faut que je sortes. Mes amis du soir, eux, ont encore de l'énergie à revendre.
Première solution, je leur dit que je pars et ils essayent de me retenir jusqu'à y parvenir.
Deuxième solution que je préconise, quitter la piste sur la pointe des pieds, en sachant que ça ne fera pas une grande différence pour eux qui sont tout à sauté partout.
Je pars donc sur la pointe des pieds, la tête raisonnante de tous les sons absorbés. En quittant le batiment, peut-être est-ce un mauvais signe, une grosse bagarre est en train de se déroulé. Cinq gars se font casser la tête par une dizaine d'autres types, ça vous remet les idées en place aussi sec. Les coups de poings pleuvent, les coups de pieds partent. Dès qu'une des "victimes" parvient à s'extraire de la melée, il est poursuivi par les autres, et ainsi de suite jusqu'à l'arrivée de la police qui règle le tout à coup de batons. Les deux camps en prennent alors pleins leur tronche. En une minute, tout le monde est calmé, tout le monde ou presque est en sang.
Je rentre en taxi, il y a des fois où il ne vaut mieux pas rentrer à pieds...

Comme chaque fois aux Philippines où j'anticipe une soirée relaxe comme autour de la cheminée en regardant Michel Drucker, je suis rattrapé par le tourbillon de la vie. J'éteins la lumière à 3h du mat' en oubliant consciencieusement de mettre le réveil. La journée du lendemain va encore servir à me remettre de toutes ces folies nocturnes. Vivement que je rentre au couvent. Non, au monastère... Pauvres nonnes...


Comme annoncé, les mirettes s'entrouvrent à l'heure où prendre un petit déjeuner relèverait de la blague. Je plains mes petits camarades de la veille qui travaillait pour la plupart ce matin. Moi qui peux m'accorder ce luxe, je ne fais qu'une courte ballade avant de rentrer faire profil bas à l'hotel. D'une part, je n'ai pas envie de ma justifier pour mon départ anticipé et d'autre part, je ne m'imagine pas recommencer le même manège ce soir en sachant que rester encore une journée de plus à Iloilo ressemblerait à un mini-Waterloo personnel tant ça n'est pas très jojo. Boracai, Iloilo, pas le même topo!

Je déjeune/dîne en fin d'après-midi pour éviter le gros des clients du bar. A la chambre alors qu'il ne fait nuit que depuis trois minutes depuis lequelles je fume ma clope dehors à regarder la lumière décroitre, je me replonge corps et âme dans la satisfaction de tes lectures sédentaires, je compose un nouveau texte.

Quand à Panay, ça n'était pas parti pour te tenir accroché sur ton écran pendant plus de deux minutes. Mais tu sais ce que c'est, sinon tu ne serais pas là, quand on aime on ne compte pas!!
Et comme je vous aime, je ne compte pas non plus les bises que je vous envoie.
 

 
 

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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 22:51
En ce jour, je me remets à l'écriture comme c'est pas permis. En France, il y a des lois pour protéger les travailleurs, aux Philippines, je ne pense pas que ce soit d'actualité. Toute ma journée, je tape, je relate, je me remémore. Et, comme j'ai de plus en plus de retard, je m'efforce d'écrire en plus sur des feuilles de papier le résumé de mes journées sachant que ce qui devait être un résumé se mue automatiquement en des dissertations infinies.
Entre le stylo et le clavier, j'ai donc deux fois plus de travail, deux fois plus de mal à rattraper mon oisiveté passée même si j'y passe le plus clair de mon temps. Jusqu'au coucher du soleil, je ne m'offre qu'une courte pause pour aller mettre la tête dans l'eau et m'arranger un nouveau rendez-vous pour le lendemain avec Jo-Ann, ma masseuse attitrée, en sachant qu'entre les massages et les baignades, il va s'agir de rebondir et d'aller de l'avant quant à la suite du programme.
Et manque de bol, ça coincide avec le retour de la pluie...
Jusqu'à aujourd'hui, chaque soir, on voyait les orages de loin. On restait au sec, ça faisait un joli spectacle. Mais maintenant, c'est juste au dessus de ma tête quand je vais dîner. Et ça mouille! Au retour à la GH, il pleut encore. Dans le dortoir au premier étage, dans lequel je suis tout seul avec mes quatres ventilateurs, la pluie donne un concert à très fortes décibels en s'échouant sur le toit juste au dessus.
Pour les perspectives d'itinérance, c'est pas reluisant, pour passer une bonne nuit, ça berce.


Au saut du lit, le temps est toujours à la grisouille. Il ne pleut plus mais ça menace comme une grippe porcine. C'est la première fois que dès le matin une chappe de strato-cumulus bouche le ciel, il en faut plus pour que ça me déprime. Je pourrais très bien rester au lit mais non, le devoir m'appelle.
Il y a deux jours, quand avec Yo' on s'est lancé dans le tour de Boracai cycliste, Jo-Ann célébrait en grande pompe les deux ans de Jay-Jay, son fils. La veille encore, alors que je me faisais masser, Jo-Ann nous avait invité à passer dire bonjour. C'était en tout bien tout honneur, ça sentait bon le gouter avec tous les marmots enjoués de l'île, ça aurait pû nous faire une excellente pause autant que plaisir à notre hôte. Mais sur le moment, alors qu'on était tout dégoulinant d'effort, on s'était dit qu'on était peut-être pas dans les meilleures dispositions pour faire une bonne impression autant que pour jouer avec des dizaines de gamins excités au sucre. Jo-Ann n'a pas oublié quand, hier, j'ai pris rendez-vous pour aujourd'hui, elle m'en a presque fait le reproche.
C'est donc tout naturellement qu'en cette matinée de grisaille, je ne vois pas d'autre alternative que de lui faire une petite visite surprise comme au bon vieux temps des amis parigos quand je débarquais sans prévenir le dimanche après-midi. Aussi, je me dois d'être l'invité modèle. Après avoir acheté un maillot de basket taille "deux ans" pour Jay-Jay, je débarque. Il y a là, Jay-Jay qui joue dans le modeste jardinet, Auguste, son mari opéré peu avant du tendon d'achille qui se remet de son opération assis dans un siège à bascule et Jo-Ann qui est occupée à faire la conversation à une de ses voisines.
Dès qu'elle me voit arriver, c'est avec des "bienvenus" plein le sourire qu'elle m'accueuille. Jay-Jay, qui a bien compris que le maillot était trop petit pour son père, me fait aussi un accueuil triomphal. Auguste est tout surpris de me voir mais c'est aussi agréablement qu'il m'invite à m'assoir à ses côtés. Pendant ce temps, Jo-Ann qui doit compenser l'infirmité temporaire de son auguste Auguste, s'active dans la maison. Quand elle revient, c'est pour nous dire de passer à table. Etre plus gêné que moi à ce moment là, c'est pas possible. La famille a beau être modeste, ils ont concocté un festin qu'il va être difficile de réduire en miettes tant la table est colonisée par les plats de poisson, de viande, de légumes. Il y a de quoi nourrir un bataillon de boulimiques!
Je m'installe donc à table et ne peux décemment pas faire autrement que de tester l'élasticité de mon estomac en le gavant comme celui d'une oie périgourdine. Et comme pendant ce temps là, tous les voisins ont l'air de s'être donné le mot pour observer l'animal exotique qui se remplit la panse, je ne suis pas encore parti!!
Après le repas, je passe deux heures à faire des allers-retours entre Jo-Ann que je ne peux remercier assez et tout le village pour qui je fais le clown ou le singe savant. A l'heure de partir, je confirme à mon hotesse qu'elle n'en a pas encore fini avec moi eu égard à mon rendez-vous du soir. Je rentre en direction l'hotel ne me souciant que peu des nuages, la tête raffraichie de ces dizaines de rencontres. Alors que j'y suis presque, je me dis qu'il serait presque dommage de ne pas me mettre à l'eau ne serait-ce que pour évacuer quelques unes des milliards de calories que je viens d'ingérer. Peu importe les conseils de grand-mère, après le repas, on peut nager!!!
J'ai donc le choix entre White Sand et ses sandwisheries d'une part, et la plage déserte où on a joué avec les gamins quand Yo' était encore de ce monde insulaire d'autre part. Où croyez-vous donc que je suis allé tremper ma couenne? Les enfants et les sourires, bien sur!!!
Quand j'y arrive, la pluie commence à tomber, la belle affaire! Les enfants sont toujours là et ils ne m'ont pas oublié de quelques jours plus tôt. Je suis donc contraint à une nouvelle séance de lancer de nains, le temps pour eux d'en redemander, le temps pour moi d'être sur les rotules.
Il est 16h quand je suis finalement dans mon refuge, mon dortoir. Le concert aquatique sonne toujours le "la".
C'est à 21h et à l'issue d'une nouvelle session rédactionelle que le tintamare s'arrête. Une accalmie? Vite, à table! Table de massage bien sûr!!
Jo-Ann est là, à m'attendre sur le pied de guerre, je n'ai plus qu'à lui rendre la monnaie de sa pièce. Mon T-shirt saute, je m'allonge et ronronne. Pas mal pour cloturer la journée. Les massages de fins de soirée sont bien accueillis mais s'il te prend de vouloir me masser dès le réveil dès mon retour, je prends aussi!!! A bon lecteur, bon entendeur...


Aujourd'hui, c'est dimanche, jour du repos du seigneur. La grasse matinée est de mise, il est 10h quand je prends le petit déjeuner à la GH. Le temps s'est dégagé un peu, hauts les coeurs. Autour de la table, je rencontre deux américains Bob et Andrew. Ils ne sont là que depuis la veille et ont encore tout à découvrir. Bob et Andrew ont un hobby dans la vie : le golf. Presque naturellement, alors que la conversation tourne autour, ils me proposent de me joindre à eux pour tester le seul 18 trous de l'île. Belle initiative quoi qu'un peu étrange sur cette île toute dévouée à la baignade, j'accepte pour le meilleur et pour le pire surout en ce qui concerne les fairways...
Ma seule expérience de swing était à Bangkok cinq mois plus tôt et au cours de ce premier tatonement, mon ratio tir tenté / tir réussi était famélique.
C'est donc plus par gout du rire que par gout de la performance sportive que je les accompagne.

Sur Boracai, le parcours de golf est annexé à un hotel quatre étoiles. Chaque fois que j'inspire, j'ai l'impression que ça sent plus le billet vert que la verte pelouse. Le parcours, cela dit, est splendide. Ca serpente entre les collines, entre les palmiers, chaque brin d'herbe est agencé en harmonie avec ses voisins brins d'herbe.
Andrew et Bob dispose chacun de l'équipement complet, une douzaine de clubs scintillant au soleil.
Moi, pauvre gaucher débutant, je me fais prêter trois clubs par le club house, un bois, un fer, et un putter.
Et le numéro commence!
Alternativement, je rate la balle ou fais des trous dans le sol. Mon premier trou, un par 4, ce qui signifie que si tu maîtrises ton sujet, tu peux mettre la balle dans le trou en quatre coups, se termine en la bagatelle de 21 tentatives plus vaines les unes que les autres! Au départ, les américains étaient morts de rire, mais plus le temps passe et plus ils s'impatientent de me voir me contortionner pour arriver à rien. Je suis leur boulet.
Personnellement, je m'amuse bien même si je savais, dès le départ de la GH, que Bob et Andrew était plus des rencontres d'un jour que des potes de toujours. Mettre leur patience à bout m'apporte quelque satisfaction!
Seulement après trois trous que je boucle en plus d'une demie heure, mes 'ricains décident de passer à la vitesse supérieure. Moi, j'ai carte blanche, tout seul sur ce parcours magnifique pour millionnaires en mal de trous.
Je continue à tenter ma chance jusqu'au moment où, il fallait s'en douter, le golf tout seul, sans des potes avec qui se fendre la poire, c'est chiant comme la mort. Ainsi, sans demander mon reste ni savoir où sont Bob et Andrew, je rends les armes et retourne à la maison où le jeu va maintenant consister à les éviter autant que possible. Je reprends mon rôle de scribe dans mon dortoir personnel, je n'en sors qu'à 22h quand je me décide enfin à aller dîner.

