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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 22:51
En ce jour, je me remets à l'écriture comme c'est pas permis. En France, il y a des lois pour protéger les travailleurs, aux Philippines, je ne pense pas que ce soit d'actualité. Toute ma journée, je tape, je relate, je me remémore. Et, comme j'ai de plus en plus de retard, je m'efforce d'écrire en plus sur des feuilles de papier le résumé de mes journées sachant que ce qui devait être un résumé se mue automatiquement en des dissertations infinies.
Entre le stylo et le clavier, j'ai donc deux fois plus de travail, deux fois plus de mal à rattraper mon oisiveté passée même si j'y passe le plus clair de mon temps. Jusqu'au coucher du soleil, je ne m'offre qu'une courte pause pour aller mettre la tête dans l'eau et m'arranger un nouveau rendez-vous pour le lendemain avec Jo-Ann, ma masseuse attitrée, en sachant qu'entre les massages et les baignades, il va s'agir de rebondir et d'aller de l'avant quant à la suite du programme.
Et manque de bol, ça coincide avec le retour de la pluie...
Jusqu'à aujourd'hui, chaque soir, on voyait les orages de loin. On restait au sec, ça faisait un joli spectacle. Mais maintenant, c'est juste au dessus de ma tête quand je vais dîner. Et ça mouille! Au retour à la GH, il pleut encore. Dans le dortoir au premier étage, dans lequel je suis tout seul avec mes quatres ventilateurs, la pluie donne un concert à très fortes décibels en s'échouant sur le toit juste au dessus.
Pour les perspectives d'itinérance, c'est pas reluisant, pour passer une bonne nuit, ça berce.


Au saut du lit, le temps est toujours à la grisouille. Il ne pleut plus mais ça menace comme une grippe porcine. C'est la première fois que dès le matin une chappe de strato-cumulus bouche le ciel, il en faut plus pour que ça me déprime. Je pourrais très bien rester au lit mais non, le devoir m'appelle.
Il y a deux jours, quand avec Yo' on s'est lancé dans le tour de Boracai cycliste, Jo-Ann célébrait en grande pompe les deux ans de Jay-Jay, son fils. La veille encore, alors que je me faisais masser, Jo-Ann nous avait invité à passer dire bonjour. C'était en tout bien tout honneur, ça sentait bon le gouter avec tous les marmots enjoués de l'île, ça aurait pû nous faire une excellente pause autant que plaisir à notre hôte. Mais sur le moment, alors qu'on était tout dégoulinant d'effort, on s'était dit qu'on était peut-être pas dans les meilleures dispositions pour faire une bonne impression autant que pour jouer avec des dizaines de gamins excités au sucre. Jo-Ann n'a pas oublié quand, hier, j'ai pris rendez-vous pour aujourd'hui, elle m'en a presque fait le reproche.
C'est donc tout naturellement qu'en cette matinée de grisaille, je ne vois pas d'autre alternative que de lui faire une petite visite surprise comme au bon vieux temps des amis parigos quand je débarquais sans prévenir le dimanche après-midi. Aussi, je me dois d'être l'invité modèle. Après avoir acheté un maillot de basket taille "deux ans" pour Jay-Jay, je débarque. Il y a là, Jay-Jay qui joue dans le modeste jardinet, Auguste, son mari opéré peu avant du tendon d'achille qui se remet de son opération assis dans un siège à bascule et Jo-Ann qui est occupée à faire la conversation à une de ses voisines.
Dès qu'elle me voit arriver, c'est avec des "bienvenus" plein le sourire qu'elle m'accueuille. Jay-Jay, qui a bien compris que le maillot était trop petit pour son père, me fait aussi un accueuil triomphal. Auguste est tout surpris de me voir mais c'est aussi agréablement qu'il m'invite à m'assoir à ses côtés. Pendant ce temps, Jo-Ann qui doit compenser l'infirmité temporaire de son auguste Auguste, s'active dans la maison. Quand elle revient, c'est pour nous dire de passer à table. Etre plus gêné que moi à ce moment là, c'est pas possible. La famille a beau être modeste, ils ont concocté un festin qu'il va être difficile de réduire en miettes tant la table est colonisée par les plats de poisson, de viande, de légumes. Il y a de quoi nourrir un bataillon de boulimiques!
Je m'installe donc à table et ne peux décemment pas faire autrement que de tester l'élasticité de mon estomac en le gavant comme celui d'une oie périgourdine. Et comme pendant ce temps là, tous les voisins ont l'air de s'être donné le mot pour observer l'animal exotique qui se remplit la panse, je ne suis pas encore parti!!
Après le repas, je passe deux heures à faire des allers-retours entre Jo-Ann que je ne peux remercier assez et tout le village pour qui je fais le clown ou le singe savant. A l'heure de partir, je confirme à mon hotesse qu'elle n'en a pas encore fini avec moi eu égard à mon rendez-vous du soir. Je rentre en direction l'hotel ne me souciant que peu des nuages, la tête raffraichie de ces dizaines de rencontres. Alors que j'y suis presque, je me dis qu'il serait presque dommage de ne pas me mettre à l'eau ne serait-ce que pour évacuer quelques unes des milliards de calories que je viens d'ingérer. Peu importe les conseils de grand-mère, après le repas, on peut nager!!!
J'ai donc le choix entre White Sand et ses sandwisheries d'une part, et la plage déserte où on a joué avec les gamins quand Yo' était encore de ce monde insulaire d'autre part. Où croyez-vous donc que je suis allé tremper ma couenne? Les enfants et les sourires, bien sur!!!
Quand j'y arrive, la pluie commence à tomber, la belle affaire! Les enfants sont toujours là et ils ne m'ont pas oublié de quelques jours plus tôt. Je suis donc contraint à une nouvelle séance de lancer de nains, le temps pour eux d'en redemander, le temps pour moi d'être sur les rotules.
Il est 16h quand je suis finalement dans mon refuge, mon dortoir. Le concert aquatique sonne toujours le "la".
C'est à 21h et à l'issue d'une nouvelle session rédactionelle que le tintamare s'arrête. Une accalmie? Vite, à table! Table de massage bien sûr!!
Jo-Ann est là, à m'attendre sur le pied de guerre, je n'ai plus qu'à lui rendre la monnaie de sa pièce. Mon T-shirt saute, je m'allonge et ronronne. Pas mal pour cloturer la journée. Les massages de fins de soirée sont bien accueillis mais s'il te prend de vouloir me masser dès le réveil dès mon retour, je prends aussi!!! A bon lecteur, bon entendeur...


Aujourd'hui, c'est dimanche, jour du repos du seigneur. La grasse matinée est de mise, il est 10h quand je prends le petit déjeuner à la GH. Le temps s'est dégagé un peu, hauts les coeurs. Autour de la table, je rencontre deux américains Bob et Andrew. Ils ne sont là que depuis la veille et ont encore tout à découvrir. Bob et Andrew ont un hobby dans la vie : le golf. Presque naturellement, alors que la conversation tourne autour, ils me proposent de me joindre à eux pour tester le seul 18 trous de l'île. Belle initiative quoi qu'un peu étrange sur cette île toute dévouée à la baignade, j'accepte pour le meilleur et pour le pire surout en ce qui concerne les fairways...
Ma seule expérience de swing était à Bangkok cinq mois plus tôt et au cours de ce premier tatonement, mon ratio tir tenté / tir réussi était famélique.
C'est donc plus par gout du rire que par gout de la performance sportive que je les accompagne.

Sur Boracai, le parcours de golf est annexé à un hotel quatre étoiles. Chaque fois que j'inspire, j'ai l'impression que ça sent plus le billet vert que la verte pelouse. Le parcours, cela dit, est splendide. Ca serpente entre les collines, entre les palmiers, chaque brin d'herbe est agencé en harmonie avec ses voisins brins d'herbe.
Andrew et Bob dispose chacun de l'équipement complet, une douzaine de clubs scintillant au soleil.
Moi, pauvre gaucher débutant, je me fais prêter trois clubs par le club house, un bois, un fer, et un putter.
Et le numéro commence!
Alternativement, je rate la balle ou fais des trous dans le sol. Mon premier trou, un par 4, ce qui signifie que si tu maîtrises ton sujet, tu peux mettre la balle dans le trou en quatre coups, se termine en la bagatelle de 21 tentatives plus vaines les unes que les autres! Au départ, les américains étaient morts de rire, mais plus le temps passe et plus ils s'impatientent de me voir me contortionner pour arriver à rien. Je suis leur boulet.
Personnellement, je m'amuse bien même si je savais, dès le départ de la GH, que Bob et Andrew était plus des rencontres d'un jour que des potes de toujours. Mettre leur patience à bout m'apporte quelque satisfaction!
Seulement après trois trous que je boucle en plus d'une demie heure, mes 'ricains décident de passer à la vitesse supérieure. Moi, j'ai carte blanche, tout seul sur ce parcours magnifique pour millionnaires en mal de trous.
Je continue à tenter ma chance jusqu'au moment où, il fallait s'en douter, le golf tout seul, sans des potes avec qui se fendre la poire, c'est chiant comme la mort. Ainsi, sans demander mon reste ni savoir où sont Bob et Andrew, je rends les armes et retourne à la maison où le jeu va maintenant consister à les éviter autant que possible. Je reprends mon rôle de scribe dans mon dortoir personnel, je n'en sors qu'à 22h quand je me décide enfin à aller dîner.

Sur le chemin du retour, je croise deux jeunes femmes complètements allumées. Il n'est pas encore 23h et les belles ont déjà du mal à marcher droit. A leur vue, je ne peux m'empêcher de leur faire un sourire complice et de leur demander si tout va pour le mieux. Elles s'arrêtent alors et on commence à parler deux minutes, le temps pour elles de se placer sur ma gauche et sur ma droite.
La suite, on a même pas encore eu le temps d'échanger nos prénoms que les deux demoiselles m'aggrippent chacune un bras. La seule chose que je sais alors d'elles, c'est qu'elles sont de Manille, en vacances à Boracai pour dix jours, et que la soirée ne fait que débuter... Je suis à la merci du démon tentateur... Moi qui voulait une soirée tranquille avant d'aller voir là-bas si j'y suis dès demain, j'ai l'impression que c'est raté, encore fallait-il que je puisses anticiper la tornade qui s'abat sur moi.
Avec une fille de chaque côté, je suis téléguidé. Si elles veulent me faire me diriger vers la gauche ou la droite , elles n'ont qu'à me faire pivoter.
On descend la plage entre petits bisous, rires nerveux et des interrogations plein mon cortex. Qu'est ce qui m'arrive? Quel magnétisme m'habite? Je ne peux rien faire d'autre que de suivre aussi activement que possible la partition qui s'écrit sous mes yeux.
- "Où va-t-on?", je demande. Les petits rires me renvoyent ma question.
J'y vois un peu plus clair quand on entre tous les trois dans un hotel luxueux du front de mer. C'est là qu'elles habitent.
On passe le réceptionniste, monte dans l'ascenseur, et entame des débats fougueux. A l'entrée dans leur chambre double, je remarque le foutoir fait de piles de sous-vêtements et maillots de bain de toutes les couleurs avec pour seul trait commun, un gout prononcé pour le minusculement affriolant. La surface de tissus est minuscule, tout est affriolant. Je suis immédiatement jeté sur le lit le plus proche, on tire le rideau à défaut de mettre un carré blanc dans le coin en bas à droite.

Je sors de la chambre vers 2h30 du matin. Je ne sais pas à quel point c'est agréable ou désagréable mais j'ai la sensation inédite d'avoir été abutilisé. Je suis tout propre d'avoir fini dans leur baignoire mais je me sens tout souillé. Les demoiselles, et ç'en sont, ne sont pas des professionnelles puisqu'elles ne m'ont jamais demandé autre chose que d'être leur chose. Je suis tout chose et c'est rien de le dire!
Moi qui avait prévu de boucler mes affaires le lendemain matin, il va falloir repenser ça, j'ai besoin de repos!


C'est d'autant plus vrai qu'en ce nouveau jour, il pleut de re-chef. Pas facile de mettre le couvert si la blanquette prévue se remplit d'eau jusqu'à devenir une soupe. Ca fait un peu mal au coeur de se dire que je passe une nouvelle journée à Boracai où je n'ai plus rien à découvrir après avoir vraiment fait le tour de la question, mais il y a pire. Au moins ici, tout est accessible : la plage, les restaurants, un dortoir dans lequel je monopolise toujours tous les ventilateurs pour avoir de l'air frais en stéréo, tout le confort pour le touriste chevronné qui en est parfois privé.
Je profite donc en faisant un peu des trois. Je me baigne comme si c'était la dernière fois. Je me remplis le ventre comme si c'était la dernière fois. Je dors comme si c'était la dernière fois. J'écris en sachant que j'ai encore beaucoup de pain sur la planche. Le tout est d'éviter de trop trainer pour ne pas retomber ni sur Prosper ni sur celles qui ont fait de moi leur marionnette. Micky est toujours à Panay.
La journée est, même si elle se passe bien, la plus ennuyeuse depuis longtemps. Je ne parle à quelqu'un que pour commander à manger. Vivement que ça change!
Demain, c'est maintenant sur et certain, je ne m'apeusantis pas, je me mets en marche dès le lever! Une journée comme ça, c'est appréciable si on voit le verre à moitié plein, mais à recommencer l'expérience, c'est un coup à vieillir trop vite et à compter les gouttes de pluie si jamais elle continue de tomber.
Je me couche donc avec les poules (c'est une expression), Panay, serre les fesses, j'arrive à toute vitesse!

 
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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 12:39
Le soleil se lève sur bohol.
Nous aussi, avec Marie et Yo', on se lève et, à la différence du soleil, on ne se couchera pas là.
On est pas omnicient, un endroit à la fois.

En ce matin contrairement à la veille, ce n'est pas moi qui m'occupe du réveil. Et d'une, je ne suis pas celui qui a sollicité cette escapade à Boracai, donc si on rate l'avion, ce n'est pas moi que ça va ennuyer le plus; et de deux, vu le retour de flammes que j'ai pris la veille avec mon réveil musical, je ne suis pas près de me recreuser la tête pour qu'on émerge en musique.
je me lève donc comme une fleur qui n'a comme responsabilité que celle de s'ouvrir en harmonie avec le soleil. Pas question que je me presse, je n'en fais qu'à ma tête de cochon.

En milieu de matinée, on prend un bateau de Bohol à Cebu City. A bord, le roulis fait qu'on est tous un peu comateux. Mais c'est sans conséquences hormis le fait qu'on puisse replonger dans le sommeil quelques temps. Le bateau est presque vide, ce serait presque gaché si on ne prenait pas nos aises. Marie profite de la climatisation à l'intérieur. Yo' et moi, on est à l'arrière à apprécier le vent, en tout cas le temps de s'endormir, alongé en travers de quatre sièges pour Yo', c'est plaisir! Puis, on arrive à Cebu. Le décor urbain et gris a remplacé la carte postale, comme lors de l'aller vers Bohol, la visite de Cebu City est une visite éclair, juste le temps de monter dans un taxi pour nous conduire à l'aéroport et le tour de la ville est joué.
Cebu City ne s'est pas refaîte une beauté depuis 48h, ça ne nous fait pas plus d'arguments pour y salir nos semelles. On arrive à l'aéroport. Là, le jeu consiste en une nouvelle prise de tête de la versaillaise qui n'en est même pas une. Elle n'y est pas née, elle n'y a jamais vécu, mais ça ne m'étonnerait pas qu'elle soit sympathisante. Un peu tout le contraire de l'ami Sylvano qui est un versaillais de souche et qui fait tout pour s'en cacher. Pas étonnant qu'on ait des atomes crochus...
Tous les avions en destination de Boracai n'autorise que dix kilos de bagages en soute. Si tu dépasses cette limite, on ne jète pas tes affaires par dessus bord mais on te rançonne de quelques euros ce qui reste anectodique du fait du prix dérisoire du billet d'avion. Et bien la Marie, ça l'emmerde cette situation. Ca l'emmerde à tel point qu'elle se lance dans l'empilement caractérisé du maximum de vêtements qu'elle peut porter sur ses larges épaules. Deux voire trois paires de chaussettes, au moins trois T-shirts, un short sous le pantalon, le remplacement de ses tongs par ses chaussures de marche, quelques foulards, un pull et le tour est joué. Pour un peu, elle pourrait jouer dans une pub pour Michelin! C'est d'autant plus intelligent qu'à l'extérieur il fait dans les 35°, bref... C'est comme ça qu'on va enregistrer nos bagages.
Le couperet tombe. Mon gros sac fait un peu plus de quinze kilos, je suis bon pour payer la surtaxe. C'est pas grave, j'étais au courant bien à l'avance, pas de quoi pourrir mon voyage.
Pour Yo', je ne me souviens plus de quel côté de la balance il se trouve mais, de tout état de cause, pas de quoi non plus lui faire perdre le sourire.
Quant à Marie et sa stratégie de l'esquimau sous les tropiques, et bien ce n'est même pas suffisant!! C'était bien la peine!!! Elle doit aussi s'acquitter de quelque menue monnaie et elle, ça ne l'a fait pas marrer. Car maintenant son sac est parti rejoindre les soutes, elle n'a d'autre choix que de garder sur elle l'équipement pour supporter des températures négatives. Dommage Eliane!!

Dans l'avion, on se débrouille tous pour avoir un siège près d'un hublot. Il faut dire que j'ai fait un lobbying forcené auprès de mes camarades afin que chacun puisse en profiter pleinement. Les vols au dessus des Philippines ont ceci de particulier qu'il y a toujours quelque chose à se mettre sous la rétine. Des récifs de corail au montagnes et volcans menaçant, c'est toujours une explosion de couleurs au delà de tout soupçon qui prend en plus toute son ampleur quand on sait que comme on vole dans des avions à hélices, l'altitude en vol n'est jamais suffisamment élevée pour voir la terre comme un point.
Et bien tout ça, ça ne suffit pas, pas à Yo'. A peine a-t-on décollé que le p'tit père me demande mon MP3 pour regarder un film.
"Mais t'es pas bien? Le film il est là en bas et en technicolor!! Tu ne vas te coller devant un écran de dix centimètres de large alors que le hublot est au moins quatre fois plus grand? Si?"
Et bien si. Ce sera à moi de lui dire quand il faut regarder. C'est pas bien grave et ça me fait plaisir de pouvoir satisfaire aux désirs de mon pote, mais quand même, voler au dessus d'un archipel de 7000 îles, c'est quand même pas tous les jours!!! Sacré Yo'!! Je n'irais pas dire qu'avec la Marie ils font la paire mais là-dessus, ça ressemble à un truc qu'elle aurait très bien pû faire. Méfiance...
Pendant ce temps, les montagnes nous défient, les rivières se jètent dans la mer, les îles désertent. Comme ça pendant une heure à l'issue de laquelle, le capitaine prend la parole, Boracai est juste en dessous. Ca nous donne l'occasion de découvrir vue du ciel ce qui sera notre nouveau lieu de villégiature.
De là haut, l'île est minuscule, droite comme un "i" et ourlée de plages dont on devine que le sable ne blesse pas la voute plantaire. On peut voir également que Boracai est loin d'être une île abandonnée vue le nombre de constructions qu'elle abrite. Mais ça, on le savait avant de venir ce qui devrait atténuer le choc, Boracai, malgé sa taille liliputienne, est la première destination balnéaire des Philippines.

A la sortie de l'avion, on s'en rend très vite compte. Une armée de tricycle attend le passager aérien. On est pas les premiers, pas des explorateurs. On prend le premier qui se présente. Pas la peine pour le chauffeur de nous demander où on va, c'est ici pour tout le monde pareil. Il faut d'abord faire trois minutes de route pour rejoindre une jetée. De là, il faut embarquer sur un bateau et traverser le court bras de mer qui séparent Boracai de Panay, sa voisine bien plus étendue sur laquelle on a atterri. Ca prend au total une demie heure à tout casser.

On est maintenant à Boracai et ne reste plus qu'à savoir où descendre. Il faut dire que je frémis encore en repensant à l'arrivée à Bohol et à la blague comme quoi il faut deux heures montre en main pour trouver un hotel. Que diantre, si ça se reproduit, je me fais hara-kiri, c'est une promesse!!
Mais aujourd'hui pas la peine d'en arriver là, Marie s'est faite laisser dire qu'il y a un chouette hotel dans le coin par quelqu'un qu'elle a croisé un peu avant nous, et comme elle a les coordonnées, c'est sans mal que le chauffeur d'un nouveau tricycle nous y conduit. A l'arrivée, on est quand même en pleins doutes. C'est propre mais c'est cher, même pour bibi. On ne sait pas encore que Boracai est aussi l'île la plus chère du pays. Plus de touristes, plus de pépettes!
On est donc là avec Yo' à se demander ce qu'on fait. Marie, de son côté, part visiter le dortoir réservé aux filles et quand elle revient, elle a déjà décidé, elle y reste!! Elle qui nous avait fait un sketch à Bohol, elle qui nous a trainé à Boracai, elle traine dans la boue ce qui fait du voyage un sport collectif!! Mais soit. Si tu veux n'en faire qu'à ta tronche, c'est ton choix, prends la chambre et fous nous la paix!! La demoiselle disparait. Avec Yo', on est perplexe. Non pas à cause de Marie mais sur ce qu'on fait. Rester? Partir?
C'est alors que la patronne de la GH nous fait, comme le Parrain, une proposition qu'on ne peut pas refuser, un tarif bien en accord avec nos accoutrements bohèmes loin de la versaillaise. Comme un poisson affamé, on est ferré. C'est aussi là qu'on pose nos sacs à condition pour nous de ne pas révèler à qui que ce soit, et notamment à Marie, les termes de notre union tarifaire. C'est donc dans un sourire complice avec la patronne qu'on scelle l'accord. Avec Yo', on prend nos quartiers dans un des dortoirs pour nous, les hommes, et on s'en félicite. Il faut dire que c'est un dortoit avec quatre lits et quatre ventilateurs dans lequel on est pour l'instant tous seuls, ça nous fait de la place à revendre ce qui, pour le prix, est pas loin d'être inconcevable. En plus, il y a le Wifi ce qui n'est pour déplaire à personne à commencer par Yo' qui se fait une petite scéance internet.
Moi, internet, ce sera pour plus tard, j'ai quand même envie de voir la plage qui fait la fierté et qui trone en première page de tous les catalogues touristiques des Philippines. Et même s'il fait déjà nuit, c'est pas bien grave, ça me donnera toujours de quoi méditer avant la journée ensoleillé de demain. Je pars en séquence découverte.
Notre GH est séparée de la plage de quelques dizaines de mètres. Le chemin qu'il faut emprunter est sombre et exigu. C'est à l'inverse total de ce qui ce passe de l'autre côté, côté sable. Là, c'est l'hallu'. Pour se retrouver les pieds dans l'eau, il faut d'abord traverser un chemin sablonneux éclairé comme à Las Vegas. Ce chemin longe la plage et est une enfilade de bars, de restaurants, d'hotels, d'épiceries, de centres de plongée, de magasins de souvenirs, de stands de massages et de tatouages, tout pour contenter un touriste plagiste lambda. Ca fait un peu peur la première fois!! Puis, il faut aussi traverser tous les bars et restaurants qui ont un emplacement sur le sable. Au milieu des tables, des chaises longues, des palmiers, il faut se frayer un chemin, pas chose facile! Ca pourrait aussi être effrayant mais je remarque une chose qui me flatte dans le sens du poil : tous ces établissements ont un doux parfum relaxant, ça boit sur des tables basses assis sur le sable ou sur de longues chaises confortables ou encore mieux sur des poufs géants, ça dîne sous les palmiers, le tout avec des éclairages tamisés qui ne gachent rien. L'ambiance de l'île n'a rien d'Ibiza. Ca a beau, certes, être très fréquenté, mais comme il n'y a pas un batiment qui dépasse la hauteur des arbres, tout reste à échelle humaine.
Et puis enfin, quand on a dépassé tout le rideau de débit de boissons et de nourriture, on y est, White Sand Beach est là, immense, comptable en kilomètres. C'est facile à voir, même de nuit, les établissements se suivent à perte de vue derrière les palmiers.
Sans aller jusqu'au bout car, à un moment, il va falloir que je rentre chercher Yo', je me lance dans une petite marche le long de la grande bleu en anticipant le fait qu'elle soit turquoise. Une heure tout au plus, puis je retourne à la maison. Là, je récupère Yo' au passage et comme on est pas des chiens, on va voir Marie pour savoir si elle veut se joindre à nous. Et bien non! En définitive, la pauvre ne se sent pas très bien et préfère passer la soirée dans son dortoir. Qu'à celà ne tienne, c'est pas plus gênant que ça pour ne pas dire autre chose. D'ailleurs, en retournant à la plage avec le Yo', je commence à m'épancher sur le fait que plus le temps fait son oeuvre et plus Marie et moi, c'est loin de faire deux et que j'en suis désolé car je suis persuadé que elle et lui, c'est une amitié forte qui les lie. Et bien patatra!!! Yo' me fait la même révélation!!! De la Marie, lui aussi il en a plus qu'assez!! Résultat, on part dans un rire complice, ravis de voir que l'un et l'autre, on est sur la même longueur d'onde, partis pour une soirée où qui se ressemble s'assemble.

