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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 01:31
Le grand sage a rendu son verdict.

Après des heures interminables de délibérations houleuses où chacun de moi a défendu son point de vue bec et ongles, après avoir regarder toutes les participations reçues dans quelque angle que ce soit, il m'échoit de rendre publique la décision du jury.

Eu égard à l'originalité dont il a fait preuve (NDLR : Non, je ne parle pas de Mr Allanic qui a posté une photo de lui sur son balcon.), le vainqueur de notre concours "Jeu de cliché pour Ijen" se nomme : Mr Rousseau Bastien!

Voici la photo gagnante :

(2)








Vous trouvez peut-être ce choix controversé du fait que sur la photo, le Mont Kawah Ijen fait dans les 1cm², mais sachez pour les fois suivantes, que ce qui a fait la différence, petit scarabéen, c'est l'originalité.
J'ai en effet reçu de magnifiques vues du cratère et de son lac mais chacune faisait doublon, triplon, mouflon avec la précédente.
C'est pourquoi s'il ne doit en rester qu'une...
C'est de celle-ci qu'il s'agit.

A tous les déçus du tirage, c'était quand même un bel effort. Merci de votre participation active.
A Mr Rousseau, les postiers néo-zélandais ont déjà entamé une course contre le Père Noël et espèrent bien arriver sous le sapin les premiers.


Amicalement, le jury souverain
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Published by simplybrice - dans Ou En Indonesie
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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 09:57

Et j'ai crié, criééé, Gili pour que j'y viennes.

Et j'ai pleuré, pleurééé, j'avais trop de peine (à me lever)...

 

Cinquième ou sixième réveil avant 6h du matin en une semaine, ça vous donne un teint de vainqueur. De prétendues cernes sous les yeux, je traverse la rue me séparant de la gare routière. Théoriquement, si les renseignements glanés la veille s'avèrent exacts, en une poignée de secondes, je devrais me rapprocher inéluctablement des îles Gilis, paradis tellement perdu qu'il faut réserver sa semaine rien que pour y poser le pied marin.

Le minibus pour Padangbai, ville n'ayant d'interet personnel que grace au port qu'elle abrite me permettant de changer d'air, de changer d'île, est déjà là. Le moteur a beau être à l'arret, c'est sur, quand il démarrera, c'est des trémolos de joie dans la voix que je saurais pourquoi je suis dehors avant le soleil.

 

Arrive 6h précises. Rien. Aucun signe d'activité.

A 6h15, toujours assis dans le bus, je tourne encore et encore. Personne n'est encore venu que ce soit du côté des passagers ou du côté du conducteur. Je suis tout seul, on pourrait croire à la scène finale d'un western quand le héros attend, la main frolant la crosse de son revolver, son pire ennemi de l'autre côté de la rue principale où sont charriés des balots de paille portés par le vent du grand ouest.

A 6h30, un bougre arrive sur ses pieds nus.

 

- Tu vas où mon p'tit gars? Padangbai?

- Oui m'sieur, enfin en théorie... Vous savez à quelle heure le bus s'en va parcourir monts et merveilles?

- Ahhh non. En principe, si deux ou trois autres clients arrivent, c'est dans la poche pour toi. Mais en attendant, tu peux toujours te couper les ongles pour patienter.

 

Ca tombe bien, ils sont longs, je passe à l'action.

 

Une fois ma tache accomplie, je regrette déjà de ne pas avoir plus de doigts. On approche les 7h du matin et question clients, à part moi, il n'y a pas foule au portillon.

7h30 pareil. Que suis-je donc venu faire dans cette galère? Ils sont où les autres touristes?

 

Un type se présentant comme étant le chauffeur arrive alors.

 

- Tu sais, ça pourrait bien durer toute la journée à ce rythme là. Si tu veux, je peux te faire un prix qui t'emmenera tout seul à destination.

- Non merci, j'attends.

 

L'habitude sans doute...

Sur les autres emplacements menant vers d'autres contrées balinaises, les bus se remplissent bon train et démarrent en trombe. C'en est trop, une cigarette.

A 8h15, rien n'a changé, il n'y a pas un autre con pour partager ma peine. Le chauffeur revient à la charge. Malgré ma sagesse désormais éprouvée, essorée, réduite comme peau de chagrin, je cède. C'est mon pognon que tu veux? Tiens, charogne! Il n'en fallait pas plus pour qu'effectivement, il glisse la cle dans le contact et que dans une symphonie monocorde de tondeuse à gazon, on quitte ce lieu maléfique en prise directe avec le Purgatoire.

 

Il faudra autant de temps que mon attente pour arriver à bon port. Le soleil est déjà au zénith quand j'arrive au port. Là, à peine la brouette arrêtée, de l'autre côté de la porte un type avec lequel je n'ai pas rendez-vous attend déjà. C'est le responsable d'une agence de voyage qui, forcément, arrange des allers, des retours et des allers-retours vers les Gilis à des prix "cheap, cheap for you". Je connais la chanson à tel point qu'en général, dès le premier "cheap", le gars est déjà renvoyé dans ses foyers avec sa brochure sous le bras. Mais aujourd'hui, c'est son jour de chance. Comme il me reste encore deux bateaux et un bus à prendre, que le premier bus du jour s'est perdu dans les couloirs du temps, j'obtempère, espérant un cocktail multi-coloré en milieu d'après-midi.

 

Le rythme s'accélère alors, du moins le temps d'une valse mes sacs sur le dos. La chance frappe gracieusement à la porte, le bateau pour Lombok est dans les starting blocks et vue comme la journée est partie, je ferais bien de ne pas laisser passer cette chance! En une course à perdre haleine, je vole littéralement vers le ferry qui est déjà chargé de camions jusqu'à la gueule, il n'y a plus de la place que pour un cul, celui qui court et qui pourrait pousser une poussette dans l'océan pour prendre sa place. Les femmes et les enfants d'abord qu'ils disaient.

Aujourd'hui, c'est de l'hébreu, ça ne veut plus rien dire du tout. Même si t'es pas d'accord, Les impatients à bord d'abord!!!!

 

Sitôt ma dernière foulée a-t-elle quitté la terre ferme que la plateforme permettant d'enjamber le quai bascule à la verticale, les moteurs démarrent. Je m'installe sur le pont supérieur, le bateau bouge. Je m'endors du sommeil du vainqueur qui a bien mérité un peu de repos.

La traversée vers Lombok se déroule sans entraves. Le navire a filé bon train et deux heures plus tard, nous ne sommes plus qu'à quelques enclablures des côtes, moment rêvé pour un réveil en fanfare, prêt à enchaîner sur une nouvelle étape me rapprochant toujours un peu plus des Gilis. Seulement, alors qu'il ne reste au capitaine que quelques courtes minutes de labeur, celui-ci arrête son navire en proie à la rouille. La terre est pourtant là, suffisamment proche pour qu'on puisse en distinguer tous les détails. Peut-être est-il parti uriner ce qui ne devrait pas lui prendre plus de trente secondes.

Mais après cinq minutes, c'est comme si on s'était échoué. Le bateau est toujours immobile et mauvais signe, d'autres bateaux plus petits se rapprochent suffisamment près pour passer à l'abordage, autorisant de nombreux vendeurs à la sauvette à monter à bord pour proposer tout ce qu'il faut pour prolonger l'attente en satisfaisant nos besoins vitaux. Eau fraiche, sodas, biscuits, nouilles chinoises à cuisson instantannée, tout y est!! A bord, l'ambiance "bivouac" est à son paroxisme. C'est rageant, je ne vous dit pas!!!!!

Imaginez-vous faire un Pékin-Paris en bicyclette pour retrouver bloqué sur le périphérique intérieur pour une durée indéterminée. Voilà ce qu'on ressent. Et ça dure... Une heure. UNe heure et demie. DEUX heures, autant que la traversée. DEUX HEURes et demie. TROIS HEURES!!! Je devrais déjà en être à la deuxième ou troisième tournée à l'heure qu'il est!!!!! A en juger par l'attitude des autres passagers qui mangent ou dorment alongés partout, on pourrait aussi bien passer la semaine comme ça!! Jusqu'à ce que finalement, enfin, on achève cette torture psychologique, les moteurs repartent dans un clameur générale. En trois minutes, le ponton est libre, on lui rentre dedans.

C'est qu'il le mérite, ce satané ponton!

La raison pour laquelle on a sympathiquement perdu trois heures, c'est que, au port de Lembar, il n'y a de place que pour un bateau à la fois et, quand celle-ci est occupée, tu prends un ticket et tu attends ton tour comme à la caisse générale des impots avec le même sourire. Notre numéro étant enfin sorti du chapeau, on accoste croyant presque à une erreur dans l'enchainement des flashbacks. (NDLR : si tu ne comprends pas la private joke, télécharge "Le Grand Détournement" et ris pour moi!)

 

Ensuite, comme tout est pré-organisé, je suis comme sur des rails bien huilés, c'est pas trop tôt, je pensais plutôt qu'ils étaient émantés.