Sur le chemin du retour, je croise deux jeunes femmes complètements allumées. Il n'est pas encore 23h et les belles ont déjà du mal à marcher droit. A leur vue, je ne peux m'empêcher de leur faire un sourire complice et de leur demander si tout va pour le mieux. Elles s'arrêtent alors et on commence à parler deux minutes, le temps pour elles de se placer sur ma gauche et sur ma droite.
La suite, on a même pas encore eu le temps d'échanger nos prénoms que les deux demoiselles m'aggrippent chacune un bras. La seule chose que je sais alors d'elles, c'est qu'elles sont de Manille, en vacances à Boracai pour dix jours, et que la soirée ne fait que débuter... Je suis à la merci du démon tentateur... Moi qui voulait une soirée tranquille avant d'aller voir là-bas si j'y suis dès demain, j'ai l'impression que c'est raté, encore fallait-il que je puisses anticiper la tornade qui s'abat sur moi.
Avec une fille de chaque côté, je suis téléguidé. Si elles veulent me faire me diriger vers la gauche ou la droite , elles n'ont qu'à me faire pivoter.
On descend la plage entre petits bisous, rires nerveux et des interrogations plein mon cortex. Qu'est ce qui m'arrive? Quel magnétisme m'habite? Je ne peux rien faire d'autre que de suivre aussi activement que possible la partition qui s'écrit sous mes yeux.
- "Où va-t-on?", je demande. Les petits rires me renvoyent ma question.
J'y vois un peu plus clair quand on entre tous les trois dans un hotel luxueux du front de mer. C'est là qu'elles habitent.
On passe le réceptionniste, monte dans l'ascenseur, et entame des débats fougueux. A l'entrée dans leur chambre double, je remarque le foutoir fait de piles de sous-vêtements et maillots de bain de toutes les couleurs avec pour seul trait commun, un gout prononcé pour le minusculement affriolant. La surface de tissus est minuscule, tout est affriolant. Je suis immédiatement jeté sur le lit le plus proche, on tire le rideau à défaut de mettre un carré blanc dans le coin en bas à droite.

Je sors de la chambre vers 2h30 du matin. Je ne sais pas à quel point c'est agréable ou désagréable mais j'ai la sensation inédite d'avoir été abutilisé. Je suis tout propre d'avoir fini dans leur baignoire mais je me sens tout souillé. Les demoiselles, et ç'en sont, ne sont pas des professionnelles puisqu'elles ne m'ont jamais demandé autre chose que d'être leur chose. Je suis tout chose et c'est rien de le dire!
Moi qui avait prévu de boucler mes affaires le lendemain matin, il va falloir repenser ça, j'ai besoin de repos!


C'est d'autant plus vrai qu'en ce nouveau jour, il pleut de re-chef. Pas facile de mettre le couvert si la blanquette prévue se remplit d'eau jusqu'à devenir une soupe. Ca fait un peu mal au coeur de se dire que je passe une nouvelle journée à Boracai où je n'ai plus rien à découvrir après avoir vraiment fait le tour de la question, mais il y a pire. Au moins ici, tout est accessible : la plage, les restaurants, un dortoir dans lequel je monopolise toujours tous les ventilateurs pour avoir de l'air frais en stéréo, tout le confort pour le touriste chevronné qui en est parfois privé.
Je profite donc en faisant un peu des trois. Je me baigne comme si c'était la dernière fois. Je me remplis le ventre comme si c'était la dernière fois. Je dors comme si c'était la dernière fois. J'écris en sachant que j'ai encore beaucoup de pain sur la planche. Le tout est d'éviter de trop trainer pour ne pas retomber ni sur Prosper ni sur celles qui ont fait de moi leur marionnette. Micky est toujours à Panay.
La journée est, même si elle se passe bien, la plus ennuyeuse depuis longtemps. Je ne parle à quelqu'un que pour commander à manger. Vivement que ça change!
Demain, c'est maintenant sur et certain, je ne m'apeusantis pas, je me mets en marche dès le lever! Une journée comme ça, c'est appréciable si on voit le verre à moitié plein, mais à recommencer l'expérience, c'est un coup à vieillir trop vite et à compter les gouttes de pluie si jamais elle continue de tomber.
Je me couche donc avec les poules (c'est une expression), Panay, serre les fesses, j'arrive à toute vitesse!

 
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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 12:39
Le soleil se lève sur bohol.
Nous aussi, avec Marie et Yo', on se lève et, à la différence du soleil, on ne se couchera pas là.
On est pas omnicient, un endroit à la fois.

En ce matin contrairement à la veille, ce n'est pas moi qui m'occupe du réveil. Et d'une, je ne suis pas celui qui a sollicité cette escapade à Boracai, donc si on rate l'avion, ce n'est pas moi que ça va ennuyer le plus; et de deux, vu le retour de flammes que j'ai pris la veille avec mon réveil musical, je ne suis pas près de me recreuser la tête pour qu'on émerge en musique.
je me lève donc comme une fleur qui n'a comme responsabilité que celle de s'ouvrir en harmonie avec le soleil. Pas question que je me presse, je n'en fais qu'à ma tête de cochon.

En milieu de matinée, on prend un bateau de Bohol à Cebu City. A bord, le roulis fait qu'on est tous un peu comateux. Mais c'est sans conséquences hormis le fait qu'on puisse replonger dans le sommeil quelques temps. Le bateau est presque vide, ce serait presque gaché si on ne prenait pas nos aises. Marie profite de la climatisation à l'intérieur. Yo' et moi, on est à l'arrière à apprécier le vent, en tout cas le temps de s'endormir, alongé en travers de quatre sièges pour Yo', c'est plaisir! Puis, on arrive à Cebu. Le décor urbain et gris a remplacé la carte postale, comme lors de l'aller vers Bohol, la visite de Cebu City est une visite éclair, juste le temps de monter dans un taxi pour nous conduire à l'aéroport et le tour de la ville est joué.
Cebu City ne s'est pas refaîte une beauté depuis 48h, ça ne nous fait pas plus d'arguments pour y salir nos semelles. On arrive à l'aéroport. Là, le jeu consiste en une nouvelle prise de tête de la versaillaise qui n'en est même pas une. Elle n'y est pas née, elle n'y a jamais vécu, mais ça ne m'étonnerait pas qu'elle soit sympathisante. Un peu tout le contraire de l'ami Sylvano qui est un versaillais de souche et qui fait tout pour s'en cacher. Pas étonnant qu'on ait des atomes crochus...
Tous les avions en destination de Boracai n'autorise que dix kilos de bagages en soute. Si tu dépasses cette limite, on ne jète pas tes affaires par dessus bord mais on te rançonne de quelques euros ce qui reste anectodique du fait du prix dérisoire du billet d'avion. Et bien la Marie, ça l'emmerde cette situation. Ca l'emmerde à tel point qu'elle se lance dans l'empilement caractérisé du maximum de vêtements qu'elle peut porter sur ses larges épaules. Deux voire trois paires de chaussettes, au moins trois T-shirts, un short sous le pantalon, le remplacement de ses tongs par ses chaussures de marche, quelques foulards, un pull et le tour est joué. Pour un peu, elle pourrait jouer dans une pub pour Michelin! C'est d'autant plus intelligent qu'à l'extérieur il fait dans les 35°, bref... C'est comme ça qu'on va enregistrer nos bagages.
Le couperet tombe. Mon gros sac fait un peu plus de quinze kilos, je suis bon pour payer la surtaxe. C'est pas grave, j'étais au courant bien à l'avance, pas de quoi pourrir mon voyage.
Pour Yo', je ne me souviens plus de quel côté de la balance il se trouve mais, de tout état de cause, pas de quoi non plus lui faire perdre le sourire.
Quant à Marie et sa stratégie de l'esquimau sous les tropiques, et bien ce n'est même pas suffisant!! C'était bien la peine!!! Elle doit aussi s'acquitter de quelque menue monnaie et elle, ça ne l'a fait pas marrer. Car maintenant son sac est parti rejoindre les soutes, elle n'a d'autre choix que de garder sur elle l'équipement pour supporter des températures négatives. Dommage Eliane!!

Dans l'avion, on se débrouille tous pour avoir un siège près d'un hublot. Il faut dire que j'ai fait un lobbying forcené auprès de mes camarades afin que chacun puisse en profiter pleinement. Les vols au dessus des Philippines ont ceci de particulier qu'il y a toujours quelque chose à se mettre sous la rétine. Des récifs de corail au montagnes et volcans menaçant, c'est toujours une explosion de couleurs au delà de tout soupçon qui prend en plus toute son ampleur quand on sait que comme on vole dans des avions à hélices, l'altitude en vol n'est jamais suffisamment élevée pour voir la terre comme un point.
Et bien tout ça, ça ne suffit pas, pas à Yo'. A peine a-t-on décollé que le p'tit père me demande mon MP3 pour regarder un film.
"Mais t'es pas bien? Le film il est là en bas et en technicolor!! Tu ne vas te coller devant un écran de dix centimètres de large alors que le hublot est au moins quatre fois plus grand? Si?"
Et bien si. Ce sera à moi de lui dire quand il faut regarder. C'est pas bien grave et ça me fait plaisir de pouvoir satisfaire aux désirs de mon pote, mais quand même, voler au dessus d'un archipel de 7000 îles, c'est quand même pas tous les jours!!! Sacré Yo'!! Je n'irais pas dire qu'avec la Marie ils font la paire mais là-dessus, ça ressemble à un truc qu'elle aurait très bien pû faire. Méfiance...
Pendant ce temps, les montagnes nous défient, les rivières se jètent dans la mer, les îles désertent. Comme ça pendant une heure à l'issue de laquelle, le capitaine prend la parole, Boracai est juste en dessous. Ca nous donne l'occasion de découvrir vue du ciel ce qui sera notre nouveau lieu de villégiature.
De là haut, l'île est minuscule, droite comme un "i" et ourlée de plages dont on devine que le sable ne blesse pas la voute plantaire. On peut voir également que Boracai est loin d'être une île abandonnée vue le nombre de constructions qu'elle abrite. Mais ça, on le savait avant de venir ce qui devrait atténuer le choc, Boracai, malgé sa taille liliputienne, est la première destination balnéaire des Philippines.

