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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 17:50

Classe : Il n’a pas fallu attendre longtemps pour savoir de quel côté de la guerre froide sont resté les kyrgyzes. Dès l’avion Istanbul – Bishkek, je repère mon premier gars qui porte un t-shirt à l’effigie de Vladimir Poutine. Celui-ci pose sur fond noir et se dispute l’intégralité du T-shirt avec un portrait d’aigle royal.

Absence : A ma descente d’avion, après avoir récupérer mes bagages, sous la pression d’une armée de chauffeur de taxis chauffés à blanc par l’arrivée successive de vols internationaux à l’heure où on ne sert pas encore le petit déjeuner, je fais un crochet par le premier distributeur venu, récupère mes premières devises locales et ne trouve rien de mieux que d’y oublier ma carte bleue, lançant idéalement mon séjour.

Calendrier : Aperçu lors des commémorations de l’armistice, la seconde guerre mondiale a été rebaptisée « guerre 41-45 ». Pas sûr que les polonais, entre autres, soient d’accord.

Champêtre : Sur la rocade de deux fois quatre voies qui relie l’aéroport au centre-ville de Bishkek, les voitures partagent le tarmac avec les chevaux errants.

Roulette : Alors que je discute avec un chauffeur vaguement anglophone (Arsène) qui m’explique que la grande majorité des véhicules kyrgyzes ne sont pas assurés par leur propriétaires, la voiture qui circule juste derrière nous se fait littéralement emboutir par un camion aux freins douteux. Le cœur d’Arsène menace d’exploser.

Ravalement : Arsène me pointe l’école de médecine qui ressemble à s’y méprendre à une ruine. L’hôpital principal de Bishkek qui la jouxte n’est pas mieux loti, si ce n’est qu’il est entouré d’un jardin où la pelouse est haute d’un mètre. Vu l’hôpital, le jardinier doit être malade.

Epuré : Mon premier repas dans un restaurant local se compose de viande grillée et d’oignons crus. Je veux bien qu’ils soient carnivores mais quand même… Dans un coin, un musicien à la guitare traditionnelle reprend « Aïcha » de Khaled à grand renfort de claviers enregistrés.

Bancal : Alors que le vent souffle en rafales au dehors, une des personnes qui travaillent dans ma guesthouse me préviens du danger de flâner dehors dans ses conditions ; moins à cause du danger de chute de branches d’arbres que de chutes de fils électriques.

Ambidextre : Devoir changer de main pour manger parce qu’on est gaucher n’est pas si facile qu’on croit.

Réveil : Parti en trek, après quatre heures de marche, je ne peux que constater l’amoncèlement des nuages qui m’annoncent un orage proche. Par précaution, je monte la tente dans une sorte de pré à l’herbe confortable. Dans la seconde qui suit, la pluie s’abat, me forçant à une sieste impromptue, bercé que je suis par les milliers de gouttes qui s’abattent. Une heure plus tard, Je suis interrompu autant par le silence revenu que par un sifflement tout proche. C’est Martine la marmotte, mon nouveau réveil, qui me prévient de l’accalmie.

Génocidaire passif : Comme c’est le printemps, les fleurs sont omniprésentes au point qu’il est impossible de marcher dans la pampa sans les écraser par dizaines. J’en suis presque à m’excuser vis-à-vis de Pachamama.

Esthète : Le film « Taxi » est de loin le film français le plus connu au Kyrgyzstan.

Promiscuité : Après deux jours sans voir personne, je me crois tout seul sur la montagne. Sauf qu’à 3.000 mètres, je croise quatre gars des snowboards sur le dos revenant d’encore plus haut. Je ne suis plus seul sur terre.

Concert : Après six heures de marche à cadence accélérée du fait de la pluie qui tombe sans discontinuer, je suis pris sous l’aile d’un groupe d’étudiants et de leurs professeurs. Bénéficiant des services d’un bus tout confort au regard de ma journée, ils me proposent de me reconduire à Bishkek et ce, en échange d’une chanson. Ce sera le générique des « Mystérieuses Cités d’Or ».

Dépucelage : Mon premier taxi longue distance au Kyrgyzstan. J’arrive à la gare routière sur les coups de 6h30. Je trouve la voiture qui doit rejoindre ma direction sauf que je suis le premier. Résultat, il faut attendre que la voiture se remplisse. Pendant trois heures, je patiente sous un soleil qui frappe plus fort que Mike Tyson. Et plus l’heure passe, plus le soleil rejoint son zénith, et moins il y a d’ombre. C’est inconfortable. C’est encore plus inconfortable quand, alors que mon gros sac est remisé dans le coffre, le taxi disparait pendant près d’une heure, avant de finalement revenir avec de nouveaux passagers. On peut partir. Chanceux, le chauffeur me réserve la place du mort, à côté de lui. Tant mieux pour la yeux. Mais tant pis pour les oreilles… Pendant les neufs heures que durera le voyage, le chauffeur noie le premier rang sous un déluge de décibels jouant de la techno de boite de nuit, façon Ibiza. Si mes doigts étaient plus fins, je me percerais moi-même les tympans.