A l'issue du débarquement, c'est la foule des tour-operators qui forme le comité d'accueuil. Une fois mon minivan trouvé, je n'ai plus qu'à troquer mes lunettes de soleil contre mes binocles. Il est 17h00 et la lumière fond comme neige au soleil. Déjà...

Etant assis à côté du chauffeur, on converse gentiment. Il m'apprend notamment que le bateau a toujours du retard mais que cette fois-ci, on bat tous les records de lenteur. Charmant... Lui aussi nous attendait sur le pied de guerre depuis plusieurs heures déjà ce qui a au moins le mérite suicidaire que le faire appuyer sur l'accélérateur jusqu'à ce que mort s'en suive, à moins que non, finalement ça passe. On a beau froler l'accident à de multiples reprises, c'est sains et saufs qu'on peut reprendre l'usage de nos jambes pour monter dans un dernier bateau, si on ne coule pas en route.

 

Le soleil se couche, il est 18h passées, douze heures que je suis debout à attendre la délivrance.

 

Depuis Lombok, Les Gilis, qui sont au nombre de trois, sont nettement visibles malgré leur taille liliputienne.

Pour cette ultime traversée, je ne tiens plus en place et c'est finalement presque à ma place, sur la proue, que je compte les derniers mètres. Trois, deux, un, on est les champions, on est les champions... Fatigués, mais champions quand même.

 

Sur ces îles délicieuses, quand il n'y a pas une fête à deux pas, c'est un paradis de tranquilité. Aucun moteur n'a droit de cité, pas une voiture, une moto, une tondeuse. Aucun chien n'est toléré pour quelque raison que j'ignore. Par terre, tout n'est que sable et propreté, s'il t'en dit de rester sans sandales pendant ton séjour, fais toi plaisir et enlève moi donc aussi cette chemise dont tu t'efforces de rentrer le bas dans ton pantalon, c'est pas très couleur locale!

 

Pour l'instant, la première des choses à faire est de me trouver une crèche, une spacieuse, une qui ferait honneur à ma toute dernière étape asiatique avant le grand saut néo-zélandais. Fort de mon expérience, je négocie. Seulement, les Gilis sont apparemment à une autre échelle de prix que le reste de l'Indonésie ce qui fait que seule une de mes exigences trouve chaussure à son pied, j'ai un hamac, endroit parfait pour regarder filer le temps.

Il fait nuit noire, le hamac attendra. Un poisson frais plus tard, je retourne à ma chambre me demandant quoi faire d'autre. Rien de tel alors que de s'installer alongé avec l'ordinateur sur le ventre en guise de chat ronronnant. Une session d'écriture prend forme. Cette première nuit jusqu'à 2h du matin.

 

Le lendemain, dès le réveil, je reprends là où j'avais laissé mon inspiration. De 11h du matin à 20h sans interruption avant que le dîner vienne à me tirer de cette embuscade littéraire. Au retour, deux heures supplémentaires finissent de m'achever. Ce n'est pas fini...

 

Une nouvelle journée plus tard, il faut bien que j'en vienne à bout malgré tous les signaux d'alarme que m'envoie mon corps lassé de cette interminable bataille cérébrale, je paufine les tournures, je vérifie une dernière fois si les accents sont bien à leur place, je conclus. Au final, plus de quinze heures auront été nécessaires pour te faire partager les joies nées des volcans javanais. Il y avait de quoi faire, j'espère que tu as apprécié!

 

Avant la mise en ligne, il me reste une dernière étape avant de venir à bout de ce marathon, réduire la taille des photos qu'il me reste à sélectionner. Pour ce faire, j'ai besoin de mon appareil photo... Or, le malheureux est introuvable. Dans le petit sac, rien. Dans le gros sac, rien non plus. Je vide, je dissèque, je multiplie les vérifications jusqu'au moment où il faut bien se rendre à l'évidence. C'est maintenant la routine, l'appareil photo est quelque part entre Java et Gili Trawangan sans qu'évidemment je puisse poser la main dessus. Pour la troisième fois en cinq mois, l'énervement fait gonfler les veines de mon front brulant. La malédiction digitale me poursuit de re-chef. J'ai beau me déplacer aussi vite que possible en passant par des endroits improbables, elle sait toujours où me trouver!!

Tant pis pour les photos des volcans que tu ne pourras déguster en même temps que tu lis les articles sans fins, et, encore pire, tant pis pour les photos que je me serais fait une joie de prendre dans ce paradis de couleurs, pour les Gilis, je fais chou blanc...

 

Malgré la colère qui laisse très rapidement la place au dépit, je fais quand même mon tour au cybercafé. En même temps, je vérifie les horaires de mon avion pour Auckland dont je crois me rappeler qu'il est le 12 novembre. Erreur, encore une fois. Il se trouve en fait que je décolle de Denpasar à Bali le 11 ce qui n'est pas encore trop emmerdant. Ce qui l'est plus, c'est que l'horloge affichera 0h20 à l'heure de quitter le pays.

Non seulement il va falloir que je partes plus tôt mais en plus c'est déjà prévu au lendemain 10 novembre. Bisque bisque rage!!!! J'ai beau tout faire pour avoir un karma de bonne soeur aimable et attentionnée, ce n'est jamais assez, les mauvaises nouvelles continuent de me tendre des embuscades au lieu de s'en prendre aux radins, aux aigris, aux intolérants de tous poils.

Il est 17h30 quand ma mission est enfin accomplie. Pour aujourd'hui, l'exploration est encore ratée. Pour demain aussi.

 

Le 10 novembre, j'entame le chemin retour dès 8h du matin. Les Gilis, c'est déjà fini. Ce fut une sacrée belle étape constructive. Espérons que la prochaine le soit un peu plus qu'en perdant l'imperdable. Toute la journée, j'enchaine les moyens de transport à l'envers par rapport à quelques jours plus tôt.

Il est 21h quand je suis à l'aéroport.

 

L'Asie, c'est fini, et dire que c'était la ville de mon premier amour!!

L'Asie, c'est fini, je sais que j'y retournerais un jour!!!

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 12:51
La sieste, c'est la loi de la jungle, on sait quand on y rentre, on sait rarement quand on en sort. En ce qui me concerne en tout cas... Spécialement quand je sors d'une nuit blanche ascensionnelle.
Il est 17h quand je m'extraits du coma. A la réception, tout le monde remarque mon état lamentable, je ne vais pas faire long feu... Encore que... Dans un geste, un des employé ne tend un papier sur lequel est écrit le résumé d'un message transmis au téléphone par Rita. Il faut que je la rappelle. J'exécute.
La belle a attrapé un virus, le genre de ceux qui vous cloue au lit pendant plusieurs jours dans un état potentiellement contagieux. Elle ne viendra pas chez Bladok demain, est désolée pour tout ça et déjà me souhaite bonne continuation dans mon voyage.
C'est donc bien triste mais c'est la fin de la relation morte-née et la fin de mon temps à Yogyakarta. Après le Kraton, Borobudur, Pranbanan et le Mont Merapi, à défaut d'une après-midi plage, j'ai fait le tour du propriétaire, la route reprends son hymne : "tiens, tout a changé ce matin, je n'y comprend rien. C'est la fêêête, la fêêêête!!!

Aussi sec, je me rends donc chez l'agence de voyage qui connait maintenant bien ma tronche et leur demande pour quand est le prochain transport pour le Mont Bromo, nouveau volcan, et espérons le, nouvelle explosion visuelle. Demain matin 9h. Facile. Au rythme où j'en suis, je suis content de dormir à l'heure du lever de soleil. Deux fois en trois jours dont une fois sans dormir, le compte est bon!! Un pancake, l'addition!!
Non sans avoir réservé des billets d'avion d'abord pour la Nouvelle-Zélande le 12, puis pour Las Vegas rejoindre Môman et Pierrot Gourmand le 15 décembre, puis pour San Francisco le 26 où j'ai la merveilleuse surprise d'avoir rendez-vous avec Coralie, digne descendante du centre scolaire Soeur Rosalie, Paris Vème, que je n'ai pas vu depuis cette époque lointaine après laquelle elle a décidé de migrer vers le Canada francophone à Montréal. (NDLR : Vous voyez, c'est facile, il suffit d'acheter un billet d'avion en direct de son canapé!)