Après que Yohann est à son tour jaugé la plage, il est grand temps de festoyer et de rire encore de qui vous devinez. On sait, on est vraiment des sales gosses.
Les pieds dans le sable, les assiettes s'additionnent. L'addition, s'il vous plait.
Plus loin sur la plage, il y a un spectacle de feu qui bat son plein. Ca tournoie dans tous les sens, les accrobates ont du talent. Personnellement des "fire shows", j'en ai déjà vu quelques uns depuis que je suis en errance autour du monde, mais pour le Yo', c'est la première fois. Il convient donc de s'en ravir. Il doit y avoir six ou sept danseurs, quelques garçons, quelques filles. Tous les deux, on commence à s'assoir sur le sable afin d'être aux premières loges. Puis comme la soirée bat son plein, on convient qu'il serait de bon aloi de s'assoir en terrasse, toujours sur le sable, du bar devant lequel les artistes s'expriment. Un cocktail chacun, pas de mal à se faire du bien. Autour de nous, il y a quelques touristes, tous philippins, on est donc les seuls blancos. Je dis ça avec le sourire car Yo' est un type tout ce qu'il y a de plus métissé. Il a des origines de partout à travers le globe, n'a rien d'un Jean-Pierre, ce qui fait que blanco ne s'applique que parce que c'est un parigo au milieu des philippins.
Le spectacle se poursuit. Plus ça va et plus on sympathise avec les manieurs de feu. Ils sont tous vraiment bon esprit et à chaque fois maintenant que l'un en finit pour un temps avec son numéro, il vient s'assoir à notre table. J'ai rarement vu meilleur comité d'accueuil, comité qui reste même avec nous une fois le spectacle complêtement
achevé. Les verres s'enchainent dans une ambiance tropicale. Parfois on les fait rire, parfois il nous font rire, mais le plus souvent on rigole tous ensemble. En fait, le feeling passe tellement bien qu'ils nous proposent de les accompagner pour la suite de leur soirée. Ils ont fini de travailler, place à la détente.

La détente pour les philippins à Boracai, en tout cas pour ceux avec qui on délire ce soir, c'est d'aller voir un concours de beauté. Rasoir me direz vous. Et vous auriez raison s'il ne s'agissait d'un concours un peu plus particulier que ce que j'avais en tête : ce soir, on note les travestis.
Le concours se déroule dans un immense espace qui tient autant du bar que de la salle de spectacle. Au centre se dresse une large scène sur laquelle les "concurrentes" défilent et les "maîtresses" de cérémonie tantôt détendent l'atmosphère, tantôt l'enflamment. Ces hotesses, qui ont apparemment fêtées leur vingtième printemps voilà belle lurette, sont les diablesses en chef de la soirée. Elles ne connaissent aucune limite. Elles enchainent les blagues "de très bon gout" tout au long du spectacle en en rajoutant parfois, mimant l'acte préliminaire ou sexuel avec tout ce qui leur tombe sous la main : un aspirateur, un extincteur. C'est pas très distingué mais en tout cas, c'est illarant!
 Les candidates, elles, sont au nombre de trois. La première a carrément l'air d'une professionnelle. Elle concilie la vulgarité avec le fait qu'on ne peut pas s'y tromper, c'est un bonhomme avec une pomme d'Adam et tout et tout. Quelle élégance, quelle "grasse"!! La deuxième semble tout droit tombée du nid. Elle est extrèmement timide ce qui en fait une cible de choix pour les présentatrices incendiaires, et semble tout juste majeure. La troisième, c'est là que ça se complique, est un canon de beauté. Grande, fine, des jambes interminables posées sur un sourire étincelant et ravageur. Nuls doutes que c'est elle qui va gagner. Bien plus de doute, en revanche, sur le fait que c'est, pas c'était, un homme. C'est là tout l'objet du concours. C'est un coup à remettre en question tout ce que vous savez de l'homme et de la femme!!
Une fois les présentations faites, le concours débute réellement.
Premier défilé, première tenue, de petites jupettes aguichantes.
Dans la salle, intégralement peuplée de locaux à l'exception, encore une fois, de Yo' et moi, ça rit, ça applaudit, ça vit.
A notre table, ça vit aussi, tellement que Yo' est en train d'enlasser sa voisine Septer, manipulatrice de batons enflammés sur la plage, enlasser voire embrasser goulument avant même la deuxième acte. De mon côté, j'ai aussi une voisine, Micky (Mickaela) et celle-ci est également du genre plutôt entreprenante. Sa main ne cesse de toucher la mienne, et après quelques temps nos doigts se mélangent. Difficile de résister, la gamine est trop sexy, trop sympa, et puis c'est une danseuse depuis huit ans. Une danseuse...
Deuxième défilé, deuxième tenue, c'est l'heure des maillots de bain une pièce.
Yo' est toujours parti dans un numéro d'échanges culturels façon bouche contre bouche.
Moi, j'entame les dernières paroles avant de moi aussi passer à table. Rien de tel que quelques mots bien sentis pour encore faire monter la température.
Troisième défilé, troisième tenue, toujours annoncés par les maîtresses de cérémonie avec une grande pudeur (est-ce que vous voulez en voir plus? J'entends rien!!) : les maillots de bains deux pièces larges comme Dédé à coudre.
Pour Yo', on maintient le cap.
Pour moi, je me lance enfin dans la farandole des langues non sans avoir dit à ma compagnonne pas nonne : "Mais j'suis timide..."

A la fin du spectacle, le jury a rendu son verdict. Etrangement, on a le droit à une égalité, certes le canon a gagné mais il doit aussi partager sa courrone de roi-reine de beauté avec la candidate numéro un. C'est à n'y rien comprendre.
Entre Yo' et moi, c'est aussi un ae-xequo. Chacun part bras dessus bras dessous avec sa cavalière. Et la soirée ne fait que commencer. Il a beau être déjà une heure du matin, on est encore convié à une fête d'anniversaire qui n'a pas encore commencée et qui devrait se tenir sur le toit d'un bar restaurant du bord de plage. Y'a pire. En fait, c'est un copain de Micky qui travaille là qu'on va célèbrer. Le temps qu'il ferme la boutique et le toit est à nous.
En attendant, tout le monde est sur la plage à faire ce qu'il a à faire. Je passe l'heure qui suit à être collé bouche contre bouche avec ma mignonne. Tout se déroule parfaitement bien sauf que pendant qu'elle m'embrasse, la môme n'arrête pas de m'aspirer la lèvre à m'en faire mal. Je ne comprends rien et me vois obliger de lui demander ce que c'est que cette nouvelle mode qui fait que tout le monde va vite se retrouver avec des lèvres gonflées de sang à la manière d'un suçon. Jusqu'à preuve du contraire (je vous attends les filles, prouvez moi le contraire), on ne fait pas ça en France!
- "Attends mais tu ne sais pas embrasser ou quoi?!? Tout le monde fait ça ici!!
- Moi, pas savoir embrasser? C'est pourtant une de mes occupations préférées quand je peux et personne ne s'en est jamais plaint, bien au contraire!! Et puis, je ne sais peut-être pas embrasser comme un philippin soit, mais si on appelle un french kiss un french kiss, ça ne peut pas m'être étranger, ça fait même partie de mon patrimoine génétique. En plus, habitant à Paris, ville parmi les villes les plus romantiques au monde, c'est peut-être toi qui devrait faire un stage!!
Elle a réveillé la bête, comment veux-tu que je réagisses?
Notre première dispute, bref feu de paille vite soufflé dans un nouveau baiser au clair de lune avec la mer pour témoin. Comment aurait-il pû en être autrement?

On aurait pû continuer comme ça jusqu'au petit matin mais la soirée avance au rythme où les copains-copines commencent à monter sur la terrasse du bar. Il doit être pas loin de 3h du matin et la fête d'anniversaire commence, on est reçu comme des membres de la famille.
Il y a de la nourriture à profusion, de la boisson en caisses et des rires, beaucoup de rires. Apparemment, on est pas les seuls à avoir pris de l'avance. Yo' est là avec Septer mais peu après le début, je les vois qui s'éclipsent, les coquins... Yo' va enfin pouvoir passer à l'action, lui qui me dit depuis une semaine qu'il est en rût.
Nous, avec Mickaela, c'est l'un contre l'autre que la soirée défile. Les rares moments où ça s'interrompt, c'est pour participer à des jeux à boire avec tous ceux qui nous entourent. Ca se passe selon un principe simple : chacun prend une bouteille de bière pleine, la descend aussi vite que possible et si tu es le premier à en venir à bout, tu as gagné, tu as le droit d'embrasser qui tu veux. Etrange rituel. Bien évidemment, moi, j'ai perdu. Et d'une je ne suis pas un buveur de bière et de deux, je suis connu pour être un coureur de fond et non un sprinter. En plus, j'ai déjà une cavalière, pas besoin d'en avoir davantage.

Pour Yo', ça aurait pû être la même. Il aurait pû s'en tenir là. Mais non, il a choisi de franchir la ligne. Apparemment mal lui en a pris. Quand il revient à la soirée, il fait vraiment une petite mine, comme s'il était passé sous une échelle un vendredi 13 attaché à un chat noir. Il a pourtant eu ce qu'il a voulu, je n'y comprends rien. En fait, c'est tout simple. Je me souviens quand lors du concours de beauté, j'étais resté abassourdi par le fait que parfois il est réellement impossible de savoir ce qui ce cache sous les jupes des filles. Pour Yo', c'est la même chose, abassourdi. Et blême. Et désabusé...
Même s'il n'a pas été jusqu'au bout des investigations qu'il aurait été sage de mener, il en est sûr, Septer c'est pas une biche. Il est donc maintenant qu'il sait, impossible pour lui de se trouver ne serait-ce qu'à distance respectable du bichon. Déjà sur le même toit, c'est un tour de force. Il est amer et c'est rien de le dire. Pour un peu, il est blanco. Il est même tellement énervé qu'il essaye de me convaincre que Micky n'est pas non plus ce qu'elle dit qu'elle est.
Le doute est alors de mise.
Quoi faire? Douloureuse question... Je jète un coup d'oeil à ma chère et évalue. Mais non, je reste convaincu du bien-fondé de ma relation restée au dessus du niveau de la ceinture. Je vous engage d'ailleurs à évaluer par vous même son profil sur facebook dans la liste de mes ami(e)s.

La soirée se termine ainsi. Le soleil va se lever dans peu de temps. La lumière commence à remplir la plage que l'on peut commencer à admirer depuis le toit du bar. Tout le monde est fatigué ou tendu ou les deux, il est temps de rentrer reprendre des forces en attendant d'y voir vraiment clair.
Je raccompagne Micky jusqu'à la porte de son hotel main dans la main. Yo' est aussi là ainsi que Prosper sans contact physique.
Je dis "à demain", Yo' pense "adieu". L'avenir nous le dira.

 
Le réveil de 13h est douloureux. Douloureux à cause du mal au crane qu'a laissé cette soirée alcoolisée pour tous les deux, douloureux à cause de l'amertume dont Yo' est encore rempli. Moi, je suis toujours quelque part entre doute et certitude. D'une part, j'essaye de me convaincre que Mickaela n'est pas Mickael, d'autre part, c'est impossible vu ce que vit mon Yo' sans l'avoir senti venir. Mais plus ça va et plus je pense être dans le vrai, dès le réveil, je me connecte à facebook et découvre l'invitation de ma belle. C'est l'occasion de voir son profil ainsi que les photos qui l'illustrent. C'est bien la même personne que j'ai "fréquenté" hier, pas de moustache, pas de barbe, pas de pomme d'Adam, on est bon!!!
Je peux donc aller sur la plage l'esprit léger. Là, comme on est en pleine heure de pointe, on peut réellement appréhender la plage. Elle est à deux visages.
Le premier est coloré comme un arc en ciel menant au paradis. Le sable est d'une blancheur incroyable, blancheur qui se fond du vert au bleu à mesure que l'on s'enfonce vers les profondeurs de la mer qui est à faire rêver quand on travaille encore à la caisse de la Bank of Tokyo et qu'on a comme seul horizon trois épaisseurs de plexiglass qui vous séparent de murs marrons éclairés aux néons. Les palmiers sont une douce enfilade à perte de vue, comme pour faire de l'endroit le stéréotype parfait de la plage de rêve.
Le second cependant est le côté obscur. La couleur prédominante y est le noir, comme dans "noir de monde", à trop additionner les couleurs voilà ce qu'on récolte. A l'heure où on débarque, c'est la marée haute. L'eau remonte loin sur la rive et les quelques mètres de large qui restent au sec sont eux noyés sous un flot de touristes alanguis au soleil, de jetskis près à être louer, de capitaines de bateaux près à vous emmener pour une heure ou une journée faire le tour des îles alentours, de vendeurs en tous genres.
Quel côté choisir? Pas difficile de répondre. Comme d'habitude, le côté clair a ma préférence.
Nous aussi donc, on lézarde au soleil. Nous aussi, on barbotte comme des idiots. Nous aussi, on s'extasie. C'est notre vrai premier jour, on ne va pas se priver et ce jusqu'au coucher de soleil qui innonde la plage d'une lumière magnifique, un régal! C'est ensuite l'heure de penser à manger. Mais avant cela, il faut qu'on repasse à la GH pour se changer et qu'éventuellement on s'enquiert du sort de Marie dont c'est déjà le dernier soir à Boracai. Quand on revient, elle est là à nous attendre, c'est charmant. Avec Yo', on est acculé dans un coin, on ne peut rien faire d'autre que d'accepter de dîner en tête à tête à tête à tête. Quatre têtes au total car Marie s'est faite une potesse qui partage son dortoir et elle vient aussi avec nous croiser le fer de nos fourchettes. Aucun problème particulier enfin pour le moment car Yo' est très préoccupé.
La soirée d'hier a laissé de telles traces qu'il a dors et déjà été conclu qu'on ne l'évoque sous aucun prétexte, quel qu'il soit, même en cas de danger de mort. Et pour que cette mission discrétion se présente sous les meilleurs hospices, il faut absolument que quand on rejoint la plage, on n'aille pas vers la droite, c'est à dire vers l'endroit où se tenait le fire show la veille. Il va donc falloir trouver un prétexte.
C'est pas compliqué. A peine débarqués sur le sable, Yo' et moi menons le bal, on tourne les talons vers la direction souhaitée. Mais Marie, qui ne l'entend pas de cette oreille, a bien envie d'y aller à droite. Yo' se lance alors dans un plaidoyé :
- "Attends on ne va pas encore aller par là! Avec Brice, hier soir, on a déjà écumé tous les bars se trouvant dans cette direction et d'après ce qu'on peut t'en dire, c'était pas top. Ce soir, on aimerait bien aller de l'autre côté pour changer et c'est pas négociable!!"
Bien joué le professionnel du camouflage de preuve!! Il ne leur a laissées aucunes options, c'est ce qu'on appelle un champion. On file donc vers la gauche jusqu'à un restaurant mongol, sans doute perdu sur la route d'Oulan Bator... Mais passons... Comme c'est la dernière de Marie, tout se passe au mieux, les sourires sont de mise, et Prosper est invisible. Ca devrait soulager Yo' mais le pauvre ne peut se défaire de l'idée que s'il la croise, c'est l'univers tout entier qui va imploser. A chaque fois qu'il a un moment loin de la présence féminine, il ne cesse de me répéter qu'il faut qu'il rentre, que ce soir, c'est pas son soir. Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, mais l'important c'est pas la chute, c'est l'atterrissage...
Ainsi, c'est alors qu'on est presque encore en train de macher que Yo' réclame l'addition et rentre à la maison se mettre à l'abri pour de bon. Pas un dernier verre, rien. C'est le premier à faire ses adieux à Marie. Moi, je n'ai pas d'alibi valable et comme en plus, je passe une bonne soirée, je préfère rester avec les miss pour un dernier verre de l'amitié. Un verre pas plus. Je suis aidé en cela par le fait que, alors qu'on est attablé, Marie repère dans la foule un ancien camarade d'unversité. Ca y est, j'ai aussi mon alibi, je les laisse rattraper le temps perdu et m'éclipse discrètement.
Il est alors autour de 23h. De l'autre côté de la plage, le fire show bat son plein, je vais tenter de revoir ma môme. Mais quand j'y arrive, tous les artistes sont là sauf celle qui évidemment m'intéresse. Tant pis, on verra bien demain.


Demain donc, qui est maintenant aujourd'hui, est un nouvel hymne à Epicure. C'est pour nous, les deux parisiens qui restent, une nouvelle journée à se faire sauter la ceinture en tout bien tout honneur et à apprécier la vie de chateau de sable. C'est le premier jour sans Marie qui a quand même pris la peine de nous réveiller, bien trop tôt, pour nous saluer.
Pour notre petit binome, c'est à nouveau des jours où on a plus rien à cacher qui s'annoncent, il n'y a plus de problèmes de secrets à entretenir, seulement l'éclate, l'éclate et encore l'éclate.
Le soir venu, comme on est libéré du fardeau, on peut donc retourner tous les deux au fire show sans qu'il y ait de malaises. L'erreur est consommée, les souvenirs consumés. Et Micky est toujours absente.
Quand je demande à Prosper (NDLR : j'écris Prosper et pas Septer car je ne me souviens jamais de son prénom. La seule chose que je sais, c'est que ça rime avec Prosper, alors ça marche et Yo' sait de qui je parle sans que j'ai besoin de préciser "le type qui avait ta langue dans sa bouche"; c'est éminemment plus diplomatique) où elle est, il me répond que Micky est partie sur Panay, son île natale qui est la grande en face de Boracai. Elle est malade et sa mère a insisté pour qu'elle aille à l'hopital. L'avant-veille, je m'en étais déjà rendu compte sans que ça me repousse, la petite couvait un sérieux rhume et était toute chaude même sans que j'y mettes du mien. Elle est partie, tant pis, peut-être sera-t-elle de retour avant que moi aussi, j'en vienne à lever le camp, on verra bien.
Résultat, je suis bredouille. Prosper l'a bien compris et essaye maintenant de me faire du gringue. Sans succès, j'en rigole encore. Le type ne doute vraiment de rien et voyant que Yo' était maintenant plus que détaché, il tente encore sa chance. Deux p'tits français dans la même semaine, c'est sans doute inespéré pour le pauvre Prosper!  
Pauvre de ma solitude mais riche de cette journée sous le soleil, à croire qu'on ne peut pas tout avoir, on reste quand même regarder le spectacle orchestré par nos nouveaux potes. Mais l'ambiance n'y est plus... Même malgré un nouveau verre, il n'y a pas à dire, c'est retombé.
C'est ainsi qu'il est minuit quand on rentre. On est toujours les seuls dans notre dortoir de quatre lits et quatre ventilateurs. Le premier est un détail, le deuxième salvateur.


Quand le soleil se relève inexorablement, c'est maintenant notre quatrième jour à Boracai. La plage principale, White Sand Beach, on peut dire qu'on en a soupé, il est grand temps d'aller se baigner ailleurs. On convient donc d'aller explorer l'autre côté de l'île, ça devrait nous faire une chouette ballade. On s'équipe donc pour passer une journée dehors en prenant tout ce qui peut être vital quand on ne sait même pas combien de temps ça risque de nous prendre.
Or, en un quart d'heure montre en main, le tour est joué, l'autre rive est conquise. Là, il n'y a pas l'ombre d'un bar, pas une serviette sur la plage, rien mise à part quelques enfants qui jouent. Comment est-ce possible? Comment croire que nous ne sommes qu'à quelques encablures des hordes de corps huilés de crème solaire vendue à des prix prohibitifs dans des superettes peu scrupuleuses? C'est franchement inconcevable ce qui, au bout du compte, décuple notre bonheur d'avoir redécouvert la tranquilité.
On peut donc se mettre à l'eau sans crainte de se voir heurter par un jetski, et en plus, il n'y a même pas d'oursins!! Si c'est pas malheureux...
Et comme si ça ne suffisait pas, dès qu'on commence à s'immerger, les enfants viennent nous rejoindre pleins de curiosité. Là commence vraiment la partie de plaisir. Avec Yo', on fait tout ce qu'on peut imaginer pour les distraire. On plonge dans l'eau depuis le pont des bateaux qui sont amarrés là et les enfants font de même. On les fait monter sur nos épaules pour ensuite les jeter le plus haut possible. C'est tout le panel de comment distraire un enfant qui y passe. En plus, si ça les distrait, ça nous distrait aussi, tout le monde est gagnant!
Ca dure comme ça plus d'une heure si bien qu'à la fin, je suis usé. Les enfants, eux, ils n'en ont que faire. Ils ont à leur disposition un clown qui fait aussi catapulte et ils n'ont jamais envie que ça se termine. Moi si. Les gamins m'a tuer.
Jusqu'au retour sur le sable, j'ai beau leur dire qu'il faut que je fasses une pause sous peine de syncope, ils s'aggripent à tout ce qu'ils peuvent pour me faire rester dans l'eau. J'en ai à peu près trois par bras, deux par jambes, et cinq ou six qui s'accrochent à mon cou à la limite de m'étrangler. Increvables les gamins, bon courage aux parents d'octuplés!!! Mais ça reste la fête quand même, le soleil brille et il y a des sourires partout où je regarde. Ca compense largement le fait que je sois un vieil homme repu. D'autant qu'en plus, liberté chérie, je te prends comme tu es, avec Yo', on décide d'un retour à la GH pour satisfaire à une sieste réparatrice. Pendant trois heures!!!
Quinze gamins, trois heures, il fallait bien ça.
Au réveil, c'est exactement le moment du coucher de soleil. Yo' est trop crevé pour m'y accompagner, c'est en solitaire que je vais apprécier le spectacle. Magique. Le mot n'est pas trop fort. Et une fois fini, comme j'ai encore du temps avant de retrouver mon double, je ne crache pas dans la soupe et à la place, me fais faire un massage d'une heure.
Un coucher de soleil, un massage, il y a des fois où on fait bien de se lever!!

La soirée qui suit n'est pas violente. On est encore sous le coup d'avoir été broyés par une armée de shtroumpfs. C'est donc par une petite promenade tranquille le long de la plage qu'on finit la journée. Le tout est de garder les forces qui nous restent, demain on a prévu de louer des vélos et, étant donnée la chaleur qu'il fait, on va en avoir besoin, pas la peine de les gaspiller. On sait aussi qu'aujourd'hui, jour de fête, c'est l'anniversaire de Prosper, et ça ne fait pas franchement envie!!!


Après donc une bonne nuit réparatrice, on concentre tout ce qu'on a d'énergie et on se lance à l'assault de Boracai, cette fois dans le sens de la longueur. Pour l'orgueuil c'est mieux, le sens de la largeur en vélo ne nous aurait valu que trois minutes de pédalage.
Notre itinéraire suit la seule route de l'île. On aurait pû avoir le choix en passant par la plage en faisant fi du fait que c'est soi disant interdit, mais comme la marée est haute, c'est vite vu. Il n'y a déjà pas beaucoup de place pour prendre ses aises quand on est un piéton alors je vous dis pas quand on est un cycliste!! C'est un coup à ramasser une poignée d'allemands dans ses rayons!!!
C'est ainsi parti sur la route walonnée. Eu égard à ma grande expérience cycliste dans les rues parisiennes, ça ne devrait être qu'une partie de plaisir. Mais dès les premiers coups de pédales passés, j'ouvre les vannes, c'est les grandes eaux qui reviennent, je coule à robinet ouvert. Toute la chaussée est offerte au soleil brulant et moi en dessous, j'en bave, j'en coule. Les descentes ont beau apporté leur lot de vent dans le visage, ce n'est jamais suffisamment long ou suffisamment frais pour que ça m'octroie un quelconque effet bénéfique. Qui plus est, on a beau savoir que ce serait au programme du jour depuis la veille, on a pas été fichu de s'acheter de grandes bouteilles d'eau pour étancher ce qui peut encore l'être.
Mon royaume pour une bouteille d'eau, voilà tout ce à quoi je pense. La mer, la plage, les palmiers ne sont plus une carte postale, c'est juste le décor de mon agonie.