A la sortie de l'avion, on s'en rend très vite compte. Une armée de tricycle attend le passager aérien. On est pas les premiers, pas des explorateurs. On prend le premier qui se présente. Pas la peine pour le chauffeur de nous demander où on va, c'est ici pour tout le monde pareil. Il faut d'abord faire trois minutes de route pour rejoindre une jetée. De là, il faut embarquer sur un bateau et traverser le court bras de mer qui séparent Boracai de Panay, sa voisine bien plus étendue sur laquelle on a atterri. Ca prend au total une demie heure à tout casser.

On est maintenant à Boracai et ne reste plus qu'à savoir où descendre. Il faut dire que je frémis encore en repensant à l'arrivée à Bohol et à la blague comme quoi il faut deux heures montre en main pour trouver un hotel. Que diantre, si ça se reproduit, je me fais hara-kiri, c'est une promesse!!
Mais aujourd'hui pas la peine d'en arriver là, Marie s'est faite laisser dire qu'il y a un chouette hotel dans le coin par quelqu'un qu'elle a croisé un peu avant nous, et comme elle a les coordonnées, c'est sans mal que le chauffeur d'un nouveau tricycle nous y conduit. A l'arrivée, on est quand même en pleins doutes. C'est propre mais c'est cher, même pour bibi. On ne sait pas encore que Boracai est aussi l'île la plus chère du pays. Plus de touristes, plus de pépettes!
On est donc là avec Yo' à se demander ce qu'on fait. Marie, de son côté, part visiter le dortoir réservé aux filles et quand elle revient, elle a déjà décidé, elle y reste!! Elle qui nous avait fait un sketch à Bohol, elle qui nous a trainé à Boracai, elle traine dans la boue ce qui fait du voyage un sport collectif!! Mais soit. Si tu veux n'en faire qu'à ta tronche, c'est ton choix, prends la chambre et fous nous la paix!! La demoiselle disparait. Avec Yo', on est perplexe. Non pas à cause de Marie mais sur ce qu'on fait. Rester? Partir?
C'est alors que la patronne de la GH nous fait, comme le Parrain, une proposition qu'on ne peut pas refuser, un tarif bien en accord avec nos accoutrements bohèmes loin de la versaillaise. Comme un poisson affamé, on est ferré. C'est aussi là qu'on pose nos sacs à condition pour nous de ne pas révèler à qui que ce soit, et notamment à Marie, les termes de notre union tarifaire. C'est donc dans un sourire complice avec la patronne qu'on scelle l'accord. Avec Yo', on prend nos quartiers dans un des dortoirs pour nous, les hommes, et on s'en félicite. Il faut dire que c'est un dortoit avec quatre lits et quatre ventilateurs dans lequel on est pour l'instant tous seuls, ça nous fait de la place à revendre ce qui, pour le prix, est pas loin d'être inconcevable. En plus, il y a le Wifi ce qui n'est pour déplaire à personne à commencer par Yo' qui se fait une petite scéance internet.
Moi, internet, ce sera pour plus tard, j'ai quand même envie de voir la plage qui fait la fierté et qui trone en première page de tous les catalogues touristiques des Philippines. Et même s'il fait déjà nuit, c'est pas bien grave, ça me donnera toujours de quoi méditer avant la journée ensoleillé de demain. Je pars en séquence découverte.
Notre GH est séparée de la plage de quelques dizaines de mètres. Le chemin qu'il faut emprunter est sombre et exigu. C'est à l'inverse total de ce qui ce passe de l'autre côté, côté sable. Là, c'est l'hallu'. Pour se retrouver les pieds dans l'eau, il faut d'abord traverser un chemin sablonneux éclairé comme à Las Vegas. Ce chemin longe la plage et est une enfilade de bars, de restaurants, d'hotels, d'épiceries, de centres de plongée, de magasins de souvenirs, de stands de massages et de tatouages, tout pour contenter un touriste plagiste lambda. Ca fait un peu peur la première fois!! Puis, il faut aussi traverser tous les bars et restaurants qui ont un emplacement sur le sable. Au milieu des tables, des chaises longues, des palmiers, il faut se frayer un chemin, pas chose facile! Ca pourrait aussi être effrayant mais je remarque une chose qui me flatte dans le sens du poil : tous ces établissements ont un doux parfum relaxant, ça boit sur des tables basses assis sur le sable ou sur de longues chaises confortables ou encore mieux sur des poufs géants, ça dîne sous les palmiers, le tout avec des éclairages tamisés qui ne gachent rien. L'ambiance de l'île n'a rien d'Ibiza. Ca a beau, certes, être très fréquenté, mais comme il n'y a pas un batiment qui dépasse la hauteur des arbres, tout reste à échelle humaine.
Et puis enfin, quand on a dépassé tout le rideau de débit de boissons et de nourriture, on y est, White Sand Beach est là, immense, comptable en kilomètres. C'est facile à voir, même de nuit, les établissements se suivent à perte de vue derrière les palmiers.
Sans aller jusqu'au bout car, à un moment, il va falloir que je rentre chercher Yo', je me lance dans une petite marche le long de la grande bleu en anticipant le fait qu'elle soit turquoise. Une heure tout au plus, puis je retourne à la maison. Là, je récupère Yo' au passage et comme on est pas des chiens, on va voir Marie pour savoir si elle veut se joindre à nous. Et bien non! En définitive, la pauvre ne se sent pas très bien et préfère passer la soirée dans son dortoir. Qu'à celà ne tienne, c'est pas plus gênant que ça pour ne pas dire autre chose. D'ailleurs, en retournant à la plage avec le Yo', je commence à m'épancher sur le fait que plus le temps fait son oeuvre et plus Marie et moi, c'est loin de faire deux et que j'en suis désolé car je suis persuadé que elle et lui, c'est une amitié forte qui les lie. Et bien patatra!!! Yo' me fait la même révélation!!! De la Marie, lui aussi il en a plus qu'assez!! Résultat, on part dans un rire complice, ravis de voir que l'un et l'autre, on est sur la même longueur d'onde, partis pour une soirée où qui se ressemble s'assemble.

Après que Yohann est à son tour jaugé la plage, il est grand temps de festoyer et de rire encore de qui vous devinez. On sait, on est vraiment des sales gosses.
Les pieds dans le sable, les assiettes s'additionnent. L'addition, s'il vous plait.
Plus loin sur la plage, il y a un spectacle de feu qui bat son plein. Ca tournoie dans tous les sens, les accrobates ont du talent. Personnellement des "fire shows", j'en ai déjà vu quelques uns depuis que je suis en errance autour du monde, mais pour le Yo', c'est la première fois. Il convient donc de s'en ravir. Il doit y avoir six ou sept danseurs, quelques garçons, quelques filles. Tous les deux, on commence à s'assoir sur le sable afin d'être aux premières loges. Puis comme la soirée bat son plein, on convient qu'il serait de bon aloi de s'assoir en terrasse, toujours sur le sable, du bar devant lequel les artistes s'expriment. Un cocktail chacun, pas de mal à se faire du bien. Autour de nous, il y a quelques touristes, tous philippins, on est donc les seuls blancos. Je dis ça avec le sourire car Yo' est un type tout ce qu'il y a de plus métissé. Il a des origines de partout à travers le globe, n'a rien d'un Jean-Pierre, ce qui fait que blanco ne s'applique que parce que c'est un parigo au milieu des philippins.
Le spectacle se poursuit. Plus ça va et plus on sympathise avec les manieurs de feu. Ils sont tous vraiment bon esprit et à chaque fois maintenant que l'un en finit pour un temps avec son numéro, il vient s'assoir à notre table. J'ai rarement vu meilleur comité d'accueuil, comité qui reste même avec nous une fois le spectacle complêtement
achevé. Les verres s'enchainent dans une ambiance tropicale. Parfois on les fait rire, parfois il nous font rire, mais le plus souvent on rigole tous ensemble. En fait, le feeling passe tellement bien qu'ils nous proposent de les accompagner pour la suite de leur soirée. Ils ont fini de travailler, place à la détente.

La détente pour les philippins à Boracai, en tout cas pour ceux avec qui on délire ce soir, c'est d'aller voir un concours de beauté. Rasoir me direz vous. Et vous auriez raison s'il ne s'agissait d'un concours un peu plus particulier que ce que j'avais en tête : ce soir, on note les travestis.
Le concours se déroule dans un immense espace qui tient autant du bar que de la salle de spectacle. Au centre se dresse une large scène sur laquelle les "concurrentes" défilent et les "maîtresses" de cérémonie tantôt détendent l'atmosphère, tantôt l'enflamment. Ces hotesses, qui ont apparemment fêtées leur vingtième printemps voilà belle lurette, sont les diablesses en chef de la soirée. Elles ne connaissent aucune limite. Elles enchainent les blagues "de très bon gout" tout au long du spectacle en en rajoutant parfois, mimant l'acte préliminaire ou sexuel avec tout ce qui leur tombe sous la main : un aspirateur, un extincteur. C'est pas très distingué mais en tout cas, c'est illarant!
 Les candidates, elles, sont au nombre de trois. La première a carrément l'air d'une professionnelle. Elle concilie la vulgarité avec le fait qu'on ne peut pas s'y tromper, c'est un bonhomme avec une pomme d'Adam et tout et tout. Quelle élégance, quelle "grasse"!! La deuxième semble tout droit tombée du nid. Elle est extrèmement timide ce qui en fait une cible de choix pour les présentatrices incendiaires, et semble tout juste majeure. La troisième, c'est là que ça se complique, est un canon de beauté. Grande, fine, des jambes interminables posées sur un sourire étincelant et ravageur. Nuls doutes que c'est elle qui va gagner. Bien plus de doute, en revanche, sur le fait que c'est, pas c'était, un homme. C'est là tout l'objet du concours. C'est un coup à remettre en question tout ce que vous savez de l'homme et de la femme!!
Une fois les présentations faites, le concours débute réellement.
Premier défilé, première tenue, de petites jupettes aguichantes.
Dans la salle, intégralement peuplée de locaux à l'exception, encore une fois, de Yo' et moi, ça rit, ça applaudit, ça vit.
A notre table, ça vit aussi, tellement que Yo' est en train d'enlasser sa voisine Septer, manipulatrice de batons enflammés sur la plage, enlasser voire embrasser goulument avant même la deuxième acte. De mon côté, j'ai aussi une voisine, Micky (Mickaela) et celle-ci est également du genre plutôt entreprenante. Sa main ne cesse de toucher la mienne, et après quelques temps nos doigts se mélangent. Difficile de résister, la gamine est trop sexy, trop sympa, et puis c'est une danseuse depuis huit ans. Une danseuse...
Deuxième défilé, deuxième tenue, c'est l'heure des maillots de bain une pièce.
Yo' est toujours parti dans un numéro d'échanges culturels façon bouche contre bouche.
Moi, j'entame les dernières paroles avant de moi aussi passer à table. Rien de tel que quelques mots bien sentis pour encore faire monter la température.
Troisième défilé, troisième tenue, toujours annoncés par les maîtresses de cérémonie avec une grande pudeur (est-ce que vous voulez en voir plus? J'entends rien!!) : les maillots de bains deux pièces larges comme Dédé à coudre.
Pour Yo', on maintient le cap.
Pour moi, je me lance enfin dans la farandole des langues non sans avoir dit à ma compagnonne pas nonne : "Mais j'suis timide..."