A bord du minibus qui nous emmène à Bromo, on est une bande de sept personnes, la plupart sur le chemin de Bali. L'ambiance est bonne et les conversations fournies. Mais plus le temps passe et plus le soufflé retombe, neuf heures de transport, ça a beau n'être maintenant qu'anecdotique, ça reste une sacrée chianlie. (chianli? chienlie? Faîtes le tri.)
Le compte à rebours entamé le matin prend fin à 19h. Enfin c'est ce qu'on croit tous à Probolinggo quand on nous indique qu'il faut descendre du véhicule et ramasser nos sacs. En fait, on est dans la dernière ville avant les pentes du Mont Bromo et on est déposé dans un centre d'informations pour touristes qui n'a qu'une envie : nous vendre des tours en 4X4 au lever du soleil, encore...
Personnellement, après neuf heures de patience à sentir mes fesses devenir douleur, j'ai autre chose à faire que de négocier à tout va. Je laisse donc les autres se crêper le chignon dans une pièce chauffée au fer blanc pendant que j'attends dehors. Ils ressortent et me livrent les conclusions du débat. Au final, tout le monde réserve le tour matinal et je me laisse convaincre d'en faire autant. Les billets s'échangent et quand toute transaction est terminée, splendide coïncidence, un nouveau minibus est là pour nous déposer à notre hotel à une heure de plus de route, sur les flancs du volcan.
Enfin, à 21h, la machine folle s'arrête au grand soulagement de chacun. On se lève dans six heures. Il faut encore dîner et prendre une douche qui ne sera pas du luxe. Pendant le repas, notre groupe apprend une peu mieux à se connaître, les vannes fusent en commençant sur la nourriture qui est un déli à elle toute seule. Le boeuf n'est pas du boeuf, c'est de la vache. La soupe n'est pas de la soupe, c'est de la vase. Les frites ne sont pas cuites. Le lait est de l'eau trouble.

A l'issue de ces réjouissances, chacun rejoint la chambre qui lui a été attribué, toutes dotées d'épaisses couvertures pour lutter contre les frimas nocturnes. Ma lumière s'éteint à 23h, vite, vite, sommeil, prends moi dans tes bras!!!
Car à 3h30, on frappe à la porte et ce n'est pas une erreur. Il faut s'activer car à priori, le soleil ne sera une fois de plus pas en retard pour aller bosser. Ayant compris mon  malheur au Mont Merapi, je m'équipe de tout ce que j'ai de plus chaud, de la polaire en haut et en bas, deux paires de chaussettes, tout pour ne pas revivre la fièvre du lundi matin.
Un thé plus tard, la voiture démarre.

En dix minutes, nous basculons vers le coeur de la caldera immense dans laquelle nous pénétrons hébétés. Les dimensions sont incroyables. Le cône du Bromo n'est qu'un des trois qui émerge de la caldera, vestige d'une éruption tellement lointaine que même les dinausaures ne s'en souviennent pas. Nous prenons alors le chemin d'un des murs vertigineux qui l'entourent, parfait point de vue pour une aube en couleurs.
En arrivant, c'est la surprise, des dizaines d'autres voitures sont déjà garées, il y a du monde au portillon. Sur la plateforme bétonnée qui sert de perchoir, surement pas de plongeoir, plus d'une centaine de personnes attendent déjà que le grand spectacle cosmique commence. Personne ne sera déçu.
Toujours fidéle à l'heure, c'est vers 5h30 que le soleil apparait enfin. Les appareils photos crépitent dans un concert de "Oohhhh!" d'admiration. Devant nos yeux héberlués, la lumière donne tout son sens à ce pourquoi on est venu défier la nuit. Le décor est lunaire, sompteux, en un mot orgasmaculaire. Les cratères se superposent. Personne ne se plaint de l'horaire.
Ensuite, comme le programme est quasiment minuté, l'apéritif se termine, il faut déjà partir contempler le plat de résistance de cette matinée surréaliste, le cratère du Mont Bromo, véritable usine à nuages.
Quelques minutes motorisées plus tard, ce qui semblait à des dizaines de kilomètres est maintenant là, juste devant nous. Nous sommes au milieu de la caldera à quelques pas du monstre. Pour le rejoindre, centaines de touristes obligent, il faut se frayer un passage au milieu des hordes de cavaliers qui proposent pour de menus dollars de nous convoyer plus loin à dos d'équidés. Non merci messieurs, je préfère prendre le bus n°11, à savoir mes deux jambes.
Puis il est là.
Une série de marches plus tard, enfin, le cratère sur lequel nous évoluons à pas assurés mais nerveux se déploye à notre regard. Sur la gauche, la caldera à perte de vue. Sur la droite, le vaste cratère tombant presque verticalement sur des centaines de mètres jusqu'à un fond débordant de vie. Il n'y a, comme à Merapi, pas de lave, mais ça fume, je ne vous dis que ça!! Pose le pieds de travers, et dévale sans espoir de remonter ou de quoi que ce soit d'autre.
Tout le groupe est alors posé, assis en ligne le long du cratère. Moi, j'ai de la patate à revendre, je pars me faire un petit tour de volcan.
D'abord un quart de tour, puis un peu plus, jusqu'à me retrouver devant une montée abrupte où le chemin s'effiloche pour n'être plus qu'un mince fil d'Ariane. Pas besoin de tenter le diable, ayant entendu l'histoire d'un touriste français qui est tombé dans le chaudron magique au cours de l'année précédente et qu'on a jamais retrouvé, je décide, sécurité avant tout, de faire demi-tour et de retrouver le reste de mes camarades sur un sol pas forcément plus amical mais au moins plus sécurisant puisque plus large.
Je reste alors bouche bée quelques minutes de plus avant de se rendre à l'évidence, quand faut y aller, faut y aller.

On laisse alors nos dernières empreintes sur le Mont Bromo avant de retrouver la voiture puis l'hotel à 8h30, cinq heures déjà après le réveil.
Un encas plus tard, comme la veille, Probolinggo revoit nos faces de vainqueur, cette fois-ci dans le sens de la sortie. C'est alors l'heure des aux-revoirs, tout le groupe prend directement la direction de Bali à l'exception d'Olivier, brillamment renvoyé de chez Peugeot quelques mois plus tôt, qui me convainct de le suivre sur les pentes d'un nouveau volcan pour un nouveau lever de soleil (sic), le Mont Ijen qui a la particularité d'être une usine à souffre, les locaux l'extrayant et le transportant dans des conditions que je vous laisse imaginer à la sueur de leur front.
Mais ça a beau sembler être une nouvelle expérience hors du commun, il a besoin de s'y prendre à plusieurs reprises avant qu'enfin je cède. Qu'il en soit ainsi, se profile un nouveau réveil avant 4h du matin, le quatrième en six jours, ainsi soit-il.

Et qui dit nouvelle destination, dit nouvelle journée palpitante dans les transports.
De 11h du matin à 6h du soir nous bouclons les moins de 200km qui ne nous séparent plus d'Ijen. La surface de la route tient plus de la piste à zébus qu'autre chose, ça ajoute au charme ambiant quand on décolle tous de nos sièges suivant les rebonds de la voiture.
Et une fois encore, tout est chronométré.
On est d'abord déposé à une cascade fine mais rugissante d'un volume d'eau qui tombe à la seconde proche de celui d'un grand fleuve. Ca dure cinq minutes. De toutes façons après il fait nuit.
A 18h30, c'est au tour de petits bassins d'où jaillissent les eaux d'une source chaude de nous accueuillir. Olivier se met à l'eau, je l'y rejoints ne pouvant considérer rester au dehors en entendant ses râles de plaisir non dissimulés, le cochon.
A 18h45, il faut sortir de l'eau, tous les autres attendent.
A 19h, un nouvel hotel ne nous déroule pas le tapis rouge, on est arrivé. Juste à temps pour prendre rendez-vous le lendemain à 3h30. Tout est chronométré, je vous l'avais dit!!
J'ai le plaisir de partager la chambre avec Olivier autant que celle de ne pas partager les dizaines de poils et cheveux qui trainent dans ses draps, vestiges du locataire de la veille sans doute. En passant à table pour se voir proposer un menu à choix multiples au nombre de deux, la fatigue fait déjà plus que me guetter. Tous mes voisins tournent à la bière fraîche quand je suis plutôt à la tisane.
Au retour en chambre, je tente l'expérience d'une douche chaude, la première depuis plus d'un mois, mais me brise les dents sur une eau soit à faire bouillir des pâtes soit à frigorifier un pingouin. Complètement confus, je me couche. Dans le lit voisin, Olivier est mort, pas sur qu'il ait un poul. L'alarme entamera un vacarme nécessaire à 3h32, c'est toujours deux minutes de gagner, et j'en suis là!!!