Puis, après avoir déjà perdu trois kilos, on peut enfin laisser reposer nos montures. On est arrivé à notre première étape, Kuta Beach. En un éclair, on est dans l'eau, plus dans la sueur, merveilleuse sensation de fraicheur.
Il y a là quelques touristes philippins qui s'amusent dans les petites vagues. Ils sont déjà loins quand on pense qu'il est temps de partir se chercher une boisson fraiche. On sait que dès qu'on va quitter les eaux translucides, le soleil va encore nous faire mijoter à feu vif. Dure réalité. Pas si dure quand on sait qu'on a que la plage à traverser pour s'offrir l'objet de nos désirs mais dure quand même. Une fois dans le bar, c'est au litre qu'on descend les consommations. C'est comme une récompense, comme la bouteille de champagne offerte aux vainqueurs d'étape. C'est sucré, frais à s'en bruler la gorge, c'est plaisir!
Mais, comme on habite pas là et que l'odyssée cycliste n'en est encore qu'à son presque commencement, il faut se remettre le pied à l'étrier, refaire monter la pression dans cette cocotte minute qu'est mon enveloppe charnelle.
De nouvelles montées, de nouvelles descentes, puis sur le bas-côté un panneau écrit à la main qui indique "Bat Cave", la grotte aux chauves-souris. Une grotte? super! D'autant que ça doit être à l'abri de la chaleur, c'est exactement ce qu'il nous faut. Seulement, pour aller à la Bat Cave, il faut encore quitter la route principale et s'aventurer loin de l'asphalte sur des chemins plus prévus pour des zébus que pour les frèles pneus sensés nous porter jusque là. Mais soit, puisqu'il faut en passer par là, qu'il en soit ainsi! S'il faut faire hurler à la mort nos engins, qu'ils hurlent donc, là-bas devant, il fait frais et c'est tout ce qui compte!
Au bord du chemin sur lequel on se démène maintenant, on croise deux locaux qui paressent à l'ombre. On se dit bonjour comme c'est la coutume et les deux types se proposent d'être nos guides en précisant bien que c'est nécessaire si on veut d'une part trouver la grotte et d'autre part en sortir vivant. J'exagère un poil mais c'est la dramaturgie qui veut ça...
Nous, en bonne tête de bois, on ne nous la fait pas. Un guide obligatoire? Tu ne serais pas en train de nous la faire à l'envers? Regarde nous donc partir pour voir un peu si c'est obligatoire!! De toute façon, sur le chemin, il y a toujours d'autres locaux à qui on peut demander notre route si vraiment on est perdu; et puis comme il n'y a qu'une seule direction possible, c'est pas encore aujourd'hui qu'on va se perdre!
D'ailleurs, on finit par trouver comme des grands le petit sentier qui mène à la grotte en taillant à travers la forêt. Il faut laisser là les vélos, non sans avoir donner au préalable à un gamin quelques roupies comme pour s'acquitter d'un ticket de parking. C'est pas bien méchant, de toutes façons, on est arrivé, je sens la fraicheur à portée de tir.

On est à pieds. La forêt devant nous est dense au possible et le sentier y serpente dans une nouvelle montée. Tout autour, les cris d'animaux plus bizarres les uns que les autres contribuent à créer une ambiance aventureuse. Il n'y avait pas d'autres vélos sur le "parking", pas de voitures, rien. Il n'y a qu'un pas à dire qu'on est seuls au monde.
Après quelques minutes à enjamber les arbres, à chasser les moustiques trop collant, on y est, la bouche de la grotte est grande ouverte devant mes yeux un brin inquiets. L'atmosphère est lourde et chargée d'humidité. Pour entrer dans la grotte, c'est déjà tout un numéro d'équilibriste. Les rochers glissants jonchent le sol, il faut les escalader un à un pour appréhender ce qui nous attend à l'intérieur. Et à l'intérieur justement, c'est toujours le même chaos minéral sauf que cette fois, ça ne descend plus en pente douce mais en presque vertical, les rochers ne sont plus petits et humides, ils sont énormes et mouillés, la lumière très vite s'estompe pour laisser la place à ce qui pourrait très bien être un puit sans fond vers les portes de l'enfer.
C'est donc clair et net, je suis inquiet. J'en fais part à Mr Yo'. Lui, compréhensif en écoutant mes doutes devant le peut-être Everest qu'il nous faut descendre pour mener à bien notre aventure, propose de reprendre le chemin qui poursuivait encore sa course jusqu'un peu plus haut dans la montagne. Merci de proposer un plan B! Qu'on aille donc voir!!
En effet, il avait raison, ça poursuit plus haut jusqu'à une seconde entrée. Là, même si c'est toujours un peu casse-croutes, c'est quand même un peu plus accessible. On se jète donc dans la gueule du monstre. Prenant bien garde de ne pas glisser, on descend petit à petit jusqu'à atteindre le bout du tunnel. De là, on voit encore l'entrée, ça n'était pas si profond que ça. Mais, d'un autre côté, il faut se rendre à l'évidence, cette grotte n'est pas la Bat Cave, c'est la P'tite Cave et c'est tout! Pas l'ombre d'une chauve-souris, pas d'odeurs de fientes, c'est pas bon, c'était l'autre, et merde...
Personnellement, la vue de la première cave n'a laissé qu'une trace indélébile en forme de sens interdit. Je ne le sens pas, pas du tout même. Quand on repasse devant la première entrée, je sais que ce n'est pas pour moi, pas aujourd'hui. Mais Yo', lui, il est motivé pour deux. Ca ne lui fait pas peur, ou en tout cas pas plus que ça. Il décide donc de partir en solo, moi en lui ayant bien précisé qu'il était indispensable qu'on reste au moins en contact sonore. Si par malheur quelque chose arrivait, que je l'entendes au moins crier pourrait faire la différence.
Il s'élance. Petit à petit il s'enfonce. Il s'enfonce tellement qu'après peu de temps, je n'arrive plus à le voir, caché qu'il est derrière les rochers qu'il descend avec prudence. Seule sa voix est toujours là, jusque là tout roule même si ce n'est pas une partie de plaisir. Il descend jusqu'au point où on ne voit plus assez pour progresser. C'est qu'en bons touristes, comme j'en ai maintenant l'habitude chaque fois que je finis dans une grotte, personne n'a anticipé qu'il serait de bon ton de partir avec une lampe de poche. Il est obligé de rebrousser chemin, c'est déjà suffisamment téméraire que d'être descendu si loin.
Mais l'aide extérieur n'est pas loin...
Alors qu'il entame sa remontée, des voix se font entendre dans la forêt et s'amplifient. Il s'agit d'un couple d'asiatiques qui fait les choses biens, puisqu'ils sont eux accompagnés d'un guide. Ils sont déterminés à explorer la grotte, moi, toujours pas. C'est à leur tour de s'enfoncer et quand ils rejoignent le Yo', ils le prennent sous leur aile, c'est gentil à eux.
Moi, je continue donc à sècher pendant la petite heure que dure leur évolution acrobatique. Au retour, Yo' est tout excité. Il a vu des quantités de chauves souris mais ça ne s'est pas arrêté là, loin s'en faut. Tout en bas de la grotte, il y avait un petit lac. Yo' qui avait bien chaud, a senti en lui l'envie d'aller faire trempette. Le guide, voyant ça, n'a pû que le prévenir du danger qui le guettait : le lac est infesté de serpents. C'était vrai! D'après ce que m'a dit Yohann, sitôt dit, sitôt braqué sa lampe à la surface de l'eau. Là, nageant en attendant quelques proies, pleins de serpents rayés de bleu et de blanc, le pauvre en aurait mouillé son maillot de bain sans mettre se tremper un orteil. Et moi, avec tout ça, c'est pas du soulagement mais de la déception qui me gagne. Moi aussi, je voulais les voir les serpents!! Tant pis ou peut-être tant mieux, avec ma gaucherie légendaire, j'aurais aussi vite pû tomber dans le lac par accident comme on tombe dans une piscine avec tous ses effets personnels!!
C'est mi-figue mi-raisin sec que je quitte la Bat Cave. Je sais d'avance que ça ne va pas durer surtout pour le côté sec.

A peine retourné sur le vélo, la fontaine reprend. La Bat Cave étant le point le plus loin auquel on peut se rendre depuis chez nous, j'en déduis qu'on est sur le retour. Un retour peinard, c'est ça qu'il nous faut, c'est à ça qu'on s'attache.
Une nouvelle pause boisson fraiche et sucrée plus tard, on s'accorde une nouvelle baignade depuis une nouvelle plage pas loin d'être déserte. Là, je garde mon T-shirt pour aller à l'eau. De toutes façons, il est déjà trempé, ça ne peut pas être pire; le soleil est toujours brulant, un T-shirt, ça vaut une bonne crème solaire indice 60!
Je ne trempe plus dans mon jus mais dans la grande bleue, c'est beaucoup mieux.
Cette petite baignade nous a tout requinqué. Pour un peu, je pourrais retrouver mes jambes d'antan. Dommage, la plage depuis laquelle on se baigne est à un rocher de distance de White Sand Beach. En trois coups de pédale en longeant la mer, les bars recommencent à s'enfiler, on est arrivé. Il est 17h et quelques, c'est en plus l'heure de l'apéritif, bien que White Sand soit peuplée comme jamais, on peut quand même trouver des motifs de statisfaction! On laisse donc nos vélos se remettre sur le sable et on s'installe à la "Kasbah". Le choix a été vite vu car les tenanciers ont le bon gout de mettre des canapés remplis de coussins à même le sable avec comme seule perspective l'océan. Qui plus est, ils ont un concept de l'happy hour excellent, tout tient de la chance, c'est à pile ou face. Si tu tombes pile, tu ne perds pas la face et tu gagnes à boire ton cocktail gratuitement. Si tu perds, tu raques, c'est que t'as pas de veine.
Avec Yo', on se fait donc servir deux cocktails couteux avant de voir si on est heureux au jeu. Yo' commence et perds. Je suis et perds aussi. Mais dans ces cas là, le revers de la médaille, c'est que malheureux au jeu... C'est bien de pouvoir se donner bonne conscience en se faisant délester de son pognon! Et comme si ça ne suffisait pas, on a eu droit à de la bonne musique, à un coucher de soleil de folie, à avoir du sable entre les orteils.

Maintenant qu'il fait nuit, il faut rendre les vélos. Contrairement au matin, la marée est basse, les baigneurs sont partis prendre des douches, on a tout loisir de rentrer côté plage. Ca file tout seul, le clapot de l'eau nous accompagne, c'est plat, c'est nettement plus exaltant.

La soirée qui suit est, bien que ce soit la dernière ensemble, tranquille; je suis encore rincé d'un nouveau réveil à 9h. Avec Yo', on se remémore les jours heureux où on partageait tout du lever au coucher.On s'endors comme des bébés à l'heure où d'habitude on a plutôt un verre à la main.
A partir de maintenant, Boracai promet d'être plus studieuse.


Le réveil de 10h sonne les aux revoirs. On a juste le temps d'engouffrer le petit déjeuner que Yohann doit partir. Et à l'issue, ça y est, ça faisait un bail que ça n'était pas arrivé, je revoyage en solo ce que j'appréhende un peu. Ca ne veut pas dire que ça m'effraie mais simplement que jusqu'alors, Boracai était un terrain de jeu, et maintenant ça va se transformer en salle de classe. Pour moi...

Pour toi, ça va se transformer en salle de projection car LES PHOTOS SONT EN LIGNE!!
Les requins baleines, les tarsiers, tout y est!
Bon kiff parce que là vraiment c'est plaisir.
Et bon commentaire parce que là vraiment il s'en est passé!

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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 14:43
Ce qu'on appelle le paradis dans les brochures d'agences de voyage est enfin là.
Le voyage avec un gout de vacances, voilà un truc auquel je peux bien me plier.
Rappelons-nous comment procéder.
Une plage. Du sable fin et Blanc.
Au dessus, une serviette délicatement posée.
Derrière, des palmiers et autres cocotiers par centaines ainsi que des bars gentiments bien achalandés.
Devant, la mer, pure, cristalline avec un doux clapot pour adoucir des moeurs déjà pas biens violentes.
Et au milieu, des doigts de pieds en éventail qui, si c'en est trop, iront se faire délicatement masser.
Trop dure la vie de brochure...


Et ça se mérite!!
Voilà pas deux minutes qu'on a mis nos pieds chaussés sur le sable après plus d'une journée de bataille navale qu'il faut encore qu'on trouve un toit sufisamment plaisant pour qu'on puisse faire fructifier le décor que je viens de décrire. Notre petite bande est constituée de trois larrons ou larronnes : Yo', Marie et moi-même. Trois, ce n'est pas énorme, ça ne devrait pas être compliqué de contenter tout le monde.
Je me trompe...
Alona Beach sur l'île de Bohol est un des endroits les plus touristiques des Philippines. Ca pulule d'hotels, de restaurants, de bars, de clubs de plongée. Ca pourrait être gênant mais comme le tout est à échelle humaine et non bétonnée, ça passe mieux que bien.
Le seul problème, c'est que c'est parmi les destinations préférées des familles. Et qui dit famille dit portefeuille mieux remplis que ceux des voyageurs sans emplois. Moi, ça ne me pose pas de soucis particuliers mais pour Yo' et pour Marie, c'est un embarras majeur. On commence alors à écumer tous les hotels de bord de mer, sans succès. Ca dure pas loin d'une heure avec sacs à dos... Ensuite, afin de gagner en efficacité, on décide de poursuivre la quête au meilleur rapport qualité-prix chacun de son côté. Moi, mon côté, c'est sur place, à l'ombre. J'en ai déjà pleins les souliers de tourner comme une girouette en sachant que ça ne sera jamais assez bon marché ou jamais assez propre. Difficile équilibre.
Après 30 minutes, Yo' et Marie reviennent avec plusieurs options. Encore du doute...
Il me revient donc le "privilège" de les départager en allant tous les visiter. Tous, non mais t'as rêvé?!? T'as confondu daubes-trotter avec globe-trotter???
Déjà si je vais en voir un ce sera bien! Je laisse donc mes sacs à mes accolytes et pars visiter le premier d'entre eux. Et là, c'est vite vu. Pour y accéder, il faut longer un long couloir extérieur et, alors que je le traverse, je suis accompagné tout le long par une libellule qui, avec bonheur pour moi, suit le même chemin. Je ne sais déjà plus dans quel pays j'avais entendu ça, mais la libellule est un gage de chance et de bonheur. C'est donc en un clin oeil que ça s'est dessiné dans ma tête pressurée de tant de questions, cet hotel est le bon et je pourrais défendre mon point de vue devant le diable en personne s'il le fallait!!!
Je retourne donc immédiatement aux potes et aux sacs, on s'équipe une dernière fois, c'est enfin le temps de la détente. En plus, la chambre est confortable et le prix en adéquation avec le budjet de chacun, pourquoi s'être pris la tête pendant deux heures?? Hein, pourquoi???
D'autant que maintenant que ça s'est fait, on peut enfin passer à la suite des évènements : l'avènement des jours heureux.

On prend donc la direction de la plage dont on est à une cinquantaine de mètres avec pour seul équipement un maillot de bain, un peu d'argent pour se restaurer et une banane retrouvée. Et, comme on est pas des manches en terme de Plaisir, on s'installe devant la mer, commande à manger et à boire, et, en attendant que ça vienne, on se jète à l'eau, ENFIN!! Pas la peine de se faire prier.
En ce qui me concerne, je suis tout à mon bonheur, je fais la planche, je nage, je suis dans mon élément. Je suis aussi plus loin du bord que les autres. Je les attends donc. Ce faisant, je cherche le sable sous mes pieds immergés que je pose finalement au sol. C'est exactement à ce moment, où comme à l'accoutumée, j'aurais dû regarder autour car si je l'avais fait, j'aurais sans doute remarqué, premièrement, le nuage orageux et symbolique juste au dessus de ma tête et, deuxièmement, que je posais le pieds sur un oursin gros comme le nuage sité en premièrement. Une boule noire recouverte de piquants asserrés comme des fléchettes, un bonheur de plancher!!
En une fraction de seconde, la douleur remonte le long de mes nerfs, traverse ma moelle épinière, provoque un rictus sur mon visage jusque là apaisé ainsi qu'un cri pouvant être "P... de bordel de m...!!!!! qu'est ce que c'est que ces c...???"!!
En fait, dans l'eau, si on veut s'immerger plus profond que la ceinture, il faut traverser un champ de mines. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, c'est exactement le moment que choisit la jeune serveuse qui nous sert pour courir vers la mer et nous mettre au courant :
- "Méfiez-vous, il y a des oursins dans le coin!"
- "Ah bon?!? J'avais pas remarqué, merci du conseil, pile à l'heure!!! Et la nourriture, c'est prêt? C'est sûr? Tu ne veux pas attendre que je me repique avant??"

On est donc sorti de l'eau, moi en boitant en me demandant si la bête ne m'avait pas injecté quelque poison ce qui se produit lorsque le piquant se brise et reste sous la peau de la malheureuse victime. Et bien non, tant pis, ce sera sans doute pour la prochaine fois!!!

Maintenant qu'on a mangé et qu'on est informé des dangers qui nous guettent, il est temps de reprendre le cours d'une journée classique en mode détente sans douleur stupide. Les allers-retours entre la plage et la mer s'enchaînent. Yo' met à l'épreuve le masque et le tuba qu'il s'est payé un peu plus tôt. Marie bronze.

Mais tout cela va un temps, la plage, c'est bien, mais à la longue, c'est un peu chiant... Ca fait enfant gâté? C'est même pas grave!!!
Donc, au lieu de passer notre temps à ne rien faire, on choisit d'aller faire un petit tour à pieds avec l'espoir de se trouver un joli coin pour regarder le coucher de soleil dont devrait nous gratifier la nature. Ca fait encore enfant gâté? Mais euh, même pas vrai!!! On s'équipe donc pour Yo' et moi de chaussures et pour Marie de tongs. On est parti, en route vers la côte ouest de Panglao Island, l'île riquiquie voisine de sa grande soeur Bohol, sur laquelle est posée Alona Beach. A priori, à vue de carte, la côte ouest ne devrait pas être bien loin d'Alona située sur la pointe sud, on verra bien... Comme d'habitude... On reste donc le plus près du littoral possible. Parfois il faut grimper, parfois il faut slalomer entre les flaques qui caractérisent la marée basse. Avec Yo', on s'en sort bien. Pour Marie et ses tongs, c'est limite et encore plus quand on lui fait remarquer que dans l'eau stagnante, il y a des trucs qui bougent. Oups!

Après pas loin d'une heure de marche cahin-caha, on est plus trop mal placé. On a réussi à trouver une autre plage. C'est suffisament à notre gout à tous pour qu'on ne tourne pas pendant deux heures pour en trouver une autre, si vous voyez c'que veux dire...
Le ciel s'assombrit. Le bleu se meut en orange teinté de rouge. L'expérience est on ne peut plus concluante. J'adore les couchers de soleil d'autant plus qu'à l'inverse des levers de soleil, je suis toujours debout quand ils se produisent.
Le ciel est maintenant noir, seul le clair de lune est là pour lui donner un peu de lumière, il est temps pour nous de retourner sur notre plage en profitant du rayonnement lunaire. En chemin, on passe devant un hotel un peu excentré mais qui à l'air plutôt mieux que le notre. Pour le même prix, il propose en plus une piscine. Donc on a beau avoir fait le tour de l'île pour trouver un hotel correct aujourd'hui, il va falloir encore re-déménager demain. Cela dit, pendant le coucher de soleil, on a eu le temps de se demander ce qu'on allait faire le lendemain, et comme on a décidé, Ô merveille, de louer des bécanes, on va pouvoir en profiter pour faire le transfert sans heurts. Enfin si tout va bien, on ne sait jamais...

Au retour à notre hotel, il doit être vers les 19h30. On en a un peu pleins les pattes et on se dit qu'on se boirait bien un p'tit coup pour faire passer la fatigue passagère. Aussi dit, aussitôt fait, un passage à une épicerie plus tard, on est maintenant les propriétaires officiels d'une bouteille de rhum local "Tanduay" (Ahh Tanduay...), ainsi que de coca pour le mixer afin de ne pas se retrouver vite fait hors-jeu. Ca en fait du liquide... Qui plus est, ce soir, on bénéficie d'un cadeau bonux. Yo' a trouvé le moyen de dégotter du tilleul ce qui n'est pas tombé dans l'oreille de deux sourds comme Yo' et moi. Tout ça fait qu'au final il est minuit quand on se rend compte du temps qui passe et de l'appétit qui se creuse. Mais on ne se démonte pas pour autant et on part en quête d'une table hospitalière.
Tout le long de la plage, tous les restaurants sont fermés, c'est bien notre veine. Dans les rares bars qui sont encore ouverts, on se fait rembarrer. D'après ce qu'on peut voir, la seule nourriture qu'on peut se mettre sous la dent, ce sont des paquets de chips. Délicieuse perspective pour un dîner même à pas d'heure... On finit donc par demander à tous les rares locaux qui croisent notre route où est-ce qu'on peut bien dénicher un plat chaud. Et on finit par savoir. Il reste un restaurant ouvert tard le soir, à nous de tenter notre chance. Et de la chance, on en a cette fois.
Le dernier restaurant est toujours ouvert mais est sur le point de fermer. Les seules choses que l'on peut commander, ce sont soit des hamburgers avec frites, soit des salades. Je ne sais plus qui opte pour quoi mais au final, il se trouve que la salade n'a de verte que le nom et que les hamburgers pourraient entrer au Guiness Book des records sous l'appelation "pire nourriture ayant jamais été servie". Heureusement qu'il reste les frites, elles ne font pas long feu sur la table.
On rentre à l'hotel toujours affamé. Il est autour de 1h30. A nous maintenant de nous lever demain matin pour explorer Bohol autant que possible en une journée de deux roues motorisées.
Et pour le réveil, j'endosse la responsabilité de l'heure, 9h, mais aussi de la sonnerie puisque c'est mon MP3 qui sonne. Ca me donne donc des milliers de choix quant à la meilleure chanson susceptible de nous mettre sur pieds de bonne humeur. Ca me tient d'autant plus à coeur, que ça me fait plaisir car j'adore la musique et plus encore MA musique, et le fait d'avoir à trouver une musique qui plait dès le réveil est un challenge intéressant. Je jète mon dévolu sur "Love is all" de Roger Glover & the Butterfly Ball; c'est un hymne au partage, à la fraternité, au bonheur, ça devrait suffir.


A 9h, comme prévu, la musique remplit la chambre. Dans ces cas là, je sais exactement comment ça se passe, si j'éteins la chanson tout de suite, c'est un coup à se rendormir jusqu'à pas d'heure comme j'en fais parfois l'expérience avec joie. Mais aujourd'hui, pas question. Avec la perspective de découvrir Bohol et surtout de conduire la tête au vent, l'heure est au réveil. Je laisse donc la musique suivre son cours alors que je me lève pour aller prendre une douche régénératrice. Là-dessus, Marie se réveille, redresse péniblement la tête et, d'un ton sec, entame la journée par un :
- Tu peux éteindre la sonnerie de ton téléphone? Merci!!!!
Ahhhh, un bonjour aurait été tellement mieux accueuilli!!! Au lieu de ça, je suis sur le cul, c'est bien la peine que je me décarcasse!! Je n'ai pas d'autre possibilité que de faire la gueule, la gamine a intéret à s'excuser ou littéralement ça va chier des bulles!!! La sonnerie de ton téléphone, pas croyable... "Love is All", mon hymne, trainé dans la boue dès le lever...
Je vais prendre ma douche, quand j'en sors, Yo' s'y colle à son tour, Marie roupille. Maintenant que j'y pense, je me dis qu'on aurait dû la laisser là!! Au lieu de ça, Quand Yo' laisse sa place, on la réveille, elle se lève en gromelant. Ca commence à me plaire...
Vient ensuite l'heure du petit déjeuner, toujours pas d'excuses.
Ensuite, vous vous dîtes qu'il est temps de profiter du fait qu'on se soit lever tôt, et bien non. Au lieu de ça, tout le monde file au cybercafé, mais bien sûr... La raison, l'achat en ligne de billets d'avion pour le lendemain afin que l'aventure avance bon train. Moi, je sais que je n'ai pas besoin de ça mais comme Yo' et surtout Marie ont envie d'aller à Boracai (toujours aux Philippines), je suis finalement partie prenante n'ayant pas envie de mettre un terme à mes vacances avec le Yo'.
On y passe pas loin d'une heure... Et on est toujours pas parti, vous vous rappelez, il faut encore qu'on change d'hotel. Ca nous permet au moins de prendre les scooters, on avance pas à pas mais on avance.
Enfin, il est presque midi quand on prend la route. Avec nous, on a deux montures. Pour l'instant, je suis le passager de Marie ce qui devrait me permettre, à l'heure où on jouera aux selles musicales, de prendre le guidon pour ne plus le lacher pour le reste de la journée.
Notre premier objectif, traverser le pont qui nous sépare de Bohol avant de nous aventurer dans les terres à la recherche du centre de préservation des tarsiers. Les tarsiers, non, vraiment ça vous dit rien? Ce sont de minuscule primates avec des yeux qui occupent la moitié de leur face. C'est un peu comme si Yoda avait bu trente expressos! Regardez les photos c'est à mourir!
Mais pour l'instant, on y est pas encore, ce serait trop facile!!