A la fin du spectacle, le jury a rendu son verdict. Etrangement, on a le droit à une égalité, certes le canon a gagné mais il doit aussi partager sa courrone de roi-reine de beauté avec la candidate numéro un. C'est à n'y rien comprendre.
Entre Yo' et moi, c'est aussi un ae-xequo. Chacun part bras dessus bras dessous avec sa cavalière. Et la soirée ne fait que commencer. Il a beau être déjà une heure du matin, on est encore convié à une fête d'anniversaire qui n'a pas encore commencée et qui devrait se tenir sur le toit d'un bar restaurant du bord de plage. Y'a pire. En fait, c'est un copain de Micky qui travaille là qu'on va célèbrer. Le temps qu'il ferme la boutique et le toit est à nous.
En attendant, tout le monde est sur la plage à faire ce qu'il a à faire. Je passe l'heure qui suit à être collé bouche contre bouche avec ma mignonne. Tout se déroule parfaitement bien sauf que pendant qu'elle m'embrasse, la môme n'arrête pas de m'aspirer la lèvre à m'en faire mal. Je ne comprends rien et me vois obliger de lui demander ce que c'est que cette nouvelle mode qui fait que tout le monde va vite se retrouver avec des lèvres gonflées de sang à la manière d'un suçon. Jusqu'à preuve du contraire (je vous attends les filles, prouvez moi le contraire), on ne fait pas ça en France!
- "Attends mais tu ne sais pas embrasser ou quoi?!? Tout le monde fait ça ici!!
- Moi, pas savoir embrasser? C'est pourtant une de mes occupations préférées quand je peux et personne ne s'en est jamais plaint, bien au contraire!! Et puis, je ne sais peut-être pas embrasser comme un philippin soit, mais si on appelle un french kiss un french kiss, ça ne peut pas m'être étranger, ça fait même partie de mon patrimoine génétique. En plus, habitant à Paris, ville parmi les villes les plus romantiques au monde, c'est peut-être toi qui devrait faire un stage!!
Elle a réveillé la bête, comment veux-tu que je réagisses?
Notre première dispute, bref feu de paille vite soufflé dans un nouveau baiser au clair de lune avec la mer pour témoin. Comment aurait-il pû en être autrement?

On aurait pû continuer comme ça jusqu'au petit matin mais la soirée avance au rythme où les copains-copines commencent à monter sur la terrasse du bar. Il doit être pas loin de 3h du matin et la fête d'anniversaire commence, on est reçu comme des membres de la famille.
Il y a de la nourriture à profusion, de la boisson en caisses et des rires, beaucoup de rires. Apparemment, on est pas les seuls à avoir pris de l'avance. Yo' est là avec Septer mais peu après le début, je les vois qui s'éclipsent, les coquins... Yo' va enfin pouvoir passer à l'action, lui qui me dit depuis une semaine qu'il est en rût.
Nous, avec Mickaela, c'est l'un contre l'autre que la soirée défile. Les rares moments où ça s'interrompt, c'est pour participer à des jeux à boire avec tous ceux qui nous entourent. Ca se passe selon un principe simple : chacun prend une bouteille de bière pleine, la descend aussi vite que possible et si tu es le premier à en venir à bout, tu as gagné, tu as le droit d'embrasser qui tu veux. Etrange rituel. Bien évidemment, moi, j'ai perdu. Et d'une je ne suis pas un buveur de bière et de deux, je suis connu pour être un coureur de fond et non un sprinter. En plus, j'ai déjà une cavalière, pas besoin d'en avoir davantage.

Pour Yo', ça aurait pû être la même. Il aurait pû s'en tenir là. Mais non, il a choisi de franchir la ligne. Apparemment mal lui en a pris. Quand il revient à la soirée, il fait vraiment une petite mine, comme s'il était passé sous une échelle un vendredi 13 attaché à un chat noir. Il a pourtant eu ce qu'il a voulu, je n'y comprends rien. En fait, c'est tout simple. Je me souviens quand lors du concours de beauté, j'étais resté abassourdi par le fait que parfois il est réellement impossible de savoir ce qui ce cache sous les jupes des filles. Pour Yo', c'est la même chose, abassourdi. Et blême. Et désabusé...
Même s'il n'a pas été jusqu'au bout des investigations qu'il aurait été sage de mener, il en est sûr, Septer c'est pas une biche. Il est donc maintenant qu'il sait, impossible pour lui de se trouver ne serait-ce qu'à distance respectable du bichon. Déjà sur le même toit, c'est un tour de force. Il est amer et c'est rien de le dire. Pour un peu, il est blanco. Il est même tellement énervé qu'il essaye de me convaincre que Micky n'est pas non plus ce qu'elle dit qu'elle est.
Le doute est alors de mise.
Quoi faire? Douloureuse question... Je jète un coup d'oeil à ma chère et évalue. Mais non, je reste convaincu du bien-fondé de ma relation restée au dessus du niveau de la ceinture. Je vous engage d'ailleurs à évaluer par vous même son profil sur facebook dans la liste de mes ami(e)s.

La soirée se termine ainsi. Le soleil va se lever dans peu de temps. La lumière commence à remplir la plage que l'on peut commencer à admirer depuis le toit du bar. Tout le monde est fatigué ou tendu ou les deux, il est temps de rentrer reprendre des forces en attendant d'y voir vraiment clair.
Je raccompagne Micky jusqu'à la porte de son hotel main dans la main. Yo' est aussi là ainsi que Prosper sans contact physique.
Je dis "à demain", Yo' pense "adieu". L'avenir nous le dira.

 
Le réveil de 13h est douloureux. Douloureux à cause du mal au crane qu'a laissé cette soirée alcoolisée pour tous les deux, douloureux à cause de l'amertume dont Yo' est encore rempli. Moi, je suis toujours quelque part entre doute et certitude. D'une part, j'essaye de me convaincre que Mickaela n'est pas Mickael, d'autre part, c'est impossible vu ce que vit mon Yo' sans l'avoir senti venir. Mais plus ça va et plus je pense être dans le vrai, dès le réveil, je me connecte à facebook et découvre l'invitation de ma belle. C'est l'occasion de voir son profil ainsi que les photos qui l'illustrent. C'est bien la même personne que j'ai "fréquenté" hier, pas de moustache, pas de barbe, pas de pomme d'Adam, on est bon!!!
Je peux donc aller sur la plage l'esprit léger. Là, comme on est en pleine heure de pointe, on peut réellement appréhender la plage. Elle est à deux visages.
Le premier est coloré comme un arc en ciel menant au paradis. Le sable est d'une blancheur incroyable, blancheur qui se fond du vert au bleu à mesure que l'on s'enfonce vers les profondeurs de la mer qui est à faire rêver quand on travaille encore à la caisse de la Bank of Tokyo et qu'on a comme seul horizon trois épaisseurs de plexiglass qui vous séparent de murs marrons éclairés aux néons. Les palmiers sont une douce enfilade à perte de vue, comme pour faire de l'endroit le stéréotype parfait de la plage de rêve.
Le second cependant est le côté obscur. La couleur prédominante y est le noir, comme dans "noir de monde", à trop additionner les couleurs voilà ce qu'on récolte. A l'heure où on débarque, c'est la marée haute. L'eau remonte loin sur la rive et les quelques mètres de large qui restent au sec sont eux noyés sous un flot de touristes alanguis au soleil, de jetskis près à être louer, de capitaines de bateaux près à vous emmener pour une heure ou une journée faire le tour des îles alentours, de vendeurs en tous genres.
Quel côté choisir? Pas difficile de répondre. Comme d'habitude, le côté clair a ma préférence.
Nous aussi donc, on lézarde au soleil. Nous aussi, on barbotte comme des idiots. Nous aussi, on s'extasie. C'est notre vrai premier jour, on ne va pas se priver et ce jusqu'au coucher de soleil qui innonde la plage d'une lumière magnifique, un régal! C'est ensuite l'heure de penser à manger. Mais avant cela, il faut qu'on repasse à la GH pour se changer et qu'éventuellement on s'enquiert du sort de Marie dont c'est déjà le dernier soir à Boracai. Quand on revient, elle est là à nous attendre, c'est charmant. Avec Yo', on est acculé dans un coin, on ne peut rien faire d'autre que d'accepter de dîner en tête à tête à tête à tête. Quatre têtes au total car Marie s'est faite une potesse qui partage son dortoir et elle vient aussi avec nous croiser le fer de nos fourchettes. Aucun problème particulier enfin pour le moment car Yo' est très préoccupé.
La soirée d'hier a laissé de telles traces qu'il a dors et déjà été conclu qu'on ne l'évoque sous aucun prétexte, quel qu'il soit, même en cas de danger de mort. Et pour que cette mission discrétion se présente sous les meilleurs hospices, il faut absolument que quand on rejoint la plage, on n'aille pas vers la droite, c'est à dire vers l'endroit où se tenait le fire show la veille. Il va donc falloir trouver un prétexte.
C'est pas compliqué. A peine débarqués sur le sable, Yo' et moi menons le bal, on tourne les talons vers la direction souhaitée. Mais Marie, qui ne l'entend pas de cette oreille, a bien envie d'y aller à droite. Yo' se lance alors dans un plaidoyé :
- "Attends on ne va pas encore aller par là! Avec Brice, hier soir, on a déjà écumé tous les bars se trouvant dans cette direction et d'après ce qu'on peut t'en dire, c'était pas top. Ce soir, on aimerait bien aller de l'autre côté pour changer et c'est pas négociable!!"
Bien joué le professionnel du camouflage de preuve!! Il ne leur a laissées aucunes options, c'est ce qu'on appelle un champion. On file donc vers la gauche jusqu'à un restaurant mongol, sans doute perdu sur la route d'Oulan Bator... Mais passons... Comme c'est la dernière de Marie, tout se passe au mieux, les sourires sont de mise, et Prosper est invisible. Ca devrait soulager Yo' mais le pauvre ne peut se défaire de l'idée que s'il la croise, c'est l'univers tout entier qui va imploser. A chaque fois qu'il a un moment loin de la présence féminine, il ne cesse de me répéter qu'il faut qu'il rentre, que ce soir, c'est pas son soir. Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, mais l'important c'est pas la chute, c'est l'atterrissage...
Ainsi, c'est alors qu'on est presque encore en train de macher que Yo' réclame l'addition et rentre à la maison se mettre à l'abri pour de bon. Pas un dernier verre, rien. C'est le premier à faire ses adieux à Marie. Moi, je n'ai pas d'alibi valable et comme en plus, je passe une bonne soirée, je préfère rester avec les miss pour un dernier verre de l'amitié. Un verre pas plus. Je suis aidé en cela par le fait que, alors qu'on est attablé, Marie repère dans la foule un ancien camarade d'unversité. Ca y est, j'ai aussi mon alibi, je les laisse rattraper le temps perdu et m'éclipse discrètement.
Il est alors autour de 23h. De l'autre côté de la plage, le fire show bat son plein, je vais tenter de revoir ma môme. Mais quand j'y arrive, tous les artistes sont là sauf celle qui évidemment m'intéresse. Tant pis, on verra bien demain.