Deux minutes ne suffisent pas à me voir replonger dans ma nuit quand la voiture redémarre. Il est 4h et j'en ai gros sur le haricot. Depuis que j'ai pris ce rythme de faire n'importe quoi à n'importe quelle heure supramatinale, c'est la première fois que je n'arrive pas à évacuer la fatigue. Demain j'arrête, c'est un vendredi férié, c'est promis je fais le pont.
Le soleil est déjà debout même si caché derrière les montagnes quand on me force à sortir de mes rêves, la voiture garée sur un parking en terre. Il est 6h du mat' et les premiers mètres de la grimpette sont au bout du rouleau et pas le bon. C'est qu'il faut encore grimper aujourd'hui. Pas de voiture jusqu'au sommet comme pour rejoindre le point de vue lointain sur le Mont Bromo. Dans un sens tant mieux, ça se mérite, mais d'un autre côté... Pourquoi aujourd'hui?!?!?!?!?! Ca va pas malheureux?!?!?!?!?!?!
Et puis, comme par magie, dans un second souffle, tout va mieux. Le temps est idéalement frais pour que l'effort soit plaisant, je fais sans pause l'ascension en un petite heure. Et au sommet...
Nouvel ouragan sensoriel, extracteur d'oeil de son orbite, Redbull à même le cerveau à vif frappé en simultanée par la foudre, le cratère du Mont Kawah Ijen, roi des superlatifs. Le cratère en lui même est une nouvelle fois, on se répète mais c'est vrai à chaque fois, démesurément, fantastiquement vaste. Ces parois intérieures sont interminables et descendent se jeter à la verticale dans un lac turquoise sublimement attirant mais à l'acidité pouvant vous faire fondre sans autre forme de procès. Baignade interdite sous peine de mort. De plus, quasiment à hauteur de la surface du lac sont projetées à grande échelle des gazs sulfuriques qui n'attendent qu'un vent favorable et bien présent ce matin pour vous couvrir jusqu'à étouffement.
En Gros, Le cratère du Kawah Ijen, c'est la porte vers l'enfer avec du souffre dessus. Et le plus étonnant, c'est que ça fourmille de gens. Attendez . Des gens non, des forçats. Le fond du cratère est tellement riche en souffre que des travailleurs viennent de toute l'Indonésie pour en extraire des chargements de matière brute atteingnant les 120kg!!! Un portique en bambou sur lequel on appose un panier de chaque côté chargé jusqu'à rabord et deux fois par jour, ils font l'aller-retour vers la vallée de l'autre côté.
Sécurité avant tout qu'ils disaient...

Au Départ, on choisit avec Olivier plus Maud et Edouard, deux jeunes amoureux au gout de sud-ouest rencontré avec plaisir depuis la veille, de rechercher un meilleur point de vue sur le lac. A aucun moment, il n'est alors question de descendre...
On tente donc avec succès de contourner un temps soit peu la bête par le biais d'un chemin longeant le lac mais à des années lumières de hauteur le long d'une saloperie de précipice. Sympa la ballade... Mais comme souvent dans ces cas là, la récompense est haut bout du chemin, la carotte était en fait une carotte géante.
De là haut, plus spectaculaire tu meurs, puisque plus spectaculaire, tu sautes. La vue est un pêché d'orgueuil à elle toute seule seulement troublée par un petit hic, la montagne est tellement en colère et le vent tellement en forme que la fumée se diffuse à presque tout le lac masquant des vues comme j'imagine on doit pouvoir la voir dans "La Terre vue du ciel". (NDLR : Prenez en photo la bonne page du livre si elle existe et envoyez la moi par E-mail. Ou non, mieux... On va faire un jeu-concours sans obligation d'achat.



Celui ou celle qui m'envoie la plus belle photo possible du Gunung Kawah Ijen gagne un cadeau surprise envoyé d'une destination exotique grace à notre fantastique sponsort, les postiers!
Faîtes parvenir vos clichés dénichés d'où vous voulez à : simplybrice@yahoo.fr (où vous laisserez aussi votre adresse sans quoi, comment voulez-vous que le postier s'y retrouve. Non mais des fois, j'vous jure.)
Date limite fixée au 30 novembre 2009
Bonne chance!!

(Il est également possible de parrainer de nouveaux inscrits à la newsletter dans la joie ou dans la menace physique mais ça ne rapportera rien d'autre que mon estime éternelle. Bonne chance.)


On reprend. Douze heures après...



Les quatres que nous sommes sommes biens contents de notre vue panoramique mais après un temps, il faut bien passer à autre chose. On retourne à notre point de départ toujours sur la collerette du volcan maléfique. Là, les avis divergent. Entre ceux que ça démange de descendre et suivre les forçats jusqu'aussi loin que ce soit "raisonnable", et ceux qui préfèrent remonter de l'autre côté, toujours sur le sommet du cratère, pour admirer le panorama opposé au premier.
Avec Olivier et Edouard, on est le contingent Premier Groupe.

La descente, bien que ces galériens des altitudes volcaniques la parcourent chargés comme des mules, ce n'est pas une image, n'est pas évidente. Sans cesse il faut passer d'un caillou, d'un rocher à l'autre. Dans le même sens, les locaux volent de marche bancale en marche bancale, mais ceux qui montent... Ceux qui montent vont à un centième à l'heure. Ils suent à grosses gouttes et toussent leurs poumons en nous demandant, malgré tout, si on a pas une cigarette pour eux.
On en vient à en croiser un qui fait une pause dans sa course contre la misère. Son barda est posé en équilibre sur deux pierres portant chacune un panier. Quand on arrive à sa hauteur, le gaillard qui mesure autour d'1m60 et qui est fin comme un fil de pêche nous offre de tenter de ne serait-ce que décoller sur un centimètre sa double enclume de charge. Piqué à vif, Olivier qui est d'une bonne constitution offre son corps à la science et accepte. La veste saute, les genoux se plient, la charge est callée sur ses épaules. Dans un réel effort, il n'arrive à rien, le bambou a bien plié un peu mais quant à soulever, c'est une autre affaire. Intrigué par le poids, Edouard tente alors sa chance avec le même résultat. Il faut se rendre à l'évidence, les types sont des haltérophiles nés à l'inverse des français. Moi, de toutes façons, je l'avais vu venir avec son truc insoulevable. Je me contente d'applaudire et de me répendre dans le respect, voilà ce que je fais!! Vais pas me casser le dos à tenter en vain de soulever tout seul deux machines à laver, une dans chaque main!!

Cette expérience scientifique concluante plus tard, on arrive à mi-chemin de la pente vers une ablation partielle de l'espérance de vie de celui qui la fréquente depuis trop longtemps. A quelques mètres seulement, les nuages sombres grimpent vers le ciel. Edouard et Olivier n'ont alors qu'une dernière volonté, remonter. A leur gout, les photos ça va bien, il faut reprendre de l'altitude et quitter cet environnement qui à mesure qu'on s'enfonce sent drolement fort l'oeuf pourri. Seulement, à mon gout, on peut encore descendre un peu plus.

- "Depuis que nous avons entamé cette folie de suivre des plus fous que nous, le vent nous a été particulièrement favorable. Il souffle uniquement dans un sens qui épargne ma peau plus habituée à la Soupline qu'aux gazs mortels. C'est faisable je vous dis, c'est faisable!"

Mais non, ils rebroussent chemin. Entêté comme un ane, je continue. Dans ma progression, dès que je croise un ou plusieurs besogneux, je leur laisse le passage, l'espace piéton n'étant pas particulièrement large. Et ils sont des dizaines tout le long. Lors d'une de ces pauses, je me retourne et Olivier et Edouard apparaissent.   
Olivier notamment est transfiguré. On ne l'arrête plus et descends les marches quatre à quatre. Edouard, lui, est plus sur la défensive. Quelques mètres de plus et il remonte définitivement se mettre à l'abri. C'est que ça souffle en bas!

Je pars alors à la recherche d'Olivier qui a pris la poudre d'escampette sur l'unique chemin vers le point d'extraction du souffre qui est le même que celui d'où partent les fumées. Joyeuses perspectives... Sécurité avant tout...
Je suis alors bon petit bonhomme de chemin quand tout à coup, sans prévenir, le vent entame une valse décadente. Comme dans un cauchemard, j'ai alors en face de moi Monsieur Nuage qui grossit à mesure qu'il se rapproche à environ 80km/h ou la vitesse du vent. Dans un éclair, je cherche alors à trouver un abri illusoire derrière un rocher faisant deux fois ma taille. Je pense peut-être que ça va intimider la faucheuse. Perdu, mille fois perdu.
En une seconde, le versant entier se pare de jaune. La fumée m'entoure quand je mets mon écharpe sur mon visage ainsi que ma veste et mon T-shirt, histoire de respirer à travers le tissus en espérant que ça filtre un tant soit peu. Les secondes sont alors très longues, dès que j'ouvre les yeux, ça pique comme si on les recouvrait de sable. Dès que je tente de respirer, je regrette de ne pas avoir rempli des bouteilles d'air de l'Himalaya, on respirerait mieux la tête dans le cul d'une vache morte.
Ca dure une grosse minute avant que la girouette ne se refasse, bien fait, un tour de rein avant de reprendre une activité normale.
Le nuage se dissipe alors, je retire ce que j'ai dit pour la vache morte.
Je parviens alors à distinguer Olivier qui n'est qu'à quelques mètres et qui a aussi eu droit à l'aérosol des profondeurs, mais qui continue!!! Le même type, qui un quart d'heure plus tôt me faisait tout un laïus sur la nécéssité de remonter, se rapproche encore de la bouche à souffrances. Je réfléchis et je suis. J'arrive alors à une quarantaine de mètres du phénomène. Proche.
Cette conne de girouette fait alors encore des siennes. Tempête de souffre, scène deux, moteur, action!! Dans un réflèxe, je ne peux alors pas décoller mes yeux de cette chose qui ne me veut que du mal dans un délai très bref. Comme plus tôt, le nuage approche grondant. Mais, pas comme plus tôt, le vent, dans sa grande intelligence, a compris qu'il n'allais pas commettre la même erreur deux fois et envoye le nuage glisser de bas en haut à cinq bras de distance sans que jamais il ne vienne s'abattre de tout son poids sur moi.
Il n'en fallait pas tant pour que je prennes mes jambes à mon cou. Olivier pas loin derrière et moi, on quitte cet enfer merveilleux le plus vite possible quand je ne m'arrête pas pour prendre "allez, une dernière photo...". Trente minutes haletantes plus tard, on retrouve le sommet, sains ou presque, et saufs. Nos vêtements puent le souffre à des kilomètres. Edouard est là à nous attendre, on est déjà en retard pour retrouver les joies de la voiture...