On trouve le pont sans problème, facile. Ensuite, une fois sur Bohol, c'est là qu'il faut commencer à se servir de la carte du LP qui, question détails, est un peu chiche. Il faut d'abord longer la route côtière sans se tromper de sens, mission accomplie.
Ensuite, c'est là que ça se complique, il faut bifurquer. On procède ici surtout au jugé. Combien de kilomètres parcourus jusque là? Combien de kilomètres à parcourir avant de tourner? Et on se lance non sans auparavant avoir demandé confirmation à un local. Très vite, la route se transforme en piste. Puis, très vite encore, la terre se transforme en pierres. Plus de dix kilomètres comme ça en plus d'1/2 heure, ça fait du moins de 20km/h! Petit à petit, la piste rétrécit; à un moment c'est sûr, on a dû faire une erreur... Si on continue à ce rythme, je me demande sur quoi on va déboucher! On est en plein doute. C'est exactement le moment choisi par un philippin pour nous rejoindre, lui aussi en meule. On lui demande. Il confirme notre erreur d'itinéraire. Et puis, sympa comme tout, sympa comme un philippin, il nous propose de faire demi-tour et de nous ramener sur le droit chemin de la navigation routière. Merci M'sieur!!!
On repart à contre-sens pour se rendre compte qu'effectivement, à un moment, il y avait un embranchement qu'on a oublié de voir. Maintenant qu'on est au courant, on répart notre bévue et réattaque en direction du centre aux tarsiers qu'on atteint finalement après deux heures de route.

Le centre est un immense enclos forestier dans lequel vivent quelques uns de ces animaux atypiques. Dès qu'on s'y présente, on nous affuble d'un guide. Je dis "affuble" car, en général, c'est tout sauf indispensable. Mais cette fois, on réalise très vite qu'il en est tout autre. Les tarsiers tiennent dans la paume d'une main et sont plus ou moins verdatres ce qui constitue leur seul mode de défense : le camouflage. Dans la forêt, vas essayer d'en voir un et reviens me voir dans les deux ans si tu y arrives et ce, même dans un enclos. Mission impossible. Impossible, sauf pour le guide. La preuve, il nous conduit droit sur eux. Quatre fois! J'en viens à croire que quand les tarsiers trouvent une branche qui leur convient, ces feignants y restent des lunes durant. Pour nous, c'est tout bénéfique. Sur chaque animal réparti dans les bois, on passe cinq minutes de temps à prendre quelques photos et à s'émerveiller de ces boules de poils dont la tête est recouverte de deux yeux. "J'en veux un pour Noël!", dirait l'enfant gâté. Il est ensuite temps de partir. Laissons les tarsiers vivre leurs amours torrides loins de nos regards voyeurs et avançons! Direction les "Chocolate Hills" ou "Collines chocolats", c'est selon.

En plus du fait que ça me fait très plaisir d'aller découvrir ces collines à priori uniques au monde que j'avais envie d'admirer depuis ma première fois aux Philippines, c'est aussi pour moi l'occasion de récupérer un guidon, celui de Marie, qui glisse à l'arrière. Ca veut aussi dire que sur le tronçon du retour des collines, j'aurais la bécane pour moi tout seul, Yo' devant pour l'occasion libérer la place à la miss castratrice.
Mais pour l'heure, c'est donc Yo' et moi aux commandes, le rythme s'accélère, Marie a peur, accroche toi cocotte!! C'est pas vraiment notre faute, c'est vrai qu'on aime tirer sur la poignée des gazs, mais là, on est pas en avance et plus ça va et plus on sait qu'on va devoir faire de la route de nuit au retour ce qui n'est pas très engageant vue la façon qu'on les philippins de respecter le code de la route.
La route défile à grande vitesse; dès que Marie hurle, je sais qu'il faut que je modère le rythme pendant au moins trente secondes afin qu'elle retrouve un peu de sérénité, et on est reparti en poussant la quatrième dans ses derniers retranchements. Résultat, à cette cadence, on découvre les premières collines peu de temps après, chouette spectacle. Les Chocolate Hills ont ceci de particulier qu'elles sont particulièrement rondes et que la saison sèche leur donne une couleur marron proche de celle du... Du... Du chocolat, bien sûr, gardez m'en quelques morceaux pour quand je reviens, ça manque!!!
Quand on roule, même si on était pas au courant du caractère particulier, on ne pourrait faire autrement que de s'en étonner. Et pour profiter pleinement d'un point de vue, les autorités philippines, qui ont tout bien pensé, ont fait construire une route qui serpente jusqu'en haut de l'une de ces collines et offre d'en haut un panorama unique et payant. Seulement, c'est pas payant si on s'arrête aux 3/4 de la route. Pas folle la fourmi, pas folle la cigale. On reste donc là le temps de s'en mettre pleins les yeux et accessoirement s'en griller une avant de repartir faire un tour plus près sol autour des Hills. C'est aussi l'occasion de re-tater de la route en terre, c'est joyeux. Puis, comme à vue de nez, on en a pour pas loin de trois heures à rentrer, on prend enfin en compte le fait qu'on est en retard. Il est presque 5h et la lumière décroit rapidement. Plus question de traîner sauf que Marie prend la place de Yo' qui s'installe derrière elle.
Je fais donc office de lièvre pour rassurer la demoiselle qui n'a qu'à sucer ma roue (NDLR : jargon plus souvent employé dans les milieux cyclistes que chez Marc Dorcel). Je peux donc me permettre d'avancer, elle n'a qu'à suivre. Seule entorse à cette règle du plus vite possible, on détermine que chacun de nous trois a le droit de solliciter un arrêt photo. Retard pour retard, on peut quand même un minimum profiter de la verdoyance des paysages.
C'est moi qui détermine le premier arrêt, la lumière tombante se reflète dans les rizières, immancable. On descend donc de selle, puis comme c'est joli et qu'il y a un petit chemin, on décide de s'accorder cinq minutes de marche pour voir ce qui se cache derrière. Le chemin mène à une petite maison particulière, impossible d'aller plus avant. On fait donc demi-tour quand on tombe sur la dame qui habite les lieux. Elle est charmante et a le coeur sur la main à tel point que durant les deux minutes de discussion qu'on a avec elle, elle nous invite déjà tous les trois à dîner avec la famille et à passer la nuit. Incroyable!! Trop beau pour être vrai!!! C'est ça les Philippines!!!!
Malheureusement pour nous, on ne peut accepter l'invitation. Le type à qui on a loué les motos possède nos passeports et ça fait frémir Marie. En plus, on a aussi un avion à prendre le lendemain et ça fait aussi frémir Marie à l'idée qu'on puisse le rater. Damned, tant pis... Peut-être une autre fois...
 
A la place, on décide de faire frileusement comme prévu au grand désespoir de Yo' et du mien. En route vers Panglao, Ilona Beach, plus de temps à perdre. Même une pause pipi, c'est limite.
On est encore à mi-chemin quand la nuit tombe. Le traffic n'est pas très dense mais ça déboule quand même de partout, tout le temps, avec une énorme diversité dans les modes de transport et autres animaux de ferme qui traversent la route sans prévenir. Il faut donc maintenir une vigilance de tous les instants. Qui plus est, plus on progresse et plus on aperçoit clairement à l'horizon un orage avec des éclairs aux proportions dantesques. Pourvu qu'on arrive avant la pluie, il ne manquerait plus que ça!!

Au bout d'une heure de conduite nocturne, on atteint le pont qui sépare l'île de Bohol de celle de Panglao. Il semblerait que l'orage n'est pas bougé, on est toujours au sec. Et comme on a quand même conduit une heure dans sa direction, on s'en est quand même bien rapproché. A tel point que maintenant, l'orage semble être à portée de mains. C'est un spectacle extraordinaire auquel on assiste, impossible de ne pas refaire une pause. On s'arrête donc au milieu du pont pour admirer et tenter de prendre des clichés du phénomène. Attendez, tenter? Non, réussir avec brio!!! Une des photos est mon écran de veille d'ordinateur depuis tout ce temps, c'est dire!!! La grosse cartonne!!! La méga touch!!! Le cliché ultime!!! Non, sans dèc'!!!!

Puis enfin, il est vraiment temps de rentrer. On avait promis qu'on serait de retour avant 7h et il est déjà 7h30 sachant qu'on a encore peut-être 45 minutes de plus à rouler. Marie pense à son passeport, encore.
On traverse Panglao aussi vite que possible. Parfois c'est assez limite car la lumière est inexistante mise à part nos phares qui n'aveugleraient qu'un tarsier. Parfois, c'est aussi limite car on croise la route de voitures qui restent en pleins phares tout du long ce qui fait que pendant de longues secondes, c'est à notre tour d'être complètement aveugle!! Mais au final, malgré les risques, malgré les péripéties; on est de retour, VIVANT. Vivant ET sec!!!!
Marie peut récupérer son passeport, ça fait déjà ça de moins sur quoi elle peut m'agacer.
Au total, on aura passé près de sept heures sur la route, tout le monde a mal au derrière et tout le monde a faim. Pour un peu, si on trouvais un restaurant où on pourrait manger debout, moi en tout cas, je ne dirais peut-être pas non.
Mais non, on dîne finalement assis. Et on ne mange pas, on dévore!! Pour ma part, un steack de marlin l'enchanteur d'une livre qui, d'un coup de baguette magique, est avalé en deux temps trois mouvements! J'en avais besoin. Seulement le deuxième repas de la journée et plus encore si on inclue le burger immangeable de la veille au soir. Et à l'issue de cette ventrée, je suis comme les autres, je suis rincé. La seule chose dont j'ai envie, c'est d'une "tisane" ou deux au bord de la piscine que je n'ai même pas encore vue, peut-être d'une trempette optionnelle, et d'une bonne nuit de sommeil.

Ne reste plus donc qu'à rentrer à l'hotel à pieds à l'autre bout du bled pour bien nous achever.
Quand on y arrive, la première chose qu'on demande c'est "Où est la piscine?", bien sûr. Là, la personne qui nous accueuille ruine tous mes espoirs de plan qui se déroule sans accrocs : "Non, pour la piscine, ça va pas être possible..."
- Pourquoi? Il est trop tard? Elle est vide? Pourquoi?
- Allez voir si vous voulez mais je vous déconseille la baignade.
On quitte donc la réception bien curieux de ce qui se trame dehors et, une fois arrivés à la piscine, on comprend tout, l'eau n'y a pas été nettoyée depuis un sacré bout de temps. Peut-être que les espagnols n'avaient pas encore découvert le pays que la piscine n'avait déjà pas été nettoyée!! L'eau n'y est pas bleu mais verte et la surface est recouverte d'une pellicule douteuse surement susceptible de provoquer chez le baigneur des complications cutanées faisant passer la lèpre pour de l'acnée.
Donc non merci, pour la baignade c'est gentil, mais non merci...
Au lieu de ça, on ne se laisse pas abattre et on prend quand même notre tisane au lit. Il en faut plus que des champignons pour me faire renoncer au tilleul!!
Il est pas minuit quand on se dit bonne nuit.
Pour une fois, demain est vraiment un autre jour.
Un autre jour, une autre île. Et entre les deux un avion, royal!!
Vous avez dit enfant gâté??
Mais euh!!!

Pour la peine, je t'embrasse et c'est pas négociable.
A bientôt.
 
 



 
 





 
 


  

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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 17:16
En direct de Radio-Philippines,
Les sens des néophites sont conquis, les miens sont reconquis.
Il n'a fallu que trois jours en province pour qu'à nouveau, je retrouve ce qui fait la magie des lieux : Des sourires, des rencontres, de l'eau salée et au milieu des îles, des îles et encore des îles, plus de 7000 au total.

Et Aujourd'hui, c'est enfin l'heure de s'en rendre compte. Je quitte Luzon, l'île capitale sur laquelle je croise depuis mon arrivée à Manille, avec au programme de ces vingt quatre prochaines heures, la découverte des côtes de Masbate, de Cebu et enfin de Bohol. Le tout en bateau, le train c'est pas possible et l'avion trop loin de la mer.

C'est le départ de Donsol, il fait un temps radieux qui nous enchante autant qu'il nous abrutit. On est tellement efficace qu'on est debout avant 9h. C'est tant mieux car il faut encore prendre un tricycle à moteur pour rejoindre le débarcadère de notre bateau pour Masbate, pour lequel on a pas encore de billet.
Je suis avec toujours avec Yohann qui n'est pas sûr de là où il veut aller et on est rejoint par Marie qui vient avec nous au moins jusqu'à Cebu étant donné qu'elle nous plus n'est pas très au fait de ce qu'elle veut faire. Je suis donc avec deux supers indécis.
Yo' connait Marie depuis quelques jours et je ne l'ai rencontré que la veille déjà en compagnie de Yohann. A ce moment là, Marie voyageait encore avec Berth, un belge. Berth devant partir ce même jour, Marie avait alors proposé à l'un ou l'autre de nous de partager sa chambre ce que j'avais trouvé d'une grande hospitalité pour ne pas dire plus! C'est donc un plaisir renouvelé que de la voir se joindre à nous.

On est tous les trois avec l'équipement complet. Le temps presse car il a fallu à chacun de mes deux compagnons plusieurs dizaines de minutes pour règler tout ce qui pouvait être de superficiel. Je tire donc tout le monde dans mon sillage et dégote un tricycle.
A l'intérieur, Yo' et Marie sont assis sur ce qui peut être communément appelé le side-car. Moi, j'aurais pû aller m'assoir sur la selle derrière le chauffeur mais non, je connais la maison, je reste debout sur le marche-pieds, la tête au vent à saluer tout ce qui bouge la tête en ma direction. Le tricycle file à vive allure dans les descentes et est plus hésitant dans les montées. Pour un peu, on aurait presque envie de descendre le pousser pour éviter de stresser sur le temps qui s'effrite dangeureusement.
Quand on arrive au débarcadère, c'est la course vers le guichet. Notre bateau est déjà là, on est en retard. Face à l'employée vendeuse de tickets, je fais part de notre destination : Masbate Island. Elle nous répond, toute désolée, que c'est trop tard.
Malgré le lever de bon heure et de bonne humeur, la course en tricycle à 2000 à l'heure, on reste la queue entre les jambes... Mais la petite dame a une idée : "Allez donc négocier avec le capitaine, peut-être pourra-t-il vous trouver une place debout. De plus, vous n'êtes pas les seuls."
Il n'en fallait pas plus pour faire renaître en nous une lueur d'espoir. Je me rue vers le bateau avec Marie pendant que Yo' garde les sacs. Là, effectivement, on  est pas les seuls à vouloir négocier avec le capitaine...
Mais on a un atout dans notre manche, Marie présente bien malgré la course effreinée et son sourire Email Diamant pourrait bien faire pencher la capitaine en notre faveur comme c'est arrivé souvent lorsque j'étais en charmante compagnie. Je m'efface donc, rejoints Yohann et attends le résultat des délibérations. Cinq minutes plus tard, Marie est de retour, victorieuse. Comme prévu, on devra rester debout, mais l'honneur est sauf, on va de l'avant plutôt que de revenir en marche arrière vers Donsol. C'est d'autant mieux que des bateaux pour Masbate, il n'y en a pas tous les jours, et le fait de rater celui-là pour quelques minutes aurait pû nous couter quelques jours de surplace. Ouf!!

Dans le bateau, on est tout à nos programmes pour les jours qui viennent.
Moi, je sais où je vais, pas de problèmes. Même si je ne sais pas exactement comment et en combien de temps, pas de problèmes.
Marie et Yohann, eux, sont complètement perturbés par tout cela. Marie n'a pas beaucoup de temps et Yo' plus beaucoup d'argent. Résultat, ils se posent mille questions sans réponses du genre "qu'est ce qui se passe si?" ou "est-ce que c'est mieux ça ou ça?". Les LP se survolent à des vitesses records sans succès, plus ça va et plus le brouillard s'épaissit. Et comme ils ont le chic pour me poser chaque questions qu'ils se posent déjà, j'en perds ma sérénité; trop de questions tuent les réponses dans l'oeuf. Je ne peux plus réfléchir et me réfugie le nez contre un hublot à contempler la côte qui défile au dehors.

Après deux heures de traversée, on est à Masbate. Personne n'a l'intention de rester là, c'est un premier pas.
Le deuxième pas consiste à trouver une gargotte pour se remettre l'estomac et les idées en place. Une fois ce pas de géant passé au cours duquel je retrouve ma bonne humeur, chacun se quitte pour mieux se retrouver. Je vais acheter mon billets pour Cebu puis me poser en musique, Marie et Yo' vont chercher un internet-café pour trouver réponses à leurs questions.
Et à 16h, tout le monde est à nouveau réuni. Chacun a fait la paix avec son programme. C'est bien simple, comme mon idée apparait être la meilleure, Yo' et Marie prennent le train en marche, en route vers Bohol. Un ticket pour tout le monde!!!
Le bateau n'a plus rien à voir avec le précédent. De Luzon à Masbate, Deux heures sur l'eau, on était dans une espèce de vedette rapide avec tout le monde à l'intérieur.
De Masbate à Cebu, plus de douze heures sur l'eau avec la nuit à passer, c'est un ferry qui nous prend. Ca se passe sur trois niveaux qui sont recouverts de centaines de lits superposés. Il doit bien y avoir des cabines doubles quelque part mais comme on a pris les billets les moins chers possibles, on s'en tiendra à ce qu'on voit, le plus grand dortoir qu'il m'est jamais été donné de contempler. Et pour occuper les lits, tout ce que compte les Philippines de diversité : des familles, des jeunes, des vieux, des nourrissons, il y a de la vie là-dedans, c'est un doux euphémisme!

Le bateau lève les amarres à 17h, on est parti pour une nuit sur l'eau, toujours la tête au vent grace au fait que tout le pont-dortoir est grand ouvert sur l'océan.
A l'intérieur, Yo' joue aux échecs avec des locaux, voisins de lits. Moi et Marie regardons le coucher de soleil la clope au bec.
Puis, une fois qu'à l'extérieur il fait tout noir, on rejoint Yo' pour un dîner dans le restaurant du bateau. Quand on y arrive, tout est plein, c'est pas notre veine. Ou plutôt si, au fond reste la table du capitaine, notre table au final, belle attention qui fait qu'au final, on dîne en terrain conquis.
Après le dîner, Yo' retourne à sa partie d'échecs et on se lance avec Marie dans une conversation de plusieurs heures. La conversation va du plus sérieux au plus anecdotique. En résumé, Marie m'évoque sa relation à la spiritualité et à la méditation autant qu'elle raconte comment elle s'est faite lipossucer les bras plus tôt dans le voyage. Vous imaginez ma tronche... Quand la discussion se termine, j'en ai pleins les oreilles, c'est parfait pour un endormissement rapide et efficace bercé par le tangage du bateau qui fend la mer dans la nuit moite.

C'est au petit matin qu'on arrive à Cebu. Mes compagnons, comme moi, sont tout étonnés, c'est le retour à la ville. Le port n'a rien de charmant. La couleur prédominante est le gris, couleur qui contraste avec tous les containers qui s'alignent, se surperposent à l'infini. Cebu City est la deuxième ville des Philippines après Manille dont elle copie tous les critères esthétiques, du moins d'après ce qu'on peut en voir. Mais, il n'y a rien de dramatique à cela, on est pas là pour rester, mais alors pas du tout. En fait, on veut partir le plus vite possible retrouver des horizons plus bleutés, voire mieux, turquoises.
C'est pourquoi, à peine posés les pieds sur les docks, on se retrouve de nouveau devant un guichet vendeur de billet de bateau. Et cette fois enfin, on espère que ce sera le dernier pour nous permettre de poser nos valises et, in fine, s'alanguir dans les eaux transparentes qui font le bonheur des plaisanciers. Et c'est le cas.
Quand notre dernière navette aquatique s'approche des eaux de Bohol, tout est là pour flatter le regard et l'odorat. Ca sent le farniente à pleins naseaux!! et c'est pas le fait de prendre un dernier tricycle, direction Alona beach, qui va changer ça!
La plage y est une fine bande de sable fin comme de la farine. Marcher pieds nus sur de la moquette, en comparaison, c'est comme marcher sur du fil barbelé!! C'est doux comme une peau de bébé lavée des heures durant à la soupline!!
Et la mer... La mer est plus bleue que le bleu de tes yeux, ce qui n'est, avec un peu de chance, pas peu dire!!
Comme dit la chanson, il y a donc le ciel, le soleil et la mer.
Enfin...
Ne reste plus, pour en profiter, que de se délester des vingt kilos que je trimballe sur le dos.
Pour moi, c'est dans cinq minutes; pour toi, c'est pour demain peut-être...
Désolé, mais là, il faut que comme toi surement, j'ailles me réhydrater, car l'insolation guette!!

Des bisous doux comme le sable farineux.
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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 07:32
L'impatience n'est bonne qu'à être assouvie.
C'est par cette maxime digne d'un éphéméride météorologique que je t'invites à me suivre dans les profondeurs exquises des Philippines dont je quitte enfin la capitale.
A Manille, c'est pollué, c'est gris et ça sent le pêché capital à longueur de rue avec une tendance certaine pour la luxure échangeable en pesos.
En province, c'est calme, c'est vert et ça sent aussi le pêché capital avec, cette fois-ci, une préférence assumée pour la paresse partagée gratuitement.

Mais le tout c'est d'abord de quitter la cité tentaculaire, ce qui ce passe comme sur des roulettes grace à Ridfon qui a tout réservé de main de maître. Notre destination du lendemain est Donsol, à priori un gentil petit village au sud de Luzon, l'île principale, depuis lequel on peut ni plus ni moins nager avec des requins baleines, programme sympathique pour ne pas dire plus!!
Pour s'y rendre, on monte d'abord dans un premier bus pour la nuit. Douze heures de trajet routier, rien de tel pour vous plomber un physique de danseur étoile virvoltant. En plus, c'est loin d'être de tout repos car ça fait quatre jours que le sud de Luzon est frappé par un typhon, synonyme de routes gorgées d'eau à la limite parfois de la mer intérieure. A l'extérieur, le bus lève des vagues à faire frémir et la lune reflète les alentours submergés aussi loin qu'on puisse les voir. Ca nous fait dire qu'on a quand même pas mal de chance de ne pas nous être lancés dans cette aventure avec quelques jours d'avance. On aurait en plus pas pû prévoir ce cataclysme car en général, les typhons n'arrivent qu'environ un mois plus tard. Même pas foutus de respecter le calendrier les typhons de nos jours, tout fout le camp...
Avec Ridfon, on s'endort en simultané vers 2h, ça fait déjà sept heures qu'on est parti et on espère déjà que, compte tenu des conditions, le temps dans le bus ne va pas s'éterniser.
Et bien non, on est soulagé, ou en tout cas on le serait si on était pas tous les deux dans une forme plus qu'approximative, le bus est à Legazpi, notre changement, à 7h du matin. En sortant du bus, j'ai déjà mes lunettes de soleil sur le nez tant toute source de lumière est aussi source de douleur. Et puis sans même m'en rendre compte je me retourne et me réveille d'emblée dans la même seconde. Derrière le parking de la gare routière à la beauté douteuse se dresse majestueusement et c'est pas peu dire le Mont Mayon. C'est un volcan, peut-être le plus emblématique des Philippines. Au niveau de la silouhette, plus parfait c'est pas possible. C'est le cône par excellence dont la simple vue, je le confirme, suffit à réveiller un mort. Là, c'est maintenant sûr, on y est, les Philippines même quand tu ne t'y attends pas, ça déboite sévère!!
Et ça ne s'arrête pas là! Enfin en ce qui concerne le bus, si, et c'est mieux comme ça!
A la place, on a maintenant droit à un trajet en Jeepney. Ce sont des sortes de jeeps allongées jusqu'à atteindre dans les dix mètres et qui font office de bus à travers l'archipel. Et à la différence des bus de la RATP, dans les jeepneys, tout est permis.
Tout est permis comme par exemple de prendre la route à l'arrière de la machine, la tête et le corps en plein air, debout sur le pare-choc arrière, accroché à l'échelle qui permet de monter sur le toit! Et ce n'est pas parce que tous les autres touristes qui vont à Donsol avec nous dorment ou rêvassent à l'intérieur que je vais faire pareil!! A moi l'Ipod et avec lui la musique qui fait bouger la tête, ça y est maintenant j'y suis, c'est sûr de sûr!!!!
Au total, c'est une heure de route avec en guise de platanes, des palmiers et cocotiers par milliers; avec les locaux qui, dès qu'ils aperçoient ma tronche, me saluent avec autant de mains qu'ils peuvent et me sourient avec autant de dents que leurs machoires possèdent encore. Les envies de dodo sont loins, je suis dans mon Elément.