Demain donc, qui est maintenant aujourd'hui, est un nouvel hymne à Epicure. C'est pour nous, les deux parisiens qui restent, une nouvelle journée à se faire sauter la ceinture en tout bien tout honneur et à apprécier la vie de chateau de sable. C'est le premier jour sans Marie qui a quand même pris la peine de nous réveiller, bien trop tôt, pour nous saluer.
Pour notre petit binome, c'est à nouveau des jours où on a plus rien à cacher qui s'annoncent, il n'y a plus de problèmes de secrets à entretenir, seulement l'éclate, l'éclate et encore l'éclate.
Le soir venu, comme on est libéré du fardeau, on peut donc retourner tous les deux au fire show sans qu'il y ait de malaises. L'erreur est consommée, les souvenirs consumés. Et Micky est toujours absente.
Quand je demande à Prosper (NDLR : j'écris Prosper et pas Septer car je ne me souviens jamais de son prénom. La seule chose que je sais, c'est que ça rime avec Prosper, alors ça marche et Yo' sait de qui je parle sans que j'ai besoin de préciser "le type qui avait ta langue dans sa bouche"; c'est éminemment plus diplomatique) où elle est, il me répond que Micky est partie sur Panay, son île natale qui est la grande en face de Boracai. Elle est malade et sa mère a insisté pour qu'elle aille à l'hopital. L'avant-veille, je m'en étais déjà rendu compte sans que ça me repousse, la petite couvait un sérieux rhume et était toute chaude même sans que j'y mettes du mien. Elle est partie, tant pis, peut-être sera-t-elle de retour avant que moi aussi, j'en vienne à lever le camp, on verra bien.
Résultat, je suis bredouille. Prosper l'a bien compris et essaye maintenant de me faire du gringue. Sans succès, j'en rigole encore. Le type ne doute vraiment de rien et voyant que Yo' était maintenant plus que détaché, il tente encore sa chance. Deux p'tits français dans la même semaine, c'est sans doute inespéré pour le pauvre Prosper!  
Pauvre de ma solitude mais riche de cette journée sous le soleil, à croire qu'on ne peut pas tout avoir, on reste quand même regarder le spectacle orchestré par nos nouveaux potes. Mais l'ambiance n'y est plus... Même malgré un nouveau verre, il n'y a pas à dire, c'est retombé.
C'est ainsi qu'il est minuit quand on rentre. On est toujours les seuls dans notre dortoir de quatre lits et quatre ventilateurs. Le premier est un détail, le deuxième salvateur.


Quand le soleil se relève inexorablement, c'est maintenant notre quatrième jour à Boracai. La plage principale, White Sand Beach, on peut dire qu'on en a soupé, il est grand temps d'aller se baigner ailleurs. On convient donc d'aller explorer l'autre côté de l'île, ça devrait nous faire une chouette ballade. On s'équipe donc pour passer une journée dehors en prenant tout ce qui peut être vital quand on ne sait même pas combien de temps ça risque de nous prendre.
Or, en un quart d'heure montre en main, le tour est joué, l'autre rive est conquise. Là, il n'y a pas l'ombre d'un bar, pas une serviette sur la plage, rien mise à part quelques enfants qui jouent. Comment est-ce possible? Comment croire que nous ne sommes qu'à quelques encablures des hordes de corps huilés de crème solaire vendue à des prix prohibitifs dans des superettes peu scrupuleuses? C'est franchement inconcevable ce qui, au bout du compte, décuple notre bonheur d'avoir redécouvert la tranquilité.
On peut donc se mettre à l'eau sans crainte de se voir heurter par un jetski, et en plus, il n'y a même pas d'oursins!! Si c'est pas malheureux...
Et comme si ça ne suffisait pas, dès qu'on commence à s'immerger, les enfants viennent nous rejoindre pleins de curiosité. Là commence vraiment la partie de plaisir. Avec Yo', on fait tout ce qu'on peut imaginer pour les distraire. On plonge dans l'eau depuis le pont des bateaux qui sont amarrés là et les enfants font de même. On les fait monter sur nos épaules pour ensuite les jeter le plus haut possible. C'est tout le panel de comment distraire un enfant qui y passe. En plus, si ça les distrait, ça nous distrait aussi, tout le monde est gagnant!
Ca dure comme ça plus d'une heure si bien qu'à la fin, je suis usé. Les enfants, eux, ils n'en ont que faire. Ils ont à leur disposition un clown qui fait aussi catapulte et ils n'ont jamais envie que ça se termine. Moi si. Les gamins m'a tuer.
Jusqu'au retour sur le sable, j'ai beau leur dire qu'il faut que je fasses une pause sous peine de syncope, ils s'aggripent à tout ce qu'ils peuvent pour me faire rester dans l'eau. J'en ai à peu près trois par bras, deux par jambes, et cinq ou six qui s'accrochent à mon cou à la limite de m'étrangler. Increvables les gamins, bon courage aux parents d'octuplés!!! Mais ça reste la fête quand même, le soleil brille et il y a des sourires partout où je regarde. Ca compense largement le fait que je sois un vieil homme repu. D'autant qu'en plus, liberté chérie, je te prends comme tu es, avec Yo', on décide d'un retour à la GH pour satisfaire à une sieste réparatrice. Pendant trois heures!!!
Quinze gamins, trois heures, il fallait bien ça.
Au réveil, c'est exactement le moment du coucher de soleil. Yo' est trop crevé pour m'y accompagner, c'est en solitaire que je vais apprécier le spectacle. Magique. Le mot n'est pas trop fort. Et une fois fini, comme j'ai encore du temps avant de retrouver mon double, je ne crache pas dans la soupe et à la place, me fais faire un massage d'une heure.
Un coucher de soleil, un massage, il y a des fois où on fait bien de se lever!!

La soirée qui suit n'est pas violente. On est encore sous le coup d'avoir été broyés par une armée de shtroumpfs. C'est donc par une petite promenade tranquille le long de la plage qu'on finit la journée. Le tout est de garder les forces qui nous restent, demain on a prévu de louer des vélos et, étant donnée la chaleur qu'il fait, on va en avoir besoin, pas la peine de les gaspiller. On sait aussi qu'aujourd'hui, jour de fête, c'est l'anniversaire de Prosper, et ça ne fait pas franchement envie!!!


Après donc une bonne nuit réparatrice, on concentre tout ce qu'on a d'énergie et on se lance à l'assault de Boracai, cette fois dans le sens de la longueur. Pour l'orgueuil c'est mieux, le sens de la largeur en vélo ne nous aurait valu que trois minutes de pédalage.
Notre itinéraire suit la seule route de l'île. On aurait pû avoir le choix en passant par la plage en faisant fi du fait que c'est soi disant interdit, mais comme la marée est haute, c'est vite vu. Il n'y a déjà pas beaucoup de place pour prendre ses aises quand on est un piéton alors je vous dis pas quand on est un cycliste!! C'est un coup à ramasser une poignée d'allemands dans ses rayons!!!
C'est ainsi parti sur la route walonnée. Eu égard à ma grande expérience cycliste dans les rues parisiennes, ça ne devrait être qu'une partie de plaisir. Mais dès les premiers coups de pédales passés, j'ouvre les vannes, c'est les grandes eaux qui reviennent, je coule à robinet ouvert. Toute la chaussée est offerte au soleil brulant et moi en dessous, j'en bave, j'en coule. Les descentes ont beau apporté leur lot de vent dans le visage, ce n'est jamais suffisamment long ou suffisamment frais pour que ça m'octroie un quelconque effet bénéfique. Qui plus est, on a beau savoir que ce serait au programme du jour depuis la veille, on a pas été fichu de s'acheter de grandes bouteilles d'eau pour étancher ce qui peut encore l'être.
Mon royaume pour une bouteille d'eau, voilà tout ce à quoi je pense. La mer, la plage, les palmiers ne sont plus une carte postale, c'est juste le décor de mon agonie.

Puis, après avoir déjà perdu trois kilos, on peut enfin laisser reposer nos montures. On est arrivé à notre première étape, Kuta Beach. En un éclair, on est dans l'eau, plus dans la sueur, merveilleuse sensation de fraicheur.
Il y a là quelques touristes philippins qui s'amusent dans les petites vagues. Ils sont déjà loins quand on pense qu'il est temps de partir se chercher une boisson fraiche. On sait que dès qu'on va quitter les eaux translucides, le soleil va encore nous faire mijoter à feu vif. Dure réalité. Pas si dure quand on sait qu'on a que la plage à traverser pour s'offrir l'objet de nos désirs mais dure quand même. Une fois dans le bar, c'est au litre qu'on descend les consommations. C'est comme une récompense, comme la bouteille de champagne offerte aux vainqueurs d'étape. C'est sucré, frais à s'en bruler la gorge, c'est plaisir!
Mais, comme on habite pas là et que l'odyssée cycliste n'en est encore qu'à son presque commencement, il faut se remettre le pied à l'étrier, refaire monter la pression dans cette cocotte minute qu'est mon enveloppe charnelle.
De nouvelles montées, de nouvelles descentes, puis sur le bas-côté un panneau écrit à la main qui indique "Bat Cave", la grotte aux chauves-souris. Une grotte? super! D'autant que ça doit être à l'abri de la chaleur, c'est exactement ce qu'il nous faut. Seulement, pour aller à la Bat Cave, il faut encore quitter la route principale et s'aventurer loin de l'asphalte sur des chemins plus prévus pour des zébus que pour les frèles pneus sensés nous porter jusque là. Mais soit, puisqu'il faut en passer par là, qu'il en soit ainsi! S'il faut faire hurler à la mort nos engins, qu'ils hurlent donc, là-bas devant, il fait frais et c'est tout ce qui compte!
Au bord du chemin sur lequel on se démène maintenant, on croise deux locaux qui paressent à l'ombre. On se dit bonjour comme c'est la coutume et les deux types se proposent d'être nos guides en précisant bien que c'est nécessaire si on veut d'une part trouver la grotte et d'autre part en sortir vivant. J'exagère un poil mais c'est la dramaturgie qui veut ça...
Nous, en bonne tête de bois, on ne nous la fait pas. Un guide obligatoire? Tu ne serais pas en train de nous la faire à l'envers? Regarde nous donc partir pour voir un peu si c'est obligatoire!! De toute façon, sur le chemin, il y a toujours d'autres locaux à qui on peut demander notre route si vraiment on est perdu; et puis comme il n'y a qu'une seule direction possible, c'est pas encore aujourd'hui qu'on va se perdre!
D'ailleurs, on finit par trouver comme des grands le petit sentier qui mène à la grotte en taillant à travers la forêt. Il faut laisser là les vélos, non sans avoir donner au préalable à un gamin quelques roupies comme pour s'acquitter d'un ticket de parking. C'est pas bien méchant, de toutes façons, on est arrivé, je sens la fraicheur à portée de tir.