Sur le parking quand même, la première chose à faire est de se soigner. Boissons fraîches et cigarette, rien de tel pour se remettre. C'est la première de la journée, ça s'arrose.

Puis il est temps de mettre les voiles. En à peine deux heures de routes défoncées passées à roupiller, il faut déjà descendre. La côte est de Java s'arrête là, il en est fini de sa traversée. Place maintenant à l'autre côté de l'étroit détroit, place maintenant à Bali. Fini le froid, finis les réveils intempestifs, bonjour la plage, bonjour les cocotiers, bonjour les hamacs! Mais pas à Bali... Pas comme Olivier qui va y séjourner, pas comme Maud et Edouard qui reste sur Java pour faire le chemin inverse vers Djakarta.
J'en ai presque fini des transports, presque. Pour bien faire, il faut encore que je traverse Bali d'Ouest en Est avec deux bus, que je prennes le bateau jusqu'à Lombok jusqu'à un nouveau bus et un nouveau bateau vers les îles Gili, apparemment un paradis sur terre pour backpackers, ma toute toute dernière étape asiatique à l'issue d'un marathon rocambolesque. Une douzaine d'heures tout au plus. Si je m'en sors bien, ce soir je dors les pieds dans l'eau ou pas loin.

J'ai en tête que le premier bus qui va vers Denpasar, principale plaque tournante à Bali, ne va prendre que deux à trois heures. Erreur, mille fois erreur. Il est 17h30 quand on franchit les portes de la gare routière, bien loin de mes prévisions obtimistes. Mais j'ai encore le temps d'avancer, j'ai la rage.
Je grimpe dans un transport collectif qui me conduit vers une autre gare routière, celle qui mène vers l'Est. ll est alors 17h50h et il n'y a pas grand monde au portillon. Ca sent pas bon non plus cette histoire... Un type vient m'accoster.

- Salut, tu viens d'où?
- Bonsoir, de France mais ce n'est pas la question! A quel heure est le prochain bus vers Padangbai (point de départ des ferries vers Lombok)?
- A 6h pourquoi?
- Ca tombe bien!!! Où est-ce que je peux le trouver?
- A cet endroit précis demain matin.

Nom d'un chien... Ca n'était pas 18h mais 6h... Je ne suis pas matinal, j'ai mal... Ne reste plus qu'à attendre que la terre ait fini de tourner jusqu'au lendemain...
En attendant, je dégotte une chambre d'hotel juste en face de la gare routière et m'y barricade, gonflé à bloc de savoir que ça y est, c'est sur, demain enfin, les pieds dans l'eau, tout ça.
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Published by simplybrice - dans Ou En Indonesie
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 06:17

A Pangandaran, je compte les gouttes. Une, deux, trois.

Mille, deux mille, trois mille.

Un milliard, deux milliards, trois milliards.

 

Le 28 octobre, la faute aux préliminaires, la faute à Varanasi, la faute à la fée goutelettes, il est 6h et je suis levé depuis déjà belle lurette quand le soleil ne se cache plus derrière la terre mais derrière une couette de nuage bien épaisse. Le village se lève et je fête ça en sa compagnie. J'enfile mon imperméable et m'adonne aux joies de la promenade en solitaire sur une plage battue par les vagues entre autres éléments.

En arrivant sur le sable, c'est à un slalom autour des sacs en plastiques de tous genres et échoués là par hasard qu'il faut se livrer, la faute aux cons d'espèce je-jète-là-où-je-suis-et-pas-dix-mètres-plus-loin-dans-une-poubelle que je ne porte pas dans mon estime. C'est en partie à cause de ça que je me livre sans doute une dernière fois ici à cette marche de bord de mer et que la décision de partir finalement dès que possible a été prise à l'unanimité des votes. Après avoir quand même baigné mes orteils dans l'eau chaude et bouillonante, mes pas me dirigent maintenant vers l'agence à même de me vendre un billet de bus pour Yogyakarta la plus proche.

A l'intérieur, après m'être acquitté des formules de politesse locale, je demande s'il est encore possible de faire une réservation pour le jour même ce à quoi on me répond que, c'est trop tard pour moi, le seul bus du jour est parti à 5h,

 

- "je vous réserve celui du lendemain?"

- "Ben, faîtes donc ça alors!"

 

Sur le chemin qui me ramène dans mon antre multi-chambrée, je rebifurque vers la mer, parfaite donneuse de conseils quand on se demande ce à quoi va ressembler cette journée hormis enfin se souvenir du nom "Pagandaran" qui ne veut pas rentrer. Ca se vérifie. Sur ma droite, en amont de la plage, se suivent des petites barraques. Certaines vendent des T-shirts, certaines le petit déjeuner, certaines louent des planches de surf et de bodyboard, comme aux grandes heures ferrecapiennes (du Cap Ferret).

La décision penche alors vite en faveur de ces dernières, petites biscottes permettant de surfer les vagues en position allongée. Seulement, il n'est encore que 7h00, des surfeurs sont déjà à l'eau mais le loueur, lui, n'être pas encore prêt de se montrer. Je m'accorde donc une petite sieste syndicale le temps d'y voir plus clair. Trente minutes plus tard, je suis déjà de retour sur mes pieds, en chemin vers la plage, prêt à en découdre. Sur mes épaules, rien d'autre qu'une serviette, un maillot de bain, une paire de tongs et quelques roupies.

J'échange ces dernières contre un planchette et une paires de palmettes et me voilà à l'eau à l'heure où d'habitude, j'émerge encore à peine. Ce matin, Pagandaran étant un beachbreak (vague qui casse sur du sable) pas ridicule, je me bats pour passer une barre de vagues de deux mètres qui déferlent à allure régulière, ça change de Varanasi! A Pagandaran au moins, je peux me permettre de me prendre des bouillons! Et je ne me prive pas! En trois heures de temps, je me draine de toutes les forces qui j'avais en réserve pour la journée. En proie à des menaces de crampe au mollet qui n'inspire en moi qu'une crainte teintée de respect à distance, je me remets sur mes deux pattes gonflé à bloc de tant de plaisir, d'efforts physiques, et de contacts sportifs avec la nature. Peut-être aurais-je du prendre un encas avant d'en arrivé là? Rattrapons le temps perdu et allons dévorer un pancake au miel et à l'ananas!!

 

Tentons également de reprendre un rythme normal. Je m'imagine d'avance que si je passe les huit heures de minibus de demain à dormir, je suis reparti pour un tour avec des réveils tardifs et des couchers, je ne vous dis pas.

Les heures qui me séparent du lendemain sont donc un planning de sommeil hautement scientifique visant à me réveiller de bonne heure et de bonne humeur, mission accomplie, à l'heure où le minibus est déjà à m'attendre.

 

Il est 7h, commence une nouvelle épreuve de patience déjà éprouvée maintes et maintes fois, à chaque occasion d'un nouveau transport en somme.

Mais ce matin au moins, je quitte les trombes d'eau qui me saluent une ultime fois à Pangandaran, croyant en ma bonne étoile d'un soleil radieux bientôt proche. Les heures se succèdent. A côté de moi est assise une jeune femme voilée silencieuse et somnolante. Ce n'est qu'en milieu d'après-midi que l'on pénètre enfin dans les faubourgs annonciateurs de Yogyakarta. Je touche l'objectif du doigt quand subitement le chauffeur, sans raison apparente, se gare sur le bas côté. Il descend du véhicule, je l'y rejoints. Quelques dizaines de minutes auparavant, j'avais remarqué un bruit suspect comme si on avait heurté quelque chose mais n'y avait pas prêté plus d'attention que ça. Or, il s'avère maintenant que ce bruit était la cause de notre présente crevaison puisque c'est de cela qu'il s'agit. Il fallait que ça arrive si près du but! Heureusement, pas de panique; d'un bond, le chauffeur maintenant mécanicien a extirpé de sous la voiture une roue de secours. Le temps de courir m'acheter une boisson fraiche pour lutter contre les effets de la chaleur ensoleillée dont je me plains déjà de sueur, la roue est changée, plus de peur que de mal. En quelques tours de roues, je suis déposé où bon me semble, à l'entrée du quartier rassemblant les meilleurs adresses économiques de la ville. Mon sac sur le dos, je pars à la recherche de la meilleure affaire possible. La première tentative puis la deuxième sont des échecs, la faute à un taux d'occupation de 100%, mais la troisième, une réussite.