Hospitalité : Entre la confiture maison, le pain maison, les fruits et légumes du jardins et éventuellement la tarte aux fraises maison recouverte de meringue, il n’y a pas de meilleur restaurant au Kyrgyzstan que le séjour chez l’habitant. Sans compter la douche chaude. Sans compter le matelas plus épais qu’un demi-centimètre.

Déséquilibre : Pourquoi les personnes âgées marchent-elles avec les mains jointes dans le dos ?

Recyclage : Bien que n’ayant aucune façade maritime, la moitié des boutiques du pays se servent de containers comme locaux. Sans doute les seules constructions anti sismiques trouvables sur place.

Ambivalence : Si tu as faim, vas au marché, et profite de la générosité des commerçants envers les touristes à la basse saison. Si tu n’as pas faim, vas au marché et subis la générosité des commerçants envers les touristes à la basse saison.

Rassurant : Lors de ma montée au « Trône de Salomon » à Osh, je rencontre des étudiants équipés de grands sacs poubelle, affairés à ramasser tous les déchets qu’ils pourront croiser. Ca change du chauffeur de bus qui jette tout ce qu’il peut par la fenêtre de son véhicule alors qu’on roule en plein parc national.

Fête foraine : Au « Trône de Salomon », ensemble de pitons rocheux au milieu d’une ville désespérément plate, on trouve des roches incroyablement glissantes, à tel point que les familles locales viennent y faire du toboggan, adultes en tête. Il faut dire aussi que selon la légende, glisser sur les fesses à cet endroit t’assure la même fertilité que celle d’une famille de lapins moyens.

Couverture : Il faut voir avec quel zèle les policiers locaux me demandent parfois mon passeport sans raison apparente. Systématiquement, leur première question est « comment tu t’appelles ? » (NDLR : il a le passeport entre les mains). Puis vient la deuxième question : « es-tu un espion ? » Qui répondrait « oui » ?

Invariable : Avec l’expérience, pas besoin de parler russe pour converser avec les locaux. Leurs questions viennent toujours, toujours, toujours dans le même ordre :

1) D’où viens-tu ?

2) Quel est ton nom ?

3) Es-tu marié ?

4) Qu’est ce que tu fous là ?

Permissif : Si j’en crois ma carte d’embarquement pour un vol entre Osh et Bishkek, j’ai une place en fumeur. Il n’en sera rien. Je pense que c’est simplement pour écouler les 800 millions de cartes d’embarquement vierges que les compagnies aériennes ont bien voulu donner aux pays sans thunes quand il a été décidé que tous les vols de la planète seraient dorénavant non fumeurs.

Irréel : Regarder du sport de niveau collège sur la télé turkmen et mourir.

Danke : Chez la famille qui m’héberge à Cholpon Ata, l’allemand fait office de deuxième langue. Pas facile de s’y remettre quand vingt ans avant, on a eu 3/20, puis 6/20 au baccalauréat. Surtout au petit dèj’.

Distrait : Ma chambre à Cholpon Ata a tout le confort dont je puisse rêver : une douche chaude et un lit king size. Elle dispose aussi d’une porte qu’on pourrait croire blindée vue la clé, clé dont je ne me suis pas rendu compte que je l’avais encore dans la poche alors que je suis à 100km de là, dans un minibus qui n’a pas l’intention de faire demi-tour.

Escroc : Alors que je marche sur les rives du lac Issyk Kul à travers une parcelle qui a tout de la base de loisirs quand elle doit recevoir plus de touristes que ma petite personne et que de l’eau remplit la piscine, j’aperçois deux petits vieux qui discutent paisiblement. Passant devant eux une première fois, Je les salue de la main, salut qu’eux me retournent dans un grand sourire. Puis, alors que j’emprunte le chemin dans le sens du retour et que mes petits vieux sont toujours à taper un brin de causette, je décide d’aller gentiment à leur rencontre, ne serait-ce que pour les saluer avant de reprendre ma route. Or, à peine à leur hauteur, un des deux vieillards, surement celui qui perd le moins le nord, entreprend de m’expliquer à grand renfort de gesticulations, que je dois m’acquitter d’une sorte de droit de passage et que mes deux lascars sont en fait les préposés au péage. D’abord, je feins de ne pas comprendre, en vain, le monsieur gesticule de re-chef. Puis, me vient l’idée de partir en plein milieu de sa phrase ; sauf que, bien qu’étant sûr qu’il chercher à m’entuber, ça n’est pas dans les habitudes de la maison de tourner le dos à quelqu’un qui me parle. Donc je renonce… Et négocie. Le prix chute de moitié. Je suis prêt à m’en acquitter sauf que ni eux ni moi n’avons la monnaie. Qu’à cela ne tienne, celui qui sent le plus la gnole des deux, et ça ne fait aucun doute, est bien décidé à m’accompagner jusqu’à mon hébergement où je stocke mon magot. Bref, j’ai un nouveau tamagotchi, le genre de ceux qui pose questions sur questions en russe et me gonfle de façon exponentielle jusqu’à la remise de la rançon. Las, je décide dans la foulée de faire mon sac et de partir de ce lieu maléfique. Cinq minutes plus tard, alors que je suis en route pour trouver un minibus, je recroise mon vieux qui revient du seul magasin du bled, une bouteille de vodka planquée dans la manche.