On est à pieds. La forêt devant nous est dense au possible et le sentier y serpente dans une nouvelle montée. Tout autour, les cris d'animaux plus bizarres les uns que les autres contribuent à créer une ambiance aventureuse. Il n'y avait pas d'autres vélos sur le "parking", pas de voitures, rien. Il n'y a qu'un pas à dire qu'on est seuls au monde.
Après quelques minutes à enjamber les arbres, à chasser les moustiques trop collant, on y est, la bouche de la grotte est grande ouverte devant mes yeux un brin inquiets. L'atmosphère est lourde et chargée d'humidité. Pour entrer dans la grotte, c'est déjà tout un numéro d'équilibriste. Les rochers glissants jonchent le sol, il faut les escalader un à un pour appréhender ce qui nous attend à l'intérieur. Et à l'intérieur justement, c'est toujours le même chaos minéral sauf que cette fois, ça ne descend plus en pente douce mais en presque vertical, les rochers ne sont plus petits et humides, ils sont énormes et mouillés, la lumière très vite s'estompe pour laisser la place à ce qui pourrait très bien être un puit sans fond vers les portes de l'enfer.
C'est donc clair et net, je suis inquiet. J'en fais part à Mr Yo'. Lui, compréhensif en écoutant mes doutes devant le peut-être Everest qu'il nous faut descendre pour mener à bien notre aventure, propose de reprendre le chemin qui poursuivait encore sa course jusqu'un peu plus haut dans la montagne. Merci de proposer un plan B! Qu'on aille donc voir!!
En effet, il avait raison, ça poursuit plus haut jusqu'à une seconde entrée. Là, même si c'est toujours un peu casse-croutes, c'est quand même un peu plus accessible. On se jète donc dans la gueule du monstre. Prenant bien garde de ne pas glisser, on descend petit à petit jusqu'à atteindre le bout du tunnel. De là, on voit encore l'entrée, ça n'était pas si profond que ça. Mais, d'un autre côté, il faut se rendre à l'évidence, cette grotte n'est pas la Bat Cave, c'est la P'tite Cave et c'est tout! Pas l'ombre d'une chauve-souris, pas d'odeurs de fientes, c'est pas bon, c'était l'autre, et merde...
Personnellement, la vue de la première cave n'a laissé qu'une trace indélébile en forme de sens interdit. Je ne le sens pas, pas du tout même. Quand on repasse devant la première entrée, je sais que ce n'est pas pour moi, pas aujourd'hui. Mais Yo', lui, il est motivé pour deux. Ca ne lui fait pas peur, ou en tout cas pas plus que ça. Il décide donc de partir en solo, moi en lui ayant bien précisé qu'il était indispensable qu'on reste au moins en contact sonore. Si par malheur quelque chose arrivait, que je l'entendes au moins crier pourrait faire la différence.
Il s'élance. Petit à petit il s'enfonce. Il s'enfonce tellement qu'après peu de temps, je n'arrive plus à le voir, caché qu'il est derrière les rochers qu'il descend avec prudence. Seule sa voix est toujours là, jusque là tout roule même si ce n'est pas une partie de plaisir. Il descend jusqu'au point où on ne voit plus assez pour progresser. C'est qu'en bons touristes, comme j'en ai maintenant l'habitude chaque fois que je finis dans une grotte, personne n'a anticipé qu'il serait de bon ton de partir avec une lampe de poche. Il est obligé de rebrousser chemin, c'est déjà suffisamment téméraire que d'être descendu si loin.
Mais l'aide extérieur n'est pas loin...
Alors qu'il entame sa remontée, des voix se font entendre dans la forêt et s'amplifient. Il s'agit d'un couple d'asiatiques qui fait les choses biens, puisqu'ils sont eux accompagnés d'un guide. Ils sont déterminés à explorer la grotte, moi, toujours pas. C'est à leur tour de s'enfoncer et quand ils rejoignent le Yo', ils le prennent sous leur aile, c'est gentil à eux.
Moi, je continue donc à sècher pendant la petite heure que dure leur évolution acrobatique. Au retour, Yo' est tout excité. Il a vu des quantités de chauves souris mais ça ne s'est pas arrêté là, loin s'en faut. Tout en bas de la grotte, il y avait un petit lac. Yo' qui avait bien chaud, a senti en lui l'envie d'aller faire trempette. Le guide, voyant ça, n'a pû que le prévenir du danger qui le guettait : le lac est infesté de serpents. C'était vrai! D'après ce que m'a dit Yohann, sitôt dit, sitôt braqué sa lampe à la surface de l'eau. Là, nageant en attendant quelques proies, pleins de serpents rayés de bleu et de blanc, le pauvre en aurait mouillé son maillot de bain sans mettre se tremper un orteil. Et moi, avec tout ça, c'est pas du soulagement mais de la déception qui me gagne. Moi aussi, je voulais les voir les serpents!! Tant pis ou peut-être tant mieux, avec ma gaucherie légendaire, j'aurais aussi vite pû tomber dans le lac par accident comme on tombe dans une piscine avec tous ses effets personnels!!
C'est mi-figue mi-raisin sec que je quitte la Bat Cave. Je sais d'avance que ça ne va pas durer surtout pour le côté sec.

A peine retourné sur le vélo, la fontaine reprend. La Bat Cave étant le point le plus loin auquel on peut se rendre depuis chez nous, j'en déduis qu'on est sur le retour. Un retour peinard, c'est ça qu'il nous faut, c'est à ça qu'on s'attache.
Une nouvelle pause boisson fraiche et sucrée plus tard, on s'accorde une nouvelle baignade depuis une nouvelle plage pas loin d'être déserte. Là, je garde mon T-shirt pour aller à l'eau. De toutes façons, il est déjà trempé, ça ne peut pas être pire; le soleil est toujours brulant, un T-shirt, ça vaut une bonne crème solaire indice 60!
Je ne trempe plus dans mon jus mais dans la grande bleue, c'est beaucoup mieux.
Cette petite baignade nous a tout requinqué. Pour un peu, je pourrais retrouver mes jambes d'antan. Dommage, la plage depuis laquelle on se baigne est à un rocher de distance de White Sand Beach. En trois coups de pédale en longeant la mer, les bars recommencent à s'enfiler, on est arrivé. Il est 17h et quelques, c'est en plus l'heure de l'apéritif, bien que White Sand soit peuplée comme jamais, on peut quand même trouver des motifs de statisfaction! On laisse donc nos vélos se remettre sur le sable et on s'installe à la "Kasbah". Le choix a été vite vu car les tenanciers ont le bon gout de mettre des canapés remplis de coussins à même le sable avec comme seule perspective l'océan. Qui plus est, ils ont un concept de l'happy hour excellent, tout tient de la chance, c'est à pile ou face. Si tu tombes pile, tu ne perds pas la face et tu gagnes à boire ton cocktail gratuitement. Si tu perds, tu raques, c'est que t'as pas de veine.
Avec Yo', on se fait donc servir deux cocktails couteux avant de voir si on est heureux au jeu. Yo' commence et perds. Je suis et perds aussi. Mais dans ces cas là, le revers de la médaille, c'est que malheureux au jeu... C'est bien de pouvoir se donner bonne conscience en se faisant délester de son pognon! Et comme si ça ne suffisait pas, on a eu droit à de la bonne musique, à un coucher de soleil de folie, à avoir du sable entre les orteils.

Maintenant qu'il fait nuit, il faut rendre les vélos. Contrairement au matin, la marée est basse, les baigneurs sont partis prendre des douches, on a tout loisir de rentrer côté plage. Ca file tout seul, le clapot de l'eau nous accompagne, c'est plat, c'est nettement plus exaltant.

La soirée qui suit est, bien que ce soit la dernière ensemble, tranquille; je suis encore rincé d'un nouveau réveil à 9h. Avec Yo', on se remémore les jours heureux où on partageait tout du lever au coucher.On s'endors comme des bébés à l'heure où d'habitude on a plutôt un verre à la main.
A partir de maintenant, Boracai promet d'être plus studieuse.


Le réveil de 10h sonne les aux revoirs. On a juste le temps d'engouffrer le petit déjeuner que Yohann doit partir. Et à l'issue, ça y est, ça faisait un bail que ça n'était pas arrivé, je revoyage en solo ce que j'appréhende un peu. Ca ne veut pas dire que ça m'effraie mais simplement que jusqu'alors, Boracai était un terrain de jeu, et maintenant ça va se transformer en salle de classe. Pour moi...

Pour toi, ça va se transformer en salle de projection car LES PHOTOS SONT EN LIGNE!!
Les requins baleines, les tarsiers, tout y est!
Bon kiff parce que là vraiment c'est plaisir.
Et bon commentaire parce que là vraiment il s'en est passé!

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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 14:43
Ce qu'on appelle le paradis dans les brochures d'agences de voyage est enfin là.
Le voyage avec un gout de vacances, voilà un truc auquel je peux bien me plier.
Rappelons-nous comment procéder.
Une plage. Du sable fin et Blanc.
Au dessus, une serviette délicatement posée.
Derrière, des palmiers et autres cocotiers par centaines ainsi que des bars gentiments bien achalandés.
Devant, la mer, pure, cristalline avec un doux clapot pour adoucir des moeurs déjà pas biens violentes.
Et au milieu, des doigts de pieds en éventail qui, si c'en est trop, iront se faire délicatement masser.
Trop dure la vie de brochure...


Et ça se mérite!!
Voilà pas deux minutes qu'on a mis nos pieds chaussés sur le sable après plus d'une journée de bataille navale qu'il faut encore qu'on trouve un toit sufisamment plaisant pour qu'on puisse faire fructifier le décor que je viens de décrire. Notre petite bande est constituée de trois larrons ou larronnes : Yo', Marie et moi-même. Trois, ce n'est pas énorme, ça ne devrait pas être compliqué de contenter tout le monde.
Je me trompe...
Alona Beach sur l'île de Bohol est un des endroits les plus touristiques des Philippines. Ca pulule d'hotels, de restaurants, de bars, de clubs de plongée. Ca pourrait être gênant mais comme le tout est à échelle humaine et non bétonnée, ça passe mieux que bien.
Le seul problème, c'est que c'est parmi les destinations préférées des familles. Et qui dit famille dit portefeuille mieux remplis que ceux des voyageurs sans emplois. Moi, ça ne me pose pas de soucis particuliers mais pour Yo' et pour Marie, c'est un embarras majeur. On commence alors à écumer tous les hotels de bord de mer, sans succès. Ca dure pas loin d'une heure avec sacs à dos... Ensuite, afin de gagner en efficacité, on décide de poursuivre la quête au meilleur rapport qualité-prix chacun de son côté. Moi, mon côté, c'est sur place, à l'ombre. J'en ai déjà pleins les souliers de tourner comme une girouette en sachant que ça ne sera jamais assez bon marché ou jamais assez propre. Difficile équilibre.
Après 30 minutes, Yo' et Marie reviennent avec plusieurs options. Encore du doute...
Il me revient donc le "privilège" de les départager en allant tous les visiter. Tous, non mais t'as rêvé?!? T'as confondu daubes-trotter avec globe-trotter???
Déjà si je vais en voir un ce sera bien! Je laisse donc mes sacs à mes accolytes et pars visiter le premier d'entre eux. Et là, c'est vite vu. Pour y accéder, il faut longer un long couloir extérieur et, alors que je le traverse, je suis accompagné tout le long par une libellule qui, avec bonheur pour moi, suit le même chemin. Je ne sais déjà plus dans quel pays j'avais entendu ça, mais la libellule est un gage de chance et de bonheur. C'est donc en un clin oeil que ça s'est dessiné dans ma tête pressurée de tant de questions, cet hotel est le bon et je pourrais défendre mon point de vue devant le diable en personne s'il le fallait!!!
Je retourne donc immédiatement aux potes et aux sacs, on s'équipe une dernière fois, c'est enfin le temps de la détente. En plus, la chambre est confortable et le prix en adéquation avec le budjet de chacun, pourquoi s'être pris la tête pendant deux heures?? Hein, pourquoi???
D'autant que maintenant que ça s'est fait, on peut enfin passer à la suite des évènements : l'avènement des jours heureux.