Je loge à l'hotel Bladok qui, en plus dêtre coquet et avenant, cache dans une arrière cour une piscine d'un beau gabari et d'un effet itou à laquelle il est impossible de résister à l'heure où on hésite à cause du prix.

 

Je m'installe donc dans ma chambre avant de redescendre tester les talents du cuisinier qui se targue d'une viande de boeuf importée de Nouvelle-Zélande, avant gout du futur.Toujours en manque de chair rougeoyante après les périgrinations indiennes, mes canines croque encore le gout du plaisir au moment de se planter dans la bidoche.

L'assiette est vidée, l'estomac remplit, et l'esprit détourné.

Je remarque la serveuse qui s'active autour. C'est une petite javanèse avec une grace de ballerine, qui s'acquitte de son travail en vire-voletant, en envoyant des rayons de sourire à tout ce qui l'entoure. Je suis sous le charme et fond dès qu'elle m'adresse la parole. Bladok quand tu nous tiens...

A l'issue de ce repas synonyme de petit déjeuner-déjeuner-dîner, je libère la place laissant derrière moi quelques bons mots et quelques pourboires. Il est temps de s'occuper du rythme de vie et éventuellement faire une nuit normale. Elle se produit. Tout rentre dans l'ordre, je me lève enfin à 9h dans une forme tonitruante avec le corps en fête et l'estomac en faim.

Quelques tartines plus tard, Rita déjà là faisant danser les plats, j'ai un état d'esprit idéal pour me lancer dans l'exploration de la ville. Je commence par une petite marche le long de l'artère principale avec en point de mire le Kraton, demeure du Sultan et rendez-vous majeur des visites locales. Après avoir refusé les offres des guides locaux n'ayant pas envie de me faire remplir l'oreille, j'arpente les lieux et surprise, en fais le tour en moins d'une demie heure. C'est joli certes, mais c'est un peu court jeune homme! Je pourrais alors continuer les visites à proprement parlé mais si elles sont tous du même accabi, autant aller se perdre dans les rues des environs.

Je préfère alors laisser de côté les artères principales pour m'enfoncer dieu sait où. Je tourne dans un dédale de rues trop petites pour une voiture à l'affut des bonjours, à l'affut des sourires qui viennent naturellement.

A plusieurs reprises, je m'arrêtes pour converser avec qui m'engage dans la conversation, c'est courtois, bon enfant, traditionnel. Je m'en délecte d'autant que c'est une surprise. Java étant l'île la plus peuplée du monde avec pas moins de 150 millions de javanais, j'étais persuadé d'étouffer dans les villes. Or, à Yogyakarta, c'est plaisant, ça respire la province, ça respire tout court.

 

Puis, après avoir perdu trois kilos d'eau à errer ça et là, il est venu le temps de me mettre à l'ombre, de faire refroidir un corps chauffé par un soleil radieux qui, si tu en abuses, n'est plus un modèle de bienfait comme en atteste tous les locaux qui se sont forts de rester à l'ombre.

De retour à l'hotel, je m'immerge dans la fraîche piscine surpris de ne pas voir de vapeur éclore à mon contact. Quelques longueurs plus tard, Rita rentrée chez elle, je reprends les clés du voyage et assouvis ma quête de merveilles en me portant acquéreur d'un billet tout compris pour admirer Borobudur au prochain lever de soleil ce qui a beau être prometteur de difficultés à l'heure de s'activer les neurones, le nom de l'endroit est tellement évocateur presque d'un autre monde que je suis en joie rien qu'à le prononcer.

Et ce n'est pas tout. J'organise aussi la visite d'un autre sîte majeur, les temples de Pranbanan, qui sera cloturé par une spectacle nocturne de danse à ciel ouvert avec les temples illustres illuminés pour arrière-plan. Pas mal pour un samedi ou quelque autre jour.

Passé le dîner où le chef se sublime une nouvelle fois, je retourne dans mes quartiers bien décidé à faire honneur à tout ce qui m'attend demain. A 21h, je dors comme un bébé. Mais qu'est ce qui m'arrive?

 

Conséquence de tout ça, la mise en action de 4h30 est un jeu d'enfant. De grand enfant.

Car avant de lever le camp, je vais d'abord à l'épicerie du coin qui reste ouverte 24h/24h pour acheter boissons et biscuits. Devant, à l'extérieur, il y a là un groupe de jeunes locaux qui finissent leur nuit en buvant tout ce qu'il leur reste d'alcool. N'ayant rien contre les jeunes débonnaires, je leur lance à tous un bonjour enjoué.

 

- Salut à tous! Ca va bien? Vous passez un bon moment? La nuit a été bonne?

- Salut mon frère! Comment tu t'appelles? Tu viens d'où? Tu veux boire un verre?

- Non merci, ç'eu été avec plaisir mais je viens juste de me réveiller et la journée commence à peine.

- Orrhhhh!!!! Allez!!! Un p'tit verre!!!!

- Bon allez, pour vous faire plaisir...

 

Le type le plus proche de moi se saisit alors d'une bouteille déjà à moitié vidée et me remplit un gobelet. Ne sachant alors pas à quoi m'en tenir, dans une pirouette, je lui propose alors de boire le premier et de m'en resservir un autre. Il boit et titube. Je frémis. Viens alors mon tour. Le même type me sert alors le même verre aux deux tiers.

 

- Merci... C'est trop, je n'en demandais pas tant...

- Orrhhhh!! Allez!!!!!

 

Un cul sec de cette niaule plus tard, vient mon tour de tituber.

L'heure de voiture jusqu'à Borobudur qui aurait pu n'être qu'une longue agonie défile à grande vitesse comme les motos qui nous doublent de tous les côtés dans la lumière naissante. Toute L'indonésie est déjà debout, le premier métro parisien n'est même pas encore parti. En quittant Yogyakarta, on longe un marché ouvert uniquement de 3h à 7h, ici ça ne choque personne. Moi non plus, la seule chose qui me choque, c'est qu'il fait encore nuit, que je suis déjà un peu bourré.

 

Il est 6h. Les portes du parc entourant Borobudur s'ouvrent. A cette heure, on ne compte qu'une douzaine de touristes ce qui n'est pas pour me déplaire. En marchant vers le sîte sacré, j'accélère jusqu'à atteindre le monument en lui-même en deuxième position, parfait pour avoir un point de vue dégagé et la sensation, qu'à tort, ils ne sont pas nombreux à avoir foulé ces marches.

Devant, en haut de sa colline majestueuse au milieu juché au milieu d'une large plaine verdoyante ourlée de montagnes, se dresse le phénomène. Construit au IXème siècle (IXème!!!!!), Borobudur est une immense structure rectangulaire à sa base et ronde à son sommet, remplie de centaines de statues et de bas-reliefs qui à cette heure du jour prennent des reflets aux couleurs chaudes.

Son exploration complète prend deux bonnes heures pendant lesquels le paysage se découvre mais pendant lesquels les groupes commencent à envahir le pavé. C'est donc sans regrets que dès 8h je retrouve le chemin du minivan que je partage avec d'autres. Les stands de souvenirs sont maintenant ouverts et bruyants, les chaussettes/sandales sont partout.

 

Sur la route du retour, le chauffeur se propose de nous arrêter à deux autres temples plus modestes. Maintenant qu'on est debout pourquoi pas?

Un premier temple passe. Place au deuxième.

Au moment d'arrêter le minivan le long de la large étendue d'herbe, on remarque qu'ici nous ne sommes pas les premiers. Plus d'une centaine d'écoliers font leur sortie du samedi matin, plus synonyme de récréation que de lesson d'histoire. Ils crient, se courent après, se pendent les uns après les autres à d'immenses lianes qui pendent du sommet d'un arbre colossale. A peine posé le pied au sol, l'arbre n'a plus grande importance, en bons non-caméléons que nous sommes, tous les enfants nous ont repérés et quand nous nous dirigeons vers l'entrée du temple, ils s'y dirigent aussi.

Nageant dans une énergie née de ma nuit ensommeillée, le temple prend alors une importance toute relative en comparaison avec le fait de jouer avec une centaine d'enfants déchaînés qui ne demandent que ça. Au départ, notre chauffeur nous avait dit que ce ne serait qu'une pause rapide, le temple étant "visitable" en moins de cinq minutes. Mais trente minutes plus tard, je suis encore là à me rouler par terre, à me pendre aussi aux lianes ou à fendre la foule des gamins en poussant des cris d'animaux.Ce n'est que quand on vient me chercher dans des ralements plaintifs que je redescends de mon nuage, la notion du temps étant toute différente que l'on soit ou non soi-même un gamin.

Dans la voiture, personne ne bronche, certains dorment même. Je suis branché sur 100.000 volts de courant continu et en arrivant à l'hotel, rien a changé si ce n'est que Rita est là, du service du matin, prête à recevoir ma commande en souriant à tue-tête.

Moi qui n'en demandais pas tant, je m'exécute en pensant en passant que quand elle veut, je lui sers son petit déjeuner.