En plus, je suis d'autant plus excité que le jeepney nous dépose directement à l'office du tourisme qui, en plus de donner des infos, s'occupe des réservations pour s'accaparer une place sur un des bateaux qui partent à la rencontre du plus gros poisson du monde, le requin baleine. Avec Ridfon, on en a déjà l'eau à la bouche!! Aussi, on s'empresse de réserver deux places pour le lendemain matin en sachant qu'on aurait aussi pû y aller le jour même avec la crainte de ne pas profiter à fond du spectacle du fait qu'à tout moment, on risque franchir le mur du ronflement.
C'est pourquoi, à la place, on part en quête de deux lits accueuillants.
On passe devant un premier hotel. Pas mal mais cher.
Un deuxième hotel. Un peu moins bien et aussi cher.
Puis un troisième et enfin un quatrième pour se rendre compte au final, qu'on a chiné pendant une heure avec nos sacs pour rien, on retourne au premier la queue entre les jambes. On peut enfin poser nos sacs et repartir pour un tour. On est toujours pas mort et comme on est le long de la mer, que la plage est pas mal et que les villages traditionnels et sympathiques ont l'air de se succéder, on prend aisément notre parti d'aller faire une petite ballade sous le soleil.
On commence d'abord par repasser devant l'office du tourisme où on croise les touristes qui reviennent tout juste de leur excursion aux mangeurs de plactons. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils sont ravis. En trois heures de temps, tous ceux à qui on demande ont vu et ont nagé avec, au minimum, cinq de ces paquebots à nageoires!!! Vivement notre tour!
Et puis la ballade continue le long de la côte en marchant d'abord sur le sable tant que la plage est là, puis de rochers en rochers à défaut de plage infinie. C'est le terrain de jeu idéal pour les enfants, donc pour nous. Les enfants justement, on en croise par dizaines qui sont tous curieux de nous voir nous trouver là. Ils nous gratifient tous sans exception de larges sourires ainsi que de "hello" ou de "welcome" approximatifs mais authentiques. Et puis, on arrive au village où on fait figure d'attraction locale. Je ne pense pas qu'en général les touristes s'attardent jusqu'ici parce que dès qu'on passe devant le pas d'une maison, tous les habitants nous regardent transpirer héberlués et ravis. Nous aussi, pas la peine de le dire chaque fois... Pas non plus la peine de dire chaque fois que, comme il fait plus de 40° au soleil, mon T-shirt est vite une loque détrempée et que dès que la sueur commence à me couler dans les yeux, ça pique... Vous aurez compris avec l'habitude. Vivement l'hiver!!! Vite, une douche froide!!!

Et la douche froide, elle arrive dès qu'on rentre à l'hotel. Il est 14h moins 2kg, l'heure de s'assoupir enfin pour une sieste de deux heures. Puis, comme nous sommes les esclaves de l'immuable cycle dormir-manger-pousser (NDLR : sois content que je t'épargne la partie "pousser"!), c'est le moment de passer à la casserole après s'être quand même réservés en début de soirée de quoi occuper nos esprits tout à la baleine : une chasse à la luciole.
Et comme la chasse débute peu après 18h, peu importe si on dîne à l'heure du gouter. Mais le tout, c'est encore de pouvoir. Avec Ridfon, on s'installe dans le restaurant le plus proche de notre hotel pour ne pas perdre un instant. On commande des mets faciles à préparer, une salade et du poulet. Après, je sais bien que je n'ai rien, mais alors rien d'un cuisinier, mais préparer une salade et du poulet, ça doit prendre quoi normalement? 1/2 heure? 45 minutes grand maximum? Pas ici apparemment... On est sous les tropiques et la perception qu'ont les gens du temps n'est en rien comparable avec nos modes de vie stressés à l'occidentale. Ici, le stress, connais pas. Une heure vingt, record battu, on a plus qu'à courrir, on est en retard pour les lucioles.

Une fois à l'hotel, une tricycle à moteur est déjà là pour nous emmener sur une pirogue. De là, la pirogue nous fait remonter le cours d'une large rivière. Il fait déjà nuit. On est entouré des cris de la jungle. Les insectes semblent parler aux grenouilles qui leur répondent énergiquement. Seule source de lumière pour le moment, la lune brille au dessus de nos têtes. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup, elle ne brille pas comme une truffe toute seule dans le ciel étoilé. Ce soir, c'est magique et magnifique, elle est entourée d'un halo lumineux, cercle de lumière parfait qui l'entoure.
Le cadre est donc idéal pour cette mini-croisière. Et après quelques minutes, la lune n'est plus seule avec sa couronne illuminée, alors qu'on passe près d'un arbre, on ne peut que s'enthousiasmer : l'arbre est recouvert de lucioles, ça brille plus qu'un sapin de noël. Sur chaque branche, des dizaines, centaines de petits points lumineux qui parfois restent allumés et parfois clignotent. Le plus fou, c'est que toutes les lucioles se concentrent sur un seul arbre; sur les autres qui l'entourent, c'est le retour à la nuit, pas la moindre bestiole éclairante, juste un banal arbre qui n'irradie pas dans la nuit... Et comme ça pendant une centaine de mètres jusqu'au repère de lucioles suivant.
Au total, ça durera un peu plus d'une heure. Avec Ridfon, on adorerait poser X questions à notre capitaine et guide mais son anglais est aussi bon que notre tagalog, la langue officielle. On passe donc d'arbre en arbre à scruter la moindre lumière et puis plus ça va, plus on est content de voir que c'est bientôt la fin, car n'oublions pas, les lucioles ne sont qu'un amuse-bouche, une aiguille dans une botte de foin, des insectes au milieu des pachidermes.
D'ailleurs les pachidermes, c'est pour de l'autre côté de la nuit. Le tout va être de pouvoir s'endormir tôt pour que ça passe plus vite. C'est pourquoi plutôt que de rentrer en tricycle, on choisit de rentrer à pattes, en espérant que ça nous crève un minimum.
Et puis à marcher au milieu de la campagne en pleine nuit, on se retrouve à prendre notre pied à nouveau. Il fait bon, on s'éclaire à la lune, on ne fait qu'un avec les grenouilles entre autres bestioles.
Et puis enfin on retrouve nos couchages. Faîtes chauffer les magnetos, accrochez-vous, préparez-vous à rencontrer le seigneur des mers, le roi des poissons, son Altesse Sérénissime : le requin-baleine.


Le réveil sonne, il est 6h30. D'habitude à cette heure, quand il faut émerger, j'ai toujours trois minutes où je ne sais plus où j'habite ou pourquoi il faut se lever. Mais aujourd'hui est tout autre. Pas la peine de faire le point, je suis sur autofocus. L'objectif du matin, un poisson gros comme un bus (avé la rime!!!).
Instantanément je suis sur mes pattes, je suis requin-qué, j'ai la grosse patate (peux plus m'arrêter!!!).
Mais je suis vite refroidi, je mets le nez dehors et ne peux pas faire autrement que de remarquer les nuages qui obstruent le ciel. C'est emmerdant car les requins-baleines malgré leur taille imposante sont des animaux déjà relativement difficile à repérer par temps clair, et par temps couvert, ça se complique encore plus car à l'inverse des baleines, les requins-baleines, qui sont des poissons, n'ont pas besoin de remonter à la surface pour respirer.
Mais bon, avec un programme comme celui-là, c'est pas trois nuages qui vont tempérer l'excitation ambiante!!! On y va coute que coute; requins-baleines, mettez le couvert, on arrive et on a faim de vous voir!!!

Dans l'ordre, on va d'abord pointer au centre d'informations pour qu'ils nous attribuent un bateau et des collègues touristes pour complèter celui-ci.
Ensuite, on nous met devant une film qui nous explique les règles qui régissent l'activité d'observation des poissons ainsi que comment agir pour ne pas les perturber outre mesure.
Règle n°1 : Ne pas s'accrocher au poissons ou comme ils disent en anglais, ne pas les "rider", on est pas dans le Grand Bleu.
Règle n°2 : Ne pas rester au dessus du poisson.
Règle n°3 : Un bateau par poisson, s'il y en a déjà un, tu n'as qu'à attendre ton tour, on est pas à l'usine. Ca fait donc un total de 7 nageurs à la fois.
Règle n°4 : La ballade ne peut excéder trois heures.
Voilà pour les règles.

Puis, une fois que chacun a fait en sorte qu'il était équipé d'un masque, d'un tuba et d'une paire de palmes, il est temps de monter sur le bateau.
A bord donc, on est sept touristes, auxquels s'ajoutent un conducteur, un type qui fait office de guide, plus deux autres gaillards grimpés sur les montants qui surportent le toit du bateau. Eux, qui ont le meilleur point de vue sur l'eau, sont chargés de répérer les requins-baleines afin qu'ensuite, on puisse se mettre à l'eau en leur impressionnante compagnie.

Au départ, on est tous comme des piles électriques. Le film, en plus, est passé par là pour véritablement nous montrer à quoi nous attendre. Tous les plaisanciers sont donc plus ou moins debout à guetter les moindres mouvements à la surface de l'eau.
Une heure passe. Certains des passagers commencent à bailler et à s'alonger. C'est dommage, ça réduit leur temps de réaction pour voir les bancs de petits poissons volants qui fuient la course du bateau qui s'apprête à leur passer dessus.
Deux heures passent. Les nuages sont toujours là même si ça se dissipe un peu. Mais de toute évidence, ça ne se dissipe pas assez vite pour qu'il fasse à nouveau beau à l'issue des trois heures que doit durer la navigation. Certains dorment ce qui est à nouveau emmerdant quand il faut voir les quelques dauphins qu'on aperçoit à plusieurs dizaines de mètres du bateau. Pour ceux qui sont encore vaillamment debout comme Ridfon et le Braïce, il n'y a pas à dire, ça donne du baume au coeur, il y a de la vie là-dessous même si, pour l'instant, on rend une copie blanche du côté des requins-baleines.
Trois heures passent. Le constat est toujours le même, on est fani au bar. Pas l'ombre d'une nageoire caudale, dorsale, rien de rien. C'est la plaie pour tout le monde et surtout pour Farid qui doit quitter Donsol juste à notre retour à terre car il a un programme bien à lui que je ne peut suivre. Moi, à la rigueur, je peux retenter ma chance le lendemain mais pour lui, c'est maintenant ou jamais.
C'est donc la grande déception quand on se rend compte qu'on est en train de mettre le cap vers notre point de départ. C'est pas aujourd'hui qu'on va toucher le nirvana du doigt. Ou peut-être que si finalement.

A quelques centaines de mètres de nous, on remarque, ainsi que le reste de l'équipage, un attroupement de bateaux. Il doit y en avoir une grosse dizaine sur quelques mètres carrés. Pas de doutes, au milieu de tout ce bordel, c'est sûr, il doit y avoir l'objet de nos recherches, un bon gros poisson, le plus gros poisson.
Le capitaine, sympa, met alors le cap vers le rassemblement. C'est notre première et notre dernière chance.
A mesure qu'on se rapproche, on remarque dans l'eau des tas de nageurs. Ca brasse en tous sens, c'est un foutoir difficilement descriptible. Tantôt tout le monde nage vers babord, tantôt tout le monde nage vers tribord, tantôt tout le monde met la tête hors de l'eau ce qui signifie que la bête a plongé. Pour un peu, on assiste au pire championnat de natation synchronisée du monde.
On arrive sur place. Là, toutes mes illusions sur les règles à respecter pour ne pas troubler les poissons s'effrondrent. C'est une guerre là dessous. Les dix bateaux, qui forment un quasi-cercle parfait, ont tous déversé leur flot de touristes. C'est à quel nageur sera le mieux positionné pour partager dix secondes à suivre la bête avant qu'un autre nageur vienne à lui mettre un coup de palme pour prendre sa place et la position la plus avantageuse. Je suis presque désabusé et je commence à plaindre la pauvre bête. Mais quand même, quand on me dit de m'équiper et de me tenir prêt, je m'exécute et me tient prêt. Seulement, on a beau être prêt, on ne reçoit pas l'ordre de se mettre à l'eau. Tous les nageurs ont la tête hors de l'eau, ce qui n'est pas bon signe. Le requin-baleine pourrait bien être reparti vers les profondeurs. Qui plus est, je ne sais pas à quelle profondeur ça plonge, un requin-baleine, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'avec mon pauvre masque, mon pauvre tuba et mes p'tits poumons, je ne suis pas prêt de pouvoir le suivre!!!
Sur ce, le capitaine tente une manoeuvre. Il contourne la flotte arrêtée et nous dirige dans la direction que prenaient les nageurs la dernière fois qu'ils avaient la tête dans l'eau. Idée lumineuse!!!

En un instant, tout s'accélère. Les spotters s'agitent, le capitaine cri, le guide cri à son tour : "tout le monde à l'eau, en voiture Simone!!!". Pas la peine d'en dire plus. Dans la seconde, j'ai quitté le pont. Je mets la tête sous l'eau et là, c'est l'halu'. Il y a un requin-baleine d'environ dix mètres de long qui est pile en train de remonter, exactement dans notre direction. Il doit être à sept ou huit mètres de distance. Sa gueule grande ouverte, qui est en train de s'empiffrer de tonnes de krill, forme une élipse dans laquelle je pourrais facilement tenir dans le sens de la longueur!! C'est à peine croyable!!! Ca dure comme ça deux ou trois secondes qui paraissent être une éternité, pour un coup d'essai, c'est un coup de maître!!!! Bien joué capitaine!!
Le mastodonte poursuit alors sa course jusqu'à deux trois mètres de nous puis se stabilise en nous passant juste en dessous. Je ne peut alors rien faire d'autre que de le regarder passer. Lourd comme un bus, gracieux comme un petit rat de l'opéra, c'est la nature qui s'exprime dans toute sa démesure. J'ai tout juste le temps de prendre une photo que je continue encore à me passer en boucle avant de me rendre compte qu'il est temps de s'activer. D'une part, même si le requin ne donne pas l'impression de se donner la peine d'aller plus vite que la musique, il avance quand même plus vite que je ne marche. D'autre part, de partout, les nageurs des autres bateaux sont en train de nager vers nous et, si je ne fais rien, je vais finir découpé en rondelle, débité en tranches par une armée de palmes folles.
Je me mets donc à nager aussi vite que possible, il faut que je rattrape l'animal. Mais malheureusement, il s'en est fallu d'une seconde trop tard, des nageurs arrivent par la gauche et d'autres par la droite. Et comme ce qui devait arriver arrive finalement, je m'en rend compte quand je prends en plein front le tranchant d'une palme lancée à grande vitesse.
Il est alors trop tard pour faire quoi que ce soit, la baleine a quitté la scène, merci quand même à elle d'être venue...

Et une fois de retour sur le bateau, tout le monde est revigoré. On a tous, comme au milieu d'un concert, envie de battre le rappel : une autre, une autre, une autre! Et ça tombe bien, le capitaine aussi est revigoré! Il abandonne pour un temps l'idée de revenir au port, on repart en quête. 1h30 de plus!!!
Malheureusement, ça ne nous aide pas à voir d'autres requins-baleines mais au moins on apprécie l'attention d'autant plus qu'on peut à nouveau observer les poissons volants et les dauphins. Sympathique!!
Donc, si tu as bien fait le calcul, on a brisé une nouvelle règle puisqu'on a quand même passé un total de 4h30 sur le bateau!! Pour un poisson mais quel poisson!! Farid peut repartir tranquille, sa quête n'aura pas été vaine. Pour ma part, cette rencontre avec le colosse m'a mis l'eau à la bouche. J'ai l'impression d'avoir vu la bande annonce pour le long métrage du lendemain. Un poisson aujourd'hui, peut-être dix demain, c'est tout ce que je me souhaites!! En plus, c'est maintenant qu'on est rentré que le soleil brille et que les nuages se sont évaporés, pourvu que ça tienne 24h de plus!!

En attendant, j'accompagne ridfon à l'hotel pour qu'il prenne l'ensemble de ses affaires. L'ensemble de ses affaires sauf ses lunettes de soleil qu'il oublie dans la mélée. Comme quoi, y'a pas qu'à moi que ça arrive!!!! Même si je suis désolé pour lui, je suis content de pouvoir le dire!!!
Je suis également ravi de pouvoir dire que, comme je m'y attendais, ça s'est super bien passé pour Farid ces quelques jours à mes côtés, à quand ton tour?

En t'attendant et une fois le roi Farid parti, j'ai profité de la plage une bonne partie de l'après-midi à jouer avec les gamins. Y'a pire... Surtout que quand j'en ai eu marre des les envoyer voltiger dans l'eau le plus loin possible, il était l'heure d'essayer d'aller retrouver Yo' quelque part au bled.
Pas trop compliqué de s'y rendre, les chauffeurs de tricycle en viennent quasiment aux mains pour m'avoir, direction Donsol côté village après le côté plage. Et là, coup de bol, à peine on entre dans le bled, qui est-ce que j'aperçois au détour d'une route? Yohann bien sûr!!! Là encore, c'est la joie des retrouvailles. Ca fait deux jours qu'on s'est quitté, et c'est déjà trop de joie de se revoir.
On prend une bière, puis deux, il faut combattre par tous les moyens légaux la température caniculaire. Et comme plus on est de fous, plus on rit; alors que la nuit est tombée, on partage un dîner fait d'exquises brochettes achetées sur la place du marché pour pas trois francs six sous avec un couple qui dort dans le même hotel que Yo', Chris et Foam, encore des anglais il me semble...
De l'autre côté de la rue, des philippins boivent aussi des coups, on les entend rire à des kilomètres. Très sympathiquement, ils nous invitent à les rejoindre. Comment ne pas accepter? Vive les Philippines!!! Il y a là le petit fils du maire, des guides, des paysants, tout l'éventail de la population de Donsol. L'ambiance est excellente, les tournées nombreuses. Puis au fur et à mesure que la soirée avance, les premiers commencent à aller se coucher. Chris et Foam d'abord, puis des philippins, puis Yohann. A 23h, on est plus que trois bougres autour de la table, je suis le seul gringo, ça faisait longtemps!! La conversation se poursuit autour d'un dernier verre jusqu'au moment où il est aussi temps pour les derniers des Mohicans d'aller au lit. Moi, je n'habite pas franchement dans le coin, puisque je suis dans les parrages de la plage, mais ça ne me fais pas peur d'avoir à rentrer à pieds. 45 minutes, une heure tout au plus. Mais le petit fils du maire ne l'entend pas de cette oreille, je suis leur invité, pas question pour eux que j'use mes semelles. C'est donc lui qui me ramène à l'arrière de sa mobylette, escorté par ses deux potes qui sont aussi en deux roues, dont un qui peut à peine marcher tant il est fait. Notre escadrille, digne d'un convoi présidentielle, parcourt Donsol à grand bruit et à grands rires.
A 1h, c'est mon tour d'éteindre la lumière. J'ai rendez-vous avec le reste de la troupe à 7h pour un nouveau frisson en grand large.
Restez-là les requins, j'en ai pas fini avec vous!!!! 


C'est mon deuxième jour d'exploration du gigantisme sous-marin. Il est encore 6h30 quand il faut que j'active la machine. Une fois de plus, ce n'est pas très compliqué, il me suffit de penser à ce qui va suivre dans les heures à venir pour qu'automatiquement tous mes neurones se mettent en ordre de marche. Comme si ça ne suffisait pas, je suis conforté dans mon réveil par le fait qu'aujourd'hui, c'est un ciel azur qui reçoit mes premiers regards à travers la fenêtre.
Les circonstances sont idéales. Nuls doutes que c'est le grand jour.

Sur le bateau, nous sommes encore sept touristes. L'ambiance est toute fois un peu meilleure que la veille. Certes Ridfon est parti ce qui est dommageable, mais pour le remplacer à bord, Yo', Chris et Foam sont arrivés, ce qui fait qu'il y a moins de ronfleurs et plus de gais lurons.
Mais tout cela ne dure qu'un temps... Comme poursuivi par la malédiction, j'ai l'impression de revivre le scénario de la veille. Après 2h30 sur l'eau, on est toujours bredouille à l'exception toujours de quelques dauphins qui ravivent la flamme quelques minutes en se laissant apercevoir.
Puis, toujours comme la veille, alors qu'on est proche de rentrer, il y a de nouveau une frénésie de bateaux à l'horizon. Pas la peine de me faire un dessin, je sais que ce n'est pas pour le drive in mais plutôt pour le dive in. On se rapproche, ça se confirme, il y a des dizaines de personnes à l'eau, ça se confirme, je plains les requins-baleines. Mais, alors qu'on nous intime l'ordre de nous équiper, tous mes freins se lève, c'est à moi de faire valoir mes palmes et mes coudes. Depuis la veille, je connais la chanson.
Sur le bateau, tout le monde est prêt à sauter, tout le monde du même côté. Je suis complètement à l'arrière, Yo' à côté de moi. Le moment tant attendu arrive, le guide hurle "sautez!!!". Chacun se lance à l'eau sauf Yohann qui n'a pas encore comris le principe que si tu ne sautes pas tout de suite, tu as tôt fait de te rendre compte que c'est trop tard. Or, pour que je me lance, il faut qu'il y aille le premier et me fasse de la place. En effet, si je saute et qu'il est encore là, je me prends en pleine tête le bras à la perpandiculaire du bateau qui sert à porter le flotteur gauche comme sur un trimaran. Je commence par être poli : "Yo', c'est quand tu veux". Puis, plus pressant : "Yohann bordel, il faut y aller. Enfin, carrément lourd : "Bon, tu le bouge ton cul ou quoi?". Mais le bougre en est encore à installer ses palmes ou son masque, peu importe, de mon point de vue, ça ne fait pas de différence. Et finalement, il est prêt, il saute. A sa suite, je saute aussi. Mais au moment où je mets la tête dans l'eau, je ne vois rien. La visibilité qui n'est que de quelques mètres n'aide pas non plus.
Quand mes yeux retrouve la surface, je comprends qu'i est trop tard. Ceux qui parviennent à suivre le monstre sont déjà loins et tout ceux qui m'entourent dont Yohann sont tous à leur joie et se raconte déjà des trucs du genre : "Whaouuu, trop bien, t'as vu comment il était gros?". Moi, je suis dégouté, sur deux jours, j'ai déjà passé sept heures sur le bateau et mon tableau de chasse se monte faméliquement à un individu. Impossible de cacher ma rancoeur quand je revois Yohann et que lui aussi me demande si j'en ai bien profité...
Il est alors temps de remonter sur le bateau, le spectacle est fini.

Seulement, ce matin, c'est presque comme si on avait de la chance. Pas cinq minutes ne passent qu'il faut déjà qu'on se reprépare. Pas la peine de me le dire deux fois comme je n'ai pas besoin de dire à Yo' qu'il est indispensable qu'il me laisse plus de place s'il veut qu'on laisse une chance à notre amitié. Cette fois-ci, ça y est, j'ai imprimé, nager à côté du requin-baleine, c'est une vraie guerre. Ce n'est pas un masque que je portes mais un casque de combat et ce n'est pas une paire de palmes que j'ai aux pieds mais une paire de rangers cloutées.
Et là encore, le guide nous hurle d'y aller, je suis le premier à l'eau. Et cette fois, personne entre le requin-baleine et moi. Il est devant à gauche à environ quatre mètres ce qui est largement suffisant malgré la visibilité qui elle n'excède pas 10 mètres ce qui est quand même un peu frustrant, d'une part car on est aux Philippines et pas dans la Manche, et d'autre part car quand le poisson mesure près de dix mètres, c'est physiquement impossible de le voir sur toute la longueur, il est trop grand!!!
Je suis alors enfin en mesure de le suivre. Je nage aussi vite que je peux. Mes palmes mesurent dans les 40cm et sa nageoire caudale environ 2m50, ça fait une grande différence quand je veux avancer à la même vitesse. Il faut d'ailleurs que j'ailles tellement vite que je n'ai même pas le temps de faire une photo si je ne veux pas le perdre. A la limite, j'aurais dû car en un éclair, sans que j'ai le temps d'anticiper quoi que ce soit, je suis rejoint par la meute des chiens enragés et palmés qui veulent aussi profiter du spectacle. Une nouvelle palme vient me frapper au front, la course-poursuite est finie, c'est le retour au bateau.
Cette fois, même si l'amertume du premier raté de la journée est toujours bien présent dans ma mémoire, je peux me joindre aux conversations et autres débrieffings enjoués, ça fait du bien!!