Blague locale : Ce sont deux missiles, un russe et un américain. Le russe se dirige vers les États-Unis, l’américain, vers la Russie. À mi-chemin, ils se croisent et entament la conversation.

- Ca va ?

- Ca va.

- Le boulot, bien ?

- La routine. Rien qu’une livraison.

- Ah oui ? moi aussi. On se prend un petit verre de m’amitié avant de repartir ?

- Volontiers.

Un verre. Puis deux verres. Puis trois, quatre, cinq. Le missile américain faiblit. Répondant à la coutume de son pays natal, le missile russe propose une dernière tournée. Le missile américain accepte en balbutiant. Une fois le dernier verre fini, le missile américain est complètement carpet. Le missile russe lui propose alors aimablement :

-Tu ne peux pas travailler dans un état pareil. Je te ramène ?

Dérèglement : Le printemps kyrgyze 2015 est bien plus froid et humide que celui de 2014. Un exemple : il est un fameux lac d’altitude qui porte le doux nom d’Ala Kol. Celui-ci se situe aux alentours de 3.200 mètres et, à la belle saison, gratifie ses visiteurs d’une eaux à la couleur verte émeraude de très belle facture. Or, au 1er juin, celui-ci est invisible, toujours recouvert d’une épaisse couche de glace qui le fait se confondre avec les sommets environnants. De plus, pour s’y rendre, il faut franchir un col autour de 3.800 mètres où la neige recouvre jusqu’à la poitrine de quiconque tente de s’y rendre. Spectaculaire dans la mesure où ce récit m’a été conté par une jeune allemand qui doit afficher 1 mètre 95 sous la toise.

Hiver : Le 1er juin toujours, je suis à Altyn Arashan autour de 2.700 mètres et la seule chose qui change de la pluie, c’est la grêle qui tombe par brouette sur chaque cm² de la vallée. Aux dires des locaux, ça annonce une excellente année à champignons. Ca me fait une belle jambe.

Bancal ? : Au Kyrgyzstan, les poteaux électriques sont faits de troncs d’arbres, mais seulement du sommet jusqu’à un mètre du sol. Là, on les noue avec du fil de fer avec une base en ciment qui, elle, est plantée dans le sol.

Progressiste ou pas : Dans un pays majoritairement musulman, on retrouve pourtant en face du supermarché de Bishkek où j’ai pris l’habitude de faire le plein de denrées, un strip club. D’ailleurs, à en croire le poster qui s’affiche en façade, samedi soir, c’est water party.

Entube bis bis bis et re-bis : Depuis mon arrivée dans le pays, j’ai pris l’habitude, chaque fois que j’ai besoin d’un taxi sur Bishkek, de passer un coup de fil à Arsène. Arsène est anglophone, sympa, et dès mon premier transport dans l’affaire de la carte bleue oubliée comme un benêt, c’est lui qui m’avait convoyé, sur les conseils de Chris qui bosse à la guesthouse, jusqu’à l’aéroport, en plus de m’offrir sans raison apparente une délicieuse quoi qu’un peu voyante paire de lunettes de soleil fantaisie dont les montures reprennent la forme de feuilles de cannabis. Au total, j’ai dû prendre son taxi une grosse demi-douzaine de fois ; à chaque fois avec plaisir. Qui plus est, il m’a même appelé deux ou trois fois dans le mois, juste pour prendre des nouvelles.

Bref, lors de ma toute dernière étape à Bishkek, préambule à un retour vers la France, il me rappelle à l’improviste et me supplie presque de lui prêter 2.000 soms (une petite trentaine d’euros), somme qu’apparemment il doit à son employeur, sachant que deux jours plus tard, je lui en donnerai forcément 700 pour me conduire une nouvelle fois à l’aéroport quant sera venu le jour du grand départ. Avec méfiance, je m’exécute pourtant. Quinze minutes plus tard, la transaction est faite et j’en profite même pour me faire déposer « gratuitement » en centre-ville.

En quittant son taxi, Arsène me lance un « Merci Brice, tu me sauves ! »

Le lendemain, je le rappelle pour lui rappeler notre engagement : il doit passer me prendre à la guesthouse à 7h30 du matin. Pas de problème pour lui, il est parait-il tous les jours debout à 6h00. Il en profitera alors pour me rembourser son dû. Confiant, je lui achète même un cadeau, un modèle réduit de taxi Mercedes, voiture qu’il rêve de conduire un jour, juste retour des choses tant je suis content de mes lunettes horticultrices.

Or, le jour J, j’ai beau l’appeler une fois, deux fois, trois fois, sa ligne reste sans réponse.

Résultat, j’en suis quitte pour mon argent tandis qu’Arsène n’est pas près de se voir recommandé de nouveau par Chris alors que la haute saison, qui ne sure que trois mois, vient à peine de commencer.

Tel est pris qui croyait prendre.

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Published by simplybrice - dans Où? Au Kyrgyzstan
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