Celui-ci fini, on entame alors la conversation de manière plus longue que quelques phrases anodines alors qu'elle s'apprêtait juste à ramasser les couverts que j'avais pris soin de rassembler. Elle s'installe à côté profitant d'un moment de calme. On discute, elle me racontant son doux quotidien, moi lui exposant mes souhaits pour les jours à venir. Elle me propose alors de me conduire le surlendemain, qui coïncide avec son jour de repos, lundi dernier, à la plage pour une journée de farniente. Tope là!

En attendant, je retourne prendre le frais alternativement sous le ventilateur et la douche froide de ma chambre jusqu'à 14h, heure du départ vers Prambanan.

 

Prambanan fut construit à la même époque que Borobudur est concentre dans une large enceinte des temples n'ayant pas grand chose à envier à ceux d'Angkhor s'ils n'étaient pas construits sur une zone à forte activité sismique comme en témoigne encore celui qui a ébranlé l'endroit pas plus tard qu'en 2006. Il y a encore quelques structures qui tiennent debout mais tout ce qui avait une taille plus modeste que les batiments principaux est maintenant un rêve vivant pour officionados du puzzle. Sur des mètres et des mètres, ce sont des parterres de pierres qui attendent d'être remontées qui s'étirent.

Néanmoins, le tout étant dans un jardin luxuriant, la ballade est belle et son souvenir vivace.

Au détour d'un arbre justement, je rencontre un jeune indonésien parlant couramment l'anglais qui ne demande qu'à pratiquer un peu. Il m'accompagne donc dans ma découverte du sîte, m'expliquant tout ce qu'il faut savoir sur l'histoire de Prambanan autant qu'il me raconte ses démélés d'avec sa copine. Il semble tellement content qu'on passe quelques heures à discuter que ce n'est qu'à la fermeture des grilles que je retrouve une période plus favorable à ma tranquilité qui ne dure qu'un temps puisqu'à 19h30, le spectacle de danse commence dans une profusion de costumes colorés. Les chorégraphies racontent le Ramayana, histoire racontant une les racines de l'Hindouisme. On y croise des princesses, des singes, des dieux, des dieux-singes. Ils se battent et c'est toujours celui qui a un arc qui gagne à la fin. Le rythme de la musique accompagnant est un tantinet monocorde mais les deux heures que dure le spectacle ne sont pas trop longues eu égard à la centaine de danseurs qui s'ébatent avec grande précision jusqu'à une apothéose qui transforme littéralement la scène en un brasier enflammé. Félicitations messieurs dames!

Au retour à la voiture, le rythme lancinant de la musique me hante encore.

La journée commencée seize heures plus tôt s'achève dans une douce fatigue.

A la GH, ils ne voient pas ma tronche plus de trente secondes, le temps de récupérer ma clé et je suis affalé dans mon lit à me dire que je suis riche de cette nouvelle journée. Seul point noir passager, je fais le compte que j'ai maintenant mon quota de visites et qu'il va falloir que je m'adonne à quelque chose de plus sportif pour varier les plaisirs. Les temples, c'est bien joli mais quite à être fatigué le soir, autant que je le sois vraiment pour des raisons bétons.

La suite ne me fera pas mentir.

 

 

C'est encore en pleine matinée que je sors de ma chambre comme on sort du bois une idée derrière la tête. Depuis que je suis à Yogyakarta, il me trotte l'idée de gravir le Mont Merapi jusqu'à son sommet qui culmine à prêt de 3000m d'altitude. C'est d'autant plus tentant que d'après le LP, c'est le volcan le plus actif d'Indonésie puisqu'il rugit depuis plusieurs centaines d'années sans discontinuer.

Sans coup férir (Ferrir? Fais rire?), je propose alors à Rita de m'y accompagner puisqu'il s'avère qu'elle n'y a jamais mis les pieds alors que le volcan s'élève à moins de trente kilomètres de Yogya, ville dans laquelle elle a toujours vécu. C'est juste trop dommage sachant que la plage, elle peut bien y retourner une autre fois.

Au final, j'insiste, je déploie toute la gamme d'arguments pour qu'au final, enfin, elle accepte sachant qu'au départ, il y avait un lourd travail de persuasion à accomplir.

Il faut dire que c'est une marche nocturne, qu'on part de Yogyakarta à 22h30 pour n'en revenir le lendemain qu'à 11h du matin. Ca promet d'être fatigant comme jamais pour elle qui ne fait pas de sport.

Mais elle a dit oui, alors...

Je pars donc réserver l'expédition, un guide étant obligatoire quand on gravit un volcan actif et de surcroit de nuit. Ma devise : sécurité avant tout. A l'agence, tout le monde me félicite de mon choix et me mets en garde contre le froid au sommet du volcan ce dont je fais part à Rita.

Je reste alors à discuter avec elle ainsi qu'avec tous ses collègues jusqu'à la fin de son service, moment à partir duquel elle rentre se reposer, en prélude à l'aventure. Je devrais aussi en faire autant mais force est de constater que je suis en forme ce qui tombe bien quand on a prévu une téléconférence avec Pasteur Roberto sur les coups de 18h. En fin d'après-midi, je vais donc au cybercafé me connecter au reste du monde et appelle guilleret l'animal pas triste. Seulement, l'animal n'est pas là. Une fois, deux fois, personne. J'appelle alors le Bastorinho et sa famille de huit bras qui sont biens contents et biens beaux derrière leur écran, conversation seulement interrompue quelques minutes par le Pasteur qui est en retard pour bruncher, le fourbe poseur de lapin.

Une mise d'article en ligne plus tard, il est 20h quand je suis de retour chez Bladok, à l'heure pour un transfert dînatoire de vitamines devant me tenir occupé jusqu'au lendemain à l'issue d'une nuit de labeurs haute en couleur.

Une fois l'assiette ingérée, enfin son contenu, je me ralonge espérant que le sommeil vienne vite, anticipant avec craintes l'alarme que je branche à 22h sonnantes et trébuchantes. Mais à 20h30, je suis toujours à tourner. A 21h pareil. A 21h30 pareil. Au total, je dors approximativement dix minutes, juste assez pour être aussi fatigué que le lendemain après la marche. Je pourrais alors dormir dix minutes de plus dans un traditionnel "snooze time" mais il faut encore que je fasses mon sac et une douche froide ne sera pas de trop pour me faire émerger autant que possible.

En ce qui concerne le sac, je prends le minimum. Les nuits sur Java sont douces, à Yogya, la température descend péniblement sous les 25° au minimum. Sentant en plus que l'ascension va me tenir chaud pour ne pas dire plus, je ne prends qu'une petite liquette et une écharpe légère en plus de mes chaussures, mes soquettes, un pantalon de pêcheur s'arrêtant à mi-mollet et un t-shirt à manches courtes. Froid au sommet? A force de vivre par 35°, ils en deviendraient pas un peu frileux les indonésiens? En descendant à la réception deux oreillers sous le bras en cas de sieste inévitable dans la voiture, j'aperçois alors Rita qui est prête, dans son dos un sac rempli à rabord.

Dedans, elle a l'équipement adéquat pour traverser l'Antarctique. Manteau, bonnet, gants, rien ne manque ce qui provoque chez moi des ricanements nerveux en voyant mon propre sac à moitié vide.

Au moins, je vais avoir de la place pour, comme l'avant-veille, de l'eau et des biscuits. Je file alors à la superette voisine méfiant quant à recroiser les excités du goulots, mais ils ne sont pas là, tant mieux, boire ou marcher, il faut choisir. J'achète alors comme convenu trois litres d'eau que j'accompagne de deux bouteilles de Redbull, histoire de ne pas calancher en route, ainsi que des barres chocolatées aux amandes que la belle aura toutes les chances d'aimer autant que moi.

En revenant vers elle, notre voiture est avancée, notre aventure commence...

 

On avance bon train dans la campagne endormie. Rita prend un oreiller et tente de dormir, elle y parviens. Je tente la même chose et échoue lamentablement.

Vers minuit, nous atteignons le village de Kaliurang, point de sortie de la voiture, point de départ de l'expédition. On reste alors une petite heure dans la maison de notre guide à s'étonner d'une température déjà proche des 15° et à apprécier, de ce fait, le thé chaud qu'il a préparé à notre attention en plus des bouteilles de Redbull au gout dégoutant mais aux vertues excitantes maintes fois prouvées.

Et puis quand il faut y aller, il faut y aller; le guide revient lui aussi équipé pour attaquer l'Himalaya en hiver, signe que c'est le grand départ.

 

Au départ justement, on distingue déjà nettement le sommet promis, luisant à la lumière de la lune proche du rond parfait dans un ciel dénué du moindre nuage.

Gauche, droite, à mon commandement, marchez!!

La route, pour l'instant goudronnée, s'enfonce vers la lisière du village à la perpandiculaire du flanc du Merapi. La pente est tellement raide qu'il est pénible de poser le talon par terre et de dérouler la plante des pieds, tout se passe sur les orteils, les premiers mètres dévoilent déjà une partie du challenge. Nous marchons, Rita, le guide et moi, côte à côte et le train est infernal en comparaison avec l'inclinaison du chemin. Mais Rita ne semble pas avoir plus de mal que ça, et comme moi non plus, tout va bien même si au fur et à mesure le bruit de nos respirations se fait plus fort, on est pas des machines!