Et puis, alors qu'on est encore en plein dans l'émotion de cette dernière rencontre, c'est l'avalanche! Encore une!!! Chouette!
Mais cette fois, on est pas les mieux placés, le capitaine ne peut faire autrement que de nous faire descendre derrière le flot des nageurs. Pour qu'on soit mieux placé, il faudrait qu'on fende la foule avec le bateau, impensable!! Je laisse alors l'appareil photo à bord en sachant qu'il faudra avant tout se battre et nager vite. Quand j'arrive dans l'eau, je suis loin d'être en pôle position. Alors je nage. Aussi vite que possible, c'est une course contre une centaine d'autres nageurs. Là, j'adorerais te dire que je les ai doublés un à un, que je suis à la limite de l'aqua-planing tant je vais vite, que je dégoutes tous ceux que je laisses derrière au point qu'ils se demandent tous si ça vaut vraiment la peine d'avoir appris à nager, mais non. A mon grand regret, c'est pas le cas. Je reste lamentablement englué dans le paquet, impossible de s'extirper et d'aller chercher le maillot vert. Encore une baleine que je ne vois pas, c'est pas mon jour...
Mais ça aurait pû être pire...
Foam dont je vous ai déjà parlé a eu une expérience bien pire. Alors qu'elle nageait elle aussi au milieu du paquet, a été la victime d'un chauffard capitaine de bateau. Ce dernier qui devait être le dernier à arriver sur les lieux, n'a rien trouvé de mieux que de traverser littéralement la foule des nageurs avec son bateau pour que ses touristes puissent être en tête de peloton. Finalement, c'était, pour lui, pas si impensable que ça... Le malade mental... Et Foam, dans tout ce bordel, s'est prise un des flotteurs en bambou en pleine tête alors qu'elle regardait sous l'eau. Vous imaginez la surprise pour la pauvre qui aurait aussi bien pû être KO dans l'affaire. Vous imaginez aussi la réaction de Chris, son copain, ainsi que de toutes les personnes à bord de notre bateau, les esprits s'échauffent devant tant d'irresponsabilité. On localise le bateau fou en se promettant de se plaindre en haut-lieu une fois la terre rejointe. La pauvre Foam est toute secouée avec une énorme bosse, on retourne à la base, cette fois c'est belle et bien fini.
Fini pour les requins-baleines pas pour la fête. Sur un autre bateau qui rentre aussi au port, j'aperçois Mickael et Bryce qu'on avait laissé avec Farid et Yo' à Manille en galante et sans doute couteuse compagnie. J'ai autant hâte d'entendre leur version des faits autant que de partager une tournée avec eux que je cotoies épisodiquement depuis le Laos.

Sur la terre ferme, après avoir scellés nos nouvelles retrouvailles, on va d'un pas ferme et décidé au centre d'informations et de réservations, c'est la cohue. On se presse tous pour prendre des feuilles de papiers et décrire le film des évènements. Si le capitaine en perd son poste, ce n'est pas grave, on a tous l'impression de ne pas être passé loin d'un accident mortel. On laisse alors nos dépositions en essayant de s'assurer que ça va servir à quelque chose et, en sortant du batiment, on tombe nez à nez avec le capitaine incriminé. Le type est un petit bonhomme rondouillard avec une bouille souriante. Dans un semblant d'anglais, il bredouille : "Ah c'est vous. Je suis désolé de ce qui est arrivé, c'est vraiment pas de chance... Si vous voulez, vous pouvez toujours refaire une croisière demain matin, je suis sûr que ça se passera mieux!".
On tombe des nues, le type ne se sent responsable de rien et on commence à comprendre que tout, ici, se passe en toute impunité. C'est bien la peine de nous montrer des films explicatifs sur les choses à faire ou à ne pas faire... On reste donc avec un gout amer dans la bouche et pour Foam, une douleur aigue sur la tête. On ne peut rien faire de plus que de retourner à nos hotels et à oublier les points négatifs pour se concentrer sur l'exceptionnel : j'ai nagé avec un requin-baleine de 9m de long!!!!!!!!!
C'est sur que ça va alimenter mes conversations pour la journée et les années à venir!!

Je laisse les autres là, je suis le seul à habiter côté plage. Je me dépêche de faire mon sac, ils m'attendent tous à leur hotel où, c'est promis, j'ai une place de réservé. Je passe donc du côté Donsol-village. En plus d'être déjà bien agréable car je retrouve la compagnie de mes compagnons d'odyssée maritime, c'est encore mieux car c'est la fête au village. Tous les habitants se "massent" par dizaines autour des terrains de sport du bled. La fête s'articule autour de tournois de basket, de volley, de badminton, c'est l'effervescence dans la campagne.

Dans l'après-midi, on se joint donc à la foule pour regarder les joutes sportives, les points s'enchainent comme les bières fraiches.
Avec les autres à l'exception de Foam qui se repose et Chris qui panse ses plaies, on entreprend de faire une petite partie de badminton. Avec Yo', on joue l'un contre l'autre en double avec comme partenaire pour chacun une folle du village (folle comme largement efféminé pour un garçon en poussant des cris d'adolescentes chaque fois qu'ils tapent dans le volant). L'ambiance est excellente et on est le plus souvent mort de rire notamment quand le "partenaire" de Yo' l'interpelle de façon langoureuse. "Yoooohannnnnn!!!". C'est divin!!

Le soir, c'est l'évènement basket. Les meilleures équipes de la région s'affrontent. Ca nous fait un divertissement sympathique pendant que la fatigue commence à s'installer. Et elle vient rapidement la garce!! A 23h, tout le monde est couché.
Avec Yo', notre sac est déjà prêt. Au matin, on lève le camp pour prendre si possible trois bateaux en 24h pour se rendre au final sur l'île de Bohol bien plus au sud.
Mais ça, c'est un autre jour, un autre article, une autre heure de lecture prise sur ton temps précieux.
Désolé, ou pas d'ailleurs.

J'envoie le requin-baleine te faire des baisers géants.
A condition bien sur que tu sois fidèle au poste comme je le suis moi-même. Laisse un commentaire qui aidera à soigner les ampoules qui me poussent sous les doigts.
A bientôt.

 
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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 07:24
Après ce court chapitre plaintif et revendicatif, il est temps de reprendre le fil. Je pense que tu as maintenant compris, en tout cas jusqu'au prochain rappel à l'ordre.
Merci.
Et maintenant, moteur, action, Philippines scène 1, première!!!


Ahh, qu'il me tardait d'être de retour au pays des sourires, au pays des plages paradisiaques aux fonds sous-marins à rendre sa prime jeunesse au commandant Cousteau, au pays du rhum à 2$ la bouteille, au pays où il est si simple d'échanger avec le premier péquin venu étant donné que là-bas, même s'ils sont distants de l'Angleterre de plus de 10.000km, ils parlent mieux anglais que nous et notre école obligatoire jusqu'à 16 ans.
La dernière et première fois, c'était en 2005 et depuis, il me tardait d'y redéposer mes empruntes sous les cocotiers au point que cette fois-ci, je pense avant même d'y être que deux mois ne seront pas de trop.


Je suis donc les fesses vissées sur mon siège dans l'avion qui m'emmène de Saigon à Manille. J'ai beau être dans un vol nocturne dont l'atterrissage est prévu à 4h45, je ne tiens pas en place, je trépigne, pour un peu, je me rongerais les ongles. A mes côtés, Yohann, Bryce et Michael dorment du fait que eux, ils ne savent pas... Pas encore... A l'approche des lumières de la ville, c'est un réveil secoué à la manière d'une bouteille d'Orangina qui les attend. Je n'en peux plus, il faut que je partage ma joie. C'est pas un tremblement de terre qui secoue l'avion en vol, c'est moi qui sonne le réveil. Enfin, on touche terre. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, c'est un lever de soleil tout en couleurs qui nous salue à la sortie de l'aéroport.
La suite, c'est que du classique. On prend un taxi qui nous dépose en centre-ville. C'est un peu coutumier sauf que là, ça fait réellement des vacances quand on peut simplement demander au chauffeur de nous transporter où on veut pour peu qu'on parle l'anglish, au lieu d'avoir à se battre, à sortir une carte ou à mimer des noms dont on est même pas sûr.
Et le chauffeur nous arrête, on est arrivé. A l'extérieur, c'est la GH dans laquelle dort Farid, mon pote parisien, voyageur et débonnaire qui est aux Philippines depuis une semaine environ. On demande d'abord à la réception pour quatre lits mais l'hotel est plein. Je fais alors patienter mes ouailles vietnamiennes, l'occasion est trop belle d'aller sortir du lit l'ami Ridfon et de lui donner l'accolade matinale.
Je suis donc face à sa porte quand je commence à frapper. D'abord en douceur puis avec plus de véhémence tant le gaillard est dans les vappes ce dont je ne peux lui en vouloir vue l'heure qu'il est. Et puis, après avoir frappé, après avoir prétendu que c'est une descente de police, il ouvre enfin la porte les yeux collés par l'oreiller, c'est l'heure des embrassades. Cinq minutes pas plus, mais bordel, c'est bon!!
Et comme on sait que ce n'est que le début, on se file rencart en début d'après-midi.
Nous, les autres sans domicile fixe, on n'a plus qu'à se trouver un toit.
Une nouvelle GH, pleine. Puis une autre, pleine. La fatigue se fait sentir et la ballade avec l'équipement complet par 27-28° alors qu'il n'est pas 7h, ça crève surtout quand on a pas encore dormi.
En fin de compte, le long de la rue, on en découvre une nouvelle dans laquelle on peut occuper deux chambres doubles, enfin. Le seul hic, c'est que la Roberto GH, c'est le taudis le moins cher et inversement le plus miteux des environs. Le lit double que je partage avec Yo' fait dans les 1m20 de large. Les cloisons pourraient en cas d'urgence servir de papier à rouler. La salle de bain commune est une mare dans laquelle il ne vaut mieux pas marcher pieds nus au risque de collectionner les verrues.
Mais rien de tout cela n'est grave tant on est fatigué, on pourrait dormir par terre à côté de marteaux-piqueurs. On roupille lourdement jusqu'à midi, il est l'heure de retrouver Farid autour d'une bonne assiette. Tout le monde profite de l'occasion pour faire connaissance et rire des histoires des autres.

Pendant le déjeuner, Farid nous indique que dans la cour de son hotel, il y a un demi-terrain de basket avec un ballon à disposition. Résultat, on est comme des gosses; ceux qui vivent Manille pour la première fois en oublient les visites et la découverte de la ville en marchant, il faut qu'on fasse honneur au sport national. Donc pendant deux heures, on court, saute, vise, etc, c'est le défi lancé à la chaleur en même temps que l'opération sudation qu'on était en droit d'attendre. Au fur et à mesure, on est drainé de notre énergie et on finit tous sur les rotules à voir des points rouges partout comme quand on se lève trop vite. D'ailleurs alors qu'on a fini de courrir et qu'on rentre doucement à la base en marchant dans la rue, je ne vois pas arriver une petite vieille qui pousse un charriot roulant et débouche d'une intersection. J'aurais mieux fait de regarder devant moi, par un hasard malencontreux, je réalise l'exploit de me fracasser les deux tibias en même temps sur la structure tubulaire du charriot. Je jongle, je saigne, c'est certain que ça ne va pas rater et finir en cicatrice, une de plus.
Dans un sens, comme je n'ai pas la place d'acheter de souvenirs, ça tombe plutôt bien, mais la prochaine fois, c'est promis, j'essaye quelque chose de moins douloureux.
J'ai beau ne pas être matinal, j'ai mal... Il faut que j'dormes!!  
C'est donc une nouvelle sieste qui s'organise, il est 3h de l'après-midi et on est crevé comme à 5h du matin. Tout le monde a besoin de reprendre des forces.

Au réveil, le soleil est déjà tombé. Il est 20h, on crève de faim.
On pourrait alors choisir de se faire, comme au déjeuner, un restaurant bien classe mais au lieu de ça, on préfère s'établir dans un bar / resto qui tient plus du relai routier que du relai chateau. On est assis sur du mobilier de jardin. La clientèle est à majorité philippine. Les consommations se multiplient, presque comme pour faire plaisir à la tenancière de l'endroit qui doit avoir vingt ans et qui fait fondre Yo'.
Et à mesure que la soirée passe, on s'ennivre joyeusement, rejetant tant qu'on peut l'appel du pied de tous les vendeurs de rien qui sont trop contents de voir cinq gringos attablés, et de toutes les michetonneuses à la recherche d'un client pour la nuit qui sont aussi très contentes. Tout cela est très bien rodé, on a une discipline de fer. Enfin pendant un temps car je ne sais pas trop comment c'est arrivé mais, à un moment, on est plus cinq à table mais sept. Deux filles très féminines, genre talons hauts et jupe courte, s'assoient à notre table et commencent à prendre part à la conversation avec une grande aisance. Elles ne nous quitteront plus, enfin pour certains...
Pour ma part, jusque là je passe une soirée d'enfer même si plus ça va et plus j'ai envie d'aller voir le front de mer. C'est pas que ça ressemble à la Polynésie mais quand même, quite à être là, autant aller sentir l'air marin. Je tente alors de convaincre tout le monde, ce qui n'est pas bien difficile quand je précise qu'on peut aussi bien aller s'installer là-bas en achetant en chemin tout ce qu'il faut pour entretenir le rythme dans lequel on se jète déjà à corps perdu. Après être donc passés par une épicerie accueuillante et bien achalandée, nous retrouvons la rue jusqu'au large boulevard qui longe la mer. Nous sommes alors au nombre de sept puisque les deux "copines" y viennent avec nous. Il faut dire aussi que plus la nuit avance, plus Bryce et Mickael se rapprochent des poulettes.
Moi perso', j'en étais déjà pas bien proche mais c'est encore pire quand j'en vois une qui jète une des bouteilles de rhum vide à la mer. L'alcool aidant, je ne peut m'empêcher de lui faire la remarque ainsi qu'une petite leçon d'éducation civique! La tronche qu'elle a fait... Du genre "ah bon c'est pas bon pour l'eau quand on jète une bouteille dedans?" Non mais j'vous jure...
D'ailleurs, le karma ne l'a pas raté celle là. Quelques minutes plus tard, la philippine part faire je ne sais quoi sur les rochers entre la mer et le muret sur lequel on est tous assis. Quand elle revient, elle a la jambe qui saigne comme un cochon à qui on aurait tranché le cou, il y en a partout. Peut-être si elle avait un peu plus respecté la mer...
On en serait déjà pas là à marcher pour trouver un autre spot à notre convenance pour ne pas baigner dans des flots d'hémoglobine.
Et pendant qu'on marche, je fais la causette à Yo' et Farid. On marche. On marche. Et à un moment on se retourne, où sont passés les autres? Evaporés.
On les cherche alors quelques minutes avant de se rendre à l'évidence : les poules ont obtenu satisfaction, elles vont passer à la casserole à la sauce canadienne. Soit, la fête continue maintenant à trois.

Avec les deux autres trublions, on cherche alors un bar qui ne soit ni une orgie de décibels inaudibles, ni un repère à hotesses à l'hospitalité douteuse. Et c'est pas facile!!! J'avais oublié à quel point Manille était au centre de la carte du tourisme sexuel.
On rentre par exemple dans un bar. A l'intérieur, des sièges bien confortables, une musique douce et groovy, aucun client, une vingtaine d'employées toutes courtements vêtues, on repère le traquenard à des kilomètres... Mais comme on a déjà longuement marché pour trouver un endroit à notre gout, on fait bien part à nos hotesses qu'on est pas là pour ça et qu'on souhaite juste trouver un endroit au calme pour boire quelques derniers coups avant d'aller dormir. Et là-dessus, l'hotesse en chef, compréhensive, nous indique qu'il y a une pièce tranquille au fond qui pourrait très bien faire l'affaire, tu parles... On y va. Il y a effectivement un grand canapé, une table basse, même une télé avec micro si on a des envies de karaoké. Ca a l'air OK quand on s'installe mais, dès qu'on commande à boire, la porte s'ouvre et une quinzaine de filles, le maximum qui puisse tenir, s'installent immobiles et silencieuses debouts le long du mur en attendant qu'on veuille bien en sélectionner une ou plus.
En fait, c'est le deuxième menu!!!!
Donc pas moyen de rester plus longtemps, on repart à la recherche d'un endroit chaste ou en tout cas moins explicite. Pas facile donc... C'est pourquoi, après près d'une heure d'hésitations ou de refus purs et nets, on finit dans un bar à karaoké où les serveuses s'assoient avec les clients qui veulent bien payer pour boire en leur compagnie. Classe!!
On boit donc un verre puis un autre puis un autre. Et au milieu de tout ce bordel, je suis poussé par mes camarades timides à prendre le micro. Il n'en fallait pas plus pour me motiver, le karaoké et moi, depuis le temps que je suis en Asie du sud-est, on est inséparable et surtout quand j'ai bu! J'enchaine donc les chansons sous les yeux étonnés de l'assistance. Les heures s'enchainent jusqu'à ce qu'on soit les derniers clients. Moi, je continue à brailler jusqu'à ce qu'à 4h, on se fasse gentiment prier d'aller voir ailleurs ce dont on s'acquitte sans faire de drame.
Sur ce, Farid choisit d'aller se coucher.
Avec Yo', on a encore du jus, pourquoi ne pas attendre le lever de soleil?
On retourne donc sur la promenade de front de mer à scruter l'horizon. Dans l'attente, on achète une pizza à un gusse qui trimballe une chariole avec marqué "pizza" dessus. Bien mal nous en a pris, la pizza, de couleur rose, est imbouffable. Imbouffable pour nous et nos estomacs élevés à la cuisine française en fait, car on fait un heureux en lui offrant cette parodie de nourriture. On se rabat au final sur un épi de maïs chacun vendu par un autre gusse à chariole qui passe quelques minutes plus tard.

A 6h, le soleil est levé, on est rincé, il est temps de s'en retourner à notre GH. En chemin, on passe devant une église qui célèbre la messe du dimanche de 6h30. Et elle est pleine!! Incroyable, le dimanche dans cette église, il y a une dizaine d'offices religieux tout au long de la matinée tant les philippins sont croyants et répondent à l'appel de la bondieuserie. Le prochain pape, un philippin? Pourquoi pas, ici c'est pas les croyants qui manquent!!!

Au retour à l'hotel, il est presque 7h. Tous les philippins sont réveillés et attendent fébrilements l'autre évènement de la journée, le combat de Mani Pacquiao, champion du monde de boxe et équivalent de notre Zizou national. Pour nous le combat va être de trouver le sommeil. Après avoir réveillé Bryce et Mickael pour s'enquérir rapidement de leurs péripéties péripapétitiennes, on est allongé sur notre lit non pas à compter les moutons mais à compter les cris des coqs qui sont juste de l'autre coté du mur en papier crépon et qui s'époumonnent de plus belle chaque fois que l'un d'entre eux interpelle les autres.
Heureusement qu'on est crevé, c'était un coup à acheter un lance-pierres et la fin de ces premières 24h philippines en sachant que si c'est comme ça tout le long, je risque de trainer un long mal de crane et de rarement être levé avant midi, ce qui, vues les circonstances, est déjà pas mal.


C'est d'ailleurs à midi que le réveil sonne cinq heures après le coucher.
Il fait une chaleur de brute dans la chambre et la douche froide est une bénédiction même si c'est toujours aussi douteux. Dans la chambre d'à côté, Bryce et Mickael sont introuvable, on en saura pas plus, dommage, une occasion à coup sûr de rigoler qui s'envole.
Farid, quant à lui, est parti faire une ballade à pieds à Intramuros, le quartier historique de la ville; je passe l'après-midi avec Yohann. Une après-midi qui passe super vite en fait. Comme on est dimanche, tout est fermé et on passe déjà une heure à trouver un endroit qui sie à nos estomacs affamés d'avoir trop bu. Et puis, il faut déjà que je me prépare à quitter Manille car Farid m'a réservé ainsi qu'à lui un billet de bus de nuit pour le soir même vers d'autres cieux. Yo' partira 24h plus tard après avoir tenté, s'il y parvient, de visiter la capitale avec autant d'entrain qu'il en a à trouver les philippines (sans P) à son gout. A voir coquin...

Je retrouve Farid à 18h à son hotel. Lui a bien vadrouillé et finit une boisson fraiche avant qu'on lève le camp! J'en profite pour discuter deux minutes avec un type qui est assis à sa table. C'est un américano-philippin d'une petite vingtaine d'année qui est en train de façonner un livre à l'aide d'une boite à couture (?!?). Le type vit depuis deux ans chez sa mère qui habite la campagne locale et ne connait du pays que Manille et le bled dans lequel il vit le reste du temps et qui est situé à l'intérieur des terres.
- Salut, comment ça va?
- Bien et toi?
- Super content d'être aux Philippines, depuis le temps que j'avais envie d'y revenir!!
- Si tu veux, je connais un super endroit qui pourrait d'intéresser si tu visites le pays.
- Ah bon, et quoi donc, une montagne, une grotte, une plage?
- Non, c'est un hotel avec piscine près de chez ma mère!!
- Un hotel avec piscine, t'es grave toi!!! Si j'ai envie de nager aux Philippines, je vais à la plage, c'est pas ça qui manque!!
- Ah parce que toi aux Philippines, tu te baignes dans la mer? Mais j'ai entendu dire qu'elle était polluée...
- Polluée?!?!? Mais tu connais quoi toi aux Philippines?
- Bahhhh, Manille et chez ma mère...
- Et ta mère, elle habite où?
- A 100km de la mer, pourquoi?

Pourquoi, non mais des fois... L'américano vit ici depuis deux ans et ne sais pas que c'est un paradis tropical. J'ai bien envie de lui éclater la tête sur la table pour voir si un cerveau en sort mais bon...  A l'heure voulue, avec Farid, on quitte l'hotel puis Yohann que je retrouverais sans doute par la suite puisqu'il va s'atteler à prendre le même chemin, le chemin vers la mer... Couillon d'américain... Dans deux jours maximums, je me baigne, c'est une promesse contre l'idiotie, gagnée d'avance...
 

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Published by simplybrice - dans Où Aux Philipines
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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 08:39
A la vue des innnnnnnombrables réactions à mon appel des deux pieds à vous connecter à ma paroisse et à m'envoyer un minuscule bonjour, j'ai moi aussi pris quelques libertés et me suis offert quelques jours sans internet ni écriture ce qui n'arrange en rien le retard qui prend des proportions pantagruélique mais fait du bien à mes doigts congestionnés de tant taper.
Je n'ai pas pu non plus me connecter à Facebook et ne peux toujours pas, ce qui cette fois n'est pas de ma faute, mais plutôt la réponse des chinois au feu de paille uighour dans le Xichang, même si ça, au bout du compte, n'aurait pas changé grand chose étant donné qu'à partir de maintenant, je boude... En effet, c'est bien la peine que je me décarcasse si, en retour, je n'ai rien d'autre que ton lointain souvenir.
C'est pourquoi, si tu veux du frais, du beau, du grandiose, il faut que tu mettes de l'essence dans le moteur, que tu m'envoyes des sourires par milliers, que tu me carresses en tout bien tout honneur dans le sens du poil. Je demande pas grand chose, quelques mots tout au plus, pour me permettre de voir que tu es toujours fidèle à l'appel, que tu es mon ami.




Le soleil se couche, la lumière s'allume,
Tu rentres lessivé, t'en as pleins les plumes.
Il est alors temps, comme à l'habitude,
Tu fais c'que tu veux, tu allumes le tube.

De la vie en noir, t'en as marre des blancs.
Tu passes à côté, c'est pire qu'au couvent.
Heureus'ment dans l'coin, y a c'que tu préfères,
R'garder la télé et ne plus rien faire.

Mais ouvre la fenêtre, regarde au dehors,
Le monde vit, ça bouge, pendant que tu dors.
Souris à la vie, ouvre tes bras tes yeux.
Vas donc faire un tour, t'es ton propre Dieu.

TF1 M6 sont les pires démons,
Aliénation massive, coupeurs d'ailes par millions.
Elimine un tel, qualifie un autre,
T'es sûr de ton choix, c'est pourtant pas l'notre.

Ouvre donc la porte, lève les yeux au ciel,
File voir la nature, c'est elle qui est belle.
Regarde le soleil, c'est pour toi qu'il brille,
Renaissance d'un roi, l'audimat vacille.
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Published by simplybrice - dans Pensées
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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 15:28
Rien de tel qu'une soirée jusqu'au bout de la nuit pour se remettre du stress de la vie quotidienne.
A bon entendeur, vivement que je rentre pour remettre l'adage au gout du jour en ta compagnie!

24h plus tôt, j'étais en dessous de tout. Une nouvelle perte comme la goutte d'eau qui fait déborder la vasque de ma sérénité.
24h plus tard, une soirée gouleillante à la mode anglaise est passée par là, submergeant comme un tsunami de fraicheur toutes mes pensées sombres.