On prend donc la direction de la plage dont on est à une cinquantaine de mètres avec pour seul équipement un maillot de bain, un peu d'argent pour se restaurer et une banane retrouvée. Et, comme on est pas des manches en terme de Plaisir, on s'installe devant la mer, commande à manger et à boire, et, en attendant que ça vienne, on se jète à l'eau, ENFIN!! Pas la peine de se faire prier.
En ce qui me concerne, je suis tout à mon bonheur, je fais la planche, je nage, je suis dans mon élément. Je suis aussi plus loin du bord que les autres. Je les attends donc. Ce faisant, je cherche le sable sous mes pieds immergés que je pose finalement au sol. C'est exactement à ce moment, où comme à l'accoutumée, j'aurais dû regarder autour car si je l'avais fait, j'aurais sans doute remarqué, premièrement, le nuage orageux et symbolique juste au dessus de ma tête et, deuxièmement, que je posais le pieds sur un oursin gros comme le nuage sité en premièrement. Une boule noire recouverte de piquants asserrés comme des fléchettes, un bonheur de plancher!!
En une fraction de seconde, la douleur remonte le long de mes nerfs, traverse ma moelle épinière, provoque un rictus sur mon visage jusque là apaisé ainsi qu'un cri pouvant être "P... de bordel de m...!!!!! qu'est ce que c'est que ces c...???"!!
En fait, dans l'eau, si on veut s'immerger plus profond que la ceinture, il faut traverser un champ de mines. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, c'est exactement le moment que choisit la jeune serveuse qui nous sert pour courir vers la mer et nous mettre au courant :
- "Méfiez-vous, il y a des oursins dans le coin!"
- "Ah bon?!? J'avais pas remarqué, merci du conseil, pile à l'heure!!! Et la nourriture, c'est prêt? C'est sûr? Tu ne veux pas attendre que je me repique avant??"

On est donc sorti de l'eau, moi en boitant en me demandant si la bête ne m'avait pas injecté quelque poison ce qui se produit lorsque le piquant se brise et reste sous la peau de la malheureuse victime. Et bien non, tant pis, ce sera sans doute pour la prochaine fois!!!

Maintenant qu'on a mangé et qu'on est informé des dangers qui nous guettent, il est temps de reprendre le cours d'une journée classique en mode détente sans douleur stupide. Les allers-retours entre la plage et la mer s'enchaînent. Yo' met à l'épreuve le masque et le tuba qu'il s'est payé un peu plus tôt. Marie bronze.

Mais tout cela va un temps, la plage, c'est bien, mais à la longue, c'est un peu chiant... Ca fait enfant gâté? C'est même pas grave!!!
Donc, au lieu de passer notre temps à ne rien faire, on choisit d'aller faire un petit tour à pieds avec l'espoir de se trouver un joli coin pour regarder le coucher de soleil dont devrait nous gratifier la nature. Ca fait encore enfant gâté? Mais euh, même pas vrai!!! On s'équipe donc pour Yo' et moi de chaussures et pour Marie de tongs. On est parti, en route vers la côte ouest de Panglao Island, l'île riquiquie voisine de sa grande soeur Bohol, sur laquelle est posée Alona Beach. A priori, à vue de carte, la côte ouest ne devrait pas être bien loin d'Alona située sur la pointe sud, on verra bien... Comme d'habitude... On reste donc le plus près du littoral possible. Parfois il faut grimper, parfois il faut slalomer entre les flaques qui caractérisent la marée basse. Avec Yo', on s'en sort bien. Pour Marie et ses tongs, c'est limite et encore plus quand on lui fait remarquer que dans l'eau stagnante, il y a des trucs qui bougent. Oups!

Après pas loin d'une heure de marche cahin-caha, on est plus trop mal placé. On a réussi à trouver une autre plage. C'est suffisament à notre gout à tous pour qu'on ne tourne pas pendant deux heures pour en trouver une autre, si vous voyez c'que veux dire...
Le ciel s'assombrit. Le bleu se meut en orange teinté de rouge. L'expérience est on ne peut plus concluante. J'adore les couchers de soleil d'autant plus qu'à l'inverse des levers de soleil, je suis toujours debout quand ils se produisent.
Le ciel est maintenant noir, seul le clair de lune est là pour lui donner un peu de lumière, il est temps pour nous de retourner sur notre plage en profitant du rayonnement lunaire. En chemin, on passe devant un hotel un peu excentré mais qui à l'air plutôt mieux que le notre. Pour le même prix, il propose en plus une piscine. Donc on a beau avoir fait le tour de l'île pour trouver un hotel correct aujourd'hui, il va falloir encore re-déménager demain. Cela dit, pendant le coucher de soleil, on a eu le temps de se demander ce qu'on allait faire le lendemain, et comme on a décidé, Ô merveille, de louer des bécanes, on va pouvoir en profiter pour faire le transfert sans heurts. Enfin si tout va bien, on ne sait jamais...

Au retour à notre hotel, il doit être vers les 19h30. On en a un peu pleins les pattes et on se dit qu'on se boirait bien un p'tit coup pour faire passer la fatigue passagère. Aussi dit, aussitôt fait, un passage à une épicerie plus tard, on est maintenant les propriétaires officiels d'une bouteille de rhum local "Tanduay" (Ahh Tanduay...), ainsi que de coca pour le mixer afin de ne pas se retrouver vite fait hors-jeu. Ca en fait du liquide... Qui plus est, ce soir, on bénéficie d'un cadeau bonux. Yo' a trouvé le moyen de dégotter du tilleul ce qui n'est pas tombé dans l'oreille de deux sourds comme Yo' et moi. Tout ça fait qu'au final il est minuit quand on se rend compte du temps qui passe et de l'appétit qui se creuse. Mais on ne se démonte pas pour autant et on part en quête d'une table hospitalière.
Tout le long de la plage, tous les restaurants sont fermés, c'est bien notre veine. Dans les rares bars qui sont encore ouverts, on se fait rembarrer. D'après ce qu'on peut voir, la seule nourriture qu'on peut se mettre sous la dent, ce sont des paquets de chips. Délicieuse perspective pour un dîner même à pas d'heure... On finit donc par demander à tous les rares locaux qui croisent notre route où est-ce qu'on peut bien dénicher un plat chaud. Et on finit par savoir. Il reste un restaurant ouvert tard le soir, à nous de tenter notre chance. Et de la chance, on en a cette fois.
Le dernier restaurant est toujours ouvert mais est sur le point de fermer. Les seules choses que l'on peut commander, ce sont soit des hamburgers avec frites, soit des salades. Je ne sais plus qui opte pour quoi mais au final, il se trouve que la salade n'a de verte que le nom et que les hamburgers pourraient entrer au Guiness Book des records sous l'appelation "pire nourriture ayant jamais été servie". Heureusement qu'il reste les frites, elles ne font pas long feu sur la table.
On rentre à l'hotel toujours affamé. Il est autour de 1h30. A nous maintenant de nous lever demain matin pour explorer Bohol autant que possible en une journée de deux roues motorisées.
Et pour le réveil, j'endosse la responsabilité de l'heure, 9h, mais aussi de la sonnerie puisque c'est mon MP3 qui sonne. Ca me donne donc des milliers de choix quant à la meilleure chanson susceptible de nous mettre sur pieds de bonne humeur. Ca me tient d'autant plus à coeur, que ça me fait plaisir car j'adore la musique et plus encore MA musique, et le fait d'avoir à trouver une musique qui plait dès le réveil est un challenge intéressant. Je jète mon dévolu sur "Love is all" de Roger Glover & the Butterfly Ball; c'est un hymne au partage, à la fraternité, au bonheur, ça devrait suffir.


A 9h, comme prévu, la musique remplit la chambre. Dans ces cas là, je sais exactement comment ça se passe, si j'éteins la chanson tout de suite, c'est un coup à se rendormir jusqu'à pas d'heure comme j'en fais parfois l'expérience avec joie. Mais aujourd'hui, pas question. Avec la perspective de découvrir Bohol et surtout de conduire la tête au vent, l'heure est au réveil. Je laisse donc la musique suivre son cours alors que je me lève pour aller prendre une douche régénératrice. Là-dessus, Marie se réveille, redresse péniblement la tête et, d'un ton sec, entame la journée par un :
- Tu peux éteindre la sonnerie de ton téléphone? Merci!!!!
Ahhhh, un bonjour aurait été tellement mieux accueuilli!!! Au lieu de ça, je suis sur le cul, c'est bien la peine que je me décarcasse!! Je n'ai pas d'autre possibilité que de faire la gueule, la gamine a intéret à s'excuser ou littéralement ça va chier des bulles!!! La sonnerie de ton téléphone, pas croyable... "Love is All", mon hymne, trainé dans la boue dès le lever...
Je vais prendre ma douche, quand j'en sors, Yo' s'y colle à son tour, Marie roupille. Maintenant que j'y pense, je me dis qu'on aurait dû la laisser là!! Au lieu de ça, Quand Yo' laisse sa place, on la réveille, elle se lève en gromelant. Ca commence à me plaire...
Vient ensuite l'heure du petit déjeuner, toujours pas d'excuses.
Ensuite, vous vous dîtes qu'il est temps de profiter du fait qu'on se soit lever tôt, et bien non. Au lieu de ça, tout le monde file au cybercafé, mais bien sûr... La raison, l'achat en ligne de billets d'avion pour le lendemain afin que l'aventure avance bon train. Moi, je sais que je n'ai pas besoin de ça mais comme Yo' et surtout Marie ont envie d'aller à Boracai (toujours aux Philippines), je suis finalement partie prenante n'ayant pas envie de mettre un terme à mes vacances avec le Yo'.
On y passe pas loin d'une heure... Et on est toujours pas parti, vous vous rappelez, il faut encore qu'on change d'hotel. Ca nous permet au moins de prendre les scooters, on avance pas à pas mais on avance.
Enfin, il est presque midi quand on prend la route. Avec nous, on a deux montures. Pour l'instant, je suis le passager de Marie ce qui devrait me permettre, à l'heure où on jouera aux selles musicales, de prendre le guidon pour ne plus le lacher pour le reste de la journée.
Notre premier objectif, traverser le pont qui nous sépare de Bohol avant de nous aventurer dans les terres à la recherche du centre de préservation des tarsiers. Les tarsiers, non, vraiment ça vous dit rien? Ce sont de minuscule primates avec des yeux qui occupent la moitié de leur face. C'est un peu comme si Yoda avait bu trente expressos! Regardez les photos c'est à mourir!
Mais pour l'instant, on y est pas encore, ce serait trop facile!!