Après trente minutes pourtant, on fait une première pause en rejoignant, au bout de la portion asphaltée, une demie douzaine d'autres foux furieux qui sont aussi là avec leur guide. Au cours de cette pause, Rita s'assoit dans son coin toute recroquevillée sur elle-même, signe que, quand même, ces quelques premières centaines de mètres ne sont pas passés aussi facilement que je pouvais le percevoir en ce qui la concerne. Je commence par prendre toutes les bouteilles de son sac pour alléger sa peine. On repart pour pénétrer maintenant véritablement sur le territoire volcanique. Le chemin est inégal et glissant sans que la difficulté de la montée ne se calme. Le guide ouvre la voix. Rita est derrière lui. Je suis la voiture balai. Nos lampes frontales sur la tête, la progression est lente et périlleuse.

Tous les quarts d'heure environ, Rita est exténuée et demande à faire une pause. La pauvre est frigorifiée et lors d'un nouvel arrêt, entame une nouvelle phase dans sa lutte contre le Merapi, elle vomit.

Chaque fois qu'on repart, le rythme ralenti encore et chaque fois, elle vomit.

Pour ma part, on finit par avancer tellement doucement que je fumerais bien une clope. Je me propose donc de finalement porter l'ensemble de son sac afin de lui simplifier au maximum les évènements, si c'est encore possible. Mais rien y fait, Rita a surestimé ses forces et lors d'une nouvelle pause où on rejoint le reste des autres marcheurs qui ont eus le temps de faire un feu et de s'y réchauffer, elle décide que s'en est trop, elle est aller au bout de ses forces et ne fera pas un pas de plus malgré les discours de motivation que je lui assène.

Qu'à cela ne tienne, j'ai beau être extrèmement désolé de sa condition, je ne peux rien faire ou dire de plus. Il a fallu bien des kilomètres auparavant pour que j'échoue sur les pentes du Mont Merapi, au moins a-t-elle du feu pour se réchauffer, je poursuis l'ascension, toujours en T-shirt, gardant ma micro-veste pour le sommet sachant que j'en aurais surement plus besoin au sommet.

Je me cale dans les pas du guide. Comme Rita n'est plus de la partie, le rythme s'accélère. Au loin, les lampes torches de tous les autres groupes qui ne nous ont pas attendus brillent dans la nuit, s'ajoutant aux étoiles. Plus les minutes passent, plus les lumières se rapprochent. A une moindre échelle, on est comme un train lancé à pleine vitesse sur les rails de la folie. Le cratère se rapproche. Autour, la végétation a laissé la place à un sol lunaire fait de roche volcanique tellement légère qu'à chaque pas, le sol se dérobe et des pierres dévalent en contrebas sur des centaines de mètres. Le vent est lui aussi levé, des bourrasques soufflent de biens belles rafales d'air glacé, c'est un bonheur, en tout cas tant qu'on s'active...

Aux pieds du dernier tronçon nous séparant du but, la jonction avec les autres groupes est faite. Le groupe de retardataire a rejoins le peloton et remonte maintenant les places unes à unes jusqu'aux avants postes. A ce rythme là, pour le maillot à poids, c'est dans la poche. Plus rien n'entrave notre vue de la ligne d'arrivée, le volcan se dresse pour la dernière difficulté du jour. Au moins dans la foret, on était obligé de suivre un chemin tracé par la nature qui nous forçait à quelques virages, mais ici, ce n'est que de la rocaille en équilibre précaire, sans véritable itinéraire à suivre. Dans ces cas là, le plus rapide chemin entre deux points en montagne est la ligne droite. C'est directement dans l'axe de la pente qu'il faut finir le travail, dernière bouffée de chaleur.

Et, dans un dernier effort, le versant opposé du Merapi se découvre avec la nature qui s'épanouit sur des dizaines de kilomètres en aval, même si on le voulait, on ne pourrait pas monter plus haut, je me verrais bien planter un drapeau français comme un alpiniste, j'ai pris le maillot à poids et le maillot jaune, c'est le sommet.

Au même instant, les toutes premières couleurs se faufilent dans le noir de la nuit, signe que l'aurore est à l'heure.

Il est 5h et j'ai froid, il doit poussivement faire dans les 5° quand le vent ne s'en mèle pas en plus.

Comme le gros touriste que je suis, j'ai les jambes à l'air et encore pire, porte les seuls vêtements de tout mon attirail qui n'ont pas de poches. J'en aurais bien besoin des poches en l'occurence. Ca m'éviterait, pour commencer, de ne plus sentir mes doigts!!

C'est donc en sautillant dans tous les sens que l'attente déploye son blanc manteau.

Les autres voyageurs, eux, sont stoïques. Chacun d'entre eux transporte grosse doudoune, si si j'vous jure, gros pantalons, grosses chaussures, gros gants et gros bonnet.

Puis au cours de mes sauts de cabri tournant en rond, j'aperçois un phénomène étrange. L'idée même de la canicule est bien loin, et pourtant je distingue un courant d'air chaud, troublant l'oxygène environnant comme lorsque on fixe le bitume le long d'une route un jour de franc soleil ravageur. Mirage ou pas mirage?

Il y a là dans la paroi volcanique un trou qui laisse s'échapper des gazs gonflés de chaleur venus véritablement des entrailles de la terre. Pour pouvoir sentir quelque chose, il faut se glisser les mains dans le trou et en un clin d'oeil, votre main retrouve des couleurs, c'est un miracle! Et comme si ça ne suffisait pas, merveille des merveilles, le soleil choisit l'instant suivant, pour éclore de l'horizon. Purement extraordinaire. Le cercle incandescent parfait se dévoile à mesure qu'il émerge de derrière la plaine. Il y a des moments comme ça où plus rien n'a d'importance, celui là y entre par la grande porte.

En plus, le soleil, il ne vient pas seul, il emporte de la chaleur avec lui, sympa.

La lumière emplit la pièce. Du coté pile, au premier plan menace le cratère à pic qui relache des fumées toxiques, à l'arrière plan, quelques nuages que nous dominons du regard couvrent délicatement quelques parcelles des champs environnant. Du côté face, danc notre dos pendant la montée, le Kali Aden, un autre volcan majestueux grimpe quasiment à notre hauteur de l'autre côté du départ de l'étape. A 360° la vue est à tomber à la renverse ce que je me garde bien de faire pour ne pas dégringoler soit dans un puit sulfureux, soit jusqu'en bas de la vallée.

 

Quelques photos plus tard, c'est relativement réchauffé qu'on entame le chemin inverse. En descente, tous est encore plus instable et pourtant le guide galope sans y prété gare. En quelques dizaines de mètres, on lache nos poursuivants et on fait l'étape en échappés solitaires. Il est 6h15 du matin et Rita nous attend déjà depuis trois heures. Le rythme est aletant. Je me ramasse quatre ou cinq fois. Mais en une heure de marche décadente, on la rejoint enfin, je commence à avoir les quadriceps qui sifflent. Là, une petite pause est méritée, le temps que tout le monde s'enquérisse de l'état de forme de chacun, que je me livre à quelques étirements.

Rita, elle, va plutôt mieux. Elle a dormi pendant trois heures ce qui lui fait pousser des ailes jusqu'à s'en vanter. L'a rien compris...

 

On repart maintenant de retour dans la foret torturée par des siècles d'éruption successives. Plus ça va et plus le guide accélère. J'imagine que se doit être la proximité de sa maison qui lui donne des bottes de sept lieux. Rita, ne pesant qu'une quarantaine de kilos et forte de sa sieste, dévale à sa suite. Moi, je suis surtout riche d'une journée sans sommeil commencée 24h plus tôt. Les jambes me pèsent, et comme si ça ne suffisait pas, je me revautre de plus belle à chaque kilomètre parcouru.

Puis, au détour d'un virage, on aperçoit les premières culivations, signe que le village approche, on ne me la fait pas. Ensuite, on croise nos premiers paysants, nos premières maisons, on retrouve le goudron. Dans un dernier effort, il est 8h quand on se pose enfin le cul dans le mobilier plastique de notre guide et qu'on se délecte d'un thé chaud qui aurait été d'une valeur inestimable deux heures plus tôt. Rita profite de l'évènement pour déglutir une fois de plus. Une dose de nicotine plus tard, la voiture rentre à bon port avec Rita et moi qui dormons la tête sur l'oreiller, elle un sac en plastique à la main qu'elle s'évertue à remplir.

 

Chez Bladok, les choses se passent très rapidement. En cinq minutes, elle rentre chez elle sur son scooter, la seconde suivante, je repose inerte sur mon lit, merveilleuse invention dont il va être difficile de se décoller dans les prochaines heures...

 

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Published by simplybrice - dans Ou En Indonesie
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