Enfin quand je dis "de fraicheur", c'est peut-être parler un peu vite car quand on se couche à 6h30 pour se lever à 7h pétantes, elle est où la fraicheur? Dans les chaussettes!!
D'ailleurs, j'ai beau mettre le réveil, je ne suis même pas fichu de l'entendre. C'est Dani, qui lui aussi a un bus matinal, qui se charge de me lever à coups de pieds quand la réception de l'hotel sonne pour la énième fois la présence de mon bus pour Ho Chi Minh City qui m'attend déjà.
Pas le temps de gamberger, de me demander où est le nord où est le sud, dans les secondes qui suivent l'ouverture caricaturalement difficile de mes paupières, je suis déjà dehors suivi de Dani qui mérite quelques aux revoirs. Ca fait environ un mois qu'on se supporte et le simple fait qu'on ne se voit pas pendant toute une journée prend des allures d'enterrement. Heureusement qu'il ne s'agit pas d'adieux car ce départ en un éclair ne rend pas grace à notre amitié.
Le plan est que je vais directement à Saigon (Ho Chi Minh City c'est pareil), et Dani m'y rejoint le lendemain après avoir fait une autre escale balnéaire sur le chemin que je ne juge pas indispensable.
A demain donc!

Toujours dans un joyeux brouillard, je prends ma place au fond du car. C'est encore un bus couchette et on peut dire que ça tombe follement bien!! Qui plus est, je suis seul à l'arrière pour un total de cinq couchettes ce qui va me laisser toute lattitude de me tourner dans tous les sens, de m'étirer comme un feignant de chat, de me gratter quand l'envie s'en fait sentir. En quelques secondes, ce n'est pas exagéré, je replonge dans les lymbes d'un sommeil réparateur.
Durant le trajet d'une douzaine d'heures, je ne me réveille qu'à de rares exceptions pour me rendre compte que plus on descend, plus il pleut des cables, des cordes étant encore trop loin de la vérité. Pour preuve, les camions qui arrivent de la direction opposée nous renvoient des vagues d'eau qui montent jusqu'en haut de nos fenêtres quand nous les croisons. Je suis bien content de ne pas voyager dans un cabriolet au toit bloqué en position ouverte, j'aurais l'air fin à écoper toutes les trois secondes jusqu'à ce qu'épuisement s'en suive!!

Arrivés à Saigon, tous les passagers sont invités à descendre du bus sur un petit parking perdu au beau milieu des faubourgs. Impossible de savoir où nous sommes, on peut être à cinq minutes du centre comme à une heure de route. Ma carte du LP n'est d'aucuns secours, reste le language des signes pour déterminer qui est un chauffeur de taxi viable et qui n'essaye pas de m'entuber dans les grandes largeurs. Et en grand spécialiste du mime, me voilà en route vers le centre tout content d'être arrivé à mes fins. Je suis alors rendu dans une rue qui regorge d'hotels qui n'osent qu'à peine en porter le nom, il va falloir la jouer fine pour éviter la cage à poule et pour éviter les gouttes qui se remettent à tomber.
Pour vous donner un aperçu de ce qu'on me propose, le premier "hotel" dans lequel je tente ma chance est un condensé de bonheur à lui tout seul. Pour l'atteindre, il faut passer par un magasin, emprunter un escalier se situant dans la remise, on fait alors face à la réception qui n'est rien de moins qu'un placart à balais. Même si le doute m'habite à plein temps, je fais quand même l'essai de demander à visiter une chambre individuelle étant donné qu'il n'y a pas de dortoir et que comme ça fait quelques nuits où je partage le toit avec Simon, j'ai envie d'un peu de tranquilité.
La chambre, c'est 4m² tout au plus, pas de fenêtre et une odeur d'urine à vous décoller les parois nasales. Certes c'est pas cher mais bon j'ai pas durement gagné ma croute à la Bank of monchio-cèhoùquilchi pour moisir dans une cellule. Je passe mon chemin, même joueur joue encore...

Au final, il pleut tellement à l'extérieur que je ne poursuis pas la quête de confort bien longtemps. Je trouve refuge dans une chambre de 8m² avec la télévision et une lucarne qui donne sur un mur et, pour équilibrer un peu le tout, un cafard dans la salle de bain privative. Et comme dehors, ça ne se calme pas de toute la soirée, je profite de cette vie de chateau jusqu'au lendemain.


Le lendemain justement, comme chaque fois que je dors dans une chambre sans une vraie fenêtre et donc sans un vrai accès à la lumière du jour, je dors jusqu'à une heure qu'il est indécent de révèler. J'ai en fait juste assez de temps pour aller chercher Dani à sa descente de taxi à l'endroit où il avait été convenu qu'on se retrouve. Il est 16h, c'est juste assez tard pour qu'on puisse profiter de plus belle de l'orage qui gronde.
Et pour couronner le tout, l'hotel dans lequel on dort, contrairement à ce qu'ils avaient dit la veille, ils n'ont plus de chambres doubles pour qu'on en change, ni de chambre
simple en guise de roue de secours pour Dani. C'en est trop, même si je dois payer la nuit suivante que je ne vais pas passée là, on se taille. C'est mieux d'autant qu'on étend encore notre offre de luxe avec dans notre nouvelle chambre dans un nouvel hotel, deux lits et une armoire, whaouuu, c'te folie!!!.
Le soir venu, on retourne dans le restaurant dans lequel j'avais mangé la veille, c'est la troisième fois pour moi en deux jours, je reçois les félicitations du patron ainsi que l'assurance pour le lendemain de pouvoir me faire cirer les pompes, au sens propre du terme, pour rien.
Ensuite, comme il pleut toujours comme vache qui pisse, ça ne nous donne en rien l'envie de poursuivre l'odyssée dehors, c'est le retour en chambre et la soirée devant la télé. A part ça à Saigon, pour l'instant rien même si on ne compte pas s'arrêter là.


D'ailleurs le jour suivant (30 avril pour ceux qui veulent savoir et que ça n'énerve pas de voir le retard accumulé), on s'attèle enfin à des activités plus en extérieur. On est sur le pont dès 7h30 car on a une excursion de prévue au Cuchi Tunnels. En gros, ce sont des tunnels qui ont été utilisés par la résistance vietcong durant la guerre du Vietnam.
Comme tout est organisé depuis Saigon, on a que peu de prises sur l'agencement du programme. Et ça se voit! En route vers les tunnels, nous nous arrêtons au souvenir-village. Certes, il ne s'appelle pas comme ça mais c'est tout comme... Dès la descente du minibus, on est harcelé par les vendeurs de souvenirs, des chapeaux, des vêtements, et des vestiges de la guerre comme ces plaques "authentiques" de soldats américains emprisonnés durant la guerre. Avec Dani, on est les premiers à remonter dans le minibus, on se demande même ce qu'on est venu faire dans ce gaipied.
Ensuite, on repart et le guide en profite pour faire les présentations et entamer son discours d'introduction sur les tunnels. En fait d'introduction, le type ne s'arrête jamais de parler, il s'est mis en position pilote automatique et j'ai l'impression d'écouter une cassette préenregistrée autant que j'ai l'impression d'un retour à Siam Reap... Au total, ça dure deux heures jusqu'à l'arrivée à Cuchi, pourquoi n'ai pas pris mon walkman? Pourquoi aussi ai-je oublié (encore) mon appareil photo dans la chambre d'hotel? Tant pis pour les clichés, de toutes façons, dans un tunnel d'un mètre de haut, c'est pas l'idéal. Et la seule fois où ça aurait éventuellement pu servir, c'est quand un par un, tous les touristes du groupe se font prendre en photo à l'entrée d'une trappe dissimulée dans le sol comme s'ils en sortaient. Malgré l'ambiance martiale des lieux, ça sent le Disneyland à plein nez et même là, je ne regrette pas l'appareil!!
On se faufile ensuite à la queue-leu-leu dans un des tunnels à proprement parler. A l'intérieur, il faut être de taille viet' pour se sentir à l'aise. Par endroit, c'est tellement étroit que je suis obligé de quasiment ramper pour en venir à bout en me demandant comment les gens à enbonpoints du groupe peuvent ne pas rester coincés. Mais ça passe... Ca passe aussi pour les claustrophobes ce qui est un nouveau petit miracle. De plus, à l'intérieur du tunnel, il fait une chaleur qui nous fait bien remarquer qu'en exagérant, on réalise qu'on se rapproche dangereusement du centre de la terre. C'est une fournaise sans air dont je suis étonné au plus au point que même dans la contrainte, on peut physiquement y résister pendant des années comme ça a été le cas pour les braves combattants de l'époque.
La visite se termine ainsi, après peut-être 200m de crapahutage dans un tunnel droit comme un "i". Je reste un peu sur ma faim car on a bien bien bien expliqué que les galeries se poursuivent sur des centaines de kilomètres. Et sans en arriver là, il aurait été bon qu'on puisse un minimum s'en rendre compte pour ne pas avoir à se sentir un petit peu escroqué sur les bords.
D'autant que l'aspect parc d'attraction ne s'arrête pas là. A l'issue de la visite, il nous est offert la possibilité, à grand renfort de dollars, de tirer à la Kalashnikov!! Et nous en bon crétin des Alpes, on ne peut pas passer à côté d'une telle opportunité afin de ne pas faire de cette journée une journée "presque" comme les autres. Avec Dani, on s'achète donc dix munitions juste pour le fun. Et du fun, quand tu tires à la Kalash' autrement que pour dézinguer les gars d'en face, t'en trouves!! Ca pétarade à tout va, le troupe de marine qui sommeille en moi montre sa trombine par le trou de la lorgnette. Rapidement car dix balles ça dure vingt secondes, mais il la montre sa trombine.
Ensuite, la fête est finie, le rideau se ferme sur Cuchi, on rentre à la base.

Comme on reste un peu sur notre faim de cette journée, on accorde nos points de vue sur le fait qu'il serait bon de faire encore une chose tant qu'on est au Vietnam (on le quitte tous les deux le lendemain), un massage pratiqué dans un institut géré par des aveugles. A ce qu'on dit, ces gens ont des yeux au bout des doigts. Ca au moins, ça doit valoir le déplacement!!
On traverse donc la ville à pieds en suivant les instructions fournies par le LP ce qui est assez usant. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, le centre est fermé, le lendemain, c'est le 1er mai et apparemment pour les aveugles, c'est férié dès la veille. C'est con que quelqu'un est vendu la mèche car demandez à un aveugle de lire le calendrier pour trouver le 1er mai...
Donc plus d'une heure de marche pour rien, pas question de refaire ça au retour, un taxi sinon rien, on est à la chambre à 19h, l'heure de retourner au resto. En chemin, on tombe nez-à-nez avec James et Lucy dont c'est également le dernier soir au Vietnam. On les ramène au resto où je suis maintenant un héros national. On est maintenant quatre autour de la table, ça fait des pépettes.
A table, l'atmosphère est calme, rien à voir avec notre nuit à Nha Trang. Connie y est d'ailleurs restée pour noyer sa névrose dans des litres de bière en étant proche de la mer. Au moment de l'addition, le patron revient avec un pote à lui et son kit de cirage. Mes chaussures n'en reviennent toujours pas.

On quitte sur ce, James et Lucy. Nous, on rentre bien morts mettre la viande dans le torchon. C'est la dernière nuit au Vietnam. Demain ce sont les Philippines qui m'hébergent.


Le 1er mai à Saigon, comme partout ailleurs, tout est fermé.
Dani s'en va à midi vers le Cambodge, je retrouve la sollitude. Je passe l'après-midi en chambre à écouter la pluie qui continue de tomber derrière la fenêtre. Il y a Rain Man qui passe à la télé, comme un signe...
A 18h, une voiture vient me chercher à l'hotel pour me conduire à l'aéroport, c'est l'hotel qui fournit le service. A l'intérieur, je suis accompagné par une dame de l'hotel qui va chercher d'autres clients et par le chauffeur qui se trouve être son mari. Moi et le couple marié. Marié enfin pour l'instant... Pendant les vingt minutes que dure la course, le couple se déchire sur les liaisons supposées du mari infidèle. Elle crie, elle pleure et elle traduit!!! J'ai droit à la présentation complète de tous les faits d'arme du mari ainsi qu'à la traduction complète de la dispute.
Une seconde, elle crie son époux. La seconde d'après elle traduit entre deux larmes.
Pourquoi, j'ai encore pas mis mon walkman?!?!?!? Je ne sais plus où me mettre et c'est une véritable libération quand l'aéroport se laisse entrevoir. Je salue la femme en oubliant de dire quoi que ce soit au mari, les Philippines arrivent. A coté de tout ça, ça sent vraiment les vacances et Dieu sait que j'en ai besoin... En plus à Manille je vais rejoindre Farid, un ami de longue date avec qui j'ai déjà voyagé au Brésil une fois et en Argentine une autre fois, ça va être bon de débuter ça ensemble d'autant que lui ne savait pas que j'arrivais et moi, je sais qu'il y est depuis moins d'une semaine. sacrée surprise!!

Je suis donc à l'aéroport, je vais à l'enregistrement des bagages quand je tombe, surprise encore, sur Bryce et Mickael, deux américains avec qui j'ai plus d'une fois partagé la terrasse à Vang Vieng au Laos, capitale locale des psychotropes et des soirées sans fins. Et où ils vont? A manille forcément!! Bienvenue, rejoignez donc la caravane!!

C'est maintenant à mon tour d'enregistrer mes bagages et de subir une dernière déconvenue à la sauce Viet. Pour se rendre par avion aux Philippines, il faut être titulaire d'un billet d'avion quittant le territoire philippins. Et Bibi, dans sa grande négligence, n'en savais rien. J'ai beau insister, sourire, faire des roucoulettes au personnel de l'aéroport, rien y fait, si je veux prendre mon vol et ne pas m'assoir dessus, il faut que j'achète en urgence au comptoir de l'aéroport un billet pour Hong Kong deux mois plus tard sans réellement savoir si je vais y aller et si ça va concorder avec mes dates. Mais on verra bien, je bouffe donc une partie de ma réserve en argent liquide à utiliser en cas d'urgence pour satisfaire aux critères et, une fois mon billet aller et maintenant retour en main, je peux enfin partir. Enfin!!!!

Et au moment d'enfin enregistrer mes bagages, j'aperçois une silouhette toute perdue dans l'aérogare, un nouveau bougre, Yohann, un parigo des familles que j'ai plus ou moins convaincu en cinq minutes de venir aux Philippines une semaine plus tôt lors d'un arrêt nocturne d'une chevauchée nocturne en bus. Et où il va le gars? Manille bien sur!!! Où d'autre???

Il y a une semaine, je pensais débarquer seul aux Philippines.
Il y a six jours, je pensais n'y rejoindre que Farid.
Il y a une demie heure, je pensais qu'on serait quatre avec Bryce et Michael.
Et depuis une minute, je sais qu'on est une nouvelle famille de cinq cousins. Ca promet.


Ca promet d'autant plus que tu les as bien attendues les Philippines!!! Et bien ça y est!!! Les ceintures sont bouclées, les consignes de sécurité ont été égrainées, l'avion a entamé sa course sur la piste et ses roues ont quitté le plancher des vaches.

Merci de ta patience.
Merci aussi de te répandre en message car plus ça va et plus si j'étais orphelin, je serais seul au monde.
A bon entendeur, merci Maman, merci Papa!!!   
Et pour les autres, sors toi les doigts du fût, que je saches si j'ai encore des amis autrement que pour un mois, quand je les croise le long de la route.
 
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Loin des yeux, loin du coeur?
La paroisse d'à fleur de terre est ouverte à toute heure.
Le curé y sue sang et eau des heures durant devant un ordinateur pour satisfaire ses paroissiens au lieu d'égrainer la liste des pêchés capitaux.
Faîtes que ce ne soit en vain car Epicure et Dionysos méritent aussi qu'on s'occupe d'eux.
Amen.
 






 



  
 

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Published by simplybrice - dans Ou Au Vietnam
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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 10:30
Saigon, nom légendaire, cité construite au coeur du delta du Mékong, méfie-toi, j'arrive!!
A la vitesse d'un escargot puisqu'il faut 24h de bus depuis Hoi An avec un changement à Nha Trang pour l'atteindre, mais quand même, j'arrive!!

On est pour l'instant toujours dans le bus. Je dors comme une momie emmitouflé dans ma couverture pour ne pas trop subir la température rendue glaciale par une climatisation à peine croyable tellement elle défouraille.
Mais ça ne dure qu'un temps. Vers 5h du matin, je suis tiré du sommeil par deux choses : premièrement, le bus est arrêté le long de la route depuis un petit moment déjà, il semblerait qu'on soit en panne de quelque chose et deuxièmement, étant donné que le moteur est arrêté, la climatisation ne fonctionne plus ce qui a conduit la température à passer de 18° à plus de 40° en quelques minutes. L'air est maintenant irrespirablement chaud et le sommeil précaire.
Comme je suis du côté de la fenêtre, je n'ai même pas besoin d'ouvrir un oeil pour la faire coulisser, permettant ainsi à l'air frais de la nuit vietnamienne de nous raffraichir un peu. C'était mon principal problème, je me rendors. (NDLR : La panne en soi, ça fait partie du voyage, c'est pas un souci tant qu'on ne nous demande pas de quitter le bus.)

Une demi-heure après, je me réveille de nouveau. Le bus est toujours à l'arrêt sur le même bout de bas-côté, c'est pas bon signe...
Je me mets alors en quête de mes lunettes. Ca devrait être facile, je les avais posées le long de la vitre sur la rigole qui permet à celle-ci de glisser. Je cogite deux secondes, elles ne sont pas là. Je me redresse, instantanément réveillé par le stress qui me gagne. Je fais voler la couverture, l'oreiller, mon voisin vietnamien, rien. Effort de concentration, où est-ce qu'elles peuvent bien être ces p... de lunettes????
Puis alors que les neurones se mettent finalement en ordre de marche dans mon cerveau embué, je tourne la tête vers la fenêtre grande ouverte. Et merde...
Je ne me suis rendu compte de rien sur le moment étant donné qu'on était au milieu de la nuit mais au moment de faire glisser la fenêtre pour l'ouvrir, mes lunettes qui étaient posées tout contre ont du faire le mur. Je refais alors voler mon voisin et sors du bus en détresse mécanique pour aller inspecter les environs immédiats avec sur le nez, mes lunettes de soleil correctrices, ce qui est du meilleur effet quand il est 5h30 du matin. Et là, rien non plus. Je fais signe aux employés du bus qui s'activent sous celui-ci pour le remettre en état de marche et les questionnent. Rien... Il faut se rendre à l'évidence, j'ai paumé le seul truc qui était franchement imperdable étant donné que je les porte toujours sur le nez : mes lunettes. Et là, les boules graves!!!!
Ca pourrait être pire car j'ai bien une paire de rechange qui m'attend dans mon gros sac resté dans la soute à bagages, mais c'est quand même le super pompon dans cette journée enfermé dans un bus où il fait en plus maintenant une chaleur à faire clencher des octogénaires!! Ca bout à l'intérieur de moi autant que ça bout dans le bus. Impossible de me rendormir, j'ai le stressomètre qui explose les compteurs!
Et juste après, comme pour confirmer mon deuil, le bus est réparé, il repart, c'en est vraiment fini de mes chères binocles. C'en est aussi fini de mon sommeil ce qui est une vraie tuile dans la mesure où on est très proche de Nha Trang mais encore à des années-lumière de Saigon.

Je tente donc de rassembler mes pensées. Si je continue la journée telle qu'elle devait se passer, c'est un coup à ressasser mon désarroi jusqu'à ce que crise de nerfs s'en suive. Je choisis donc de m'inspirer de Dani qui avait déjà choisi de rester 24h à Nha Trang. Je reste aussi sachant que ce n'est sans doute pas plus mal, nha Trang est la ville balnéaire la plus importante du Vietnam et de loin. Sans doute donc que la proximité de la plage saura me faire oublier mes déboires, sachant que dans le cas contraire, il y a toujours des bars à boire dans une cité balnéaire.

Dans le bus en arrivant, j'ai mon casque sur les oreilles. Tout le monde sauf moi est retourné à son sommeil. Moi, j'écoute du gros son bien énervé à grand renfort de décibels.
En entrant en ville, le soleil se lève, il est 6h. Le bus longe la plage principale et fait complètement hallucinant : elle est noire de monde!!! Tout ce que la ville compte de familles, de joggers, de baigneurs, s'est donné rendez-vous aux aurores. J'imagine que ça permet d'en profiter avant d'aller bosser ou avant que le soleil ne transforme ta peau en une boursouflure bien cuite.

Enfin, à 6h30, les fauves sont lachés, on peut rechercher un hotel. Rechercher en fait non, on ne va pas me refaire le coup de l'arrivée à Hoi An, le premier le mieux! Une grande tour bien typique de Nha Trang, bien moche à l'extérieur mais bien pratique puisqu'elle est à la descente du bus. Et le premier qui se plaint, je lui conseille d'avoir avec lui une armée entière d'arguments parce que je ne suis pas vraiment d'humeur à débattre!

On s'y rend donc avec Dani et toujours Simon le boulet québécois, accompagnés maintenant de James et Lucy qui sont un jeune couple d'anglais qui voyagent accompagnés de Connie, leur copine.
Une fois atteint la réception, la série noire continue, on ne s'en était pas rendu compte mais toute la ville est privée d'électricité. Ce n'est pas un problème en soi mais quand on a la chance de se voir attribuer une chambre au sommet de l'immeuble, au huitième étage, ça le devient (sic). On essaye donc d'attendre la fin de la panne d'ascenseur, puisque c'est principalement de ça qu'il s'agit, en restant un temps à discuter autour de la reception. Mais après une heure, j'en ai ma claque, je prends mon courage à deux mains, mes jambes à mon cou, mes sacs sur mes épaules.
Je suis récompensé de mon effort en découvrant la chambre. En plus d'être d'un confort plus que passable, on est doté d'une terrasse privative, elle même plus grande que la chambre! On vit sur le toit et ça n'a pas que des désagréments, ouf!!
Une douche glacée plus tard, les autres ne sont toujours pas montés, les feignasses, je m'endors en me disant que ça les fera venir.

Finalement oui, ils arrivent. Ils ont mis le temps mais ils sont là. Il est 11h quand je suis réveillé par leur essoufflement, l'électricité ne fonctionne toujours pas, il ne manquerait plus que ça qu'ils aient eu droit à l'ascenseur!!
Je les pressent de s'activer, j'ai une faim de loup, je pourrais manger une vache. Ils ont alors à peine le temps de se sècher après leur douche qu'il faut y aller. On a pas mangé un vrai repas depuis l'après-midi de la veille et ça s'entend vu les cris que poussent mon estomac tiraillé par la privation. Et aujourd'hui au rayon nourriture, pas question de se priver. On prend donc la direction de la plage, histoire de profiter d'une vue qui ne soit pas celle de la ville car c'est vraiment hyper bétonné et de ce fait pas vraiment ce qui se fait de mieux pour flatter nos yeux habitués aux paysages hauts en couleurs.
Alors qu'on est en chemin pour assouvir nos appétits délaissés, le destin continue de semer des embuches devant nos pas. Des contre-temps et des soucis comme s'il en pleuvait. D'ailleurs, c'est exactement de ça qu'il s'agit. Un nouvel orage comme les pays tropicaux savent en offrir en guise de cadeau de bienvenue sur le front de mer. Il pleut tellement qu'en quelques minutes, il faut qu'on fasse attention à chaque voiture qu'on croise, puisqu'elle soulèvent toutes des vagues de plusieurs mètres, la pluie stagnant sur la chaussée détrempée.
Cela dit, c'est un effort bien vain car vague ou pas, on est déjà de belles éponges quand on trouve une table pour remplir nos ventres.

Et là, tu te dis qu'on est à l'abri, qu'il n'y a plus de raison que la série noire continue, et bien tu peux encore te fourrer le doigt dans l'oeil jusqu'au cervelet. Tu te souviens de l'épisode du passeport qui boit la tasse dans mon sac. Et bien re-belotte, mais sans le passeport cette fois. Comme par terre c'est trempé, j'ai bien pris garde de ne pas y mettre mon sac. J'ai préféré le pendre à un crochet situé de long d'un poteau métallique servant de support au toit du restaurant. Pas de bol, plutôt une marmitte, l'eau y coule tout le long comme si un toboggan devait finir sa route dans mon sac!!! Merci Dani de me l'avoir fait remarquer, je te dois un appareil photo et un portefeuille restés secs. Re-ouf!!
Comme quoi malgré tout ce pétrin, mise à part les lunettes, à chaque fois, il s'en faut d'un cheveu pour que ce soit vraiment la cata'.
Je surnage et garde le moral.