On trouve le pont sans problème, facile. Ensuite, une fois sur Bohol, c'est là qu'il faut commencer à se servir de la carte du LP qui, question détails, est un peu chiche. Il faut d'abord longer la route côtière sans se tromper de sens, mission accomplie.
Ensuite, c'est là que ça se complique, il faut bifurquer. On procède ici surtout au jugé. Combien de kilomètres parcourus jusque là? Combien de kilomètres à parcourir avant de tourner? Et on se lance non sans auparavant avoir demandé confirmation à un local. Très vite, la route se transforme en piste. Puis, très vite encore, la terre se transforme en pierres. Plus de dix kilomètres comme ça en plus d'1/2 heure, ça fait du moins de 20km/h! Petit à petit, la piste rétrécit; à un moment c'est sûr, on a dû faire une erreur... Si on continue à ce rythme, je me demande sur quoi on va déboucher! On est en plein doute. C'est exactement le moment choisi par un philippin pour nous rejoindre, lui aussi en meule. On lui demande. Il confirme notre erreur d'itinéraire. Et puis, sympa comme tout, sympa comme un philippin, il nous propose de faire demi-tour et de nous ramener sur le droit chemin de la navigation routière. Merci M'sieur!!!
On repart à contre-sens pour se rendre compte qu'effectivement, à un moment, il y avait un embranchement qu'on a oublié de voir. Maintenant qu'on est au courant, on répart notre bévue et réattaque en direction du centre aux tarsiers qu'on atteint finalement après deux heures de route.

Le centre est un immense enclos forestier dans lequel vivent quelques uns de ces animaux atypiques. Dès qu'on s'y présente, on nous affuble d'un guide. Je dis "affuble" car, en général, c'est tout sauf indispensable. Mais cette fois, on réalise très vite qu'il en est tout autre. Les tarsiers tiennent dans la paume d'une main et sont plus ou moins verdatres ce qui constitue leur seul mode de défense : le camouflage. Dans la forêt, vas essayer d'en voir un et reviens me voir dans les deux ans si tu y arrives et ce, même dans un enclos. Mission impossible. Impossible, sauf pour le guide. La preuve, il nous conduit droit sur eux. Quatre fois! J'en viens à croire que quand les tarsiers trouvent une branche qui leur convient, ces feignants y restent des lunes durant. Pour nous, c'est tout bénéfique. Sur chaque animal réparti dans les bois, on passe cinq minutes de temps à prendre quelques photos et à s'émerveiller de ces boules de poils dont la tête est recouverte de deux yeux. "J'en veux un pour Noël!", dirait l'enfant gâté. Il est ensuite temps de partir. Laissons les tarsiers vivre leurs amours torrides loins de nos regards voyeurs et avançons! Direction les "Chocolate Hills" ou "Collines chocolats", c'est selon.

En plus du fait que ça me fait très plaisir d'aller découvrir ces collines à priori uniques au monde que j'avais envie d'admirer depuis ma première fois aux Philippines, c'est aussi pour moi l'occasion de récupérer un guidon, celui de Marie, qui glisse à l'arrière. Ca veut aussi dire que sur le tronçon du retour des collines, j'aurais la bécane pour moi tout seul, Yo' devant pour l'occasion libérer la place à la miss castratrice.
Mais pour l'heure, c'est donc Yo' et moi aux commandes, le rythme s'accélère, Marie a peur, accroche toi cocotte!! C'est pas vraiment notre faute, c'est vrai qu'on aime tirer sur la poignée des gazs, mais là, on est pas en avance et plus ça va et plus on sait qu'on va devoir faire de la route de nuit au retour ce qui n'est pas très engageant vue la façon qu'on les philippins de respecter le code de la route.
La route défile à grande vitesse; dès que Marie hurle, je sais qu'il faut que je modère le rythme pendant au moins trente secondes afin qu'elle retrouve un peu de sérénité, et on est reparti en poussant la quatrième dans ses derniers retranchements. Résultat, à cette cadence, on découvre les premières collines peu de temps après, chouette spectacle. Les Chocolate Hills ont ceci de particulier qu'elles sont particulièrement rondes et que la saison sèche leur donne une couleur marron proche de celle du... Du... Du chocolat, bien sûr, gardez m'en quelques morceaux pour quand je reviens, ça manque!!!
Quand on roule, même si on était pas au courant du caractère particulier, on ne pourrait faire autrement que de s'en étonner. Et pour profiter pleinement d'un point de vue, les autorités philippines, qui ont tout bien pensé, ont fait construire une route qui serpente jusqu'en haut de l'une de ces collines et offre d'en haut un panorama unique et payant. Seulement, c'est pas payant si on s'arrête aux 3/4 de la route. Pas folle la fourmi, pas folle la cigale. On reste donc là le temps de s'en mettre pleins les yeux et accessoirement s'en griller une avant de repartir faire un tour plus près sol autour des Hills. C'est aussi l'occasion de re-tater de la route en terre, c'est joyeux. Puis, comme à vue de nez, on en a pour pas loin de trois heures à rentrer, on prend enfin en compte le fait qu'on est en retard. Il est presque 5h et la lumière décroit rapidement. Plus question de traîner sauf que Marie prend la place de Yo' qui s'installe derrière elle.
Je fais donc office de lièvre pour rassurer la demoiselle qui n'a qu'à sucer ma roue (NDLR : jargon plus souvent employé dans les milieux cyclistes que chez Marc Dorcel). Je peux donc me permettre d'avancer, elle n'a qu'à suivre. Seule entorse à cette règle du plus vite possible, on détermine que chacun de nous trois a le droit de solliciter un arrêt photo. Retard pour retard, on peut quand même un minimum profiter de la verdoyance des paysages.
C'est moi qui détermine le premier arrêt, la lumière tombante se reflète dans les rizières, immancable. On descend donc de selle, puis comme c'est joli et qu'il y a un petit chemin, on décide de s'accorder cinq minutes de marche pour voir ce qui se cache derrière. Le chemin mène à une petite maison particulière, impossible d'aller plus avant. On fait donc demi-tour quand on tombe sur la dame qui habite les lieux. Elle est charmante et a le coeur sur la main à tel point que durant les deux minutes de discussion qu'on a avec elle, elle nous invite déjà tous les trois à dîner avec la famille et à passer la nuit. Incroyable!! Trop beau pour être vrai!!! C'est ça les Philippines!!!!
Malheureusement pour nous, on ne peut accepter l'invitation. Le type à qui on a loué les motos possède nos passeports et ça fait frémir Marie. En plus, on a aussi un avion à prendre le lendemain et ça fait aussi frémir Marie à l'idée qu'on puisse le rater. Damned, tant pis... Peut-être une autre fois...
 
A la place, on décide de faire frileusement comme prévu au grand désespoir de Yo' et du mien. En route vers Panglao, Ilona Beach, plus de temps à perdre. Même une pause pipi, c'est limite.
On est encore à mi-chemin quand la nuit tombe. Le traffic n'est pas très dense mais ça déboule quand même de partout, tout le temps, avec une énorme diversité dans les modes de transport et autres animaux de ferme qui traversent la route sans prévenir. Il faut donc maintenir une vigilance de tous les instants. Qui plus est, plus on progresse et plus on aperçoit clairement à l'horizon un orage avec des éclairs aux proportions dantesques. Pourvu qu'on arrive avant la pluie, il ne manquerait plus que ça!!

Au bout d'une heure de conduite nocturne, on atteint le pont qui sépare l'île de Bohol de celle de Panglao. Il semblerait que l'orage n'est pas bougé, on est toujours au sec. Et comme on a quand même conduit une heure dans sa direction, on s'en est quand même bien rapproché. A tel point que maintenant, l'orage semble être à portée de mains. C'est un spectacle extraordinaire auquel on assiste, impossible de ne pas refaire une pause. On s'arrête donc au milieu du pont pour admirer et tenter de prendre des clichés du phénomène. Attendez, tenter? Non, réussir avec brio!!! Une des photos est mon écran de veille d'ordinateur depuis tout ce temps, c'est dire!!! La grosse cartonne!!! La méga touch!!! Le cliché ultime!!! Non, sans dèc'!!!!

Puis enfin, il est vraiment temps de rentrer. On avait promis qu'on serait de retour avant 7h et il est déjà 7h30 sachant qu'on a encore peut-être 45 minutes de plus à rouler. Marie pense à son passeport, encore.
On traverse Panglao aussi vite que possible. Parfois c'est assez limite car la lumière est inexistante mise à part nos phares qui n'aveugleraient qu'un tarsier. Parfois, c'est aussi limite car on croise la route de voitures qui restent en pleins phares tout du long ce qui fait que pendant de longues secondes, c'est à notre tour d'être complètement aveugle!! Mais au final, malgré les risques, malgré les péripéties; on est de retour, VIVANT. Vivant ET sec!!!!
Marie peut récupérer son passeport, ça fait déjà ça de moins sur quoi elle peut m'agacer.
Au total, on aura passé près de sept heures sur la route, tout le monde a mal au derrière et tout le monde a faim. Pour un peu, si on trouvais un restaurant où on pourrait manger debout, moi en tout cas, je ne dirais peut-être pas non.
Mais non, on dîne finalement assis. Et on ne mange pas, on dévore!! Pour ma part, un steack de marlin l'enchanteur d'une livre qui, d'un coup de baguette magique, est avalé en deux temps trois mouvements! J'en avais besoin. Seulement le deuxième repas de la journée et plus encore si on inclue le burger immangeable de la veille au soir. Et à l'issue de cette ventrée, je suis comme les autres, je suis rincé. La seule chose dont j'ai envie, c'est d'une "tisane" ou deux au bord de la piscine que je n'ai même pas encore vue, peut-être d'une trempette optionnelle, et d'une bonne nuit de sommeil.

Ne reste plus donc qu'à rentrer à l'hotel à pieds à l'autre bout du bled pour bien nous achever.
Quand on y arrive, la première chose qu'on demande c'est "Où est la piscine?", bien sûr. Là, la personne qui nous accueuille ruine tous mes espoirs de plan qui se déroule sans accrocs : "Non, pour la piscine, ça va pas être possible..."
- Pourquoi? Il est trop tard? Elle est vide? Pourquoi?
- Allez voir si vous voulez mais je vous déconseille la baignade.
On quitte donc la réception bien curieux de ce qui se trame dehors et, une fois arrivés à la piscine, on comprend tout, l'eau n'y a pas été nettoyée depuis un sacré bout de temps. Peut-être que les espagnols n'avaient pas encore découvert le pays que la piscine n'avait déjà pas été nettoyée!! L'eau n'y est pas bleu mais verte et la surface est recouverte d'une pellicule douteuse surement susceptible de provoquer chez le baigneur des complications cutanées faisant passer la lèpre pour de l'acnée.
Donc non merci, pour la baignade c'est gentil, mais non merci...
Au lieu de ça, on ne se laisse pas abattre et on prend quand même notre tisane au lit. Il en faut plus que des champignons pour me faire renoncer au tilleul!!
Il est pas minuit quand on se dit bonne nuit.
Pour une fois, demain est vraiment un autre jour.
Un autre jour, une autre île. Et entre les deux un avion, royal!!
Vous avez dit enfant gâté??
Mais euh!!!

Pour la peine, je t'embrasse et c'est pas négociable.
A bientôt.
 
 



 
 





 
 


  

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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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