En quittant le restaurant, la pluie tombe encore quand on tombe nezs à nezs avec James, Lucy et Connie. Comme ils sont de bonne compagnie, pas comme d'autres, on se fixe un rendez-vous à 16h30 dans un bar indiqué par le LP, c'est plus pratique.
J'y suis le premier car j'ai eveillé un peu de jalousie du fait de ma sieste matinale lorsque l'ascenseur était en carafe. Maintenant qu'il re-fonctionne, Dani et Simon préfère se reposer un peu. Moi, il faut que j'exorcise cette journée de tous les diables. Et pour cela, rien de tel que de lever de coude en compagnie de sujets de sa Majestée, la Reine d'Angleterre.
C'est donc le début des hostilités. En cinq heures de temps, j'enfile sept whiskys-cocas. C'est plaisir d'autant qu'il y a encore un billard et qu'en plus les serveuses, par l'opération du Saint-Esprit, ne m'en facturent que quatre. Je suis pompette, il est 22h30, tout roule, le moral n'est plus dans les chaussettes, il est dans le gosier. D'ailleurs, pour ceux qui prétendent que sans alcool, la fête est plus folle, il faut vraiment qu'ils travaillent au ministère de la santé, section privations et dénégations des plaisirs de la vie, pour croire en des conneries pareilles.
Peut-être peut-elle être aussi folle, faut voir, mais plus folle? Vous vous écoutez parler des fois????

Nous, pendant ce temps là, on va voir du côté d'un autre comptoir. La pluie a cessé et comble de bonheur, Simon est rentré se coucher. Il faut dire que quand on est un boy-scout, 22h30 c'est quand même super tard, il doit avoir un atelier macramé le lendemain matin ou quelque chose dans le genre... Repose en paix mon grand...
Le reste de la troupe est déchainé. C'est le dernier soir officiel de délire nocturne pour nos camarades d'outre-Manche car leur argent atteint des planchers inquiétants et de toute manière, ils n'en ont plus que pour quelques jours loins de leur base, ils s'efforcent donc de nous faire tenir leur rythme à Dani et à moi pendant qu'on s'échine à leur faire oublier que pour eux c'est le bout de la route. Pour ma part, j'ajoute à l'addition de mes boissons trois nouveaux verres de rhum importé et remarque que plus ça va plus Connie me fait du rentre dedans.

A minuit, on change encore notre fusil d'épaule, on est maintenant dans un bar dansant le long de la plage dans lequel si tu veux danser, il faut enlever tes chaussures.
James est maintenant vraiment à la limite de ne plus savoir où il vit. Il me remplit l'oreille pendant deux heures sur l'Ouganda où il est allé au début de son voyage. C'est long mais c'est intéressant donc je ne dis trop rien. A la fin du monologue, James me fait promettre d'y aller trainer mes guètres à la rencontre des derniers gorilles. Je m'en acquitte en sachant que de toutes façons, c'est pas pour demain!
Pendant que James me parle, je remarque une partie de chaises musicales très amusante. Dani est maintenant complètement à fond sur Connie. Mais toujours rien de plus concret ne se produit pour l'instant.

A 2h, notre bar ferme, on s'en trouve un dernier. Avec James, on joue en équipe au billard, il joue comme une épave et moi, comme un sobre.
Dans son coin enfin, la tête de Dani fait enfin le miroir avec celle de Connie, il était temps, il s'est donné vraiment du mal.

Et pour finir, à 5h, notre dernier bar ferme à son tour. C'est le temps du retour à la case départ.
Je marche avec James et Lucie. Parfois, je suis obligé de porter James. Dani et Connie sont introuvables.
On est à l'hotel peu de temps après, on ne s'est pas perdu ce qui constitue un petit miracle.

A 5h30, Dani fait éruption dans la chambre. Je suis à deux doigts de fermer les écoutilles et Simon ronfle à ne pouvoir être réveillé. Dani devrait être avec des traits radieux même si un peu tirés compte tenu de l'heure, or, il a l'air soucieux. Et il y a de quoi, je vous raconte.
Dani et Connie sont rentrés par la plage. C'était l'endroit idéal pour un bécottage en règle. Mais souvenez-vous de ce que je vous disait à propos de la plage de Nha Trang au petit matin, elle se remplit comme c'est pas permis. Donc, il a été impossible pour les tourtereaux de s'ébattre dans le calme. Il s'est trouvé que tous les viets qui se sont levés tôt et retrouvée sur la plage autour des fougueux amants, ont trouvé le spectacle à leur gout et n'ont eu de cesse de se rapprocher pour mieux évaluer la qualité des préliminaires. Voyant ce manège, Dani et Connie n'ont eu d'autre choix que de remettre l'épée dans son fourreau et de rentrer bien sagement. C'est alors que Connie a eu un excès de lucidité, son sac à main est là mais il est vide de son portable, de son appareil photo et de son portefeuille!!!!! Bonjour l'angoisse le retour sur terre après une nuit à empiler les consommations! Bonjour aussi la tête de Dani qui assiste au spectacle de la décomposition de sa copine de même pas une nuit en direct à l'heure où il devrait déjà dormir.

En entendant cette histoire, c'est peut-être un peu salaud mais c'est surement l'alcool qui guide mes pensées, je me peux m'empêcher d'être mort de rire et d'être bien content de ne pas être à la place de Dani comme ça aurait pu être le cas.
Au final, Dani fera deux ou trois fois la navette entre notre chambre et Connie qui pête toutes ses durites.
Pour son dernier retour, on prendra dix minutes pour admirer le lever de soleil depuis notre gigantesque terrasse privée en riant de toutes les mésaventures de la journée. Comme quoi, il y a des fois, on devrait directement passer au lendemain.
On se couche il est 6h30.


Je suis crevé. J'ai bien fait d'avoir un bus à 7h.
Oui, oui, dans 30 minutes!!!!
Le voyage, c'est du sport.
Demain j'arrête.
Gros Bisous
 


 

 
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Published by simplybrice - dans Ou Au Vietnam
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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 10:59
Au revoir la moiteur, à plus tard la chaleur, salut la fournaise, avec Dani on quitte Hué pour Hoi An.
Hoi An est située sur une banquise majestueusement entourée de longs glaciers. Les ours polaires s'y croisent souvent au lever du soleil et la viande de phoque en est la spécialité culinaire locale. J'exagère? Un peu mais c'est que ça fait envie de pouvoir combattre le froid en empilant consciencieusement les couches de vêtements chauds et de boire des boissons chaudes pour combattre les angelures et les maux de gorge.
Au lieu de ça, j'ai chaud en permanence, je reste chaque fois quelques minutes de plus dans les magasins d'alimentation pour profiter de la clim et je rêve de me faire faire un tatouage arborant un grand ventilateur sur toute la surface de mon dos...
Saloperies de pays tropicaux...


Le 24 avril, mon dieu ça commence à dater, je me lève en tambourinant. On part d'Hué avec Dani et comme il est 7h30 du matin et que Simon dort sur ses deux oreilles, j'en profite pour l'en sortir, petite vengeance mesquine en réponse directe à ses claquements de portes de la veille quand je me remettais d'une nuit de quatre heures en faisant une courte sieste.

Le bus pour Hoi An prend la tangeante à 8h. Le simple fait de rejoindre son point de départ à pieds depuis notre hotel, soit dix minutes de marches avec paquetage complet, suffit à me rendre dégoulinant. 8h = 30°, qui se plaint de la canicule en France? Profitez-en, c'est l'été!!

A l'arrivée, deux heures plus tard, alors que nous sommes encore dans le bus, une femme de la compagnie de transport monte et entame un discours visant l'ensemble des passagers. Il y a un deal entre la compagnie et un hotel quatre étoiles devant lequel on est garé. A l'intérieur, piscine, chambre climatisée et tout le tintouin pour cinq dollars la nuit. Moi, ça m'enchante. Une piscine, la clim', c'est comme un rêve qui devient réalité, on touche au lyrisme.
Mais pour Dani, c'est encore trop cher. J'ai beau essayé de le convaincre par tous les moyens, il est incorruptible.
Au lieu de ça, Dani veut suivre une indication qui lui avait été donnée plus tôt à propos d'un autre hotel à priori moins cher et tout aussi sympathique. Quant à moi, même si je suis un peu bougon de mettre fait renvoyer dans mes 22 mètres quant au choix de l'hotel, je me dis que s'il est convaincu, après tout, ça peut valoir le coup.
On commence donc à marcher.
Un peu, beaucoup, à la folie. En fait, on traverse toute la ville, ça nous prend trois quarts d'heure. Je ne suis plus bougon, je suis hyper bougon!!! Car au final, on va peut-être gagner un dollar par nuit mais ça nous coute nos deux jambes, trois litres de sueur qu'il va falloir combler et l'assurance qu'il va aussi falloir se retaper les 45 minutes de marche dans l'autre sens quand il va être temps de quitter Hoi An. Ca fait beaucoup!! En plus, en arrivant à l'hotel, ça ne ressemble à rien, on a beau dire aux employés qu'on est venu sur une recommandation d'un autre hotel, ils se foutent de nous comme de leurs plus vieilles chaussettes, en plus les chambres n'ont ni piscine, ni clim, ni wifi, ni salle de bain privée et on se voit demander le même prix qu'à l'établissement qu'on s'est vu présenter en arrivant en ville. Tout est réuni pour qu'on s'épanouisse sous le soleil de cette journée très bien commencée!

Au final, on reprend nos sacs et on continue les recherches en sachant que maintenant qu'on a déjà bien crapahuté, c'est à mon tour de jouer les difficiles. Au point où on en est, pas question d'accepter n'importe quoi vu les efforts et les privations qu'on a consenties pour en arriver là. Après avoir refusé deux ou trois nouvelles tentatives, on échoit dans un bel établissement où on a une chambre à trois dollars la nuit ce qui contentera tout le monde en tous points, à l'exception du fait qu'on a trois lits dans la chambre car il a été convenu que Simon nous y rejoigne en fin d'après-midi.
On est jamais tranquille!!
Enfin on pourra quand même profiter d'une après-midi découverte de Hoi An sans le boulet canadien dont je dis finalement ce que je pense à Dani. D'ailleurs, c'est marrant, Dani, il en pense la même chose!!!! On s'étonne donc du fait qu'on croyait chacun que l'autre s'était pris d'amitié pour le boy scout alors qu'il n'en est rien!! C'est rigolo mise à part qu'on va se le traîner un peu plus.

Mais chaque chose en son temps, pour le moment il s'agit de partir à la découverte de Hoi An, enfin...
Hoi An est comme Hué une ancienne ville impériale. Elle est un peu plus petite que sa voisine et se distingue surtout de celle-ci grace à son centre ville libéré de tous moyens de transport à moteur et étalant de toutes parts des trésors architecturaux à la mode coloniale à l'origine du classement de ce même centre ville dans la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.
Quand on s'y promène, on y est donc entouré que de marcheurs, de cyclistes, de pousseurs de chariots et de chapeaux coniques. Même les scooters n'y ont pas droit de citer, à moins que les conducteurs ne se résolvent à couper le moteur et à pousser leur deux roues tant bien que mal. C'est calme, reposant, et ça pourrait très bien illustrer ce à quoi ressemblait le Vietnam il y a cent ans si on parvient à faire abstraction des boutiques de souvenirs et autres bars / restaurants vendeurs de hamburgers.
Résultat, on est tout de suite charmé, c'est en terme urbain ce qu'on a vu de plus beau dans le pays.
L'après-midi est donc idyllique, douce, reposante.

Mais tout ceci à une fin quand il faut aller chercher Simon à sa décente du bus comme il était convenu; on a beau ne pas l'aimer, on est pas des chiens. Surtout Dani en fait, puisque c'est lui qui se charge de cette corvée comme pour se faire pardonner les errances auxquelles il m'a confronté en arrivant en ville. Merci monsieur!!!
Moi j'en profite pour prolonger un peu la ballade avant de rentrer me mettre au frais sous l'unique ventilateur de la chambre, astucieusement placé au dessus de mon lit.
A 19h, ils me rejoignent. Simon avait plus d'une heure de retard, Dani l'adore plus que jamais...

Le soir, on dîne sur les rives du fleuve qui traverse langoureusement le centre ville. La nourriture est meilleure que tout ce à quoi on a gouté au Vietnam, la ville cumule les bons points.
Puis, comme on a tous passé une journée pas trop fatiguante, on s'accorde un détour sur le chemin du retour à l'hotel en partant à la recherche du King Kong Bar, haut-lieu de beuveries pour les touristes de passage. Après avoir longé le marché, malheureusement fermé pour cause d'horaire nocturne, il faut bien qu'ils dorment, traversé le fleuve, on arrive enfin au but. Le bistrot débite de la musique rock, une table de billard au tapis maculé de dessins plus ou moins fins déposés par les clients trone au centre de la pièce, tout autour, ça boit, ça rit. Il ne va pas falloir faire trop d'efforts pour se mettre dans l'ambiance.
En commençant par un rhum puis par un deuxième et ainsi de suite, ça va en fait tout seul. On discute avec un grand nombre d'autres touristes. Avec Dani, on s'associe pour botter les fesses de quelques joueurs de billard avant de nous-même nous faire ridiculiser par deux vietnamiennes qui pourrait jouer les yeux fermés.
Tout se passe dans un très bon esprit, les canons s'enchainent et la salle en est pleine ce qui ne gache rien en terme de plaisir des yeux.

Autour de minuit, en discutant avec Steve et Ed de nos aventures respectives, les deux anglais nous apprennent "qu'il y a un bus gratuit pour la beach-party".
"La beach party"? Et oui car Hoi An centre n'est qu'à quelques kilomètres de la mer ourlée d'une plage dont le front est jonché d'autres bars à même le sable qui affrêtent chaque soir une navette gratuite pour que les fêtards puissent aller y faire une tournée ou deux.
Et comme tu le sais maintenant, ça ne me fait pas peur bien au contraire. Je ne mets pas longtemps à convaincre du bien fondé de l'opération Dani suivi comme il se doit de Simon dont on pourrait penser qu'il a peur de tout quand il est tout seul.

Avec Steve et Ed ainsi que quelques autres phénomènes nocturnes sur pattes, on retraverse la rivière pour se rendre au point de départ de la navette, lui même situé devant un nouveau bar également très accueuillant.
On apprend alors que la navette a un peu de retard. Il n'en fallait pas plus pour que, la marche aidant, on aille se raffraichir de nouveau le gosier. Qui plus est dans le bar, il y a en plus de la sempiternelle table de billard, deux babyfoots qui ne font pas tache. Impossible de passer à côté.
Seulement moi, mon truc c'est plutot les boules, la queue, les trous et les bandes, donc je laisse vite fait Dani pour me retrouver autour de la table de billard. Et ici, le billard, c'est du sérieux, on se croirait dans la Couleur de l'Argent. Chaque joueur prenant partie doit s'acquitter d'une somme avant d'entamer chaque partie, le total étant logiquement attribué au vainqueur.
Quand j'arrive à la table, sont en train de jouer un jeune touriste australien contre un viet dont tout laisse à penser qu'il boucle ses fins de mois voire peut-être même ses débuts, en plumant les gringos qui s'amènent à lui. En deux temps trois mouvements, l'australien prend une danse. On ne l'y reprendra plus. Au suivant. Et comme personne ne se presse, c'est donc mon tour... Chauffe Marcel, chauffe!
Dans ma tête, c'est comme une finale de championnat du monde. C'est ma première partie "payante" et le moins qu'on puisse dire, c'est que les 3-4 euros de mise me paraissent être un million de dollars. La partie ne dure que quelques minutes. Mon adversaire fait un bon départ mais à mi-partie, j'enchaine quatre ou cinq boules consécutives pour prendre un avantage que je conserve jusqu'au bout. Champion du monde!!! A moi le million de dollars!!!!!!
En face, le vietnamien est très remonté. Il marmone dans sa barbe et plus que de me proposer une revanche, il me l'impose presque, les veines de ses tempes menaçant d'exploser. Sur le côté, tous mes potes ont rejoint la table et m'encourage à lui faire regretter d'avoir un jour commencé à jouer au billard. Donc entre le surexcité que j'ai en face et mes potes à l'alcoolémie communicative, je n'ai guère le choix, je remets mon titre en jeu.
Deuxième partie, deuxième démonstration. Je prends rapidement la mesure de l'adversaire qui, voyant ça, commence un numéro à l'italienne. Il parle avec les mains, m'accuse même de tricher! Il n'en fallait pas plus pour que les esprits s'échauffent. Le viet n'en démort pas, je triche. Mes potes s'excitent à leur tour, le mec est un gros nase qui se défile en prétextant tout ce qui lui passe par la tête pour ne pas perdre la face.
Sur ce, le viet quitte rapidement la table tel un déserteur au beau milieu du champ de bataille. Dans sa fuite, il se retourne et bredouille dans un anglais loin d'être accadémique qu'il va, et d'une lui aussi chercher ses potes, et de deux me retrouver à la plage pour un règlement de compte dans les règles du lard. Une fois sorti, on est tous un peu perplexe quant à savoir si on va le revoir ou pas. Cela dit, on est maintenant un groupe d'une quinzaine de personnes bien décidées à faire la fête ou à en découdre. Quoi qu'il arrive je ne suis pas seul.
 
Et puis enfin, à 1h passée, notre chauffeur arrive.
Le minibus logiquement prévu pour contenir une quinzaine de passagers fait le plein d'une trentaines de personnes surchauffées. A l'intérieur, ça chante, ça crie, ça secoue le bus juste pour le plaisir, c'est annonciateur d'une soirée mémorable sans fin ou je ne m'y connais pas!!

On débarque finalement sur la plage autour de 2h. Les passagers du bus s'en extirpent dans le chaos le plus complet aidés en cela par la musique qui s'entend à des kilomètres; les portes, les fenêtres, le toit ouvrant, tout est bon et valable pour sortir et marcher sur le sable un verre à la main.
Sur place, tout a un gout de Thaïlande. Rien ne ressemble au Vietnam. Il y a la plage, quatre ou cinq bars ouverts sur celle-ci, et des boissons qui se boivent au seau avec une demi-douzaine de pailles plutôt qu'au verre. D'ailleurs ça tombe bien, comme on est une belle bande, c'est mieux que si on devait boire dans des dés à coudre.

Cette nuit, j'ai une pêche de tous les diables. L'ambiance est festive comme rarement et comme j'ai environ une douzaine de gardes du corps en attendant la suite, je me fais fort de toujours avoir un seau à la main d'une part pour m'abreuver, et d'autre part pour noyer les foies de mes apotres.
Une, deux, trois, quatre fois je retourne faire le plein.
Ca rigole de partout, ça crie, environ la moitié de la piste de danse connait mon prénom, je surfe la vague.

A trois heures environ, c'est l'heure du bain de minuit.
Dans un sprint dingue, en une minute on doit être une trentaine dans l'eau sans chemises, sans pantalons. C'est une claque raffraichissante qui nous prend tous. L'eau n'est pas très chaude ce qui explique qu'on est vite fait de retour sur la piste de danse.
En chemin, alors qu'on se rhabille, j'entends mon premier "T'es une légende mec"!! C'est Steve, l'anglais avec qui on passe la soirée depuis le King kong bar qui se lache.
Ensuite, croyez-le ou non, peut-être Steve a fait passer le mot, mais j'entends à trois autres reprises la même expression dans trois bouches différentes :
- T'es une légende!!
Comment veux-tu que j'aille me coucher là-dessus?

A quatre heures, Simon et Dani s'accordent pour prendre la dernière navette qui ramène les gens au centre-ville. Pour moi, impossible, je suis une légende.
Je ne peux décemment pas quitter le groupe et les groupies d'un soir. A la place, en plus de souhaiter une bonne nuit à Simi et Danon, on s'accorde une dernière tournée loin de la fureur et du bruit. La plage fait plusieurs kilomètres, ça ne devrait pas être trop dur.
Une fois les fesses posées sur le sable, difficile d'être trop pressé, je reste là en bonne compagnie jusqu'au lever du soleil sans baillements ni coups de barre.
Et puis c'est enfin l'heure de tirer le rideau, de dire au revoir à la scène et aux spotlights. A 6h15, on est plus que quatre sur la plage maintenant désertée. C'est exactement le nombre de personnes autorisées sur les deux moto-taxis qui attendent encore. A trois par moto en comptant le chauffeur, c'est cosi, on se tient chaud.

En rentrant, je m'allonge et me laisse glisser dans un sommeil réparateur comme on tombe dans un océan de coton.
Pour un passage au bar comme il était prévu, on peut dire que ça s'est bien prolongé. Je ne l'avais pas vu venir le coucher au lever du jour et pourtant il est là. La journée suivante risque d'être bien courte.


Comme indiqué juste au dessus, le 25 avril, je ne suis en effet pas très efficace.
On va bien faire un tour en ville avec mon compère et notre croix québécoise à porter, mais ça tire de partout, ça baille, c'est un festival de fatigue. Qui plus est, je n'ai rien de particulier à acheter pas comme Dani qui veut des souvenirs et Simon qui veut se faire tailler un costume. Je rentre donc prématurément à la chambre, c'est pas la mort, il faut bien payer l'addition quand on passe une nuit comme la nuit dernière...
Les autres ne sont en plus pas bien longs à me rejoindre. On est tous dans un état d'esprit où on a pas envie d'envahir ne serait-ce qu'un carré de pelouse. Au terme d'un diner pris alors qu'il fait encore jour, c'est cette fois le retour en piaule définitif, moi étant défoncé et les deux autres ne l'étant pas moins avec en plus l'assurance de se lever aux aurores le lendemain pour aller visiter des ruines dont on m'a déjà prévenu qu'elles n'étaient pas plus spectaculaires ou plus dignes d'intéret que ça.
En ce qui me concerne, je préfère faire l'impasse sur les ruines ayant un problème avec le fait de me lever avant 7h du matin le lendemain d'un coucher à 7h du matin. Douze heures de décallage horaire à digérer en 24h, très peu pour moi.
A la place, alors que les autres ronflent déjà, j'en profite pour écrire de plus belle avant de tomber sur la télé de la chambre sur la diffusion d'un match de Man U. 0-2 à la mi-temps. 5-2 après 90 minutes, ils sont fous ces anglais!!! Et moi, je me couche encore bien tard.


Le 26 avril, je n'entend rien quand les autres se lèvent pour aller faire leur excursion. Il est 7h, c'est normal.
A la place, je les entends qui en rentrent. Il est 13h00, c'est normal itou.
C'est normal sauf qu'aujourd'hui c'est problème, on doit lever le camp ce soir de Hoi An et monter dans un bus pour 24h de route ou de déroute afin d'aller à Saigon le plus vite possible. Le problème donc, c'est qu'il faut quitter les lieux et qu'on est déjà en retard pour libérer la chambre. Théoriquement le "check-out", c'est à midi et il est finalement 14h quand on déboule avec nos sacs avec la tête enfarinée à la réception.
C'est moi qui m'occupe des négociations. Une roucoulade, un sourire, une révérence, plus de problèmes, la french touch dans toute sa démesure!! On se fait même garder nos sacs à la réception pendant qu'on s'accorde une dernière promenade dans les rues photogéniques de la ville pleine de charme. On est au rythme sans stress et sans voitures. On en profite pour des arrêts gastronomiques et des billards gratos pour lesquels on ne risque pas de se faire casser la gueule, c'est mieux même si on en sort pas plus riche.

En allant dans un dernier bar en fin d'après-midi dans l'espoir de retrouver quelques connaissances "légendaires" de l'avant-veille au soir, on quitte le centre-ville une dernière fois et de ce fait, on retrouve la circulation. Ca pourrait être un détail sans importance et ben non, en traversant un boulevard très fréquenté, Simon, qui ne fait rien comme tout le monde, trouve le moyen de se faire exploser la jambe par une moto qui transporte des jéricans de flotte. Le pauvre bougre a un mal de chien décuplé par le fait que le conducteur ne s'est ni arrêté ni même retourner.
C'est quand même pas de chance et encore moins si on prend en compte le fait que le type développe une diarrhée chronique en prenant ses médicaments contre le paludisme. En gros, il est vraiment pas aidé!!!

Au bar, on ne rencontre personne et de toute façon, il est déjà tard, c'est dans l'urgence qu'on se fait un dernier encas avant de retourner à l'hotel prendre notre bus qui arrive déjà. A l'intérieur, j'ai une couchette contre la fenêtre, Dani aussi sans avoir à se retrouver menacé de prendre un coup de pied retourné, tout le monde va pouvoir dormir en paix.
Donc, épisodiquement je dors et regarde des vidéos jusqu'à 1h, il est alors temps de se préparer pour une nuit réparatrice sachant qu'il n'y a pas grand chose de mieux à faire quand on est dans un bus pour 24h.
Je m'installe donc le plus confortablement possible, pose mes lunettes contre la fenêtre coulissante qui est bien entendu fermée et te souhaite une bonne nuit.

Saigon, me voilà, enfin si tout va bien...
 
 

 
 




 
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Published by simplybrice - dans Ou Au Vietnam
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